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nir des indigènes et des Pères Blancs, je suppose que les Aouembas occupent le pays P& droit de conquête depuis un siècle et demi. Leurs premiers chefs, Kétimkoulou et Nkolé, seraient venus de Kazembé (sud du lac Bangouéolo) et se seraient établis à l’est de la rivière Tchozi. Nkolé, qui mourut peu après, fut le premier chef e iterré pres de Mouarouli, et cet endroit fut réservé désormais aux tombeaux des chefs aouembas. Actuellement, ces sépultures sont l'ombre de orands arbres, dans des cases entourées de palissades. Le village de Mouarouli est installé tout autour de ces tombeaux et son chef en est le gardien habituel. Les sacrifices humains qui accompagnent les funérailles des
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orands chefs aouembas rappellent à sy méprendre les usages achantis : toutes les femmes et les esclaves des chefs les accompagnent dans la tombe.
Kétimkoulou finit par être vaincu par un autre chef aouemba, Potilé, qui prit sa place et son nom. Le nouveau Kétimkoulou chassa les Ouaïouas, premiers . occupants du pays, ce qui explique leur
disparition totale aujourd’hui, et 1l s'installa à Ngouéna, sur la rivière Kaloungou, qui est un affluent de la Tchambézi C'est là que les chefs ont toujours résidé depuis.
De nos jours, deux partis politiques sont en préesence chez les Aouembas : celui du chef Mouamba, qui nest pas encore définitivement au pouvoir, et celui qui soutient l'héritier de l'ancien chef Moulenda. Les principaux sous-chefs de district aouembas se nomment Tchirinda, Mpanda, Tchinga, Elitouna.
Les chefs sont très puissants et ont, dans ce pays, une autorité considérable. Quand 1ls rencon-
DU ZAMBÈZE AU CONGO FRANÇAIS … r17
trent des indigènes, ceux-c1 se couchent et touchent la terre du dos pour marquer leur humilité, comme cela se fait chez les Atchécoundas. Chez les noirs, quand on n'assiste pas à ces démonstrations exagérées de la part des indigènes vis-à-vis du chef, on peut être certain que celui-ci n'a aucune autorité. Acquise à force de sévérité, d'injustice et souvent de crimes, l'influence des potentats nègres est en raison de la terreur qu'ils inspirent.
Les Aouembas ont des lois et des punitions très sévères pour certaines fautes, pour l’adultère, entre autres ; ils coupent les doigts, la main entière, les deux mains, le nez ou les oreilles à quantité de gens. our les bords de la Tchambézi, nous rencontrâmes ne pauvre femme qui était amputée des deux poignets; sa charge étant venue à tomber, elle avait passé la journée en efforts impuissants et elle attendait que quelque passant pût lui porter secours. Elle avança à notre passage en parlant un idiome incompréhensible ; on leût prise pour une men-
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diante, si la mendicité n'était chose inconnue en ces pays. On l’aida à reprendre son fardeau et, comme nous avions un but commun, elle nous accompagna jusqu'au soir. Un des porteurs, qui parlait sa langue, me servit d'interprète et je la questionnai sur son infirmité. Elle me raconta, tout en marchant, avec la résignation stoïque des peuples malheureux, une épouvantable histoire, si terrible dans ses détails de mutilations et d’horreurs que, sans la simplicité et le naturel avec lesquels elle la contait, on l’eût crue folle ou en proie à un horrible cauchemar. La cruauté des Aouembas m'a été confrmée par de nombreux témoignages; on ne raconte partout qu'histoires sanglantes d’amputations, de
ventres ouverts, de nez et d’yeux arrachés, d'oreilles coupées; on rencontre d’ailleurs des gens mutilés dans toute la région; ils sont certainement fort nombreux.
Très belliqueux et peu maniables, les Aouembas n'ont pas encore reconnu et ne reconnaitront pas de si tôt l'autorité européenne; s'ils ont permis aux Pères Blancs de s'établir chez eux il y a deux ans et s'ils ne les ont pas molestés, c'est que ceux-ci ont eu la sagesse de ne pas se mêler de leurs affaires, à eux, Aouembas.
