‹ La Trépanation Crânienne: Chez les Néolithiques et chez les Primitifs ModernesChapitre 48 sur 72 · ESS · texte numérisé non relu

ESS

terons intégralement le texte du chapitre, intitulé Signification des trépanations : « Pourquoi les néolithiques grattaientils des crânes et les trépanaient-ils? On a, depuis Broca, émis des séries d’hypothèses; plus ou moins vraisemblables. Je n’accepte aucune d’entre elles, parce que trop savantes!

» 4° Hypothèse culluelle. — À mon avis, ces deux sortes d'opérations, dont la première, la trépanation, n’est que la seconde poussée jusqu'au bout, sont d’origine cultuelle, purement et simplement.

» Elles n’ont jamais eu le moindre but thérapeutique, médical ou chirurgical. Elles étaient destinées à fournir :

a) les grattages sans trou, de la POUDRE D'’0S; . b) les trépanations vraies, de la POUDRE D’0S, et, surtout, bien entendu, des RONDELLES!

» Ces deux ordres d'objets étaient par suite sacrés et doués de propriétés merveilleuses; d’où leur emploi rituel ultérieur, qu'on retrouve souvent. On devait les prendre sur des sujets prédestinés, sur des hommes, Prêétres ou Saints, Ermiles ou Sorciers, représentants sur terre de la divinité, comme les Schamans, les Brahmanes, etc. Goblet d’Albiella a écrit dès 4911 : « La trépanation était réservée à des individus, regar- » dés, à raison de leur rang, de leur savoir ou de leur tempé- » rament, Comme en possession d'une nature supérieure ou » comme en communication directe avec le monde surhu- » main, » (Croy., Rit., Inst., Il, p. 382.) La preuve de cette hypothèse est fournie par le célèbre collier de rondelles craniennes du Thibet du Sud provenant de 106 crânes d’ermites, et dont nous reparlerons plus loin.

» Cet ensemble d'opérations était en rapport avec le culte STELLO-SOLAIRE néolithique, tout simplement. »

Et plus Join : « Il faut conclure que, puisque les trépanations posthumes.sont certaines, les trépanations in vivo doivent avoir eu un but analogue à celles in mortuo, qui ne peuvent être que rituelles.. Cette conclusion s’impose tellement à mon sens qu'il:me semble parfaitement inutile désormais de discuter toutes les théories anciennes! |

SUR te

» Par conséquent, on doit dire que toute trépanation sur le vivant, comme sur le mort, avait pour but de fournir un Îragment de crâne d’un homme doué d’une vertu spéciale ou d’une puissance surnaturelle, par convention.

» Dès lors, les rondelles ainsi obtenues devenaient des amulettes. Avec de Nadaiïllac, il faut donc déclarer que la trépanation n'était qu'une pratique religieuse, et sans doute une cérémonie d'initiation dans le genre de la circoncision. »

Admirons cette imagination féconde et ce CULTE STELLO- SOLAIRE, qui n’eut jamais, sans doute, d'autre Grand Prêtre que le Docteur Baudouin.

Et sa conclusion « s'impose tellement » qu'il nous semblerait « parfaitement inutile » de la discuter, si nous n'avions le désir d'éliminer les pures fantaisies qui sont ‘inadmissibles dans le domaine de la Préhistoire.

Admettons même que les trépanations in mortuo ne soient que rituelles, ce qu'il nous est impossible d'affirmer, puisque d’autres interprétations sont aussi valables, comme nous l'avons vu : ni l'examen des trépanations préhistoriques, révélant en général des différences capitales entre les opérations chirurgicales et les opérations posthumes, ni les observations chez les primitifs, où la trépanation rituelle n’a jamais existé, ni aucun fait, ne prouvent que les trépanations in mortuo et les trépanations in vivo aient eu le même but.

HYPOTHÈSES SUR LE BUT THÉRAPEUTIQUE À CARACTÈRE MYSTIQUE DES TRÉPANATIONS.

La trépanation était, de l’avis de Broca, une pratique religieuse, une initiation. Dans d’autres cas, il voyait une « Mmanijestation des idées superstitieuses de l’époque, qui en usait pour débarrasser du mauvais esprit les épileptiques, les possédés, les idiots » (Lehmann-Nitsche [109]). Croyant que la trépanation s’appliquait seulement aux enfants, il pensait que c'était pour les convulsions, si fréquentes dans le jeune âge.

