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Bull. Soc. Anthrop. de Paris , IIe série, t. IX, p

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La troisième pièce (fig. 5), formant un trapèze un peu irrégulier, ne rappelle nullement les deux fragments dont il vient d’être fait mention. Le tissu osseux a subi une lésion, il laisse apercevoir des traces de désorganisation ; il a été incontestablement le siège d’une maladie. L’ablation de la partie malade a été vraisemblablement pratiquée comme moyen thérapeutique. Les bords sont aussi en biseau, mais l’incision

Fig. 5.

est moins accentuée, moins parfaite que dans les pièces précédentes. 11 serait impossible de l’attribuer aux mêmes causes et de lui assigner le même but qu’aux autres fragments.

Les pièces crâniennes les plus nombreuses sont percées de deux trous (fig. 6;, leur forme se rapproche singulièrement de celle des boutons blancs en os de fabrication commune. Leur épaisseur ne comporte pas tou- Flg‘ 6*

jours l’épaisseur normale de la voûte crânienne. Elles ont été dédoublées. Faut-il attribuer cette particularité au désir d’augmenter le nombre de rondelles ? au mode d'opérer ? ou à une séparation spontanée facilitée par l’absence de solidité qui

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résulte des cellules diploïques ? Il serait téméraire de se prononcer pour Tune ou l'autre cause exclusivement. Il est possible que les trois causes aient exercé simultanément leur influence. La grandeur de ces fragments varie peu. Les plus grands ont 28 millimètres de diamètre, les plus petits 18 millimètres.

Toutes ces petites rondelles crâniennes perforées ont été

certainement portées. Le trou de suspension n'est pas le seul caractère révélateur de l'usage auquel elles étaient affectées. Il est évident quelles ont été polies par un frottement réitéré. Nous comptons seulement dix de ces fragments, car il en existe plusieurs tellement amincis, usés, qu'ils ont pris un aspect éburné qui ne permet plus de les déterminer sûrement. Cette série considérable affirme une habitude très-répandue qui ne permet point d'attribuer l’existence des fragments crâniens à des causes fortuites et exceptionnelles.

Outre ces pièces détachées du crâne humain, nous avons trouvé et conservé cinq crânes qui ont subi des pertes de

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substance bien caractérisées. Tous ces crânes n’ont pas été examinés par M. le Dr Broca, car il avait demandé que cinquante crânes préhistoriques de la Vallée du Petit-Morin lui fussent envoyés sans choix et pris indistinctement dans notre collection. Il arriva naturellement que deux des crânes

Fig. 8.

perforés ne firent point partie de la série envoyée au laboratoire d’anthropologie.

Le premier crâne appartient à un jeune sujet (fig. 7). La perte de substance s’est opérée aux dépens du pariétal droit dans sa partie la plus rapprochée de l’occipital. L’ouverture elliptique taillée en biseau mesure 44 millimètres de long, 35 millimètres de large. Le trépané du type brachycéphale a dû être atteint d’hydrocéphalie, selon l’opinion du Dr Broca. Il n’a pas survécu à l’opération.

Le deuxième, du type mésaticéphale (fig. 8), a été trépané dans la partie supérieure du pariétal gauche la plus voisine des régions frontales.

L’ouverture , presque ponde , mesure 3 centimètres de

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diamètre. Le crâne ne présente aucunes particularités susceptibles de révéler un état anormal. Le sujet avait atteint tout son développement physique. La vie s’est évidemment prolongée après la trépanation. .

Dans le troisième crâne, la partie moyenne du pariétal a été atteinte par la perte de substance qui intéresse aussi le co-

Fig. 9.

ronal. Le sujet adulte est brachycéphale. Le crâne offre des protubérances qui accusent un état hydrocéphalique.

Le quatrième crâne porte deux ouvertures dans la partie postérieure gauche (fig. 9). La plus grande ouverture mesure 55 millimètres de long sur 40 millimètres de large. La petite, 25 millimètres de longueur sur i5 millimètres de largeur. La séparation médiane a i5 millimètres. Le sujet était âgé. La configuration du crâne et le tissu osseux n’ont rien d’anormal.

