‹ La Transylvanie et ses habitantsChapitre 29 sur 39 · II · texte numérisé non relu

II

force, de Tagilité et de la rapidité. Chez Huoyadi il atteignit •a trente-sixième ftonée, et dépassa toujours à la course tous les chevaux du pays. « Si on le monte, dit Erdélyi, il est ton^ » Jours tr^ attentif à tout ce qui Tentoure ; il regarde les » nuages, et les oiseaux qui passent sur sa tète Texçitent taaty » qu'il exprime , même quand il eH arrêté, le désir d'imiter » leur Tol, et parait être dans une agitation continuelle. S11 » arrive sur la plaine qui est située près d'Urmény, te souvenir » de sa patrie feit nattre dans ce cheval Tardeur de courir : » aussi, une fois qu'il est lâché, est-il fort difficile de le r^e- )i ntr^ le cavalier perd presque Tbaleine. Tatar s'étend daqs » ses mouvements, et ^'allonge, poiir s^osi dire, de maiûère }> qu'il semble crottre aux yeux du spectateur, et qu'osn croit » voir Tétre le plus rapide qui puis^se (endre Tair. Sa peai|, lui- » santé ccMDome de l'argent^ abondamment couverte de pçils » fins, laisse voir, quand il s'a^te» toutes s^ v#ines, qui ûgnn^ )> rent un réseau. Dans Téeurie. il dQPDf^ SQi^vçnt 4es pp^^uves 9 de son intelligence et da san attachemi9qt. Son gardien doi^ I» mait souvent près de lui, aur nne môfnçljitièr^. Sj iii^ chevj^l » se détachait dans Técurie voisine, Tçnatr p^usssut décernent » son gardien pour réveiller. Le matin il se levsiit avec prér )i caution, mangeait son avoine et prensât bj^a %9^p d'éyeiUer )) son gardien, etc. » Le peintre Ums a lithogre|)Mé, ^ Yiuno^^ la magnifique tète de ce che^vaU

n Les anglomanes prétendeal qne le cheval iMi^h^ est ini^qs fort et moins durable que le cheval an^aia Eft vérité > o^i ressemble tellement h un paradoxe, qu'il est inutile dQ perdve son temps à répliquer. L'Arabe du désert ne cheisiU pour sa race que le sang le plus pur > son cheval, sap û^Ui eqppa-gnon, a presque continuellement à lutter contre les plus rudes £Ktigu6s et les plus grandes privations. Ses années d^épreuve sont de cinq k vingt ans, tandis qu'en Angleterre t^épfeove

partiale et bfen ioeoiiii>fète de la course 6afllt ponr mettre un étalM en vogue. Dé plus, cet étalon ne sera employé h saillir lés jttments qu*après un hn^ senice, quand il sera vieux, tandis qne le cheval arabe , dans toute la force de la jeunesse ^ transmet à ses échappés intelligence, ardeur, courage, durée et santé.

» Quant h la rapidité. Il est reconnu que le cheval arabe surpasse l'anglais. Celui-ci, un Jour de courses, gr&ce à ses formes allongées ^ pourra atteindre le but le premier, après trois minutes de galopa mais il n'en faudra pas conclure qu'il est roeitleur coureur. Considéreï^ en effet, que la transplanta- Ifon du cheval du désert dans l'humide climat de l'Angleterre peut exercer sur lui une influence nuisible. On a raison de deînander si un pur sang anglais transporté en Arabie y ferait ce que fait un arabe en Angleterre. Le cheval arabe vit toujours en plein air^ on Ibi donne le matin de la paille coupée, et le soir de l'orge : c'est là toute sa nourriture ^ H se couche sur le sol^ sans litière, les jambes attachées. Avec ce régime il peut bravi^ des fatigues incroyables. Aussi est^il absurde d'admettre que la grande rapidité du cheval anglais remplace les excellentes et nombreuses qualités de Tarabe.

» Entre ces qualités principales, il faut citer la sûreté des pMs; Qu'on écoute ce nouveau voyageur (i), qui, agité pai* la fièvre, et les mains enveloppées dans sa redingote, passe sur des chemins affreux sans se servir de la bride, et descend au galop, des heures entières, par des pentes couvertes de pierres détachées, sur lesquelles son cheval avance d'une mesure égale et avec une parfiiite sécurité ! On sait que la croupe du cheval anglais est farte ^ mats il kfl manque ce levier qui, dans une croupe gracieusement arrondiey donne de la légèreté à l'avant-

