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gue à celle du demi-tube métallique qui partage en deux uue des pages des tablettes de congé honorable représentées dans VIstoria diplomatica de Maffei (p. 30). A gauche de cette rainure se trouve le commencement de la première transcription ; à droite on distingue dix lignes plus ou moins incomplètes^ que M. Massmann n*a pu déchiffrer entièrement, mais qui lui ont pourtant fourni quelques noms propres^ appartenant^ selon lui, ë des témoins^ qui devaient être au nombre de sept. Ces noms ne sont pas reproduits dans la seconde transcription : il y a donc, à cet égards un rapport évident entre ces tablettes de cire et plusieurs tablettes de congé honorable, qui reproduisent deux fois Tacte principal» en rattachant à Tune des deux copies seulement une liste de témoins gravée sur une page séparée aussi en deux parties. Nous allons maintenant donner le texte des tablettes latines de H. Jankovich^ tel quil résulte de la comparaison des deux copies rectifiées et complétées Tune par l'autre : nous nous abstiendrons seulement de transcrire la liste des témoins^ qui est incomplète, et de signaler un petit nombre de variantes, qui n'ont aucune importance.
« Descriptum et recognitnm factum ex libelle qui propositus erat Alb. majori ad stationem Resculi^ in quo scriptum erat id quot (pour quod) i(nfra s(criplum) est.
• Artemidorus Apollonj» magister coUegj Jovis Cerneni, et Valerius Niconis et Offas Menofili, questures coUegj ejusdem — posito hoc libello publiée testantur ex coUegio s(upra) s(ripto ubi erant bomin(es) LIiii, ex eis non plus rema(n)sisse quam quot (pour quod) h(omines) X(ii?); Julium Julj quoque commagistrum su uni ex die magisterj sui non accès-* sisse ad Albumum neq(ue) in Collegio 5 seque eis qui présentes fuernnt rationem reddedisse ; et si quit (pour quid) eorum (h)abuerat, reddedisset sive funeribus ; et cautionem suam in
qoâ eis caverat> recepisset^ modoque autem neqiie fiinèraticj* safficerent neque loculum (h)aberet, neqae quisquam tam ma« gno tempore d!ebus> quibus legi continetar^ convenire volue* riût aut conferre funeralida sîre muners^;
n Seque idcirco per hune libellum publiée testantur^ ut si qnis defùnetus fuerit, ne putet se eollegiuni (h'abere aut ab eis aliquem petitionem fùneris (h)abitunini.
• Propositus Alb. majori Y. Mus febr(uaria8). Tmp. L'Aude) Âur(elio) yer(o) In et Quadrato es. Actum Alb. majori. »
M. Massmann^ d'après l'avis de M. Seibel, explique la double transcription que renferment ces tablettes a en supposant que deui des feuilles de ces tablettes pouvaient être fer* mées par un fil , et scellées; que la troisième, au contraire, restait b'bre^ et que le porteur des tablettes avait ainsi à sa disposition une des deux copies, sans pouvoir altérer l'antre, qui aurait été vérifiée, en cas de soupçon, par les magistrats compétents. Nous n'avons aucune objection, ajoute M. de Wailly^ Il présenter contre cette hypothèse, parfaitement analogue à ropInioB de plusieurs auteurs. »
Les observations que M. de Wailly adresse h M. Massmann p6rtent^ d'une part , sur l'état des tablettes^ de l'autre sur l'écriture et le texte.
u C'est en 1790, dans la petite ville d'Abrudbânya^ que fa^ font trouvées^ dit-on, les tablettes renfermant l'acte latin ; elles étaient restées jusque alors cachées dans les crevasses de la voûte qui recouvrait autrefois une mine d'or depuis longtemps abandonnée et inondée par des eaux sulfureuses. Ces eBUx> qui , en séchant^ auraient laissé sur les marges et dans las angles des tablettes un dépôt observé par M. Massmann, auraient aussi, suivant lui, communiqué à la dre une teinte
bruM ou même noirâtre Mais n'y a-t-îl pas Heu de se de*
mander si des acddents aussi légers sont ka seuls qu*aient dû
éprouver des tablettes plongées dans Teaa pendant un temps fort long, pendant des siècles peut-être 7 Les feuilles de sapin et de hêtre qui composent ces tablettes n'ont-elles pas dû se gonfler et subir une forte extension ? Si les couches de cire adhérentes à la surface de ces feuilles se sont dilatées dans la même proportion, cette augmentation de volume, que ladre aurait pu subir à la longue, n'aurait-elle pas eu pour résultât de détruire Tagrégation des particules et leur adhésion aux ta** blettes de sapin? etc. »
A cela on peut répondre que les tablettes n'ont pas été découvertes dans Teau sulfureuse, comme on Ta mal h propos affirmé à M. Massmann. Personne avant lui n'avait donné ee détail. On a dit que la mine où se trouvaient les tablettes con«tenait une eau verte et infecte. Hais on n'a pas même supposé qu'elles eussent été retirées de cette eau . Il est probable qu'elteft étaient cachées dans queqiue creux formé par les rochers, et seulement exposées à la vapeur des eaui sulfureuses. Les rai* sonnements de M. de Wailly viennent k l'appui de cette opinion. «(Les tablettes de Philippe le Bel, conservées à la section historique des archives du royaume, n'ont pas séjourné dans une eau sulftireuse, et cependant la cire en est complètement noire : par conséquent Taction du temps snffit pour expliqner ce changement de couleur, v M. Massmann^ ponr l'expliquer, admettait que les tablettes avaient séjourné dans l'eau ; mais^ en supposant un fait pour le moins invraisemblable^ il a donné des armes à M. de Wailly> qui n'a pas négligé de s'en servir. Peut-être même cette circonstance a-t-elle inspiré au savant français, ses premiers soupçons.
(f Dussions-nous paraître trop minutieux, ajoute M. de Wailly^ nous ne bornerons pas là nos observations sur This^ toire fort courte de cette découverte. Nous savons que M. Jankovich est devenu propriétaire de ces tablettes en i8S5 } mais
on ne nous dit pas qui les possédait auparavant ^ on noas laisse ignorer par qui elles ont été découvertes, les unes en 1790, les autres en 1807. S'il n'est pas probable qu'une même personne ait eu assez de bonheur pour rencontrer ces deux trésors dans deux lieux différents et à dix-sept ans d'intervalle, comment M. Jankovich les.a-t-il trouvés dans la môme main ? Cet ancien possesseur, que Ton ne nomme pas^ était donc un amateur d'antiquités, qui, toujours à Taffût de ces précieuses trouvailles, se sera empressé d'en faire l'acquisition. Mais alors comment s'expliquera-t-on qu'elles soient restées dans l'oubli jusqu'en 1835 ? £b quoi ! des tablettes de cire d'une haute antiquité, des tablettes romaines (c'est-à-dire un monument plus que rare, un monument unique), sont trouvées au fond d une ancienne raine d'or, et le bruit de cette découverte extraordinaire n'est pas répandu aussitôt dans le monde savant? En vérité, uqe telle discrétion serait plus merveilleuse encore que la découverte elle même. II faut le dire, tant de soupçons s'éveillent au souvenir des supercheries qui ont abusé les plus habiles antiquaires, que personne aujourd'hui ne peut espérer être cru sur parole : il faut triompher de Tincrédulité par des détails précis et concordants, par des preuves incontestables. A notre avis, le récit anonyme transmis successivement par M. Jankovich et M. Massmann laissera subsister bien des doutes. »
C'est pour répondre à cette objection que l'Académie de Pest a ordonné que des recherches fussent faites en Transylvanie. Les investigations n'ont pas été inutiles, et il est bon de dire quels en furent les résultats. Nous rappellerons d'abord que la Transylvanie est un pays reculé, où une découverte peut être faite sans que le monde en soit immédiatement informé, surtout à une époque de troubles et de guerres, comme Ta été le commencement de ce siècle. Il n'y avait pas là de
public d'élite qui eût pu attirer rattention sur ces tablettes, et les estimer à leur juste valeur; on verra tout h Tbeure à quel prix elles furent d'abord vendues. En outre, la langue hongroise n'est pas connue hors de Hongrie. Rien de ce qui est écrit dans ce pays ne transpire en Europe. Afîn.d'en donner une preuve, disons en passant que les savants étrangers se sont accordés à rattacher les Hongrois à la race finnoise, bien que le peuple dont on déterminait à son insu l'origine ait continuellement combattu l'opinion admise. Quand nous avons essayé de traiter cette question historique, nous n'avons eu qu'à mettre en ordre les preuves nombreuses que nous avons trouvées en consultant les sources hongroises. Il nous paraît donc possible que la découverte des tablettes ait été ignorée du monde savant jusqu'en 1835, époque à laquelle ces tablettes furent apportées en Allemagne. Ceci établi, nous nous servons des renseignements nouveaux obtenus par l'Académie de Pest pour rectifier les erreurs produites par M. Massmann relativement à la date et aux circonstances de la découverte.
