REPARTITION GEOGRAPHIQUE DE LA TREPANATION
Nous avons étudié la coutume de la trépanation cranienne dans les pays les plus divers, soit à l’époque néolithique, soit dans les temps modernes.
Cherchant à établir un tableau de éntiion géographique de cette pratique chirurgicale, nous avons été frappé, dès le début, par son absence presque complète dans certains pays d'Europe, à l’époque néolithique.
Vers le milieu et la fin de l’âge de la Pierre polie, alors que ces pays conservaient leurs caractères ethniques originels (dolichocéphalie), les autres. étaient pénétrés ou envahis par des éléments nouveaux. Les envahisseurs, brachycéphales, venant sans doute de l’Est, ont pénétré l’Europe en suivant la vallée du Danube pour s’établir dans les régions occidentales, la France en particulier [28]
L’Angleterre, la Suède, le Portugal et l'Espagne ont été les seuls pays épargnés par cette invasion. Or, dans ces pays, les exemples de trépanations aux temps néolithiques sont d’une rareté extrême et se réduisent encore, si l’on isole les cas douteux. Les populations néolithiques de ces pays étaient en mayorité dolichocéphales; les brachycéphales y étaient presque imexistants.
Par contre, nous avons constaté la fréquence de la coutume de la trépanation en France et dans les pays de l’Europe centrale où les brachycéphales sont venus s'établir en grand nombre.
En France, les cas de trépanations néolithiques sont extré-
memént nombreux; la Tchécoslovaquie vient immédiatement après, pour le nombre des crânes opérés [147]. Or, les traces du passage et de l'établissement des brachycéphales dans ces deux pays se retrouvent justement en grande abondance.
L'Allemagne, la Finlande, le Danemark, la Russie, l’Autriche, l'Italie, la Suisse, ont fourni des exemples assez nombreux de trépanations.
Nous avons essayé d'étendre plus loin ce parallèle.
En Asie, nous ne connaissons qu'un seul cas de trépanation néolithique, mais l'opinion n’est pas faite sur l’anthropologie physique des premiers habitants.
En Indochine, où l’on n’a trouvé jusqu'à ce jour qu'une vingtaine de crânes préhistoriques de caractères ethniques divers, la trépanation n’est pas signalée.
En Australie, l’élément ethnique originel s’est conservé à peu près pur, il'est dolichocéphale et la pratique de la trépanation n’a pas été signalée chez les Australiens; c’est encore un fait concordant avec ceux que nous avons constatés en Europe. s
De même, la brachycéphalie chez les Polynésiens, qui pratiquaient fréquemment la trépanation, vient à l’appui des faits précédents.
La Mélanésie, cependant, fait exception. En effet, les indigènes sont dolichocéphales à l'exception peut-être des habitants de l’île de Kiwaï (embouchure du fleuve Fly de la nouvelle Guinée) qui sont brachycéphales dans 7 p. 100 des cas sur 500 crânes exhumés (Deniker). La trépanation y était une coutume extrêmement répandue.
L'Afrique, dont la Préhistoire commence à peine à être étudiée et dont les habitants actuels constituent un mélange des éléments les plus divers, ne nous offre l'exemple de trépanations qu'en un territoire très restreint, celui de l’Aurès. Cette pratique des Chaouïas est venue sans doute de l’Europe vers la fin du Néolithique, époque où les trépaneurs étaient déjà nombreux dans la Lozère.
En Amérique, la trépanation a été surtout pratiquée dans
les terres du Sud. Le Pérou et la Bolivie ont été particulièrement riches en découvertes de crânes opérés. Or, Hrdlicka a fait remarquer la forte proportion des crânes brachycéphales sur les côtes ouest de l’Amérique du Sud.
Ce dernier fait vient encore à l’appui des précédents pour nous permettre de conclure que, dans les temps préhistoriques comme dans les temps modernes, la pratique de la trépanation coïncidait avec la présence d’un élément ethnique brachycéphale, sauf cependant pour la Mélanésie où cet élément est exceptionnel.
Nous sommes persuadé que, dans lé même ordre d'idées, certains points obscurs s’éclaireront à la lumière de nouvelles découvertes. Elles expliqueront les exceptions et permettront d'utiliser la TREPANATION CHEZ LES PRIMITIFS comme un nouvel et très important élément de recherche dans l’étude du peuplement de la terre.
DES de ch Le
GONCLUSIONS
« L'étude de la trépanation néolithique impose actuellement comme conditions : d’abord un examen approfondi tant au point de vue macroscopique qu'au point de vue histologique et radiographique. C’est après avoir éliminé les causes d’erreurs nombreuses : les perforations craniennes traumatiques ou pathologiques sur le vivant, les lésions accidentelles survenues sur le crâne après la mort, que l’on peut essayer de faire une classification des diverses lésions PRÉMLOIRSS des crânes néolithiques et primitifs.