Cl) Taubenbefm;

main, qualité principale da cheval transylvain^ qualité essentielle sur un terrain inégal. Les chevaux anglais, de formes de lévriers, avancent très vite sur un sol uni } mais^ comme ils ont rarrière-main haute^ le poids qui tombe tout k fait sur Tavant-main leur donne de la raideur au pas comme au trot^ elles fait broncher quand ils vont lentement. Dans quel autre pays du monde qu'en Angleterre garnit-on de coussins les genoux dun jeune cheval, pour peu qu'on veuille le conduire au pas^ sans charge, pendant un quart de lieue, de peur qu'il ne tombe et ne se couronne ? Cette raideur, qui semble être héréditaire, ne disparaît que quand l'animal est échauffé et ex« cité, c'est-à-dire quand le sang est agité et quand le cheval s'allonge et s'étend en courant* Le but que les Anglais se proposent en élevant des chevaux, c'est de les douer de la plus grande rapidité possible, afin qu'ils remportent les prix. Mais notre but, à nous, doit être de nous procurer des chevaux bons pour le service et pour la guerre. Or le cheval de guerre doit avoir les pieds sûrs, c'est une condition essentielle.

• Il faut encore remarquer que le cheval anglais , avec le traitement coûteux qui lui est nécessaire^ devient de génération en génération plus délicat, tout au rebours du libre fils de l'Orient. De là il résulte que chez nous, avec une quantité double de fourrage, les croisés anglais sont beaucoup plus exposés aux maladies que les chevaux du pays. Les défauts héréditaires qui se montrent chez le sang anglais sont principalement, comme chacun sait, des défauts aux os, tels que excroissances, éparvins, etc. Le comte Szechényi, malgré tous ses habiles raisonnements, est forcé d'en convenir. Le célèbre Belzoni lui-inéme avait à la jambe gauche, comme héritage de son aïeul Hamhletonian^ un éparvin très prononcé. Il serait facile de citer, sous ce rapport, beaucoup d'autres célébri« tés. Ces défauts, auxquels il faut joindre la cécité (l'inévitable

goutte sereine), ne se montrent que trop souvent chez nos croisés anglais. On leur pardonne^ il est vrai, ces vices, puis-* que la proportion et la régularité des formes, la pureté des os> ne sont pas des conditions indispensables à la race des coureurs. Des connaisseurs attestent (1) que souvent des coureurs les plus renommés avaient un cou de cerf (encolure renversée); la croupe avalée, les astragales raides, et remportaient les prix. Ainsi, quand un cheval arrive le premier au but, tout est dit : il est trouvé excellent, quels que soient d'ailleurs ses défauts.

» Il est facile de prévoir que cette tendance détériorera avec le temps toute la race En appliquant les chevaux de très bonne heure à la course, on éveille leurs forces par mille moyens ar-^ tificiels , on les éveille beaucoup trop t6t et outre mesure t c'est pourquoi ils ne peuvent atteindre tout leur développement, et ils commencent quelquefois à languir de bonne heure* Quand enGn, usé par des courses fréquentes, l'étalon est jugé incapable de parattre désormais dans l'arène, quand il est bien affaibli, il sertk la propagation. N'est-il pas naturel alors que ce cheval ne produise pas des poulains aussi forts, et que ses défauts deviennent des vices héréditaires dans ses échappés ? Pour prouver qu'un coureur hors de service peut être un fort bon étalon, Szechènyi présente l'image d'un guerrier qui, couvert de cicatrices, peut avoir des enfants vigoureux. Mais ce ne sont pas les cicatrices qui enlèvent la force. Pour que le parallèle soit juste, il faut comparer le coureur épuisé k ces soldats affaiblis parles souffrances et les fatigues delà guerre. Ce n'est pas Ih d'ailleurs le seul reproche qu'on puisse adresser h cette mode anglaise, qui consiste à prendre comme étalon le meilleur coureur. Souvent d'excellents coureurs sont de

(1) Bnrgdorf, das Pferderennen in JEnyland.i Kcenigtberg, 18^27.

mauvais étalon». Ainsi les écbappé^ de Chi14er étaient ùéker tueuf ; de ChUdep^ qui surpassait même t!clip$$j puisqu'il franchissait en une seconde 82 pieds!

» Nous nous sommes attaché ^ déinqntrer que rintroduction des chevaux anglais^ malgré certaines prophéties, Q*avait pas été heureuse dans notre pays^ que le croisement nouveau était plus nuisible qu'utile. Nous allons appuyer cette vérité par des chiffres, c'est-k-dire prouver que, sous le rapport commercial, la Transylvanie a beaucoup perdu par TUnportation des chevaux anglais.

» Huzard, qui ne cite dans son ouvrage (1), ^n 1S17, que les haras les plus remarquables, en compte 34- Il n'en nomme qu'un qui soit de la vieille race du pays. Dans Tannée 18i27, Erdélyi en dte 160, tandis qu'il n'en compte que 64 pot^r la Hongrie. Dans la période anglaise, la plupart de ces haras ont disparu, et U n'en reste plus que quelques uns moins considérables. En 1802, la somme de l'importation pour le commerce des chevaux, dans la Hongrie, dépassait ceUe de l'exportation de 129,879 florins (2). Aujourd'hui la Hongrie et surtout la Transylvanie se trouvent dans une plus mauvaise situation.