M. Alexandre Székely a communiqué à cette compagnie deux documents tirés des archives du conseil ecclésiastique unitaire. L'un est une lettre adressée en 1788 par M. Paul Kovàcs> propriétaire des mines à Veres Patak, à Tévéque unitaire de Clausenbourg, auquel il envoya en même temps les tablettes; Le second document» qui est l'appendice du premier, renferme l'explication détaillée des tablettes et une dissertation sur l'usage des tablettes de cire dans l'antiquité. Ces lettres montrent que les tablettes latines furent trouvées en 1788 dans une mine romaine abandonnée et située au flanc du mont Lety, près d'Abrud Bànya (1).
(1) n parait certain que, deux années auparavant, deux autres tablet^. tes de dre avaient été trouvées aux environs. L'une fut presque aussitôt II. 26
Dans la première des deux lettres, M. Paul Kovics raeoflte que la vapeur sulfureuse qui s'élève du mont Lety avait empéché jusque là les travailleurs d'exploiter Tandenne raine romaine. Cependant il se hasarda h braver le danger^ et tandis qu'il retrouvait, à la partie supérieure de la montagne, les traces des mineurs anciens, des ouvriers, qui s'avan^ientdans les galeries inférieures^ découvrirent les tablettes latines. M. Kovàcs se les fit donner pour quelques pièces de monnaie, el les envoya immédiatement à Clausenboiirg pour être déposées dans la bibliothèque du collège unitaire de cette ville.
Il existe une description des tablettes latines qui date de 1791. Elle est due à M. George Aranka, qui crut y voir des caractères hébraïques. « Me trouvant à Clausenbourg, li l'oocasion de la diète de 1791, je me rendis dans la bibliotlièque du collège unitaire : j'y vis un vieux livre juif qui peut compter entre les plus curieuses antiquités de l'Europe. Ce livre est in-octavo, il contient trois feuilles en bois de hêtre ^ les feuilles en sont creusées carrément, et le creux est rempli de cire sur laquelle estjtracée l'écriture. Toutes les feuilles ont une marge de bois, sont trouées près du dos et nouées avec une ficelle. L'écriture est très fine, petite et certainement tracée par un style de fer ; quoiqu'elle soit presque partout bien conservée, on la lit difficilement. La tranche des feuilles est cou* verte de soufre, ainsi que le dos : c'est ainsi qu'on les a trouvées dans la mine. Je ne puis préciser si ce livre date de l'époque des Daces ou du temps de nos rois. Ce qui est certain, c'est que le peuple du comitat de Hunyad dit encore anjour*d'faui, pour exprimer une époque très reculée : u Du tempe » des juifs. • ; ce qui semble prouver qu'il y a eu autrefois des juifs dans cette partie du pays. »
abîmée; Tautre passa entre les mains d'an M. Gômbôs, et n'a plus reparu.
NodÀ ftTOtks prédsé l'éfH>qae de la découverte des tableKteH Isrtines ; on Tient de Nf ê en outre qn'nne description de ces tablettes fni écrite en 17^1 . Ce sont \h des détails citconstandél qui n ont pas été communiqaés à M. Massmann. Nous ajou* terons que les tablettes restèrent dans la bibliothèque du cOl«tége unitaire jusqu'à la mort de l'évéque qui les avait reçues. Son fils les en retira en 1 821 , dans Tintention de les tendre | mais il ne put parvenir h les céder avec avantage. Son petH-^ fifs, en 1835 y les abandontia pour 60 florins ù titi mafdiand d*antiqu1té8y nommé Samuel Nemes. Elles passèrent ensuite entre les mains de M. Jankovich.
M. de Waflly semble dire qu'on ait douté , en Hongrie , de rautbenticité des tablettes latines. « N'est-il pas naturel de croire que des Objets aussi précieux dévalent trouver place dans le musée public de Pést ? Il y a même lieu de s'étonner que fe preibîér possesseur, au lieu de s'adresser à M. Janko-» VTCby qui venait de vendre sa collection y n'ait pas voulu > d'abord, offrir cette rareté à un établissement dont les administra'' teurs doivent être sans doute empressés non seulement d'accueillir, mais de provoquer de pareilles offres. S'il était pertnis de risquer ici une conjecture , on serait tenté dé croire qae , si M. Jankovich a trouvé t'occasion d'acquérir ces tablettes, c'est que l'authenticité n'en avait point paru parfaitement démontrée attx administrateurs du musée public de Pest. » Ce terme de fnttsée publie a trompé M. de Wailly. Il à dû croire qu'il s'agissait d'un de ces établissements renommés où on rassemble depuis long temps tous les trésors d'uil pays ; mais ^ à vrai dire y le musée de Pest n'exiéte pas encore. On Ta fondé en 1HS.1 en achetant la collection de M. Jankovich > qui n'est pas même entièrement déballée. Ce musée n'a pas encore pris dlmportance dans le pays. M. Jankovich^ au contrairement connu dans tonte la Hongrie par snn goût ptftt les antiquités*
et il est fort naturel que le possesseur des tablettes de cire les lui ai offertes de préférence. Loin d^avoir été dédaignées par les administrateurs du musée national , ces tablettes ont été acquises, au prix de 5,000 francs, par le palatin de Hongrie^ précisément dans le but d'en orner le musée.
M. de Wailly suit M. Massmann dans Texamen de récriture des tablettes latines. Le professeur de Munich a en compare les divers éléments^ d*une parl^ avec un assez grand nombre d'inscriptions reproduites dans le texte de son ouvrage an moyen de gravures sur bois qu'il a exécutées lui-même; de Tautre , avec un fragment de papyrus que Ton conserve au Musée de Leyde, et qu'il a, le premier, réussi à déchiffrer. De ces différents termes de comparaison il résulte quç récriture cursive de ces tablettes ne présente aucune lettre dont la forme ne puisse être justifiée par quelque monument authentique. » Toutefois M. de Wailly fait une restriction en admettant cette preuve : u Ce qui est vrai de chacun des éléments de l'alphabet, considéré isolément, ne le serait peutêtre pas de l'aspect général que présente le corps de récriture.» Cette remarque a sans doute sa valeur, mais le savant français n'a garde d'insister. « On ne pouvait pas exiger , dit-il , que M. Massmann trouvât sur des monuments lapidaires une écriture dont l'ensemble fût analogue k celle de ces tablettes de cire. » Et il nous semble qu'en rappelant l'absence a de diplômes originaux remontant à la même antiquité », qui puissent permettre une comparaison instructive , il affaiblit luimême les objections qu'il adresse à M. Massmann^ en s'appuyant sur les règles de la paléographie latine.
Dans le texte des tablettes, M. de Wailly a relevé plusieurs fautes d'orthographe et quelques passages obscurs. Il se demande si c'est là le style assez correct^ satis correctus^ dont parle M. Massmann. Nous pensons que M. Massmann eût
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été mieux inspire s'il eût admis sans restriction ^ue le ieité des tablettes « annonce la décadence de la langue, et une dé-^ cadence voisine de la barbarie. » Nous son^mes, sur ce point, de Tavis de M. de Wailly. Nous croyons seulement que eeé fautes et ce non-sens appat*ents sont fine nouvelle preuve de l'authenticité des tablettes.
II ne faiit pas oublier que nous sommes ici au cœur de la Dacie, du pays barbare par excellence. Ne vous souvient- it plus d'Oyide?
Ergo eràt in fatis Scythiam quoqtiè visere nostris!
Le pauvre poète y entendait parler un grec fort impur, une langue
Gético barbara facta sono.
Nous savons, par les inscriptions qui se retrouvent sur les monuments, que le latin en usage dans la Dacie était quelque peu barbare. Je regt*ette de n'en avoir pas copié quelques unes, car je me souviens en avoir lu un certain nombre à Vàrhely od ailleurs où se retrouvaient en partie les fautes signalées par M. de Wailly. Dans plusieurs de ces inscriptions on pouvait voir des tournures qui n'étaient riien moins que latines, des expressions qui semblaient inexplicables ^ bien plus, on y lisait des mots entièrement nouveaux et qui n'ont jamais été en usage à Home. Ainsi, non seulement les inscriptions mentionnent un coilegium aurariorum^ un collegium negotiaiorum, et un coUegium fabrorum, ce qui n'a rien de surprenant^ mais elles signalent encore des collecta Hecatenoriim et Dendrophoro^ rtim. Quels sont les barbares, un peu hellénisés, il est vrai, qui ont forgé ces mots-là?
Ceci s^explique par la date de la conquête de la Dacie et par l'éloignement de cette province. La Dacie était située à l'ex-» trémité de l'empire : la société romaine ne s'y implanta pas* Trajan y amena des colons tirés de l'Espagne et de la Macé^
dQi&e, qui y tior^nt i^rnison. Ge fut \k, s^vec le cortège ordinaire des administrateurs, tout l'élénient romain quii introduisit. Il ne faut donc pas demander aux monuments de la Bacie la langue de Cicéron, laquelle commençait déjà à s*altérer en Italie, et Ton peut dire, sans trop hasarder, que les procès-verbaux des diètes de Transylvanie sont rédigés aujourd'hui dans un latin plus correct que ne relaient, au 2« siècle, les actes authentiques h Tusage des mineurs d/Alburnum.
