‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 23 sur 83 · I. -__ Le régime de la transhumance d'été · texte numérisé non relu

I. -__ Le régime de la transhumance d'été

Comme dans le passé, les animaux venus des régions extérieures à la chaîne sont introduits par les communes et par les particuliers.

1° - L'introduction du bétail étranger par les communes.

Les communes admettent les troupeaux de deux façons sur leurs montagnes.

Certaines, — ce sont naturellement les plus riches en pacages, afferment des montagnes. Les locataires ou fermiers de ces montagnes peuvent être indifféremment des habitants de la commune ou des étrangers. Mais ce sont toujours des intermédiaires. C’est à eux que s'adressent les propriétaires de la plaine en quête d’herbages pour leurs animaux. Le bétail est conduit sur les estives,

soit par des bergers professionnels qui l’ont rassemblé dans les exploitations et dans les fermes du bas pays, soit par les propriétaires eux-mêmes. Mais c'est toujours le fermier des herbages qui en assure la garde. Et c’est toujours avec lui qu'il faut s'entendre pour le prix à payer. C'est par ce procédé que sont introduits les « béarnais », que l’on voit pacager, chaque été, aux abords du pic du Midi de Bigorre et sur les montagnes des Quatre-Véziaux d’Aure; et, de même, sur les montagnes de la haute vallée du Gave de Pau, à Camplong, à Estaubé, à Cestrède, ete... Le plus souvent, ces animaux pacagent à part, les indigènes conservant leurs quartiers propres.

Mais toutes les.communes n’ont pas des montagnes assez étendues pour en mettre une partie en location. Dans ce cas, elles se contentent d'admettre sur leurs herbages, voisinant avec le bétail indigène, des groupes plus ou moins considérables d'animaux étrangers frappés d'une taxe particulière désignée sous le nom de « bacade étrangère * ». Naturellement, cette taxe est beaucoup plus élevée que celle que l'usager acquitte pour son propre bétail. A Arudy, dans la vallée d'Ossau, elle est cinq fois plus forte. À Castet, elle atteint 75 francs par tête de gros bétail. Certaines communes, Lescun en particulier, imposent aux transhumants des taxes si élevées qu'elles deviennent prohibitives. Et comme chaque habitant surveille jalousement son voisin et que la fraude est difficile, on peut dire que ces communes-là n’admettent pas de transhumants.. Les troupeaux admis sur les montagnes à titre de bacades étrangères appartiennent à des villages voisins riches en bétail et pauvres en herbages. Mais ils viennent beaucoup plus souvent de la plaine. Ceux-là sont d’authentiques transhumants.

2% L'introduction du bétail étranger par les usagers.

L'introduction par les particuliers se fait sous des formes plus variées. Elle n’est pas toujours très facile à suivre. Si on laisse de

côté les opérations clandestines qu’il est à peu près impossible d'éviter, on peut distinguer trois façons différentes d'introduire des

transhumants sur les montagnes.

a) Il y a d’abord le bétail de commerce, c'est-à-dire les animaux achetés, vers la fin de l’hivernage, dans les marchés et dans les

1. On rappelle que l'on désigne, dans les Pyrénées, du nom de bacade, une tête de gros bétail (vache, jument ou mulet) ou dix brebis. Le terme de bacade s'applique, par extension,

à la taxe de pacage.

foires, par les paysans désireux de remonter leurs étables avant l'ouverture des pâtures communes, de la même façon qu'ils les ont partiellement vidées, à l'automne, après la fermeture de ces mêmes pâtures. Ces achats et ces ventes qui se négocient, dans les Pyrénées comme dans tous les pays de montagne, au début et à la fin de la belle saison, réduisent ou grossissent périodiquement le contingent des animaux qui vivent dans là région montagneuse. Ils sont, dans une certaine mesure, une des formes de la transhumance. Mais les mouvements qu'ils occasionnent ne sont jamais très considérables, le montagnard devant, pour acheter du bétail, disposer d’avances en argent et de quelques réserves de fourrage. Les foires ne contribuent donc que dans une mesure assez limitée à l’ascension du bétail étranger dans les estives. Au surplus, les administrations communales se précautionnent contre ces accroissements d'effectifs en exigeant une déclaration du bétail hivernant, généralement à la date du 25 mars.

b) Le bail à cheptel, l'antique gazaille, n'est guère plus pratiqué. Il en reste quelque trace, ici et à, notamment dans la vallée d'Aure. Mais, lorsque intervient un accord de ce genre, c’est toujours un acte isolé, liant deux personnes d’une même vallée, plus rarement un bailleur de la plaine et un preneur de la montagne. Même sous cette forme réduite, le contrat de gazaille devient rare. car il est un mode de placement que concurrencent aujourd'hui les multiples formes du crédit. Il a pris une couleur d'usure et on ne l’avoue guère. De toute façon, le bétail de gazaille ne peut plus être considéré comme du bétail transhumant.

c) La commande présente avec le régime de la gazaille une certaine analogie *, mais elle entraîne vers les montagnes un nombre plus considérable d'animaux, Le montagnard qui introduit, suivant ce mode, des moutons ou des brebis de la plaine, traite à cet effet avec un certain nombre de propriétaires, dont chacun fournit un lot variable d'animaux. Il existe d'ordinaire entre les contractants des relations qui, d'année en année, se maintiennent ou se renouvellent. Ce sont les mêmes paysans de la plaine qui traitent. chaque été, avec les mêmes usagers de la montagne. Le bétail, une fois rassemblé, est conduit sur les estives, non par son propriétaire, comme il arrive pour les troupeaux pacageant sur des montagnes affermées, mais par le montagnard, qui va lui-même le chercher en plaine. Pour ce bétail, il paie à la commune dont il

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