‹ La Trépanation Primitive Dans Les Plaies Du Crâne Par Projectiles De Guerre: Observations Personnelles De La Guerre Des BalkansChapitre 3 sur 52 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Pendant une année entière (octobre 1912-septembre 1913), les Balkans furent ensanglantés par une série de campagnes longues, tenaces et souvent sauvages, qui mirent hors de combat plus de 300.000 hommes, sans compter les victimes innocentes.

Les armées en présence, Grecque, Serbe, Bulgare, Monténégrine et Turque, étaient toutes pourvues d'armes modernes. Leurs canons et obus, leurs fusils, leurs mitrailleuses, etc., représentaient les derniers modèles des armées européennes. Il n'était donc pas sans intérêt d'étudier à nouveau, à cette occasion, les lésions produites par ces armes, lésions étudiées déjà dans les guerres des Boërs et Russo-Japonaise.

J’ai eu la bonne fortune de suivre de très près ces campagnes avec l’armée hellénique, comme directeur de l’ambulance 11.B. du Grand Quartier Général pendant la guerre de Macédoine et d'Epire; comme chirurgien des hôpitaux de Salonique après la prise de Jannina jusqu'au début de la campagne Gréco-Bul-

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gare; de nouveau à la tête de l’ambulance du Grand Quartier Général (C-2), pendant cette dernière guerre, et enfin comme chirurgien du 3° hôpital militaire de Salonique.

J'ai eu ainsi l’occasion de soigner plus de 6.000 blessés, et de pratiquer plus de 1.000 interventions, grandes et petites. Ce chiffre n’est point considérable, si l’on songe qu’en Epire et en Macédoine mon ambulance se trouvait respectivement à 5 et à 4 kilomètres du front de l’armée, et qu'elle assurait en même temps le service d'évacuation. Rien qu'à Salonique, pendant les dix premiers jours de la guerre Gréco-Bulgare qui a éclaté d’une façon tout à fait inattendue, étant seul chirurgien avec mon ami l’aide-major Kotzovos, nous avons eu à soigner 3.900 blessés. J'ai pratiqué en tout 93 trépanations grandes et petites.

Dans ce travail, je n'étudierai que celles dont j'ai pu prendre les observations détaillées. Car il n'est point facile de prendre des observations quand on vit sous des tentes, à quelques kilomètres du front de l’armée, et quand les convois de blessés se succèdent sans relâche.

Je n'aurai en vue dans ce travail que les observations de blessés que j'ai pu suivre assez longtemps pour savoir quel a été le résultat de l'intervention. Car j'étais souvent obligé d’évacuer des opérés, 7 ou 8 jours seulement après leur intervention pour faire place aux nouveaux.

A cette occasion, je me suis rendu compte combien change la chirurgie de guerre au fur et à mesure qu'on

AA TOLES

s éloigne du front des armées opérantes, et suivant qu'il existe ou non des moyens d'évacuation des blessés. En Epire comme en Macédoine, j'étais loin de toute voie ferrée, et les routes étaient peu praticables, surtout en Macédoine, pendant la guerre Gréco-Bulgare, où ces derniers avaient systématiquement détruit dans leur retraite la seule route qui longe la Struma.

Ainsi force m'était de garder dans mon ambulance immobilisée et transformée en hôpital de campagne du service de l'avant, des blessés qui, dans d'autres conditions, auraient pu être évacués dans les hôpitaux du service de l'arrière. On comprend dans ces conditions que les hôpitaux éloignés du champ de bataille n'avaient à soigner que des blessés peu gravement atteints, et surtout des plaies des membres. Les ambulances, au contraire, qui étaient tout près du front, gardaient les plaies du ventre, de la colonne vertébrale, certaines plaies du thorax, et enfin celles du crâne. C'est là seulement que la chirurgie de guerre revêt son véritable caractère de chirurgie d'urgence, où la vie du blessé dépend de l'esprit de décision et du coup d'œil du chirurgien. Je ne connais pas de situation plus angoissante que celle dans laquelle se trouve le chirurgien devant une plaie pénétrante de l'abdomen, par exemple! Que faut-il faire? Intervenir ou attendre encore! Combien de fois me suis-je posé cetle question, et avec quelle angoisse je suivais ces pauvres jeunes gens qui imploraient notre secours.

Nous y avons vécu, nous autres médecins, des moments d'indescriptible horreur! Car il faut avoir visité

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