Presque tous les villages sont fortement palissadés à l’aide de gros poteaux enfoncés en terre les uns à côté des autres : on y laisse deux portes étroites, généralement une à chaque extrémité. Le soir, elles sont fermées avec des pieux mis en travers. Les gens sont armés de fusils et de sag'ales, et la poudre (qui est de fabrication allemande) na pas l'air de leur manquer : toutes les tribus m'ont paru en être amplement approvisionnées. La vente de cet article étant prohibée dans ces régions, je prie les personnes qui croient à l'abolition de la traite de m'expliquer comment il en arrive d'aussi grandes quantités. Ne seraient-ce pas les caravanes arabes qui la passent en fraude contre de l'ivoire et des esclaves ? Je crois bien que oui, et pourtant nous ne sommes pas loin du lac Nyassa!.….
Au point de vue de la géographie, mon voyage dans l'Oubemba a été tout aussi intéressant qu'au point de vue de l’ethnographie. Il comblera plus d'un vide sur les cartes, tout en rectifiant le cours de deux importantes rivières. Un rapide résumé de notre itinéraire le montrera.
PLATEAT NYASSA-=-TANGANYIKA. OUBEMBA.
Oreilles des femmes ouanamamboués. Gens mutilés. |
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En quittant Ikaoua et le plateau Nyassa-Tancanyika, je me suis dirigé vers l'ouest, tandis que Bertrand, comme je l'ai déjà dit, remontait le plateau vers le nord-ouest ; la descente a été graduelle et le pays où je me suis engagé est devenu de plus en plus marécageux.
Deux jours après avoir quitté le plateau, nous avions à traverser des plaines humides où nous enfoncions jusqu'à mi-jambe. Il est très fatigant de marcher sur cette sorte de terrain; 1l s’en dégage en outre des bulles de gaz pestilentiels que l'on aspire à pleins poumons sous un soleil torride, et quelques jours de ce régime suffisent pour vous donner de forts accès de fièvre. Plusieurs de mes hommes s’en ressentirent, car il ne faut pas croire que les indigènes africains soient exempts de la maladie de leur pays : ils ont la fièvre comme nous, mais plus bénigne; elle se manifeste chez eux par des céphalalgies violentes et des nausées; après quelques heures de haute température, l'accès est apaisé.
Mes hommes firent des difficultés pour avancer : ils se plaignaient du terrain, qu'ils trouvaient mauvais. En réalité, cette excursion chez les Aouembas leur souriait peu. Aussi avions-nous hâte de sortir de cette région.
Elle est toute hérissée de mamelons entrecoupés de plaines, ceux-là couverts d'arbres et pour la plupart habités, celles-c1 recevant, au milieu de grandes herbes m1-aquatiques, des multitudes de petits ruisseaux venant du plateau. Peu de gibier en vue, mais de nombreuses traces d’antilopes.
Le troisième jour du voyage, nous nous tenons, pour éviter les marécages, sur une rangée de col-
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IG do ee __— RER nil ILE ILE N Fi | pi | | 5 = à lé De : DEL 120 TRAVERSÉE DE "AFRIQUE ÉQUAT ORIALE Et lines. Nous avons de là un coup d'œil magnifique. LEAULIE Quoiqu'en dessous du niveau du plateau, nous NE sommes encore à 1,200 mètres d'altitude, et la vallée TE de la Tchambézi apparaît dans le lointain deux
jours avant que nous arrivions Sur les bords de ce couts d’eau : dans l'éloignement, à peine distinct, un massif montagneux se dresse isolé au milieu d'une plaine bleuâtre, ou du moins de ce qui nous | paraît en être une : en réalité, c'est une immense étendue de forêts basses et de broussailles. À nos pieds, lé fleuve Tchambézi, invisible encore dans la brume : on le devine à la végétation luxuriante et aux grands arbres qui le bordent, formant dans la vallée une ligne noire et sinueuse, dont les 719zags évoquent l’idée d’un gigantesque serpent endormi.
La rencontre de quelques antilopes réjouit ï:0n cœur de chasseur, et bientôt les hommes commencent à penser qu'avec beaucoup de viande le pays des Aouembas ne sera peut-être pas aussi dangereux qu'ils l'avaient cru. Dans le but de les encourager, je campe le lendemain au bord d’un petit cours d’eau, à deux heures de la Tchambézi.
Après avoir perdu une matinée à poursuivre des éléphants, je me rabats le soir sur du gibier de moindre importance et tue trois bubales, qui portent au camp la joie et le confort. Le lendemain matin, au moment du départ, jabats encore un buffle qui était venu se désaltérer à notre ruisseau, | et, le soir, nous nous sentons plus heureux quand, HUE sortis enfin de cette région marécageuse, nous cam- AE TRS pons sur les bords de la Tchambézi, à deux kilo- LE mètres de son confluent avec la Tchozi et du vil-
lage de Mpanda.
OUBEMBA.
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