Archives de la Vallée d’Ossau, BB
25, Arch, de la Gironde, C 275,
17174, au moment de la grande épizootie qui sévit sur le gros bétail, il fit une vigoureuse opposition au projet des Ossalois d’envoyer leurs troupeaux de vaches dans la grande lande, bien qu'elle n'eût pas à craindre la contagion, puisqu'elle était elle-même infectée *.
Enfin l'opinion publique se montrait de plus en plus défavorable aux transhumants. On en trouve la preuve, en 1789, dans un certain nombre de cahiers de doléances des communautés et des sénéchaussées. La paroisse de Labouheyre demande qu'il soit fait une interdiction générale aux « bestiaux étrangers de pacager dans les landes et d'enlever ainsi une partie des pâturages nécessaires et même indispensables aux bestiaux du lieu * ». De même, la paroisse de Cazères sur l’Adour, en Marsan, réclame « l’abolition du droit d'introduire des pasteurs étrangers dans la dite communauté ».
Ainsi, par une sorte d'accord tacite, gouvernants et gouvernés s’entendaient pour restreindre les libertés et les faveurs dont les transhumants avaient joui si longtemps. Le XVIIF siècle qui vit, en Espagne, les économistes s'attaquer, au nom de l’agriculture et de l'intérêt public, aux privilèges de la Mesta, vit le Midi de la France, au nom des mêmes intérêts, s'opposer de plus en plus aux parcours des troupeaux pyrénéens.
La transhumance du gros bétail fut la première à en subir les effets. Il apparaît bien qu'elle se trouva, dans le courant du XVIII siècle, en voie de diminution. Le Pont-long, lui-même, était moins fréquenté. Les troupeaux se retiraient peu à peu de la grande lande. Un événement imprévu, la grande épizootie de 1774-75, hâta sa décadence. Elle fit périr une grande partie du troupeau béarnais. La vallée d'Ossau, principal pourvoyeur des troupeaux transhumants, fut particulièrement éprouvée. D'après les Registres de la Jurade, elle perdit 8.609 bêtes sur un effectif total de 10.000 **. C'était un véritable désastre, dont l'élevage du gros bétail ne se releva que beaucoup plus tard. La transhumance ne retrouva jamais ses effectifs d'autrefois. Le troupeau, réduit en nombre, put désormais trouver sa subsistance dans la vallée, qu'il ne quitta que par intermittence, dans les années où la récolte de foin se trouva
26. Archives de la vallée d'Ossau. Registres de la Jurade, BB 8, p. 28-31 (4 octobre 1774).
27. M. de Chanton. Cahier de doléances des paroisses et de la Sénéchaussée de Tartas en 1789. Dax, A. Lebègue, 1906, p. 168.
28. Registres de la Jurade, BB 8. cf. J. Lacoste, 88, p. 264-272,
en déficit. D'Angosse, qui écrit en 1838 , parle encore de Ja transhumance comme d’une pratique usuelle, Mais elle était, de son temps, for! réduite et ne dépassait guère, semble-t-il, un millier de vaches qui, chaque hiver, descendaient vers les Landes et vers Bazas ”. Le partage et le boisement des communaux, entrepris sous l'effet de la loi de 1857, lui porta le dernier coup. Elle n'est plus aujourd'hui représentée que par les quelques animaux que les communes du haut Ossau envoient chaque année pacager
sur la lande du Pont-long et dans les campagnes de Gan (près de Pau) et d'Oloron,
La transhumance du petit bétail subsista, Mais elle ne fut pas sans rencontrer des résistances et sans subir quelques atteintes. Les habitants des régions traversées prirent leurs précautions contre les troupeaux, surtout contre les chèvres qui cominettaient de fréquents dégâts. En 1773, la communauté de Bazas fit défense aux pasteurs d'amener des chèvres dans le pays à cause des ravages qu’elles font". I n'v a plus aujourd’hui que fort peu de chèvres dans les troupeaux transhumants. Les parcours des brebis durent, euxmêmes, se soumettre à quelques restrictions. Il y a une trentaine d'années, ils atteignaient encore les confins de la Charente et de la Dordogne et v pénétraient. Mais ils v étaient impatiemment supportés. Les habitants se plaignaient. « Depuis fort longtemps, dit (1904) une lettre du maire de la Roche-Chalais, nos contrées sont envahies par nombre de gens qui descendent des régions pyrénéennes avec des troupeaux de moutons et de chèvres, et qui causent dans nos champs, nos pâturages et nos bois de graves dom: mages, non seulement par le manque de surveillance de leurs troupeaux, mais aussi par leur mauvais vouloir. » Faisant droit aux plaintes répétées des habitants de la commune, le maire de la Rache-Chalais prit un arrêté règlementant le pacage et lui imposant des conditions si rigoureuses que les transhumants prirent le parti de ne plus s'établir sur son territoire (1904) **. Aujourd’hui, les troupeaux ne dépassent guère Coutras.