Enfin, un cinquième crâne (fig. 10) a aussi subi une notable perte de substance, la plus considérable de toutes celles observées. Presque tout le coronal a été scié et la perte de substance affecte aussi l’occipital. La portion détachée est de i5 centimètres de longueur. Le crâne provient d’une grotte de

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la station préhistorique cTOyes. Un silex tranchant était engagé dans Farcade zygomatique lorsqu’il a été trouvé. On remarque sur le frontal un long sillon partant de Farcade sourcilière, qui ne peut être que le résultat d’une blessure. Le quatrième

Fig. io.

crâne dont il a été parlé précédemment provient de la même grotte. Ces deux faits, réunis sur un même point, témoignent de l’intensité de la coutume de travailler les os humains du crâne.

Faut-il cependant ranger ce dernier crâne dans la catégorie de ceux qui ont été soumis à la trépanation pendant la vie ? Il est évident que ce serait commettre une erreur . La perte de substance qu’il a éprouvée constitue un fait d’un très-grand intérêt, mais l’opération n’appartient pas au même ordre que celles dont il a été fait mention antérieurement. L’ablation a été pratiquée après la mort, on ne voit nulle trace de Faction cicatricielle, les stries, les rainures produites par l’instrument employé pour la trépanation sont encore vives. Du reste, on ne survit pas à de telles opérations.

Nous avons relevé les dépouilles d’environ deux mille sujets dans les grottes de la Vallée du Petit-Morin. Les ossements et les autres objets atteints par la morsure des rongeurs ont été remarqués avec la plus sérieuse attention. Les ouvertures des

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crânes perforés et des rondelles crâniennes ne ressemblent en rien, sur leurs contours, aux traces laissées par la dent des rongeurs. Nous tenons à bien établir que les rongeurs ne sont pour rien dans toutes ces pertes de substance que nous signalons. Pourrait-on, du reste, admettre que des rongeurs eussent percé des trous symétriques dans les rondelles et les aient ensuite polies de manière à leur donner une régularité que la dextérité de beaucoup d’hommes ne saurait atteindre sans quelque peine ?

La série importante de pièces que nous venons d’énumérer, suffirait, elle seule, pour établir incontestablement la trépanation préhistorique et l’usage de travailler les os du crâne à l’époque néolithique.

Pour ne rien négliger, il ne sera pas sans utilité de faire remarquer qu’il résulte de l’examen des différentes pièces anatomiques composant la série, que l'opération a été pratiquée dans des circonstances variées et dans des buts différents. L’inspection la plus fugitive des crânes qui ont subi une perte de substance le reconnaît rapidement. L’aspect seul sous lequel les rondelles se présentent, le démontre aussi avec la meme évidence.

Les crânes perforés trouvés dans les stations néolithiques de la Marne, conservés au Musée de Baye, ne se préconisent pas sous une forme identique. Ils apparaissent, au contraire, dans des conditions différentes. Trois de ces crânes ont subi la trépanation pendant la vie. Les sujets trépanés ont survécu. La plaie osseuse laisse apercevoir les caractères d’un travail de réparation cicatricielle bien évident. Les bords de l’ouverture ne portent plus les sillons imprimés par l’instrument de l’opérateur. Enfin, les porosités diploïques ne sont plus béantes comme dans les rondelles ou dans les crânes ayant subi une opération posthume.

Un de ces crânes offre deux ouvertures : une grande et une petite, ainsique nous l’avons déjà mentionné. Les deux perforations sont sur deux points rapprochés. La séparation qui les circonscrit et les divise est bien caractérisée et n’admet pas la possibilité d’une seule et même opération. Les deux perfora-

tions n’ont rien de commun avec les perforations congénitales et symétriques étudiées par M. le Dr Broca sur un ancien crâne canarien1.

Un autre crâne, ayant subi une perte de substance, paraît avoir appartenu à un sujet qui aurait peu survécu à la trépanation. On voit parfaitement qu’il a été incisé. Les bords de Y ouverture sont à vive arête.