En résumé, nou^ croyons qu*Qp peut adp|et.tre l'authenticité des tablettes latines. Quelques uns des doutes que M.deWailly avait conçus s'évanouissent si on songe qu'il raisonnait d après des renseignements faux., te procès-verbal d|9 la découverte^ qu'il s'étonnait de ne point trouver, a été donné par 1 Académie de Pest. Quant aux objections tirées de récriture et du texte des tablettes, qui seules subsistent aujourd'hui, il semble qu'elles n'aient pas assez de force pour infirmer l'opinion ad* optée par M. Massmnnn et les académiciens hongrois.
Nous regrettons de ne pouvoir exprimer le même avis relativement aux tablettes grecques. Celles-ci paraissent avoir des caractères de fausseté si évidents, que l'Académie de Pest (1) n'a pas hésité à formuler nettement sa pensée. Ce qui frappe tout d'abord, à l'aspect de ces tablettes, comme Ta remarqué avec raison M. Letronne dans le numéro cité du Journal des Savants^ c'est une contradiction choquante entre l'état des tablettes et l'écriture qu'on y voit tracée. Par tous leurs caractères extérieurs, elles ressemblent aux tablettes latines, et devraient par conséquent dater de la môme époque j tandis que les lettres, les abréviations, etc., loin d'appartenir au grec cursif du deuxième siècle, semblent tracées par quelque écolier de
(1) Journal de V Académie hongroise, novembre 1843, août I8i5.
nos jours. La première pensée qui vieai à l'esprit, c estqu'UA individu a imité adroitement les tablettes latines de façon à leur donner l'aspect de tablettes antiques, et y a transcrit une inscription grecque quelconque.
Les soupçons qui s^élèvent prennent de la consistance si on sonfe qu'il a été impossible de retrouver Tbisloire de la décoiH verte des tablettes grecques. Le peu de renseignements qa*on est parvenu à obtenir sont bien faits, il faut l'avouer^ pour inspirer des doutes aux plus intrépides. En effet, une seule personne, en Transylvanie, a appelé Inattention sur ces tablettes : c*est le marchand Samuel Nemes, celui-là même qui les a vendues à M. Jankovkh. Nui ne se souvient d*avoir entendu parler de cette trouvaille, qui n'aurait pas manqué de faire du bruit en Transylvanie, surtout après la découverte des tabkttes latines. Nemes prétendit qu'elles avaient été retirées d'na souterrain situé près de Torotzko, en 1807 ou en 1H08, par un prêtre des environs. Mais il ne sut jamais préciser l'époque de la découverte, ni nommer le prêtre qui eut assez de bonheur pour la faire. En mettant de cêté les assertions de Ne* mes, que Ton est autorisé à rejeter, il résulte des investigations faites que Nemes, après avoir acquis et gardé quelque temps les tablettes latines, comme nous l'avons dit plus haut, se rendit de Transylvanie à Pest ponr offrir à M. Jankovicb, outre les tablettes latines, des tablettes grecques dont tout le monde ignorait la découverte.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur des tablettes dont la fausseté nous parait démontrée ; nous dirons seulement quelques mots des huit lignes d'écriture qui se trouvent au dessous des lettres grecques. Cette écriture,, qui ne pouvait être expliquée ni à Munich ni à Paris, est bien connue en Hongrie. Elle était en usage chez les Huns et chez les Hongrois, qui la conservèrent jusqu'à l'époque de leur conversion au christia-
flisme. Od sait que saint Etienne adopta les lettres envoyées de Rome et abolit Técritare bunno-scytbe. Cependant elle ne disparut pas entièrement, et au commencement de ce siècle elle était encore enseignée dans quelques écoles de village^ cbez la plus tenace des tribus bongroises, les Sicules de Transylvanie, formée, comme nous Tavons dit ailleurs, des soldats d'Attila.
Les lignes d'écriture bunnique, qui sont en langue hongroise, ont été transcrites d'après un parcbemin qui existe en Hongrie, dans le but évident de doubler la valeur bistorlque, et par conséquent le prix des tablettes. Suivant l'explication donnée par M. Alexandre Székely. professeur au collège unitaire de Clansenbourg, lequel est familiarisé avec Falpbabet bunno-scylbe, les lignes bongroises contiendraient un appel aux armes adressé aux Magyars et aux Sicules par Gy^ila, prince de Transylvanie, lorsque saint Etienne voulut réunir cett&^principautè au royaume apostolique (1001). Ceux qui ont admis l 'authenticité des tablettes supposaient que Gyula, ayant trouvé un espace libre au dessous de l'écriture grecque, en avait proGtë pour y tracer quelques lignes. Mais le but du falsificateur est trop clair pour qu'une semblable explication puisse être acceptée. On devine qu'il a compté sur le respect religieux que les Hongrois portent k leur histoire nationale, et il savait bien qu'il atteindrait son but en présentant un souvenir des premiers temps de la monarchie.
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NOTICE Sm LES CHEVAUX DE TRANSYLVANIE.
La Hongrie^ et surtout la Transylvauie^ produisent des che^ vaux qui ont une certaine réputation. Nous ne pouvons nous dispenser, sous peine d*étre incomplet, de donner quelques détails sur les races chevalines de cette dernière contrée. Afin que nos renseignements inspirent plus de confiance, nous avons prié un habitant du pays, celui-là même auquel ce livre est dédié, d écrire les pages suivantes. Nul n'était plus compétent pour traiter cette matière.
« On peut compter trois périodes dans Thistoire des chevaux de Transylvanie : l^état primitif, ou la race orientale ; puis^ suivant les besoins de la mode, la période du sang espagnol et arabe ^ enfin la période anglaise, qui dure encore.
Période orientale.
» Quand ils arrivèrent en Hongrie, les Magyars se servaient, comme tous les enfants de TOrient, de chevaux orientaux, dont les qualités brillèrent dans les courses rapides et fréquentes que ce peuple entreprit dans tous les pays de TEurope. Une nation belliqueuse dont le proverbe dit lôra termett a' Magyar, • le Hongrois est né cavalier • , ne pouvait monter de mauvaises rosses. iMalheureusement nous ne savons
rieii de précis sur la race primitive de nos cbevaui, et nous sommes forcés de nous en tenir aux conjectures. Les guerres continuelles avec les Turcs fournirent aux Hongrois de bons chevaux, qui ennoblirent ceux du pays^ et nos pères furent en état de résister au sabre recourbé des Osmanlis et de sauver leur patrie. Si la race des chevaux n*eût pas été bonne en Hongrie, les Magyars n'auraient pu se mesurer avec ces cavaliers bien montés, et ceux-ci auraient subjugué l'Europe, car à cette époque le cheval était une machine de guerre plus importante que ne le sont de nos jours les canons.
» Dans l'aftBéa 1^33 le Français Bertrandon de La Bocquière (i), qui retourna ée la Terre Sainte dans sa patde, trouva en Hongrie une quantité de chevaux sauvages, e'està dire, eouMiie on en voit encore aujourd'hui, nourris dans des haras sauvages. Ob lui assura qu'à Szeged on pourrait acheter trois ou quatre mille de ces chevaux au prix de dix florins hongrois par tête. Il y avait à Pesi beaucoup de marchands qui vendaient des écuries entières; l'écurie, comptant 10 chevaux, valait *iOO florins. La plupart de ces chevaux venaient de Transylvanie, et le voyageur français les loue comme de bons coureurs.
n Dans la suite la Transylvanie devint tributaire de la Porte, et nos relations avec Conslantinople devinrent plus fréquentes^ le cheval transylvain conseiva sa réputation, grâce aux étalons turcs, persans, et même arabes, qui étaient amenés dans le pays. Quand le protectorat de TAutriche succéda à celui de la Turquie, une mode flUcheuse fit invasion parmi nous, et on introduisit des étalons de l'Occident^ qui altérèrent le type primitif. C'est ee que nous appelons la période espagnole.