» A l'époque où 9e vendaient le plus nos chevaux demisang» et où la race anglaise a eu le plus de prix, notre pays a tiré peu d'argent de l'étranger. D'ordinaire les éleveurs faisaient entre eux des échanges ou s'achetaient des. chevaux è. crédit ; et si quelques pièces n'avaient été exportées pour la Hongrie, on pourrait dire que la vente a été presque nuUe. Nos écuries sont remplies de chevaux trop cher& pour servir

(1) Notices sur quelques races de chevaux et sur quelques haras de Tempire autrichien, puisées dans les Annales d^agriculture. Vimney série 2, t. XXI.

(2) Schwarttter, Sî^tisHk des KœnigrHch$ Ungam, Ofen, tt09.

éè f«HN)Bt6, éenr «» éetni'^gaDg n'a pas été obtenu sans frais, 6l lés adieteurs vont chercher des chevaux dans les contrées voi« Mes. Si on sait que la Transylvanie est^ après rAngleterre^ le pays de l'Ënrope le plus riche en chevaux, puisqu'on y compte 255 Chevaux par mille allemand carré, d*après le cal» eul de Lichtenstern , l'exportation devient, pour un pays si pauvre en argent, un objet doublement important et désii^able. Ce manque de débit fait gagner la Moldavie, la Valaebie, la Bessarabie, d'où Ton emmène des troupeaux entiers de chevaux. De Jour en jour le prestige qui s'attachait à la race anglaise semble disparaître : ce qui nous est fort préjudiciable^ puiisque nos chevaux sont maintenant croisés avec cette race. Ëtt Angleterre même l'exportation diminue à mesure que te nombre des coureurs augmente. En 1826, par exemple, on n^en exportait que 1 00 chevaux : en revanche on importait plus de 1,000 pièces tirées du Holstein.

» Notre situation actuelle contraste malheureusement avec Tétat de choses qui subsistait auparavant. Autrefois les chevaux transylvains étaient aimés à l'armée et dans les pays étrangers. Chacun des 160 haras, quoiqu'il ne produisit pas tout ce qu'il eût pu produire, donnait des remontes en assez grande quantité, et les éleveurs les moins considérables en retiraient des sommes assez fortes. Les chevaux de prix étaient recherchés par les seigneurs et les Hongrois, par les boyards voisins ou parles étrangers venus du Wurtemberg, du duebéde Bade, du pays de Hesse et de la Bavière. La vente la plus importante était celle des chevaux de guerre, et les Français nous les payèrent souvent à un prix élevé. Nous devrions d'autant plus nous attacher à relever dans notre pays l'élève des che-» vaux, que nous serions sûrs de ne pas manquer d'acheteurs. La Prusse paie 120 écus le cheval de guerre. En Hanovre le cheval de grosse cavalerie revient k 116 écus, celui de cavale-

rie légère à 100. Le Wortemberg achète le eheval 185 florins Bien que F Autriche paie les cbeyaux de guerre plus mai qu^aucuD autre état aUemaod, il serait cependant avantageux qu'elle tirât ses remontes de notre pays. C'était ce qu'elle faisait autrefois; mais depuis que la Hongrie et la Transylvanie ne peuvent suffire à pourvoir de chevaux l'armée autrichienne, elle prend ses chevaux en Moldavie, en Bessarabie, dans l'Ukraine et la Russie rouge. Ceux de l'Ukraine sont très difficiles à dompter : ils périssent souvent pendant le dressement, ce qui qui est un dommage considérable pour le gouvernement. L'Autriche serait donc très disposée à acheter nos chevaux. La France elle-même trouverait peut-être de l'avantage à le faire, car on sait qu'elle manque de remontes. L'élève des chevaux diminua dans ce dernier pays h partir du règne de Louis XII L Les guerres de Louis XIV lui coûtèrent plus de 100 millions de francs. En 179:d, les derniers haras disparurent, et on ne se servit presque exclusivement que de chevaux étrangers. Enfin Napoléon, dans un décret du 21 .juillet 1809, donna l'ordre de rétablir les haras. Toutefois^ depuis la paix de 18i5« ils ont peu prospéré. En 18ZiO, on importait en France 32,400 chevaux, entre lesquels 1,200 seulement furent tirés de l'Autriche (prii moyen 872 fr. 50 c). En 1861, on en amenait 3,000 de l'Angleterre (prix moyen 895 fr.). En un mot, depuis les bruits de guerre de 1840, la France a payé à l'étranger pour plus de vingt millions de chevaux, bien que depuis le décret de Napoléon on ait dépensé plus de 80 millions pour les haras.