Le crâne dont le coronal a été détaché dans sa majeure partie, ne présente aucun point de comparaison avec ceux dont nous venons de parler. La perte de substance est incomparablement plus considérable. Le tissu cellulaire est béant, toutes les marques imprimées par l’instrument sont apparentes. Tout son intérêt se résume dans le fait unique de l’ablation du coronal, qui a été scié et enlevé. Il n’a été effectivement trouvé aucune trace de fragments dans la grotte qui le contenait. Il y a lieu de croire que l'opération pratiquée avait pour but de se procurer des rondelles crâniennes en quantité, des amulettes ou un trophée. Les traces de blessure sur le frontal semblent provoquer cette dernière hypothèse.

Peut-on attribuer ces pertes de substance à des coups portés par un ennemi ? Ces crânes perforés ne peuvent être ceux d’un ennemi frappé à mort. Pourquoi l’adversaire triomphant l’aurait-il admis dans la sépulture de famille ? D’un autre côté, comment supposer que le corps d’un guerrier aurait pu être généralement rapporté dans la sépulture de sa tribu après une défaite ? Nous sommes ici en présence de faits qui ne s’expliqueraient pas d’une manière satisfaisante par la guerre.

Entendons M. le Dr Broca sur cette question : « Si l’on « n’étudiait qu’une seule de ces pièces, dit-il, ou seulement un « petit nombre à la fois, on croirait aisément qu’il s’agit sim- « plement de lésions accidentelles. C’est ce qui m’est arrivé « lorsque j’ai eu à décrire des crânes de la caverne de l’Homme- « Mort. Ainsi, j’ai attribué à un coup de hache la grande ou- « verture du vertex du crâne n° 5 . La forme bien arrondie de « la perte de substance, disais-je alors, prouve qu’elle a été

i. Bull. Soc. Anthrop. de Paris, IIe série, t. X, p. 193. .

« faite par une arme au tranchant régulier qui ne peut être « qu’une hache polie. Nos sabres de cavalerie produisent « quelquefois de pareilles lésions; mais avant d'avoir étudié « ce crâne, je n’aurais pas supposé qu’une hache pût ainsi dé- « tacher d'un seul coup, et d’un coup très-obliquement dirigé, « une pièce d’os 'aussi large et aussi épaisse. Il fallait que « l’arme fût maniée par un bras athlétique, et je cherche en « vain parmi les humérus de la caverne de l’ Homme-Mort l’in- « dice de cette force herculéenne1. » La répugnance que M. le Dr Broca éprouve lorsqu'il s’agit d’attribuer les pertes de substance qu’il constate, à l’action d’une arme, se reconnaît facilement. Aussi ajoute-t-il bientôt : « En prenant maintenant « une à une les autres pièces que je vous présente, et qui toutes « sont relatives à des pertes de substance du crâne , on « pourrait , pour chacune d’elles , remonter à l’hypothèse u d’une blessure de guerre, lorsque la perforation est complète, « ou d’une blessure accidentelle, lorsque la perte de substance « n’est pas pénétrante. Mais ce coup de hache obliquement « appliqué sur le dessus de la tête, ce coup prodigieux, capable « d’enlever sans fracture une grande rondelle du crâne et une « rondelle bien régulière, ne peut évidemment pas être invo- « qué chaque fois. Je l’avais admis à grand’peine, faute de « mieux, comme une de ces singularités que le hasard peut « produire, mais il ne faut plus songer au hasard lorsqu’on « voit la même lésion, toujours de même dimension, quel qu’en « soit le siège,, se répéter sur plusieurs crânes de provenances « diverses. Il faut bien reconnaître alors l’intervention d’un « procédé régulier appliqué par un opérateur méthodique et « non par un ennemi furieux 2. »

Le mode d’opération employé pour détacher ces fragments crâniens a été discuté par M. Broca. « Les pertes de substance « non pénétrantes, expose-t-il, peuvent avoir été produites soit « par le raclage des couches superficielles de l’os, soit par le « simple décollement du péricrâne. »

î. Revue d’Anthrop., t. II, p. 1 8, 1873.

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