(I) Mémoires de rinstilat national, seiences morales et politiqves, t. T. Paris^ an XIL
Période 90pagn9l$*
x> Soas le règne de Charles VI les plus puissants de la no* blesse^ par conséquent ceux qui avaient des haras, se montré^ rent k la cour de Tempereur et y virent pour la première fois des chevaux de parade de race espagnole, qui étaient alors en vogue. Rendant hommage h la roode^ alors, comme aujour-^ d'huiy les éleveurs de chevaux amenèrent dans le pays des étalons pur sang espagnol, lesquels, ardents et beaux, trahissaient, quoique sous d*autres formes, Torigine arabe. Par mal** heur ils se servirent en même temps^ dans Tintention d*agran* dir Tespèce^ de chevaux sortis des haras impériaux de Rarscht et de Kladrup, chevaux de race hispano-danoise et hispanonapolitaine. Ceux-ci apportèrent dans nos races la tète de bé-^ lier. Faut-jl s'étonner que, par suite de ces croisements mal choisis, les défauts des chevaux étrangers aient commencé à dominer, et que dans la suite des temps le vrai transylvain, tant décrié par nos anglomanes, soit devenu fort rare 7 On ne le trouve plus maintenant que chez les Sicuies ou chez des gentilshommes peu riches qui n'ont jamais entendu parler de courses de chevaux. Les derniers haras de race pure, chez les ^^icules, étaient ceux de MM. Ladislas de Sândor et Gabriel de Birô. La famille de Puskâs^ des hussards des frontières, doit encore avoir quelque reste de l'espèce primitive à Dltrô, dans le siège de Gyergyô, à moins qu'un étalon moldave k grosse tête n'ait passé la frontière pour consommer une mésalliance !
n Le cheval transylvain originaire n'était pas grand, mais bien bâti; il avait la télé d'une forme purciment orientale, de beaux yeux animés, le paturon court, la croupe belle et ferme; il était h la fojg ardent et docile, et, ce que nous prions de bien
remarquer, d'une durée extraordinaire. Sans estimer ces itua-» lités éminentes, la noblesse transylvaine^ quî visitait la cour de l'empereur et remarquait aux fêtes le pompeux paradeur espagnol (en hongrois labêzedo^ qui lève les pieds), conçut le désir de posséder quelques uns de ces sujets splendides, « aris-^ tocratiques n, comme on les a appelés Ennoblir nos haras par de tels piaffeurs ! belle idée ! Le transylvain primitif, tout à fait propre au service de la guerre, égalait Tarabe par son allure libre, légère et rapide. Qu'avait-il besoin de lever et de secouer ses pieds près de ses oreilles^ ce qu'un Munchausen de ce pays prétendait voir faire à son paradeur espagnol !
» Malgré l'empire de la mode, quelques éleveurs de chevaux de cette période eurent la prudence de ne pas rejeter le cheval arabe, le père de tout noble cheval^ de l'espagnol et de Tanglais \ui-méme, ce que leurs descendants font aujourd'hui. A cette époque on trouve encore des étalons arabes dans les meilleurs haras du pays, bien que la race fût mêlée de sang étranger et surtout de sang espagnol. Nous citerons les haras du baron Wesselényi, du comte Mikes et du baron Daniel (1). Les deux premiers existent encore. Celui du baron Wesselényi est devenu anglais. Celui du comte Mikes est passé, par suite de partages, à plusieurs familles.
» 1 . Le haras du baron Wesselényi , à Zsibo , près de ta Szamos. — Ce haras, très heureusement situé sous le rapport du pâturage, fut créé il y a un siècle et demi. Il était d'abord de race orientale ) mais on le croisa dans la suite d'une manière impardonnable, au moyen de quelques étalons de race étrangère, et il perdit sous le rapport de la pureté. Pour ennoblir ce mélange, le grand-père du propriétaire actuel acheta, en i7/i0, Tespagnol d'origine orientale Galant^ quoiqu'il fût
(1) Jnsiehien von Siebenhiirgeny t. G. Alexis Bethlen.
âgé de 28 ans, pour la somme alors considérable de 300 ducats. Son fils, Nicolas Wesselényi, qui avait été militaire, et était devena, dans les manèges de Yiepne, un excellent cavalier, acheta un second espagnol, Citéron, dont les descendants, et nommément César ^ pourvurent richement les haras transylvains d^étalons de race espagnole Le troisième espagnol, Andaltuo, âgé de 18 ans, fut acheté par le prince Kaunitz en 1790. Bien que dans ce haras on se servit dès 1783 de l'étalon anglais Alexandre ^ qu'on appréciait beaucoup parce qu1l était grand et bien campé, sa descendance se perdit entre les autres chevaux ardents de Zsisbô, qui étaient fort estimés.
» Avec une prudence au dessus de tout éloge, le propriétaire conserva dans toute sa pureté la descendance de deux nobles étalons arabes, dont l'un avait transporté tout d'une traite le prince fugitif Ypsilanti de Buckarest à Cronstadt , franchissant une distance de dix -huit milles allemands. Nous avons nous-même possédé un cheval de cette race, et c'est ua des souvenirs les plus agréables de notre jeunesse que de nous rappeler ses mouvements légers et gracieux. Le dernier étalon de ce sang noble, AlmanzoT^ fut vendu en 1824 au duc de Saxe-Gotha.
» Au reste, tous les étalons de sang espagnol, surtout de la race de Galant, se distinguaient par leur beauté, leur docilité, leur feu et leur bravoure, qualités que Ton fit valoir glorieusement, même dans les pays étrangers. Le comte Paul Bethlen paya 100 ducats un poulain de cette race, âgé de huit jours. Les chevaux de manège, dont le propriétaire, entretenait par passion une quarantaine, furent vendus quelquefois mille ducats. On distinguait dans ce genre Amicoy Galant et Kedves, à qui son maître faisait faire les écoles les plus difficiles en le gouvernant avec un fii au lieu de bride. La race du haras de
Wesselényi devint célèbre à rétiWDfer ^ on la connaissait et on la vantait même en Angleterre (i). Malgré toute sa sapériO'* rite, et quoique les ventes se issent à des prix élevés, ce haras rai^rtait peu de bénéfices réels. De 150 et plus de juments on ne retirait dans un an, terme moyen, qu'une trentaine de poulains. Les écuries étaient tenues fort bien et mém^magni- Aquement ; mais il ne s'y trouvait pas assez d'espace pour tous. Les juments n'étaient pas assez bien nourries : on ne leur doiH nait le plus souvent que ée la paille, et les jeunes cbevaut avaient peu d'avoine.
• En 1816, le propriétaire actnel, doué de lalents sous tous les rapports, prit possession de ce haras; mais il perdit bientôt, par suite d'un» gourme dangereuse, cent cinquante pièces* Il passa 9m revue ee qnt lui restait, et le déclara publiquement 8iM6 valeur (2); il étendit généralement cet arrêt à tous les cbevani de Transylvanie, qu'il proclaifta mauvais, faibles et vilains. Il partit pour l'Angleterre, d'où il ramena le premier ftmt sang de prix qu'on ait vu dans le pays. La jennesse adopta aveuglément cette déci»on, vendit> diseipa ses haras, qui , effeeti-» vement, étaient en partie rrès dégénérés, pour acheter, à laide de grandes sommes, des anglais de Zsibé, ou pour faire cou-' vrir à haut prix, par les étalons de ce haras, des juments q«elqueiéis pleines de défauts. Le baron Wesseléayî avait parfaitement raison ^ dans sa brocbure, en disant que le cbâval transylvain a aujourd'hui peu de valeur. Seulement il eût dû liire connaître les causes qui ont amené cette décadence^ et indiquer le véritable ttemèée qu'on peut apporter au mal, au lieu de changer
(1) Hivre, Anleitung xur Pferdekunde. Rempten, 1787, etc. («) V. 5on ouvrage Pourquoi finil un harûè autrefoii célèbre, Ptsi, 10E9« (Ba bèngtoli.)
la moée 4u pays en vue d'une anflomanie spéentaftive. Tool le monde en effet achela à Zsibô.
n Noos retrouverons ce haras dans la troisième période : nous n'ajouterons qu'un mot k ce que nous avons dé^ dit. Comme il manquait de juments, le baron Wesselényi eut l'idée de fournir son haras de Juments sicules, qu'il employa avec succès aux travaux des champs; exemple qui devrait être suivi.
» 2. £0 haras du eàmte Miheêj à Maroê VjtàTy est un des plus anciens et des plus remarquables du pays. D'abord de race purement orientale, il fui mêlé plus tard de sang espagnol. Le propriétaire accoupla toujours la même espèce. Les chevaux étaient bien campés et se distinguaient par leur durée et leur feu ) ils avaient la tète fine^ les^orellles bien posées, de beaux yeux et la croupe droite. Chefe d'autres propriétah^s , les chevaux transylvains sont décrrés à cause de la fkfblesse #e rarrière-main, défaut qui était assez dominant à Zs!b6, ifans la dernière année où la raee espagnole ftit conservée.
» S. Le haras du baron Daniel, à Dàtos, aujourd'hui di^ spersé, Ait la pépinière de beaucoup de haras célèbres en Tran^ sylvanie. Après la mort du propriétaire, il M malheureusement partagé entre stx successeurs, les barons Joseph et LéopoM Bornemîsza, le baron Ignace Kemény, le comte George Bànfi^ M. de Szent Jvàny, et le baron Joseph Nalaczi. Le dernier de ces haras ne tarda pas k être vendu et dispersé ; mais on re* trouve encore dans les autres quelques restes de la vieille race de Dâtos^ bien que généralement on Tait croisée avec des ûHtglais. Les chevaux de la race orientale de Daniel étaient bien, campés ; ils avaient de la bravoure, la tète droite, les ganaches ouvertes^ quoique un peu grandes, l'œH grand et ardent, la poitrine large, le garrot haut, le corps un peu court (ceqtii autrefois était un dé^nt^ mais ce qu'on recherche ai]joofd'bol> parce que le corps ramassé a plus de vigueur et aussi parée ^ifè
la mode détermine la beauté), la croupe droite^ la queue haut portée, rarrîère-main bonne et le paturon court. C'était donc une race parfaite. Un des héritiers du baron Daniel connaissait tellement le prix du cheval oriental, qu'il paya quatre juments transylvaines couvertes par des étalons arabes 16,000 florins, somme très importante eu égard h la pauvreté du pays.
