L. Cadier, 15, p
19. Archives des Basses-Pyrénées, C680, f. 14, 15 et 33, cf. L. Cadier, 14, p. 311.
f nai * QG A0 < > À oraine sur les agneaux et veaux nés de troupeaux pacageant dans
les landes de Bordeaux, en Chalosse et autres provinces [de la couronne de France] pendant l'hiver, le printemps et autre saison. un autre règlement du 21 septembre 1661 accordé sur l'intercession des Etats de Béarn par le même seigneur de Poyanne, défend aux fermiers de la foraine de rien exiger en raison des cuirs que les pasteurs des vallées d'Ossau, d’Aspe et de Barétous transportaient, à leur retour en Béarn, des bêtes mortes pendant l'hivernage. * Enfin un arrêt rendu le 29 mai 1667 par le comte de Toulonjon, lieutenant général, toujours à la requête des Etats, fait de nouveau défense aux commis de la foraine de rien exiger des habitants du pays [de Béarn] en raison du passage des bœufs, vaches, agneaux, veaux et autres bestiaux qu'ils mènent en France
pour hiverner, sous peine d’être punis comme auteurs d’exactions indignes. *
Ainsi, à l’époque où les domaines béarnais furent réunis à la France, les exemptions de droits de passage et les autres franchises dont les pasteurs jouissaient depuis le XIV° siècle sur l’ensemble des terres béarnaises, se trouvaient étendues à celles de la couronne de France. Le pouvoir central avait cessé de percevoir l’ancien droit de guidonnage. Dans les landes de Gascogne, dans les champs et les vignes du Bordelais, de même que dans les campagnes du Béarn, du Tursan, du Marsan, du Gabardan, de Captieux, troupeaux de vaches et de brebis pouvaient pacager librement, exempts de tous droits et de toute contrainte, à la seule condition de payer aux communautés ou aux particuliers, nobles et roturiers, le prix des herbages dont ils subsistaient. Jusqu'au XVITF siècle la monarchie protégea les troupeaux et facilita la pratique des parcours. Elle était alors préoccupée d'assurer l’approvisionnement des manufactures : elle cherchait par tous les moyens à favoriser l'élevage du bétail à laine et à limiter ses achats à l’étranger. De même que la monarchie espagnole du XVF siècle soutenait la Mesta dont les troupeaux alimentaient son commerce ef son trésor, de même le gouvernement de Louis XIV et de Colbert
laissait toute liberté aux transhumants pyrénéens.
20. Compilation d'auguns priviledges... Réglement du pays de Béarn, Rubr. 36, art. XI-XIV. 91. Ibid, art. XV.
III. — Les ennemis de la transhumance. La restriction des parcours.
Cette situation devait fatalement se modifier un jour au désavantage des transhumants. Il y avait toujours eu, ici ou là, des résistances. Nous avons déjà oité la promesse faite, en 1561, par le seigneur de Salles aux habitants de ses terres de limiter les parcours des vachers béarnais : l'intervention du Parlement de Bordeaux réglementant, en 1671, le pacage des animaux dans l’Entredeux-Mers. Ces résistances s’aggravèrent par la suite, et le XVITF siècle vit s'ouvrir un véritable conflit entre le berger et le laboureur.