Pour Le Baron [107], les trépanations préhistoriques ont

eu un but très simple : « Un individu avait des convulsions, on le trépanait; guérissait-il, il devenait un homme extraordinaire. On l’entourait de respect et de vénération. C’est surtout les enfants que l’on soumettait à ce genre d’opérations; cela s'explique très bien car chez eux les convulsions sont plus fréquentes que chez les adultes. »

Ni Broca, ni Le Baron, n’ont donné de preuves de ces hypothèses. Elles furent reprises, en 1878, par Lucas-Championnière, qui admettait alors « que le trépan ayant été appliqué pour guérir les maladies convulsives, son intervention heureuse ait pu revêtir un caractère religieux. L'épilepsie, pour l'antiquité, n'’était-elle pas une ‘maladie divine, divinus morbus (Platon); deifica lues (Apulée); morbus herculeus (Aristote); morbus sacer, etc.? » [114]), et Lucas-Championnière attribue cette idée à Broca, alors que Prunières l'avait déjà émise en se faisant une tour autre idée des causes et du but de l'intervention.

On voit combien est fragile cette conception faisant de la trépanation une opération rituelle en se basant seulement sur le caractère divin de l’épilepsie. [1 n’est pas inutile de rappeler que Prunières, par un raisonnement plus logique, avait été amené à penser que la trépanation fut d’abord appliquée comme traitement de traumatismes craniens. Par la suite, et du fait de la constatation de symptômes analogues, elle devint sans doute un mode de traitement des maladies convulsives.

« J’ose prononcer, dit Prunières, le nom de chirurgie à l’époque néolithique et je le prononcerai encore lorsqu'il s'agirait de l’époque paléolithique, car la chirurgie, art manuel, est aussi ancienne que le mopde.

» L'homme a pu, de tout temps, se soulager de certains maux extérieurs. Partout et toujours, sous l’influence de la douleur et de l'expérience acquise, son intelligence lui démontrera la nécessité d'enlever une épine ou un trait entrés dans les chairs, d'arrêter une hémorragie, etc.

» Du reste, nous voyons dans Homère qu'à l’époque de la

guerre fabuleuse de Troie la chirurgie est déjà un art. Machaon

et Podalire, fils d'Esculape, pansent les plaies et les recouvrent de plantes amères.

» La solution de continuité des os du crâne n’est pas par elle-même une lésion grave; la gravité d’une pareille blessure tient uniquement aux complications qui peuvent se présenter; il est bon d’ailleurs de noter que ces complications, qui sont l’'épanchement du sang, l’encéphalite, la contusion, la compression du cerveau, etc., arrivent bien plus souvent quand il n’y a qu'une seule fissure que lorsqu'il y a perforation complète. C’est ainsi qu’on a vu, nombre de fois, des fractures multiples et très étendues ne produire que de légers accidents et se terminer d’une manière heureuse; c’est encore ainsi que des blessures faites par un instrument tranchant, agissant plus ou moins horizontalement pour détacher une plaque de la calotte cranienne, sont souvent guéries très rapidement, même. après avoir enlevé une petite partie de la surface du cerveau.

» Mais parmi les accidents qui pourront survenir, il en est certains, qui sont d’ailleurs les plus fréquents, sur lesquels je crois devoir insister d’une façon toute spéciale, parce qu’ils me paraissent de la plus haute IMPORTANCE dans la question que j'étudie. Ce sont le délire, les convulsions épileptiformes, l’épilepsie traumatique, qui guériront souvent par l’ extraction des esquibles. |

» Que des convulsions épileptiques et des crises d’épilepsie consécutives à un accident traumatique aient été guéries par l'extraction des esquilles emprisonnées dans une blessure cranienne, et que ce fait ait été constaté dans une blessure cranienne, à l’époque néolithique, tel a dû être le point de départ d’une pratique chirurgicale adoptée par les Néolithiques. Et comme l’épilepsie traumatique a des caractères communs avec l’épilepsie essentielle et les convulsions de la première enfance, il n’y avait peut-être qu’un pas à franchir pour traiter ces manilestations identiques par une cure similaire, c’est-à-dire donner une porte de sortie au mal et alors appliquer sur adulte ou l'enfant l’opération du trépan. »

Suivant les idées de Prunières, il est probable que des

croyances mystiques ou religieuses entouraient cette opération, mais leur importance causale pour la trépanation posthume n’était que secondaire pour la trépanation sur le vivant.