» 11 serait trop long de s'étendre sur tous les mélanges et toutes les ramifications de sang espagnol. En 1827 on comptait dans notre petite Transylvanie cent soixante haras (et ici un baras ne se compose pas, comme en Angleterre, de quelques juments), entre lesquels soixante seulement n'étaient pas croisés par cette race.
» Le haras du comte Joseph Bànfiy fondé il y a plus de deux cents ans» donnait une très bonne espèce de chevaux carrossiers que les seigneurs de Hongrie et les très riches évéques honoraient de leurs faveurs. Le grand-père du propriétaire actuel reçut de l'impératrice Marie-Thérèse l'espagnol Hannibaly qui vécut quarante ans. Le comte Jean tialler paya un de ses échappés 8,000 florins. Partagé entre les frères de Joseph Bànfi, ce haras soutient sa réputation tant à Bontzida qu'à Yâlaszut. Suivant le bon désir de la mode il a été transformé par des chevaux anglais. Le haras du comte Ëszterhàzy, à Obràsa, avait la même origine et produisait également de grands chevaux de carrosses; il est maintenant partagé entre plusieurs héritiers. Il y avait encore quelque haras où se conserva pure de tous mélanges espagnol ou anglais la race transylvaine ) mais depuis ils se sont noyés dans le déluge universel de la troisième période. Nous citerons dans ce genre le haras du comte Joseph Teleki, appartenant aujourd'hui au comte Jean, son fils, qui fournissait, depuis la dernière guerr.e contre les Turcs, des chevaux de selle incomparables, et qu'on estimait fort, non seulement à l'armée impériale, mais encore aux
armées étrangères ; le baras du comte Jean Bethlen, à Araholya, de race transylvaine-tatare^ dont les chevaux furent vendus à un prix très élevé ; le haras de Bethlen Szent Miklôs, et d'autres qu'il serait fatigant d'énumérer.
Période tmglaiêe,
» La vogue des chevaux anglais s'accrut, comme dans le reste de TEurope, en Autriche^ et par suite en Hongrie. De ISililk 1825 on n'introduisit dans tous les états autrichiens que dix étalons pur sang ; de 1825 à 1831 on en amena quarante-trois (1).
» Le comte Etienne Szechényi, qui, avec la vapeur, apporta le premier les mœurs anglaises en Hongrie, s'efforça de démontrer à ses compatriotes que l'éducation des chevaux ne pourrait être améliorée dans le pays que par les courses et par le croisement des pur-sang anglais (2). Ses conseils furent suivis par plusieurs possesseurs de haras, notamment par le comte Jean Batthyàni, le comte George Kàrolyi et le prince Eszterhazy.
• L'expérience a montré ce que valent les courses en Hongrie. Elles perdent chaque année de leur importance, parce qu'elles n'éveillent pas l'intérêt national : ni prix ni gain ne vont dans la bourse de l'éleveur ordinaire } elles contentent uniquement la manie de gageure de nos anglomanes. J'oubliais cependant un résultat produit par l'introduction de cette mode anglaise^ ce résultat, .le voici : le csikés^ dès qu'il apprend qu'on va donner à Pest des prix aux coureurs, vole sur la
(i) livre dee hm-ae dupay$, Peit, «832. (En hongrois.) (2) Quelques mote sur les courses de chevaux, Pest, 1828. (En hongrois.)
steppe YOisiiie le melttear cheval qv*fl puisse trowrar, et Tient se mettre sur les rangs.
)» Le baron Nicolas Wessetényi se monlra pané^riste ar^ dent du cheval anglais au long cou, aux longues jambes, aux formes de lévrier, et par conséquent très propre à courir ^ il se déclara Tantagoniste a du pelit cheval arabe au poitrail étroit » et aux canons minces » y ce sont ses propres expressions. Après qu'une maladie contagieuse eut décimé son haras , il entreprit avec le comte Széchenyi un voyage en Angleterre (1822), dans le but de se pourvoir d'étalons. Le premier qu'il importa fut Catorij né en 1809^ chez lord Stanwel; bai brun, père Sanchoy mère Gipsy, petit -fils de Trumpator^ arrière'petit-fils û^EcKpse et de Highflyery descendant d'os arabes de fameuse mémoire Darley et Godolfin. A deux ans il gagna aux courses de Newmarkel le prix de mille ducats, et en remporta d'autres encore. Le second étalon pur sang qui fût amené à Zsibo se nommait DittOy né en 18^0, chez Mst. Wilson ; fils de Ditto et de Trumpator marêy il était alezan clair et d'excellente race^ quoique moins célèbre que le premier. Dans la suite, le baron Wesselényi introduisit encore d'autres étalons et quelques juments pur sang.
Plusieurs seigneurs l'imitèrent, nommément le comte Fran^çois Béldi, k Béld, qui acheta à Pest l'étalon pur sang Jonas. Il vendit ce cheval dans la suite, parce qu'il n'était pas sans défauts, et ramena d'Angleterre, en 1831^ le célèbre Despateh, qui a donné au pays ses meilleurs chevaux anglais. Les chevaux de sa face ne sont ni vicieux ni tiqueurs, défauts communs chez les échappés des étalons, bons d'ailleurs, qui furent importés en Transylvanie. Le mérite de la race de Despateh^ est reconnu^ Le: cxxnte Deniftâûnfi acheta pour son haras de Tâlaszut Priant j fils de Bespateh^ qu'il paya 664) ducats. Le comte Jean Haller acheta 500 ducats jPartner. Le baron Ignaœ
Kemény pajr» CyriM SM dacats. Les j«Bieiils.par sang iauies de l'élalML Ikipatch faaeot payées 250 ducala«t. même plus. Gette race est à la fois ardente et daisce^ et doit être reeem» mandée a^x amateurs de chevaox anglais.
Bien que duiqne éWreur eût adopté le ntot à la mode : Hm nem anghês^ nem io, « Si ce n*est pas an ebeval anglais, cet » n'est pas un ebe? al ^, la race arabe trouva eneore en Ho»* grte quelques partisans. U faut mentionner le haras du oomAe Hunyadi, qui vendit en I8I/1 au prince héréditaire deWor^ temberg un cbeval arabe de quatre ana^ celui do comie Festetîcs, qui se renouvela par W sang arabe. Le baron Feebtig donna le premier des étalons purement arabes aux baraa de Hongrie; iàfsBda à Lengyeltôldi un haras de race oiâentale. Ce haras se trouve présentement dans le oomitat de Krasso, à Bulcs, et d'après les nouvelles les plus récentes transmises par les journans. on y a acheté denûèroiBent pour la France cinq étalons^ au prix modéré de. 5,006 fr. par tête. Ce baras^aveo le havaa royal de Bàbolna, est le seut qui ne se soit pas mêlé do chevauxangbiis. Tous les astres ont rendu hommage à tamode^ cependant le sol et le climat de la Hongrie , les steppes ^ui s*é«* tendent entre le. Danube et la Theiss, sont tout à feit propres b ïétève des chevaux orientaux.
» En Transylvanie, le comte François Teleki, possesseur du haras reoMrquablo de Sàromberke, a su aumi résister à Tentralnement général. Ses chevaux sont do la race trsn^l* vaine primitive, sans mélange de sang étranger. Aussi n'ontils aucun de ces défauts résultant du mauvais croisement des races, et qui abondent ailleurs. If» sont surtout très doux> et rendent encore, dans un âge fort avancé, de bons services. Ne pouvant plue trouver de bons étalons de la pure raeo transyl* vahie qsi pussent loi cosvenir, le comte acheta le cheval arabe Bik, signalé par sa démarche légère et dégagée, quatHè qni
distingue également ses échappés. Pour les juments de la race de Bik, il se procura un étalon arabe pur sang^ Sadi, petit -fils du célèbre Jatar, que nous aurons plus loin occasion de dé< crîre. Deux juments arabes pur sang et leura poulains furent achetés en même temps ^ Tun dé ces poulains porte maintenant le nom d'Emir et sert comme étalon ilans le haras. Ces juments eurent douze échappés^ dont Tun, Jalar, bel et jeune étalon (père Sadi^ mère Zarifà), fait Tornement de l'écurie de Sàromberke.
» Un étalon arabe d'une grande beauté, provenant du haraa du baron Fecbtig, Siglavie, se trouve chez le comte Haller, à Szent-Pàl (père El Bedame,' mère Siglavie). Ce cheval est brun-noir, d'une force et d'une bravoure extraordinaires. Il est de plus grande taille que le fameux étalon anglais Caton^ et infatigable à la course.
