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que, mais les éléphants se rencontrent sur la lisière de la forêt et dans la région de la Loukouga.
Le pays est très arrosé, et J'ai traversé sur mon itinéraire d'innombrables cours d'eau. La plupart portent des ponts rustiques comme ceux que nous avons rencontrés dans l’'Oubemba : quelques-uns sont suspendus et construits en lianes, ce qui est d’un effet très pittoresque : on passe dessus en se balançant…
Je reprends maintenant le cours de mon voyage à travers le Manyéma.
À Kabambaré, j'apprends que les révoltés semblent se diriger vers Nyangoué et que tout danger immédiat est à peu près écarté, puisque nous marchons parallèlement à eux vers le Congo; j'espère donc pouvoir achever mon voyage sans encombre.
À mon grand regret, les Ouanyamouézis me quittent à Kabambaré ; je les remplace par des porteurs pris dans la localité, des Bangos-Bangos, des Baboudjouis, et je continue mon chemin. L'éperon de forêt. dont Jai parlé prend fin après Kabambaré; la région boisée remonte vers le nord-ouest. On traverse encore un ou deux massifs, puis commence un pays accidenté. Passant au milieu de vallées herbeuses et de collines boisées et verdoyantes qui rappellent certains paysages de Champagne, nous descendons vers la Louama, que nous traversons bientôt; nous visitons successivement Bouana- Djovo, Piani-Loussangué, Piani-Kitété (1), villages dont les chefs sont d’origine zanzibarite, et nous
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arrivons vers le vingt-cinquième jour de voyage au confluent de la Louama, ou Louboumba, et du Congo.
Pour la première fois, nous apercevons dans le lointain le grand fleuve qui ondule venant du sud, et je puis, à ma grande Joie, le montrer à mes hommes. Encore quelques jours, et nous voguerons dessus |
Enfin voici le vieux village de Kassongo, presque abandonné aujourd'hui, où les Arabes étaient autrefois nombreux ; ils y ont planté beaucoup d'arbres fruitiers : orangers, manguiers, goyaves, citronniers, etc. À 14 kilomètres au sud-ouest, sur le bord du Congo, se trouve le nouveau Kassongo, station de l'Etat indépendant, où les Belges faisaient des préparatifs militaires : 000 hommes exercés s’apprètaient à marcher sous les ordres d’une dizaine d'officiers. Le vice-gouverneur, le baron Dhanis, y était justement de passage. J'eus dès mon arrivée une entrevue avec lui; il me reçut d’une façon charmante et me donna rendez-vous à Nyangoué, où il devait se trouver deux ou trois jours plus tard.
Nyangoué est célèbre par les visites que lui ont faites Livingstone, Stanley et Cameron. À l’époque de leur passage, c'était un centre arabe des plus importants ; tout cela a disparu aujourd'hui, même l'emplacement d’une partie de la ville.
Aujourd'hui la population musulmane est très restreinte; en revanche, la population noire devient dense aux environs. Depuis l’arrivée des Belges et la fin de la campagne arabe, les industries indigènes se sont développées. Le baron Dhanis a créé des marchés réguliers où convergent tous les produits
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1 la fournissent, GRAIqU rares, commencent À en aval du fleuve. Le Caoutchouc se montre également de plus en plus. Autrefois grand marché de traite, Nyangoué se transforme peu à peu en un grand marché industriel.
Les abords de la ville sont presque plats, avec FD paysage assez monotone. Dans le lointain se
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De Kassongo à Nyangoué il y a encore 32 kilomètres, ce qui porte à 500 kilomètres, au total, la traversée du Manyéma; nous venions de faire notre avant-dernier grand Parcours à pied; c'était le 13 septembre [8907, et nous entrions dans notre trente-sixième mois de voyage! Nous allions maintenant commencer en pirogue la descente du grand Heuve et suivre ses sinuosités pendant 2,500 kilomètres !
Au moment de mon arrivée à \yangoué, les
nouvelles étaient assez alarmantes; les rebelles cherchaient évidemment à passer le Congo sur un point
quelconque en aval et au nord de N yangoué. En
) Éléusine (coracana) : on en fait de la farine qui se mange cuite comme celle du sorgho et du maïs. (2) Farine de manioc cuite roulée dans des feuilles.
outre des effectifs rassemblés à Kassongo, le baron Hs Dhanis disposait d’un millier d'hommes à Nyangoué, et il projetait de couper la route aux révoltés en les attaquant sur plusieurs points.