HYPOTHÈSES SUR LE BUT PUREMENT THÉRAPEUTIQUE DES TRÉPANATIONS NÉOLITHIQUES.

D'assez rares auteurs se sont faits les défenseurs de l’idée que la trépanation devait être considérée comme une opération chirurgicale faite dans un but uniquement thérapeutique. C’est ainsi que Hansen oppose à l’idée d’une cause religieuse quelconque celle d’une thérapeutique conduisant à la trépanation et absolument analogue à la nôtre [89].

Lucas-Championnière dans son second ouvrage sur la trépanalion préhistorique [115] prétend qu'aucun caractère mystique n’entourait cette opération. À son sens, les Néolithiques, en opérant, ne cherchaïent qu’à guérir les céphalées, soit trau- -matiques, soit essentielles, ou des phénomènes convulsifs, par une trépanation amenant la décompression. Ces indications opératoires, sur lesquelles tous les auteurs sont à peu près d'accord, sont sans doute réelles, comme nous Le verrons. Mais -. de là à dire que, dans tous les cas, on opérait pour produire la décompression cérébrale, il y a loin. En effet, Lucas-Championnière ne tient pas compte des trépanations multiples sur un même crâne; il eût suffi, sur un sujet déjà trépané, d'ouvrir simplement la cicatrice fibreuse fermant le premier orifice pour arriver au résultat cherché. D'autre part, Lucas-Championnière, n'étant pas au courant de la pratique de la trépanation chez tous les peuples primitils, ne rapporte que les coutumes de chirurgie cranienne des Chaouïas et celles de Cornouailles, qu'il appelle trépanalions traditionnelles. Ces deux pratiques chirurgicales, précisément, n’ont qu'un rapport assez vague avec la trépanation néolithique, alors que chez d’autres peuples primitifs les opérations craniennes se rattachent intimement à celles de la Pierre Polie.

Crânes trépanés dans un but certainement thérapeutique. —

Guiard é

Sur certains crânes, assez peu nombreux, on observe les traces de maladies qui ont sans doute été la cause d'une intervention, mais lorsqu'il s’agit d’ostéite, par exemple, on ne peut savoir si elle a précédé l'opération ou si elle en a été la conséquence. C’est ainsi que le crâne du dolmen des Lisières (commune de Pamproux [Deux-Sèvres]), a été présenté par Prunières [183] à l’Association scientifique de La Rochelle (1882) comme trépané à la suite d’une ostéite.

Parot, en 1881, citait à la Société d'anthropologie de Paris, le cas d’un crâne recueilli à Bray-sur-Seine (Marne), sur lequel une trépanation avait été pratiquée pour une ostéite. « La cicatrisation complète de la trépanation et de l’ostéite est preuve du succès de l’opération. » (De Nadaillac [161 bis]).

Une trépanation pour hydrocéphalie a été signalée par Broca sur un crâne néolithique [161 bis]).

Quelques crânes atteints d’ostéoporose symétrique, trépanés, ont été trouvés au Pérou (Williams [238 ]).

Quelques observations concernent des crânes dont les lésions syphilitiques ont été sans doute l'indication de la trépanation, à moins qu'il n y ait qu'une simple coïncidence : « Moreno a rapporté le cas d’un crâne de La Plata portant une trépanation et remarquable par ses lésions syphilitiques. De même Broca a reconnu sur le crâne de Paraderos de Patagonie une ostéite qu'il n’hésitait pas à attribuer à une semblable aliection. » (De Nadaiïllac [161 bis].)

Quelques crânes néolithiques portent les traces de traumatismes qui ont motivé une intervention. Le crâne trépané de Rousson (Gard) porte les traces d’une blessure sur la région fronto-temporale (Carrière et Reboul !50}).

Une blessure est également visible sur un des crânes de Mareuil-les-Meaux, qui porte une trépanation (Petitot [172]).

De même les crânes d’Aérô et de Varpelev auraient été trépanés pour des traumatismes (Hansen [89]).