)) Le comte Alexandre Earatsai possède un haras original* rement issu de la vieille race de Daniel et de la race également orientale du comte Antoine Kornis. En 1817 il l'ennoblit en achetant au prince Kallimachi un étalon arabe de noble ori«gine. Les échappés de cet étalon avaient des formes orientales, du feu et une croupe solide. Mais quand la mode voulut que les chevaux eussent une grandeur extraordinaire, le comte acquit, en 1839, à Zsibô, l'étalon anglais pur sang CoêsiuSf issu de Caton et é'Ibla. La première génération, de quatre ans, qui est maintenant dans l'écurie, montre encore le type arabe : elle a la queue bien portée et de la grÀce dans les formes.
» Après avoir, par quelques données succinctes, tracé l'histoire des races de chevaux de Transylvanie, examinons présentement si l'élève des chevaux a gagné dans ce pays par Vintraduction des étalons anglais, en produisant des croisés anglais.
» Le baron Wesselényi tient Hans sa brochure le langage suivant : u i« Puisque le cbeval anglais pur sang descend in-*' » conlestablement d'une race orientale, et qu'on n'importe en » Angleterre que les étalons de la plus noble origine pour la » propagation de Tespèce ^ H* puisque les qualités qui man* » quent au cbeval transylvain, la taille, la force, la bonne » base, se trouvent toujours dans la race qui a été obtenue en » Angleterre^ il serait beaucoup plus sage de mettre à prott » les essais heureux des Anglais, qui ont pour ainsi dire acdl- » maté le cheval arabe, et d'acheter là l'étalon oriental amé* » lioré, plutôt que de faire venir du Levant de petits étalons au » poitrail étroit et aux canons minces. »
» A cela nous répondrons :
» Si on considère que, pendant l'apogée de la période espa* gnole, nos chevaux ont été payés de grandes sommes, même dans notre pauvre pays, et qu'on nous achetait souvent des étalons pour les haras impériaux ; si on considère que nos chevaux étaient glorieusement connus en Allemagne et même en France, pendant l'époque belliqueuse de Napoléon, où ils devenaient trop souvent butin de guerre et seryaient à des rèflments entiers de Français, on conviendra que la race tran* sylvaine, quoique déchue par des croisements mal entendus, n'a pas dû être aussi mauvaise, aussi incapable de rendre service que l'ont prétendu les anglomanes.
» On ne peut nier, il est vrai, que les étalons de la seconde période n'aient introduit dans notre race la tête de bélier, la croupe avalée, le capelet et d'autres horribles défauts. Mais d'où venait la croupe faible, comme on le remarquait à Zsibô ? D'où venait la petite taille ?
La grandeur du cheval dépend, comme les Anglais le disent avec raison , du sac d'avoine et du bonpanêement. Avec ces conditions, la race s'agrandira immanquablement, en supposant
i}u*<tti ne se serve qoe de tcms étalons. Ce feit est établi par r«Kpérience. L'ancêtre du célèbre Eclipêe était-il grand? Nulleineiit. Squirt,ii\8 de BarakiCkHdery èUnt un petit cbe- Tal migoifiant, «toe «cm propriétaire, Harry Harpax, eut i'«ime de faire tner^ parce ^u'il était inutile ; le groom^ qui asmait ce vieux obeval^ demanda sa vie. Eh bien ! Sgutrf prof»agea MarM et d'anMres chevanx fameux. Marski lui-même «ervait comme genêt et portait les couvertures destinées aux chevaux de course : on le vendit pour 2^0 guinées. Quand parut «ur l'arène son échappé Eclipse ^ sa renommée s'accrut tellement, ^*on le fit saillir pour 100 guinées. Eelip$ey ûonl la taille était irréprochable, descendait donc d*tm petit cheval, Squirt. Nous pouvons encore citer à l'appui de nos paroles Texemple des grands houleux que Ton élève en Angleterre, dansle Warwik et le Slraffordshlre. On sait que ces chevanx furent amenés du Danemark et de TAtlemagne, à Tépoque des tournois, pour servir aux cavaliers pesamment armés. Originairement ils n'étaient pas aussi grands qu'aujourd'hui,, e^ c'est par le traitement et la nourriture qu'ils ont acquis leur taille d'éléphant. Les chevaux des Pays-Bas sont loin d'être aussi grands que ces tratneurs de tonneaux de bière (1). En France, comme le dit le prince Ptickler-Musckau (S), des étalons arabes de moyenne taille produisirent à Pan, avec de petites juments de Navarre, des chevaux d'une grande beauté et d'une taille supérieure. Enfin, dans notre propre pays, au ha* ras royal de Baboina, en Hongrie, nn homme de beaucoup de mérite, le major Herbert, a réussi à prouver que la race arabe peut être agrandie avec un bon traitement et une bonne nourriture.
(1> &Bobel8dorf,f0i« Pferdêftueht in England, 1890. (2) Aunilasso, V^letter WêUgomg.
i> Ged racoBBUy bous ex{kliqueroiis aisément pourquoi nos chevaux ont peu ée taille. Autrefois, dans tous les haras, k Z^bô, par exempley le nombre des ebevaux surpassait de beaueoup la suf&sanee de la nourriture. Souvent on ne lear donnait que de la paille^ eneore en donnait-oa en petite quantité. Le seigneur était mal logé^ mal pourvu de bâtiments do-^ mestiques* Aussi les chevaux, même par Thiver le plus rude, avaient-ils à peine un rainée toit de chaume pour «'abriter. Ils marchaient dans la boue jusqu'au ventre dès qu'ils sortaient de réeurie. On négligeait de ereuser des puits. Les juments pleines altaiont s'abreuver au fleuve ou h Tétang couvert de «glace. De là des épidémies, des maladies et des avorteraents fréquents. Cinquante juments donnaient à peine une quinzaine de poulains. Nous le demandons, ces poulains pouvaient- ils croître et prospérer? Ce n'est pas tout. Ces jeunes chevaux mal soignés, mal nourris, élevés sans avoine, et par conséquent sans force, étaient employés beaucoup trop tôt au travail et à la propagation. Ils étaient aussi employés trop long-temps. Tous les éleveurs commirent cette faute impardonnable. Les juments servaient ordinairement jusqu'à ce qu'elles tombassent de vieillesse : les juments qui doivent donner leur lait ! Pendant la période espagnole, un étalon sorti du haras du comte Jean flaller servit éans le haras du baron Bruckenthal jusque ou delà de trente ans. Ceci est une preuve de la durée du cheval transylvain. Mais il est reconnu que les étalons vieux produisent des poulains faibles et qui périssent facilement tant de la gourme que de maladies inflammatoires ^ celui qui écrit ces lignes peut l'affirmer par l'expérienpe qu'il a faite dans son haras. Bien qu'en Angleterre l'avide éleveur fas^ eneore sait- Jir, pour d'immenses sommes, son étalon pur sang devenu vieux, estropié et aveugle, à tel point qu'il doit être sontenn
par deut valets quand il est condait près de sa dame, chaque natoraliste affirmera que la force seule produit la force.
)» Nous croyons avoir suffisamment expliqué la cause de la petite taille du cheval transylvain actuel (généralement parlant) Mais d*où lui vient la foiblesse de Tarrière-main ?
n Chaque mode est insensée, car la vogue ne se fonde pas sur l'utilité. Quand , en adoptant le paradeur espagnol , la mode ne considérât que Tavant-main, quand on voulait que le cheval levât ses pieds haut et avec grâce , on oubliait Tarrière-main. On ne remarquait pas que celle-ci était souvent foible y ce qui arrive princi paiement quand Tavant-main est haute ou quand le cheval est trop haut. jointe. Est-il étonnant que Wesselényi , après avoir employé pendant de longues années dés étalons défectueux , trouve que ses chevaux ont une croupe défectueuse ?
«) On le voit, les défEiuts que Ton reproche à nos chevaux ne sont pas des défauts originaires ^ ils sont le produit de mauvais croisements et de mauvais traitements. Ces reproches ne sauraient donc s'adresser aux étalons et aux juments de la vieille race transylvaine qui existent encore et dont nous indiquerons plus loin le moyen de relever les restes.
» Quoique dégénéré par la faute des éleveurs , le cheval transylvain n'en continua pas moins à soutenir sa réputation. Dans presque tous les livres qui traitent des chevaux, on cite comme exemple de durée ceux du comte Nicolas Wass^ à Csàszàri , dont un attelage immortel de six chevaux blancs , exemplairement mal nourris et passant tous les étés au pâtu* rage , dura vingt-six années. Faites de pareils essais avec vos chevaux anglais enveloppés de flanelle ! On trouve souvent dans le pays des centaines de chevaux dont on se sert vingt ou Vingt-cinq ans , et qui atteignent sans défaut un âge très
avancé. Si un cheyal transylvain privé de bon traitement rend aussi long-temps de bons services , que ne fera-t-il pas si on lui pend «au cou le sac d^avolne anglais ! Une baquenée , cheval du reste fort orcynaire, nommée Piccolo^ figura dans notre écurie depuis sa troisième année^ et nous servit trente ans sans avoir jamais la moindre maladie. Il devançait à Tamble les plus forts trotteurs , et gagna un pari à Pest. Il était bien connu dans le pays. Un jour que nous le montions , il fut poursuivi pendant une grande distance par un buffle y qui , malgré la rapidité excessive de sa course , ne parvint pas à l'atteindre.