» Que faut-il donc faire pour relever la race des chevaux en Transylvanie?

» Il serait nécessaire d'introduire des étalons du plus pur sang arabe. On a vu que les chevaux de cette race coûtent

beaucoup moins cher que les étalons anglais. Nous trouvant à égale distance de l'Angleterre et de l'Orient, nous pouvons amener les uns comme nous avons fait venir les autres. Si les propriétaires sont hors d'état d*acquéHr un étalon arabe, plusieurs associés peuvent le faire } on doit se réunir comme on le fait aujourd'hui pour se procurer des étalons anglais. Le gouvernement pourrait en outre s'occuper de répandre dans le pays de nobles chevaux. Pourquoi la race chevaline^ en Angleterre, se releva-t-elle plus vite et avec plus de sucées que dans tout autre pays? Parce que le gouvernement mit à la disposition des éleveurs ses chevaux de race ; il fit venir des étalons et des juments de prix , et distribua les échappés dans le pays (1). Le gouvernement autrichien de* vrait répandre en Transylvanie des étalons de pur sang arabes pris dans ses haras, comme on l'a déjà proposé en Hongrie (2).

» Outre l'arabe, tous les chevaux sortis de la race primitive et non modifiés par les Européens, les chevaux d'un climat chaud et analogue au nôtre, sont propres à l'ennoblissement de notre race. Le turc^ le barbe, le persan, le circassien, le turcoman, le pur cheval du Don, principalement le cheval de Zaporog, ne seraient pas à mépriser. Il fondrait surtout ex* dure les chevaux moldaves, qui, bien que grands, forts et bien bfttis^ mais sortis d'une race impure, ne conviennent pas à nos chevaux à cause de leur grosse tête, de leur sauvagerie et de leur naturel indompté. Ils ont assez gâté la race du pays. Entre les chevaux étrangers, le limousin, qui est originaire de

(1) Pogge, Ansichten ûher die Entstehung und Ausbildung des ed- Un Pferdes. Qnedlinburg, 1^40.

(2) Venkheim, Jdées sur le rétablissement des haras dégénérés de Hongrie. Pest, 1815. (En hongrois.)

k Baiteri» 9i resieaiUe au dMTal barbe, a beaucoup de res^ aoBblaBce avec k éheval InmsyWain* Il est brave, iafetigable, et propre à la cavalerie légère* Il ne serait pas désavantageas de réanir des jaineBia importées do Limousin à des étalons k la croupe solide.

» Si, fanlé d'argent, o» était dans Timpossibilité de se créer Mio raeo atabe pore, on devrait du moins s'attachera acquérir do buis étalons, ponr lesi|liela les éleveurs devraient acheter avee beaaeoop de soin, dans le pays des Sicules ou dans le Hàtaeg, les restes du sang transylvain. Do cette manière le pays* povnrait se procurer nn demi-sang beaucoup plus convenable qve le demi^sang anglais. Avec ces soins et on bon traitement oa obtiendrait dee échappés qui gagneraient en gfandeiir* Noos TavOiie d^ dit i les ancêtres des fpganlesqueo cooaenra anglais étaient des chevaat arabes. Imitons les essais qui ont été faits en Angleterre, si même notre race est aujourd'hui plw petite que ne l'était originairement ift race

n Les poss(9»Seoro de haras devraient faire saillir les ju* mente des partfcuiiors' pottr des prii modérés, sans idée de Sj^CttlalSon» en pifdiÉtaill le bicta puMie it l'avantage du mo* ment. Ils ne devraient^ dano ail«nn*cas^ accepter des juments iMil dmisies*

» Quant h la race anglaise^ qui a également son mérite, poor peu qu'on voulAt par passion s'en occnp^, Il ftMidrait l'élever sans la mêler hia 4«co4e7rfx. Avant tout, il faut éfîter les crolsementafanestes. Les éleveurs devraient faire leur choix entre les chevaux de race anglaisé. Il est évident que les coureurs nous seraient Inutiles. Ce qu'il nous faudrait, c'est la grande et légère race carrossière que fournit l'Angletovre, et ii laquelle toute l'Europe donne avec raison la préférence.

» Le cheval normand nous conviendrait également comme carrossier. On a vu par Texpérience, au haras de HezSbegyes^ que des étalons pur sang normands et des juments arabes produisaient une très belle race, quand les Autrichiens eurent ramené, en 18t4, du haras royal de Rozières (département de la Meurthe), le bel étalon Honiuê. Lorsque Texpérience a été faite, il est bon d*en pro6ter ^ et assez d'essais ont été tentés en Hongrie et en Transylvanie, pour que nos éleveurs puissent désormais marcher d'un pas sûr. »

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