Au Pérou, les exemples de crânes précolombiens opérés pour des blessures sont beaucoup plus nombreux. Muñiz et Mac Gee [156], Mac Curdy [123], Julio-C. Tello [221] et Roy-

" — 103 — Moodie [207 bis] ont fait la description et ont représenté des cas de trépanations motivées certainement par des fractures.

Un crâne de Péruvien, de Pattalacta, représenté par Mac Curdy [123], porte au niveau d’une fracture sérieuse deux trépanations à quelques centimètres l’une de l’autre.

Roy-Moodie a trouvé des crânes très nombreux sur lesquels des blessures par pierre de fronde avaient été l'indication opératoire [207 bis].

Wôliel, en 1925, nous apporte la preuve évidente d’une thérapeutique par la trépanation dans les traumatismes craniens : il a constaté le rapport étroit entre le territoire d'extension de la fronde, en Amérique du Sud, et celui de la trépanation [239]. Si l’on considère que la fronde était une arme couramment employée par les Péruviens primitifs, il n’est pas étonnant que des blessures du crâne fréquentes aient motivé de semblables interventions.

« La trépanation est certainement une méthode indiquée en vue du traitement de phénomènes morbides bien déterminés; comme moyen de traitement des fractures du crâne, elle se montre tellement elficace que nous pouvons admirer l’art chirurgical de ces primitifs. » (Wôüllel [239 }).

I. — But des trépanations chez les primitifs. ; A Chaouïas. — Dans l’Aurès, les trépaneurs « semblent guidés

par cette idée que les symptômes morbides, douleurs de tête, convulsions, paralysies, sont causés par la présence d’un os rendu malade par une contusion ou une fracture; il faut à tout prix enlever l'os malade, c’est-à-dire l’os contusionné ou brisé ». k

Donc, en premier lieu, il s’agit d’un traitement des fractures du crâne, et par suite la trépanation est devenue un traitement des céphalées et des convulsions, qu’elles soient secondaires à des traumatismes ou symptomatiques de maladies.

f. 2 | Trépandtion traditionnelle. — Nous avons vu qu’en Albanie on trépanait pour les névralgies, la migraine, la folie. Mais

l'indication la plus fréquente est une plaie de la tête ou une simple contusion cranienne.

En Cornouailles, la trépanation ne se pratiquait chez les mineurs que pour des traumatismes craniens. Dans l'Hindou- Kousch, on pratiquait une sorte de T sincipital, dans un but prophylactique, contre les « maladies de la tête » (Zaborowski [241]).

Au Daghestan, les traumatismes craniens et céphalées étaient , à l’origine de ces opérations sur le crâne [46].

Océanie. — En Océanie, les indications opératoires sont les mêmes pour toutes les îles de la Mélanésie et de la Polynésie, et Wôlfel a établi l'unité des méthodes et des causes de la trépanation pour toute l'étendue des mers du Sud.

De même qu’en Amérique, en Océanie, « le territoire d’extension de la fronde correspond à celui de la trépanation. Ce sont les armes qui produisent les fractures du crâne qui sont à l’origine de ces trépanations » (Wôlfel [239]).

Au premier plan apparaissent une fois de plus les traumatismes craniens comme motifs de l'intervention. « Dans une fracture du crâne dans laquelle les esquilles ont pénétré le cerveau ou bien dans laquelle un enfoncement osseux exerce une pression, il y à toujours des maux de tête violents, des convulsions et des troubles psychiques... Il est incontestable que la trépanation à été aussi bratiquée dans le traitement de maux de tête ou de troubles psychiques non conditionnés par une fracture. » (Wôülfel [2397).

D'une manière générale, qu'il s'agisse de trépanation traditionnelle ou de trépanation chez les primitifs, les fractures du crâne ont été le motif de l'intervention faite dans le but d’enlever des esquilles ou de relever des enfoncements osseux, comme le dit Wôllel. Dans les autres cas, elle a été le traitement de céphalées, de convulsions (épilepsie vraie ou jacksonnienne) et de troubles psychiques par une suite logique de raisonnements.

Lecène a rejeté toute logique chez ces peuples primitifs.