)» Quand on cite ces exemples de durée, nos jeunes élégants répondent qu'autrefois le cbeval n'avait pas tant de fatigue à braver qu'aujourd'hui , et que par conséquent il devait durer davantage. « A présent y disent- ils ^ on demande au cheval de )> plus grands services ; il faut qu'il coure. » Je conviens qu'alors on ne faisait pas de course de postillon^ en ne s'appropriait pas comme gloire particulière la vitesse de sa monture : cela est vrai. Mais en échange on faisait de longs voyages en selle , au lieu de s'asseoir en wagons ^ et on faisait la guerre^ Dans l'année iSli\,i\ y avait encore dans les régiments de cavalerie autrichienne des chevaux hongrois partisiitement capables de service ^ et qui avaient fait la campagne de France en 1815 (1).
» Un animal qui a tant de durée ne peut être utile de très bonne heure. Le cheval transylvain se forme plus tard et croft plus lentement que l'anglais , car il n'est pas hâté par une nourriture échauffante et abondante. 11 n'est guère développé que dans sa septième année , et doit être ménagé jusque là. Qu'on examine le cheval sicule qui est resté pur de tout mé-
(1) y. le joarnal mUitaire anglais United service magatinê. 1841.
IflBf e es^pQgnol : il est tonjoim Mtn campé , 4iualité que les «ngloDianes ne trouveront pas dans les chevaux obtenus iiar leurs eroisements } il a toujours de la forée ; et si le voyageur de mérite qui vient de décrire notre payi (1) trouve ce ^eval petit , et le compare au poney italien, c'est qu'il veut parler sans doute des chevaux de relais des paysans , et non de ces nobles et ardents animaux que le riche cultivateur ou le gentilhomme élèvent soigneusement On ne peut nier qoe les échappés du dernier croisement n'aient gagné en grandeur et n*alent acquis une bonne base y abstraction faite des défouis qui se montrent dans notre demi-sang. Mais ce résultat n'est pas dû uniquement au croisement anghts , il est dû aussi è la bonne nourriture que les éleveurs ont appris à donner. Qu'on substitue au système de jeûne usité jadis en Transylvanie le système d'engraissement apporté d'Angleterre ^ le cheval, sans aucun doute , sera amélioré.
« Les anglomanes prétendent qu'en Transylvanie, et dans les autres pays où on a fait venir des étalons arabes, Tennoblissement de la race indigène n'a que peu ou point réussi. Mais ils oublient combien peu de chevaux pur sang ont été introduits chez nous : d'ans ces dernières années il n'en est pas venu un seul. Et d'ailleurs les étalons que l'on parvient li ramener de lOrient sont*ils toujours de la meilleure race, comme on le prétend ? Tout ce qui vient du Levant sous le nom d'arabe n'est pas toujours pur sang. Le prince Pûckler avance avec raison qu'il serait tout aussi difficile d'énumérer les races de chevaux arabes que de compter les étoiles du ciel. Pour faire comprendre la difficulté de trouver et de choisir, qui doit embarrasser le voyageur dans la patrie primitive des chevaux^
ff ) J, Paget, U^ingavy and Tratuylwma. laondoa, 1880.
néos cHerom les deuils «niVaDts donnés par un touriste moderne (1).
• Les renseîfiiieHeiiIsqae noas donnent les voyageurs sur ces races sont très hisufisaDts. Nieboër, Bnrkbart, Pûekier, Herbert, Ilamoiseatt^ citent comiBe TérHabkeaieot supérieures deux nobles race» de cbeyaox, Nedjdi^ Neé^ed^ ou Nedsckid^ car l'orthographe est toujours diTersement écri:e, et Kohel, Khêilj KocheUm» Une contrée de vingt k trente degrés de latitude eeptentriottaley située dans les hautes plaines deTArabiCy OMttent plusieurs grandes oasis qu'habitent des tribus arabes : celles*ci possèdent le sang le plus pur (2). Peu dEwepéens pénètrent aussi loin. Ordinairement ils se procurent les chevaut que les Bédouins amènent en été quand ils s'approchent de la Syrie. On se platt à prétendre gue la présente race de Ntdjdin^tHt plus aussi distinguée qu'autrefois ; mais cela vient de ce que tes Arabes ont coutume de donner ce nom aux bons chevaux en général » lors même qu'ils ne sont pas de cette race Quant au mm de Kockelan^ il n'est pas seulement donné à des chevaux qui prennent leur origine dans une certaine contrée : souvent on nonnae ainsi des chevaux de Bagdad, de l'Hedjaz, de 1 Yémen, etc. C est le nom d'une couleur : ICothel^ a ie teint en noir )>. Mahomet fit l'Iionneor aux cinq ju- «ents qu'il monta avec sa suite de les oindre et de les teindre. De ces jumenis l'Arabe fait dériver la noblesse de ses chevaux. Les dnq Kbomse {Chamsa, Ham$d) donnèrent les races principofles dont chaque voyageur écrit les noms différemment. Une explication plus prosaïque de ce nom est celle du u bord noir )) que les arabes pur sang ont autour des yeux, de la boudte et du nez, semblable au bord artificiel qui entoure ies yeux des femmes et qu'on appelle kocheL
(1) Taabenheim, Reiseim Onetit,
(S) J. Monier, Voyage en Perse, en Arménie y etc. Paris, 1813.
» Âpr^s celle courte digression, revenons à notre sojet. De ce que Tarabe importé en Europe n'a pas été ordinairement acheté dans le désert, mais le plus souvent sur les côtes ou k Constantinople, on comprend que rarement le sang le plus pur a pu être introduit dans nos pays. La fraude règne au désert comme dans les grandes villes du continent. Les reproches que Ton adre&e souvent à la race arabe devraient plutôt s'a* dresser aux acheteurs. Si le voyageur sait choisir, il acquiert toujours quelque chose de véritablement excellent. Nous avons déjà nommé le célèbre étalon Taîar^ appartenant au comte Hunyadi. En 1818, M. Laine, ministre de rintérieur, envoya dans le Levant M. Portes, écuyerdu haras de Pau, pour remplacer les pertes que la France avait faites en chevaux oHen«taux par suite des invasions de 18iA et 1815. M. Portes mar^* cbanda quarante étalons. Le fameux Alkeby fut acheté là pour la faible somme de 1)700 piastres (1, 275 fr.). Le prince Puckler fiait une description de cet étalon , qu'il nomme Aiheby, quand il est âgé de lU ans : u Le type d*un animal pareil, dit-il, a » a quelque chose de si élevé, qu*on serait tenté de croire qu'il » fait partie d*une tout antre création : cette grâce inexprî<- » mable, ce jeu véritable de la physionomie, visible comme » dans une face humaine, cette amabilité, qu'on pourrait )« presque appeler coquetterie, cette volupté qu'il procure an n cavalier, qui se croit emporté par un oiseau, voilà ce qu'on » demanderait vainement au cheval anglais. » Si de plus on compare le prix é^Alheby aux sommes immenses que coûte un pur sang anglais, on conviendra que de toute manière il sera plus avantageux d'acheter le cheval de TOrient.
» C'est à de pareils chevaux que Wesselényi reproche des canons minces et un poitrail étroit. Mais il a soin de passer sous silence les défauts multipliés des os et les excroissances que l'on peut étudier con amore chex le sang anglais le plus
noble. Pourquoi ne dit-il rien du défaut de la cécité, presque héréditaire dans la race anglaise, gr&ce au régime auquel est soumis rétalon? En effet, on lui donne une nourriture échauffante, un fourrage copieux en grain, et on lui fait couvrir le plus grand nombre de juments possible pour fagner beaucoup. Wesselényi devrait aussi parler, en cavalier de Técole de son père, de la raideur du cou et de la dureté dé la bouche du cheval anglais. Il est vrai que chaque cavalier, accroupi sur sa selle à la manière anglaise, se met à scier la bouche de sa monture avec le bridon quand il veut tourner. Il fiaudrait aussi signaler le défaut du tic, si fréquent chez le cheval de cette race, et la malice qui le pousse à mordre et à ruer. A la méchanceté seule on peut reconnaître les chevaux qui ont été amenés d'Angleterre dans notre pays : car ils contrastent sin* gulièrement avec le cheval transylvain, à la fois ardent et doux. Aussi est-on forcé de conserver ces prodiges, comme des bêtes féroces, dans des caisses séparées, pour mettre en sdreté le nez du groom.