Nous avons distingué celles qui ont été faites sur le vivant de celles qui ont été faites après la mort. La radiographie nous a permis de faire des diagnostics plus précis que ne le permettait le simple examen macroscopique. De l'étude des trépanations posthumes et des rondelles craniennes, il résulte qu’on ne peut affirmer avec certitude dans quel but on les pratiquait; c'était tantôt une manifestation de mysticisme ou de superstition, tantôt une ébauche de médecine opératoire.
L’analogie des trépanations craniennes chez les préhistoriques et chez les primitifs est complète dans tous les détails, qu'il s’agisse de la guérison des opérations, de leur fréquence, de leur siège, de leur forme et des procédés employés.
Une opération chirurgicale particulière, le T sincipital, a retenu notre attention : pratiquée en Europe au Néolithique, en Océanie dans les temps modernes, c’est sans doute l’origine d’une méthode de révulsion, destinée à remplacer chez la femme la trépanation cranienne, opération plus grave.
En ce qui concerne la trépanation chirurgicale proprement dite, il nous a paru que la guérison était obtenue dans la
Te
majorité des cas et que la suppuration était exceptionnelle. Cette guérison est le témoignage de la résistance de l’organisme primitif à l'infection; ceci était déjà bien connu. |
La durée de survie des opérés, grâce au moyen d’investigation radiographique, pourrait être approximativement connue.
Les procédés opératoires, certainement communs aux néolithiques et aux primitifs modernes, le burinage et le grattage sont l’indice du souci que mettait le.chirurgien pour « finir » son intervention.
Il est difficile de dire si l’on pratiquait l’anesthésie aux temps néolithiques. Les quelques observations de la chirurgie primitive actuelle que nous avons rapportées en fournissent de rares exemples. |
L’endurance de l’organisme primitif à la souffrance est un fait aussi connu que son immunité à l’égard de l'infection, et des opérations beaucoup plus douloureuses que la trépanation sont pratiquées sans anesthésie par les « sauvages ». Notre système nerveux doit à la civilisation son hypersensibilité à la douleur.
Malgré le danger qu’il y a de faire une comparaison entre les hommes préhistoriques et les hommes primitifs actuels, car 11 faut compter avec la liberté humaine (Cartailhac), nous n’hésitons pas à dire qu'il y a cinq mille ans, comme aujourd’hui, la « trépanation cranienne » a toujours eu le même but. Elle est une thérapeutique des céphalalgies, quelle que soit leur origine, traumatique ou essentielle, une thérapeutique des phénomènes convulsifs, et peut-être même des manifestations diverses de l’aliénation mentale. Maïs cette opération était entourée de certains rites religieux ou superstitieux qu'une observation superficielle pourrait faire prendre pour des facteurs déterminants de l'intervention. Ils ne sont, en réalité, que secondaires.
Nous avons essayé de grouper dans le cadre de l’Anthropologie les données forcément restreintes de la répartition de la trépanation dans le monde. L’analogie de cette coutume
en Océanie et en Amérique du Sud vient à l'appui d'autres éléments ethnographiques, de l'anthropologie physique et de la linguistique, résumant les idées actuelles sur le peuplement de l'Amérique du Sud.
Nous avons remarqué également l'absence de cette pratique chirurgicale chez les populations néolithiques, que nous savons être dolichocéphales, de l'Angleterre, de la Suède, du Portugal et de l'Espagne; par contre, nous avons noté sa fréquence dans les autres pays d'Europe, où un élément brachycéphale, dit-on, est venu se surajouter.
De même, la fréquence de la trépanation dans les autres contrées du monde où dominent les brachycéphales et son absence dans les pays où domine l’élément dolichocéphale constituent une coïncidence troublante que nous avons voulu signaler. Une seule exception, qui sera expliquée peut-être un jour, concerne la Mélanésie, dont les habitants sont dolichocéphales, sauf dans l’île de Kiwaï : 7 p. 100 de crânes brachycéphales sur 500 crânes exhumés (Deniker). La trépanation y était une pratique courante el encore en vigueur au siècle dernier.
La constatation de l'existence en Europe occidentale, à l’époque préhistorique, de nombreux faits ethnographiques océaniens à souvent été faite. La trépanation est du nombre.
La concordance de l’apparition en Europe de cette pratique chirurgicale avec celle d’un élément brachycéphale envahisseur, dit-on, nous à paru évidente. Sans vouloir tirer de conclusions trop hâtives de ces constations, notre but serait atteint si elles permettaient à des chercheurs plus avertis que nous d'orienter leurs investigations dans cette voie.
On discutera encore longtemps, sans doute, le sentiment secret qui armait la main des chirurgiens préhistoriques. Ces hommes ont connu la douleur, ils nous ont précédé dans l’art de la combattre, et la trépanation cranienne nous redit cette histoire aux chapitres incomplets : Nous connaissons les instruments, les techniques, les résultats opératoires; existait-il des mesures préventives contre l'infection ?
En d’autres termes, l’asepsie était-elle connue de nos ancétres? Quelle que soit la réponse à cette troublante question, il n’en reste pas moins que leur. art chirurgical force l’admiration et nous permet de penser, avec de Nadaïllac que « l’intelligence de l’homme est née avec l’homme ».
Vu : Le Doyen, C. SIGALAS.