‹ La Transhumance pyrénéenne et la circulation des troupeaux dans les plaines de GascogneChapitre 57 sur 83 · IV. — La bataille du Pont-long · texte numérisé non relu

IV. — La bataille du Pont-long

Le plus violent et le plus long des conflits provoqués par les parcours des troupeaux pyrénéens fut celui qui mit aux prises les bergers de la vallée d'Ossau avec les communautés de la plaine béarnaise et, en particulier, avec la ville de Pau, au sujet du Pontlong.

Le Pont-long s'étend au Nord de Pau sur une longueur d’environ vingt kilomètres et une largeur de six à huit. C’est une ancienne vallée du Gave, un des parcours suivis, aux temps quaternaires, par les puissants courants issus de la montagne pyrénéenne. Cette origine se révèle le plus clairement par sa position même au-dessus du Gave actuel, qu'elle domine d'une soixantaine de mètres ; par sa pente, régulièrement orientée au Nord-Ouest ; par la dissymétrie de ses versants dont le plus abrupt, celui de droite, dessine une courbe concave ; par la nature des sols dont elle est formée, argiles, graviers et cailloux roulés *. C’est aujourd'hui un vaste plateau parcouru de maigres ruisseaux, dont le plus notable, le Luy de Béarn, suit le pied des coteaux relevés de la rive droite. L'écoulement des eaux est fort imparfait. Des portions de marais, quelques tourbières occupent par endroits le lit des anciens parcours. Le Pont-long, mal asséché et mal drainé par ce réseau à moitié fossile, fut longtemps une région de circulation malaisée. Les habitations et les villages se tenaient sur les hauteurs qui entourent la plaine au Nord et au Sud. Les chemins, autant que possible, évitaient les bas-fonds. Ceux qui les traversaient durent être jadis surélevés au-dessus des eaux ou construits sur pilotis, à la

ranière de ces chaussées, de ces pontes longi, si fréquents dans les anciennes nomenclatures géographiques. C’est à eux, sans aucun doute, que cette plaine doit son appellation actuelle.

La plateau du Pont-long est une région de landes. Les sols qui en forment Ia surface, composés de cailloux, de graviers et d’argiles, de terres froides et cénéralement imperméables auxquelles l'acide humique. très abondant, donne une teinte brune ou noirâtre, sont, à l’état naturel, couverts d'une épaisse vévétation d’ajioncs épineux et de grandes fougères aigle auxquels se mêlent quelques bruvères, association que l'on désigne dans tout le Béarn et dans la Chalosse sous le nom de tfouvà. Les bois semblent n'avoir jamais été très abondants, sinon, par endroits, dans les parties les plus sèches. Ce

3. Carte géologique détaillée à 1:80,000. Feuilles 227 (Orthez), 228 (Castelnau), 240 (Tarbes\,

vaste domaine était tout naturellement désigné pour êtré un terrain de parcours et d'élevage du bétail. De très bonne heure, il attira les gens de la montagne, surtout les bergers de la vallée

d'Ossau.

Le Pont-long était, pour eux, d'accès particulièrement facile, Rien ne l’enferme du côté du Midi. La ligne de coteaux qui le limite sur son rebord méridional et le sépare de la plaine actuelle du Gave

tes Âle = Pau et le Pont-long.

s’interrompt un peu à l'Est de Pau et ne reparaît qu'à l'Ouest de Lescar, laissant ouverte une brèche de huit à dix kilomètres de largeur par laquelle on passe aisément de l’un à l’autre niveau. Encore le talus qui les raccorde est-il entaillé de ravins faiblement inclinés tout désignés pour la circulation... Au pied de cet escarpement, réduit et pour ainsi dire aménagé par la nature, coulent, en flots rapides, les eaux du Gave. Elles sont, elles aussi, de passage facile. En effet, tandis que, plus en amont, le grand torrent divague dans la plaine alluviale et se divise en bras instables que séparent des îles caillouteuses et pour la plupart couvertes de saules

(saligaas), ici il se rétrécit. Un affleurement de roches dures, ie poudingue de Palassou, lui fait un lit plus stable et plus resserré. Il y a là un gué facile à franchir et l'assiette d'un pont. Enfin, juste en face du passage, s'ouvre le vallon, largement ouvert, d’un gros ruisseau descendu des avant-monts, le Néez. Directement orienté au Sud, il mène, par Gan, Rébénacq, les seuils de Sévignacq et de Buzy, vers Arudy et la vallée d'Ossau. Aucun chemin n'est plus commode.

Ainsi tout invitait le montagnard à envoyer son bétail pacager au Pont-long. De très bonne heure, la lande fut pour lai un terrain de parcours et un pacage pour les mois où la neige interdit à son troupeau le séjour sur les estives. De tout temps, il v envoya, non pas ses brebis et ses chèvres pour lesquelles il recherchait un sol plus ferme, moins humide, et une nourriture plus riche, mais ses vaches et ses chevaux.

Il ne fut pas le seul à l’exploiter. Les communautés riveraines, installées sur les pentes des coteaux limitrophes, y envoyaient, de leur côté, pacager leur propre bétail. Elles faisaient aussi quelques défrichements, là où le sol s’y prêtait. Le Pont-long se trouva ainsi disputé entre les gens de la plaine et ceux de la montagne. On peut se demander quels en furent les premiers occupants ?

Un ancien archiviste des Basses-Pyrénées, J. Passy, se fondant sur des analogies dialectales, à soutenu cette hypothèse que la vallée d'Ossau aurait été peuplée vers 845 par une émigration pacifique des habitants de Lescar, l'antique Beneharnum, et de ses environs. chassés par l'invasion des Normands. * La population primitive de la vallée ne serait restée compacte que dans trois des villages du bas Ossau, Arudy, Izeste et Castet. Si cette explication se trouvait vérifiée, ce seraient les riverains immédiats de la lande du Pontlong qui en auraient été les premiers occupants, et les droits ultérieurs des Ossalois sur cette lande auraient été un véritable héritage emporté avec eux par les émigrants. Cette explication ne peut être considérée, dans l’état actuel de nos connaissances, que comme une simple hypothèse, En supposant même qu'elle soit reconnue juste, elle ne résoudrait pas complètement le problème, car nous savons que la vallée d'Ossau était occupée, bien avant 845, par une population de montagnards, les descendants des Osquidates montani de Pline, et rien ne nous autorise à penser que ces anciennes populations n'avaient pas envoyé de troupeaux sur la lande avant 845.

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