» Que Tanglomane transylvain, puisque le plaisir du spart a pénétré à la fin dans ce coin éloigné du monde civilisé, coure, saute, chasse^ qu'il fasse déchirer nos lièvres par de vrais chiens anglais, pour le plus grand étonnement des clochers valaques^ dans ce cas il se servira avec raison du cheval anglais^ qui, avec son pas dégagé et son galop allongé, est excellent pour sauter des fessés. Mais nous, Hongrois, ne deman* dons pas û'Eclipse qui franchisse en une seconde l'espace de 54 pieds. Nous n'avons que faire de ces u élégants squelettes de chevaux », comme on l'a dit spirituellement, destinés à gagner des prix. Qu'il nous soit permis d'avoir, pour nos besoins domestiques, de bons chevaux de service et de guerre, d'élever de braves remontes qui sachent supporter tontes les fatigues d'une campagne, et qui, sans voler, courent snffisam-
ment. A' Magyarhalady de nem êzatad^ n le Hongr^ris avance, mais il ne vole pa»». L'agilité ne manque paa même an che>" val du paysan. Ceux-là le savent qui ont parcouru avec les relais de villages les steppes de la Hongrie.
» On doit vraiment s'étonner de l'idée conçue par quelques éleveurs. Ils pensent que la race pur sang anglaise implantée en Transylvanie se perfectionnera tellement, grftce à la quantité de fourrage donnée aux chevaux, que les étrangers et les Anglais eux-mêmes viendront acheter parmi nons» Le comte Ssechényi pense que cette race peut être ennoblie dans notre pays. Nou& savons qu'autrefois, quand l'Angleterre faisait venir des étalons d'Orient, on importa non seulement des chevaux arabe» et turcs, mais encore des chevaux de Hongrie : car aujourd'hui encore» dans les annales de Tile, on lit le nom de la Hougarian Mare^ jument orientale prise à Belgrade sur un pacha ture. Mais il nous semble hardi d'espérer le résultat qu'attendent plusieurs de nos éleveurs. Il est vrai que le four^ rage est ici à un bien plus bas prix qu'en Angletwre. Mais est-ce cela seulement qu'il (but* considérer 7 Croit-on que le cheval anglais transpoKé en Transylvanie y restera idO on 8O0 ans sans s'altérer? Admettons que l'arbre généalogique soit fort exact, le dlmat exercera nécessairement une influenee quelconque; Le cheval s'acclimatera, donc il changera. Bo An^ gleterre l'arabe, préservé de tout mélange, sera-t-il encore arabe au bout* de cent ans ? Sûrement non* Il en est de même dans le royaume de Naples, en Espagne et dans tous les pays où se trouvent les races orientales : le cheval se modifie. La race arabe en Turquie est-elle la race arabe du désert ? Les chevaux arabes transportés en Perse deviennent plus- grands, mai» aussi plus charnus, surtout si la tête, et ils ont un estérieur moins noble. En Egypte ils gagnent également en gran- (leur, en perdant de Féléganoe.
» Nous- n'adresserons, pas, pour être bref, k nos éleveura, angtomanes, des objections^ tirées de l'économie prétendue qu'ils comptem faire. Nous pourrions leur dire qu'en dépit do bas prix de» fourrages, Téducalion du cheval anf^is comporiee des frais auxquels peut-être ils ne pourraient faire £st!Câi,II faut» compter les soins nécessaires pour chaque jumeol, Kéeurûa a part> le groom à part, qaî chante oii plutôt grogne une mélodiet k part à chacun de ces animaux e» rétrillanty pour, avoir la^ permission de loi f^ire sa^ toiletle, les étei»elles couvertttres^ de flanelle) ete ; tout ce sybaritisme ne peut être exeroé saM argent, et l'argent est rare dans, notre pays» Cependant! noitli ne nous arrêterons pas à cet obstacle trop vulgaire» Nous^soortiendrons seulement, ce que nous disions quelques, lignes^ plu»; haut, que les descendants, des meilleurs étaioos.anglab «& mio^ difieront par Tiofluence du ckîmal, de la nourriture,, du tjraîtement, par celle même de Teau qu'ils boivent, de l'homnie) qui les approche. On obtiendra des chevaux qui seront supérieurs ou inférteors aux anglais, mats qui ne seront plus des^ chevaux anglais. U est facile de prévoinqu ilafris^era d« dett;^. choses Tune : si on diminue la quantité de fmirraf e^ om che** vaux n'égaleront pas ceux dont ils proviennent; si on oontîr nue k leur appliquer le. régime anglais^ la nouf RÎtuife éehauC* fante, dans notre pays plus chaud) engendrera des maladiaa dangereuses.
9 Les Anglais se sont formé une raceadmicablement appror priée à leurs besoins et à leur climat. Pourquoi veut-Oft que cette race, qui convient parihitement; k TAngleterre^ doive convenir partout etk tous? Pourquoi les Hongrois,, k l'iaita-. tion des Anglais, m se tormeraient-ils pas une raoe de «lid* vaux, en recherchant par dessus tout, comme les Anglais l'ont fait, le cheval primitif, le* cheval arabe ? Le cheval arabe ar pUia de rapport que* l'anglais avec le cheval tra«ylv»n» Toua laa
deux sont élevés au pâturage. Ne pourrait-on pas réunir les restes épars de TexceUente race du pays et l'ennoblir par le mélange de la race arahe ? Nous avons déjà dit que, sous le rapport pécuniaire, Tacquisition d'un étalon de TOrient était plus avantageuse que Tachât du cheval anglais. Le cheval arabe a la grandeur que le Hongrois demande à sa monture, la grandeur d*un cheval de cavalerie légère. N'oublions jamais ce point important : c'est que nous devons élever des chevaux de guerre. Ce sont des remontes qu'on vient chercher dans notre pays^ or, sous ce rapport» le croisement nouveau est funeste : car le cheval anglais, qui excelle à la course et à la chasse^ reste au dessous de lui-même en campagne. Il a besoin de soins excessifs et n'est pas assez maniable. Dans un combat corps h corps il convient d'avoir un cheval souple et docile, qui obéisse avec intelligence au moindre mouvement du cavalier ; c'est ce qu'on ne peut obtenir du cheval anglais. Qu'on nous permette de citer le fait suivant. A Waterloo, un régiment de chevau-légers-Ianciers détruisit un corps de cavalerie anglaise, profitant du moment où les cavaliers ennemis, après une charge vigoureuse , ne pouvaient parvenir à remettre leurs chevaux en rang. Non Seulement le cheval arabe est maniable, mais encore il est propre à toutes les fati- , gués, et cela sous toutes les latitudes. Dans la campagne de Russie, en 1812, les chevaux d'origine arabe furent de tous les chevaux de l'armée française ceux qui supportèrent le mieux le froid.
» Pour nous, qui fournissons principalement des chevaux de guerre, nous devons ennoblir notre race par des étalons arabes. Nous avons répondu d'avance à ceux qui objectent la petite taille de LIarabe : nous avoQS invoqué l'expérience pour prouver qu'une fois acclimaté, et grâce au bon traitement, le cheval aura des échappés qui le surpasseront en grandeur.
» Que le croisement anglais n'ait pas produit des miracles^ c'est ce dont on peut se convaincre facilement. Peut-on rien imaginer de plus affreux que les défauts que Wesselényi reproche à la race transylvaine combinés avec ceux que les étalons étrangers ont introduits ? Vous voyez une tête de bélier au bout d'un cou démesurément long! De pareils mélanges effraient. Tacbeteur. Aussi les maquignons étrangers ont-ils toujours soin de laisser de côté le demi- sang anglais, pour acheter autant que possible des chevaux de la vieille race transylvaine ; ils paient fort cher notre vrai cheval national. D'où il suit que dans quelques années ils auraient pris ce que nous avons de meilleur. La race deviendra encore plus rare et finira peut-être par disparaître.
» Pour en finir avec ceux qui parlent du poitrail étroit et des canons minces du cheval arabe, nous renvoyons le lecteur aux descriptions que les voyageurs nous donnent de ce noble animal. Tout le monde a lu ce que M. de Lamartine a dit de rintelligence^ de la force, de la gràce^ de l'adresse, de l'agilité du cheval arabe ; on ne peut lire ces pages sans un très vif plaisir. Nous décrirons, d'après Ërdélyi (l), l'étalon Tatar^ qui se trouvait en Hongrie, dans le haras du comte Hunyadi (près de Urmény, comitat de Nyitra). Taïar, en arabe/ le volant, le rapide, blessé au massacre des Mameloucks, futx acheté au Caire 1,500 ducats, et amené en Hongrie, par Trieste, en 1812. Il tirait son origine du fameux haras de Mourad-Bey, situé près de Ghiza, et qui fut dispersé pendant la campagne des Français en Egypte. Tous les connaisseurs qui virent Taîar reconnurent qu'il avait à un très haut degré le caractère (qu'on peut appeler national chez cette race) de la
(1) Bêfchr&ibung dei Hmêlnên Ge$tùUe dês œsier, Kaiientoate». Wien, 1S47.