CONCLUSIONS
L. — Chez tout blessé du crâne par projectile de guerre, que la plaie soit produite par balle de fusil ou par shrapnell, qu'elle soit perforante ou que le projectile reste inclus dans le cerveau, qu'il y ait ou non de phénomènes
nerveux, et même quand le blessé est dans le coma, on doit INTERVENIR IMMÉDIATEMENT ET LARGEMENT.
Il. — Il est préférable de pratiquer de grands lambeaux cutanés et d'éviter le débridement simple des orifices d'entrée ou de sortie du projectile au moyen d’incisions cruciales, toutes les fois qu'on est en droit de supposer que la dure-mère est ouverte, et à plus forte raison, quand il y a écoulement de substance cérébrale
par la plaie.
IT. — La confection de larges lambeaux cutanés circonscrivant les orifices d’entrée ou de sortie du projectile, toutes les fois qu'il est possible, permet de bien
se rendre compte des lésions de l'os qui souvent sont beaucoup plus étendues qu'on ne saurait le supposer.
IV. — Etant donné que seul le temps de la confection du lambeau cutané est douloureux (ainsi que la section de la dure-mère), on peut et l’on doit même trépaner sous anesthésie locale toutes les fois qu'il n’y a pas contre-indication sérieuse (grand décollement, attrition étendue des parties molles, manque de temps, etc.), ou que le malade se trouvant dans le coma, l’on peut se dispenser de toute anesthésie. ,
V. — Nous croyons que non seulement il faut éviter les incisions cruciales au niveau des orifices d'entrée ou de sortie de la balle, mais au contraire qu'il faut aviver les bords de ces plaies et les suturer après les avoir bien aseptisées à la teinture d'iode. De cette façon, on supprime le parallélisme entre la brèche osseuse et la plaie cutanée et on évite la formation de ces champignons cérébraux à travers la plaie cutanée qui, trop souvent, s'infectent el deviennent le point de départ d'abcès du cerveau où de méningo-encéphalite, causes très fréquentes de mort. |
Il ne faut pas perdre de vue que les hernies postopératoires sont extrêmement fréquentes.
VI. — Le drainage doit être fait à l’aide de mèches imbibées de sérum physiologique stérilisé, simple ou légèrement alcoolisé (5 p. 100). Eviter les drains en
caoutchouc qui blessent et irritent la substance céré-
brale déjà meurtrie et qui, le plus souvent, ne draiînent pas.
VII. — Pour la confection du lambeau osseux, éviter à tout prix l'emploi du ciseau et du maillet. Le crâne fracturé et le cerveau diffluent supportent très mal l'ébranlement qui en résulte. Il faut se servir, à défaut de trépan mécanique, du trépan et de la fraise et de la scie de Gigli. C’est la méthode que nous avons employée et dont nous n'avons eu qu'à nous louer.
VIIT. — Rechercher patiemment les esquilles et les corps étrangers septiques, tels que touffes de cheveux, morceaux d'’étoffes, etc. Dans cette recherche, il faut respecter la substance cérébrale et s'abstenir de toute manœuvre brutale. Il sera très utile, durant cette exploration, de faire couler un filet de sérum chaud sur la surface cérébrale.
IX. — Se rappeler toujours que, dans les plaies du crâne, la désinfection du trajet, c'est tout, la balle n’est rien; par conséquent, il ne faut pas s’acharner à la recherche du projectile qu'on enlèvera bien éntendu toutes les fois qu’on le rencontrera.
X. — L'application aux rayons X et la localisation du projectile n’est nullement indispensable dans les cas qui nous occupent car, quand même on aurait localisé le projectile, il ne faut pas aller le chercher loin. Ce n’est que plus tard, s’il n'y a des signes de localisation qu'on pourra pratiquer l'extraction du projectile
après localisation aux rayons X.
XI. — Les plaies du crâne par projectiles de guerre que nous avons à soigner dans les ambulances ne doivent pas être considérées comme plus graves que celles de la vie civile : parce que les très gravement blessés sont morts ou bien sur le champ de bataille, ou bien durant leur transport, ou enfin pendant les premières heures qui suivent leur admission dans l’ambulance. Par conséquent, on est en droit de tout tenter pour les sauver.
XII. — L'idée directrice principale dans le traitement des plaies du crâne doit être : s’efforcer d'éviter l’infection et mettre tout en pratique pour atteindre ce but, La trépanation précoce constitue le meilleur moyen. Car, lorsqu'une complication infectieuse (abcès du cerveau, méningo-encéphalite traumatique, etc.), s'établit, toute intervention est presque inutile. Rappelons que la mortalité dans les interventions primitives est de 14 à 20 p. 100, tandis que dans les interventions secondaires sur plaies infectées, elle est de 50, 60 et même 100 p. 100.
XIII. — Enfin, même dans les cas désespérés, ainsi que dans les cas infectés, il ne faut pas s'abstenir. C’est la seule chance de salut qui s'offre au blessé et nous n’avons pas le droit de la lui refuser, si minime soit-elle.
Vu : le Président, RECLUS Vu : le Doyen, LANDOUZY 5 Vu et permis d'imprimer, Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris