Lefebvre (Th
Le terme de transhumance est plus généralement employé, dans un sens plus restreint et, donc, plus précis, pour désigner les déplacements extérieurs des troupeaux entre des régions nettement différenciées, entre les montagnes, où ils pacagent, au cours de la belle saison, sur les herbages débarrassés des neiges hivernales, et la plaine où ils subsistent au cours de l’hiver. C’est le sens que les Espagnols attachent au terme de franshumantes, par opposition aux eslantes qui sont des sédentaires et aux riberiegos qui ne se livrent qu'à des déplacements limités dans l’intérieur d’une même province. C’est également le sens que lui donnent, à peu près sans exception, tous les écrivains, géographes ou économistes, qui ont étudié la vie pastorale des régions montagneuses, M. Sorre, pour les Pyrénées ; Fournier et M. Arbos, pour les Alpes *: M. de Martonne, pour les Karpathes ; M. Cvijic, pour les Balkans ; M. Klein,
pour l'Espagne; M. Augustin Bernard et M. Célérier, pour l'Afrique du Nord.
Seulement il n'est pas toujours facile de distinguer entre ces mouvements des troupeaux, de discerner ceux qui relèvent de la transhumance de ceux qui ne peuvent être considérés que comme de simples changements de pacages. La difficulté est particulièrement sensible dans les Pyrénées, pour des raisons que nous aurons l’occasion d'indiquer au cours de ce travail. Il est donc indispensable de serrer de plus près la définition.
Pour ce qui est de la transhumance hivernale, rien de plus facile. Même quand il ne va pas très loin et qu'il se tient à proximité des montagnes, le troupeau transhumant se distingue fort bien du sédentaire de la vallée : il est en plaine, il pacage dans des propriétés, prairies ou champs, dont, sous une forme ou sous une autre, il paie les herbes. Le sédentaire est resté au village où il vit, le plus souvent, de fourrage. Pour le transhumant d'été, la ligne de démarcation apparaît, à première vue, moins clairement, mais il v en a une, qui ne trompe guère : le transhumant ne pacage jamais, ou très rarement, sur les montagnes inférieures et moyennes, celles du printemps et de l’automne, montagnes où Îles troupeaux indigènes passent, au contraire, la plus grande partie de la belle saison. I n’est conduit que sur les estives, parfois sur les mêmes pacages que les troupeaux indigènes, plus souvent dans des auartiers distincts. Sur ces estives, il fait d'ordinaire, un séjour plus long que l’indigène, arrivant quelquefois avant lui, descen-
2. M. Arbos définit parfaitement la différence entre les mouvements intérieurs et la transhumance, 2, p. 563.
dant presque toujours après lui. Dans celles des vallées où l’on pratique avec le plus de soin le parcage des bêtes à laine sur les prairies en vue de la fumure, cette différence de durée est très appréciable : les brebis du pays descendent, dès le début de septembre, sur les germs et les basses montagnes ; les transhumantes restent jusqu'au milieu, souvent jusqu'à la fin du mois. Les troupeaux espagnols qui pacagent aux abords de la frontière sont les derniers à partir. Bravant les neiges précoces qui apparaissent presque invariablement aux environs de l’'équinoxe d'automne, ils demeurent sur les estives jusqu'au milieu, parfois jusqu'aux derniers jours d'octobre.
Les parcours des transhumants sont, à la fois, plus longs et plus simples que ceux des sédentaires. Des régions basses et des plaines où se trouvent leurs étables vers les hauts massifs où ils passent l'été, ils ne font qu'un seul voyage, sans aucun stationnement intermédiaire, L’estivage fini, ils redescendent de la même façon, directement. Aussi est-il assez facile, dans les Pyrénées, de reconnaître au passage les troupeaux transhumants des troupeaux sédentaires les uns redescendent de la montagne avec toute leur laine sur le dos ; les autres n’ont qu'une courte toison, ayant été tondus au début de l'été, à la descente des pacages de printemps et avant la montée sur les estives.