« C'est donc commettre une grave faute de méthode que de

prêter à ces hommes préhistoriques ou primitifs nos habitudes de raisonnement et notre confiance dans l'expérience qui nous servent à interpréter les faits d'observation même les VAE banaux de notre vie quotidienne. » £

Avec Durkheim et Lévy Bruhl, Lecène pense que les primiüfs ne possèdent pas de logique, et il cite l'exemple d’un homme tué par une flèche, trouvé dans la brousse par les siens; Ceux-ci croient fermement que c’est un autre homme, éloigné de plusieurs kilomètres au moment du meurtre, ‘is l’a tué en lui jetant un maléfice. ;

Nous pourrions dire de même que la logique est bannie de l’intellect de bon nombre de civilisés superstitieux et se refusant obstinément à passer sous une échelle ou à se mettre à table lorsque le nombre des convives est de 13.

Il ne faut donc pas se baser sur les pratiques superstitieuses ou mystiques qui entourent un acte pour le juger illogique.

« Les rites de sorcier qui accompagnent l’opération ne sauraient en aucun cas en être considérés comme le point de départ, car l’homme dit « sauvage » n’est pas un barbare de grande ville et aucune de ses actions n’est sans rapport avec le culte et les cérémonies; si je dis ma prière en tant que chrétien croyant, je ne cesse point pour cela d’agir d’une façon consciente et dans un but déterminé.

» Le caractère de sorcier du médecin primitif n’est pas une preuve contre son art, car enfin nos neurologistes de l’école la plus moderne ont une méthode qui n'est pas tellement diflérente du sortiülège. » (Wôülfel.)

Et il faut convenir avec Elisée Reclus que : « On s’est trop habitué à regarder dédaigneusement, du haut de la civilisation moderne les mentalités du temps jadis, les manières de sentir, d'agir et de penser, qui caractérisent les collectivités humaines antérieures à la nôtre. Que de fois on les bafoue sans les connaître! On s’est imaginé que l’ethnologie des peuples inférieurs n’est qu’un amas de divagation, un fatras de niaiseries: en effet, les préjugés paraissent doublement absurdes quand on n’en a pas la clef; on a fini par croire qu'il n’y à d'intelligence que la nôtre, qu'il n’y a de moralité que celle

qui s’accommode à nos formules... Nous n’hésitons pas à affirmer qu’en nombre de tribus dites « sauvages », l'individu moyen n’est pas inférieur, ni moralement, ni intellectuellement, à l'individu moyen dans nos Etats dits civilisés. » [188].

Et puisque chaque jour s’allonge la liste des éléments cultuels semblables chez les primitifs modernes et chez les hommes préhistoriques, il est difficile de ne pas attribuer aux seconds une mentalité analogue à celle des premiers.

Les armes mêmes des néolithiques (fronde, massue de pierre, boomerang même), ressemblaient à celles de certains peuples primitifs (mers du Sud), les blessures qu’elles produisaient devaient être analogues. « Aux époques primitives, dit Le Baron, les guerres devaient être fréquentes et l’extrémité céphalique souvent atteinte. C’est ce qui explique les blessures si nombreuses que l’on rencontre sur les crânes préhistoriques. » Et plus loin, « la similitude des mœurs et de l’industrie entraîne une similitude dans la pathologie » [107]. Il n’est pas téméraire d'ajouter : une similitude dans la thérapeutique.

Et, dès lors, nous serons amené à conclure que la trépanation chez les néolithiques, pratiquée sans doute d’abord pour des traumatismes craniens, a vu ses indications s'étendre aux céphalées, aux convulsions, peut-être aux paralysies et aux troubles mentaux.

Nous ne voulons pas dire que, par une connaissance de l'anatomie pathologique semblable à la nôtre, nos ancêtres faisaient une thérapeutique chirurgicale scientifique de toutes ces alfections. Que, dans certains cas, la décompression cérébrale leur ait donné de bons résultats, ce n’est pas douteux, mais que cetbe décompression ait été le but recherché par le chirurgien, c’est peu probable; il s’appliquait sans doute plutôt à faire un trou dans le crâne pour faciliter le départ du mauvais génie cause de la maladie.

Peu importe, d’ailleurs, que nos ancêtres se soient représentés sous la forme d’un mauvais génie, ce que nous appelons aujourd’hui « hypertension céphalo-rachidienne », ils n’en obtenaient pas moins par la trépanation d'excellents résultats opératoires.

ee CHAPITRE X

Page 1