Les habitants se mettaient alors, pour étendre leurs cultures, à défricher et à clôturer les vacants. La noblesse, qui cherchait de nouveaux profits, entreprenait, de son côté, sur les communaux, et, d'autre part, réclamait avec plus de rigueur, le paiement des droits de parcours qu'elle avait conservés en divers endroits. La situation devint bientôt difficile pour les pasteurs des troupeaux pyrénéens. Dès 1748. les Ossalois adressaient à l’intendant de Tourny le Mémoire que nous avons déjà eu l'occasion de citer et dont l’objet essentiel était précisément de protester contre ces entreprises. « Depuis quelques années, disent-ils, certains particuliers aboutissans aux landes de Maiïllas et de Captieux se sont avisés d'inquiéter les supplians et, sous prétexte qu'ils ont affiévé certains quartiers de lande, ils les ont enfermés de fossés, ils ont même affecté de n'enfermer que celles qui conduisoient aux ruisseaux et les plus propres pour les gites dans le tems des neiges et des mauvais tems”., Les pasteurs ne peuvent aujourd’hui mener leurs vaches que dans les landes les plus suietes à l’inondation. » Et plus loin : « Les pasteurs n’ont... rien dit alors que ces particuliers défrichaient quelques parties de lande pour l’ensemencer mais aujourd'hui qu'on affiève de toute part et qu'on fossove les landes affièvées,.… ils sont forcés de faire entendre leurs plaintes jusqu'au trône de leur souverain. » * La correspondance échangée, à l’occasion de cette requête, entre Tournv et Trudaine montre que le conflit ne se limitait pas à la prévôté de Bazas, où se trouvaient situés Maillas et Captieux, et à de simples interdictions de parcours, mais qu'il s’étendait à d’autres domaines et à d’autres
22. Le défrichement des landes a, en effet commencé le long des cours d’eau, pour la raison, que nous avons ailleurs indiquée, que là étaient les sois les plus secs et les plus faciles à utiliser.
23, Arch, de la Gironde C 3221,
questions. Des communautés du Béarn, du Tursan et du Gabardan, la ville de Grenade réclamaient le paiement du droit de pon-
tage. La baronne de Caplanne prétendait de même percevoir un droit de guidonnage sur les troupeaux.
Ce n'étaient pas les seules atteintes apportées à ce que les transhumants considéraient comme leurs droits. Les agents du fise ne se faisaient pas faute d'intervenir. En 1667, les fermiers du droit de foraine prétendirent établir une taxe sur les bestiaux menés dans les plaines pour l'hivernage. La Jurade d'Ossau leur intenta un procès et obtint en sa faveur deux arrêts du Parlement de Bordeaux (1667) *. En dépit de cette décision, les agents de la foraine continuèrent à réclamer la taxe aux bergers transhumants. D'autre part, les collecteurs de la taille émettaient la prétention de leur faire paver l'impôt dans les lieux où ils hivernaient. Contre quoi protestent véhémentement Pierre et Jean Hourcadet, « pasteurs habitans de la valée d’Aspe », objectant : 1° que les nombreux pasteurs répandus dans les graves de Bordeaux, les bords de la Garonne jusques à la Réolle, l'Entre-deux-Mers et tous les lieux où les brebis peuvent subsister, n’ont jamais été assujettis à une semblable imposition ; 2° que les règlements concernant la taille veulent que le séjour excédant six mois détermine l'imposition, soit de la taille, soit de la capitation. Or, les suppliants n'arrivent jamais que vers la fin de décembre et s’en retournent exactement an commencement de mai, ce qui ne va jamais au-delà de cinq ROTLCLTC2).
Nous ienorons quelles suites furent données aux diverses réclamations des communautés intéressées, Mais il est visible aue les transhumants ne trouvaient plus auprès des pouvoirs publics la même protection que par le passé. Les idées avaient changé. Les avents du roi qui, au temps de Colbert, cherchaient à multiplier les troupeaux, surtout les troupeaux de bêtes à laine, se montraient, au temps des phvsiocrates, beaucoup plus préoccupés d'accroître Ta production du blé. Ils condamnaient la vaine pâture, encouraseaient les clôtures et les défrichements. C’est l'attitude de Tournw, en Guienne et en Gascogne : celle de d’Etienv en Béarn. Leurs efforts eurent peu de succès, mais ils dressaient de nouveaux obstacles devant les mierations pastorales, envourageaient. qu'ils le voulussent ou non, les résistances des particuliers et des communautés. De son côté, le Parlement de Bordeaux intervenait. En