Le moment était fort mal choisi pour traverser ia | : zone dangereuse, et le baron Dhanis me mamifesta ET toutes ses appréhensions à cet égard; mais, comme ‘qu | j'insistais pour continuer mon voyage, 1l décida de TU mettre mon expédition sous l’escorte respectable de 100 hommes commandés par deux officiers. Je profitai, pour me reposer et noter les particularités locales, des quelques jours qu'il fallut pour préparer ce détachement ainsi que les pirogues destinées à nous transporter.
Le baron Dhanis est un des hommes qui, après NU ant Stanley, ont créé le Congo. Autrefois, au début de | son séjour dans le pays, il avait commis l'erreur, commune aux Européens nouveaux venus, de vouloir conduire les noirs par la force brutale; sa façon un peu radicale d’en agir avec eux lui valut le nom terrible de fimb0o-mingui (1) (beaucoup de bâton). Plus tard il comprit que, tout en sachant punir sévèrement à l’occasion, on obtient beaucoup plus du nègre par la persuasion, la parole, l'exemple ; personne aujourd'hui ne mérite moins que lui ce sobriquet indigène, qui pourtant lui est resté. «Personne ne s'entend mieux à régler une palabre (14meno), disent les gens du pays; quand on va devant lui, on est sûr que celui qui a raison reçoit satisfac-
(1) #imbo, en souahili, désigne un morceau de cuir d'hippopotame dont on fait un fouet de punition.
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Les Européens mêmes qui collaborent à son œuvre ont subi l'action bienfaisante du baron Dhamis, et, à son exemple, ils se font aimer et respecter des noirs; ses élèves, les commandants de zone Malfeyt, Long, Bastien, de Keyser, l’ex-commandant Lothaire, sont populaires parmi les indigènes, et, grâce à leur adresse et à leur grande autorité, une poignée d'Européens parvient à tenir en respect, dans le haut Congo, des milliers de tribus sauvages et guerrières : avec des troupes de cette trempe, on civilise et on élève le niveau de l’Africain.
Personnellement, je dois au baron Dhanis et à MM. Malfeyt, Long, Bastien, Debergh, de Keyser, l'expression de ma profonde gratitude pour la façon toute cordiale dont ils ont accueilli ma petite expédition française et pour l’aide qu’ils lui ont donnée. Cet accueil m'a paru d’autant plus affable, sincère, familial, qu'après avoir dépassé l’Arouimi, c’est-àdire hors de la zone du gouverneur Dhanis, je n'ai plus trouvé qu’une réception strictement polie, mais froide et compassée. Dans le haut Congo, c'était des Européens exilés au centre de l'Afrique qui recevaient un camarade; dans le bas Congo, Je n'ai eu affaire qu'à des indifférents trop nombreux et trop occupés de leurs propres intérêts pour donner la moindre attention au passant.
C'est une preuve de plus que le bas Congo commence à se civiliser!
Mon impression générale sur le Manyéma a été excellente. Je crois ce pays relativement plus salubre que les bords du Congo. Ses différents aspects, montagnes, plaines ou forêts, sont pittoresques et plaisent beaucoup. Quant à la population, elle est très clairsemée. Ce que j'ai dit du sud du lac Bangouéolo s'applique encore bien davantage au Manyéma : cette région a été complètement dépeuplée par la traite; 1l n'y a guère plus de cinq ou six ans que ce trafic a été enrayé ; le sentier du lac Tanganyika au Congo suivi autrefois par les caravanes arabes est jonché, dans ses abords immédiats, d'ossements humains pendant 400 kilomètres! Que de mulliers d'esclaves sont tombés sur ce sentier fatal! J’y ai aperçu plusieurs squelettes et même quelques cadavres «datant» de quelques semaines, mais c'est l'exception; les ossements blanchis qui jalonnent la route, contemporains de ceux qui couvrent les plages d'Oudjiji et de Mtova, sont les derniers vestiges du gigantesque commerce de chair humaine dont cette région a été le théâtre. II faut au Manyéma deux siècles de paix, de tranquilhté et de protection pour que sa population redevienne ce qu'elle était avant les incursions arabes.
Revenons à Nyangoué.
L'expédition va s'embarquer définitivement sur le Congo. Le vice-gouverneur fait mettre à ma disposition deux grandes pirogues : dans l’une, je prends place avec mes domestiques et une partie de mes colis particuliers; dans l’autre, j'entasse le cam-
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