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CHAPITRE VII

De l'injection. — Son lien d'élection. — Précautions préliminaires à l' injection. — Comment on doit enfoncer l'aiguille.

Le lieu d’élection de l’injection a-t-il de l’influence sur le résultat?

Brown-Séquard conseillait d’injecter simultanément quatre parties du corps : la cuisse, le dos, le tronc et le bras. Georges Ville pensait que l’organe qui produisait l’orchitine devait être également l’organe le plus propice à sa diffusion, qu’en conséquence, il fallait injecter le testicule même. D’un autre côté, il était intéressant de savoir si un testicule, ayant perdu sa faculté de production de l’orchitine, serait apte quand-même à la diffusion de cette force injectée directement dans son tissu. Sur les conseils de l’éminent professeur, je fis des expériences comparatives très concluantes sur des animaux différents. De ces expériences il est permis de conclure à l’affirmation suivante : —

1. Le testicule d’un animal hors d’âge, ayant perdu la faculté de production d’orchitine, peut encore être utilisé comme organe de diffusion, mais cela, sans le moindre avantage sur telle autre partie du corps que ce soit.

2. Qu’au point de vue de la rapidité de la résorption, la place choisie pour l’injection est indifférente.

3. Que le testicule doit être exclu d'une façon absolue comme lieu d’élection de l’injection en raison de la sensibilité extrême de cet organe, de la douleur et des accidents nerveux qui peuvent être la conséquence de la piqûre.

Donc l’opérateur doit injecter les parties les plus charnues aux points les moins exposés au frottement des vêtements et les .plus en dehors des grands mouvements indispensables à la vie de relation. La partie externe supérieure des fesses, les parties latérales du dos, de chaque côté de la colonne vertébrale, les deux côtés du ventre me paraissent les places qu’il faut choisir de préférence. Au contraire, les membres supérieurs et inférieurs doivent être exceptés en raison de la gêne que les injections pourraient apporter à l’exécution des mouvements. Le ventre est la place la plus commode pour les personnes qui pratiquent elles-mêmes leurs inoculations. C’est du reste la partie la plus facile à in-

jecter. L'aiguille y pénètre sans la moindre difficulté, dans toute sa longueur et sans risque de léser les viscères abdominaux. La seule précaution à prendre dans ce cas est d’éviter, en enfonçant l’aiguille, de traverser les veines superficielles qui sillonnent la peau. Encore cela n’aurait-il pas un bien grand inconvénient, surtout si la veine était perforée de part en part.

Précautions préliminaires. L’opérateur devra toujours, avant chaque séance, laver ses mains au savon, dans l’eau bouillie, les brosser avec soin et les essuyer avec une serviette bien propre. Puis, prenant l’empoule à injecter, il en vérifie la limpidité. Si le liquide est laiteux ou même louche, c’est que l’ampoule aura été mal fermée ou que l’une de ses extrémités aura été brisée. Toute ampoule qui n’est pas limpide doit être rejetée.

L’ampoule vérifiée, couper avec des ciseaux l’une des extrémités, enlever avec le doigt les petits éclats de verre qui peuvent rester adhérents à l’ouverture de la capsule, puis renversant l’ampoule par son extrémité coupée au-dessus d’un verre à liqueur stérilisé préalablement par l’ébullition dans l’eau, on coupera 1 autre extrémité. Sous l’influence de la pression atmosphérique l’orchitinc tombera d’elle-même dans le petit verre. C’est là qu’il faudra la prendre

immédiatement en l’aspirant avec la seringue de Pravaz dépourvue de son aiguille.

Avant de vider l’ampoule dans le petit verre, l’opérateur aura préparé sa seringue en aspirant et en refoulant à huit ou dix reprises successives de l’eau bouillie dont il aura laissé abaisser la température suffisamment pour ne pas faire éclater le cylindre de la seringue. A chaque aspiration l’aiguille doit être retirée, mais elle doit être replacée avant le refoulement, de façon à participer au lavage qui est le but de cette manœuvre.

La seringue chargée d’orchitine et l’aiguille solidement adaptée par frottement avec la seringue, l’aiguille sera portée dans la flamme d’une petite lampe à alcool et rougie. Puis on déposera la seringue sur sa boîte ouverte de façon que l’aiguille ne porte pas et reste libre dans l’air.

L’opérateur trempera le coin d’une serviette bien propre dans la solution antiseptique dont je donne la formule et dont il aura versé la quantité d’un verre à bordeaux dans un bol quelconque et il lavera avec soin la place qu’il aura choisi pour l’injection ; ou, mieux encore, il lavera la place à injecter avec un tampon de coton hydrophile imbibé d’éther sulfurique. Prenant alors la seringue et la plaçant verticalement, la pointe de l’aiguille tournée en haut, il poussera douce-

ment le piston jusqu’à ce que l’orchitine chassant l’air contenu dans l’aiguille vienne s’écouler à l’extrémité de aiguille. Ces préparatifs terminés, le moment de l’injection est venu. Saisissant aussi largement que possible la peau du patient à la place choisie, et faisant un gros pli maintenu entre le pouce et l’index de la main gauche, l’opérateur, tenant solidement la seringue de la main droite, comme une plume à écrire, appuiera la pointe de l’aiguille sur le pli tenu par la main gauche et perpendiculairement à ce pli; puis d’un coup vigoureux, sans hésiter, il enfoncera l’aiguille dans les tissus de façon à ce que celle-ci disparaisse complètement. Tenant toujours la seringue comme une plume à écrire, avec le pouce, il poussera doucement le piston jusqu’au bout de sa course, introduisant ainsi goutte à goutte dans les tissus, la précieuse liqueur. Pour retirer l’aiguille, il lui suffira d’appuyer légèrement sur la peau avec la main gauche et de tirer avec précaution la seringue avec la main droite. L’injection faite, on lave avec la solution antiseptique ou avec l’éther et on ne fait aucun autre pansement. L’aiguille retirée de la seringue, on lave ces deux objets intra et extra à l’eau bouillie, puis à l’éther et on les replace dans leur étui jusqu’à la séance suivante où l’on recommence de la même façon toutes les manœuvres que nous venons d’indiquer.

11 ne faut pas hésiter à enfoncer l’aiguille dans toute sa longueur avant de pousser l’injection. De cette façon, on évite toute douleur consécutive. Si, au contraire, l’aiguille est incomplètement entrée, l’injection a lieu dans l’épaisseur de la peau, et cause une douleur extrêmement vive qui persiste souvent pendant plusieurs heures. L’absorption de l’orchitine, dans un tissu aussi serré et aussi contracté par le douleur, se fait mal et très lentement. Je ne saurais donc trop insister sur la nécessité de faire l’injection profondément.

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