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enrichir encore la bibliographie sur ce sujet, et en même temps à mettre mieux au point certains côtés, sur lesquels l’accord malheureusement n’est pas encore fait.
Le point principal autour duquel on discutait beaucoup dernièrement et un peu encore aujourd'hui est, s'il faut opérer d'urgence les plaies pénétrantes du crâne, ou s’il faut se limiter à une simple toilette antiseptique avec ablation des esquilles franchement abordables. Ainsi les médecins anglais, partisans de l’abstention, se contentaient, au début de la guerre Anglo-Boër à un simple pansement protecteur; ils eurent des désastres qui les forcèrent rapidement à changer de technique, et peu à peu ils arrivèrent à pratiquer des trépanations typiques. De même, dans la guerre Russo-Japonaise, nous dit Matignon dans son excellent travail, les médecins japonais adoptèrent la même méthode: « ils enlevaient toutes les esquilles, se donnaient beaucoup de jour en réunissant les trous d'entrée et de sortie et régularisaient avec la pince coupante toutes les saillies osseuses. Ces larges ouvertures par lesquelles se produisaient des hernies, étaient considérées par eux comme le meilleur moyen de prévenir les abcès du cerveau ». Le D' Weiss(1) à qui nous empruntons cette description, partage cette façon de faire.
Personnellement, quoique préférant de beaucoup cette méthode à celle des abstentionnistes, nous ne la considérons pas comme la meilleure. D'abord, parce que
(1) Tu. Wuss. -Les blessures de querre par les armes modernes et leur trailement. Paris, 1912.
hernie cérébrale est presque synonyme d'infection; le cerveau non infecté ne fait pas hernie. D'autre part, parce qu'il faut suivre ces blessés pour voir ce qu'ils deviennent plus tard. Or, 3 sur 5 s’infectent secondairement. Il s'ensuit que si les résultats immédiats sont bons, les résultats éloignés le sont beaucoup moins; et pour éviter ces complications tardives, il faut modifier la méthode, et s’efforcer à mettre d'emblée la substance cérébrale complètement à couvert, tout en lui assurant un bon drainage. C’est sur ce point que j'insisterai particulièrement dans ce travail.
Je crois ainsi qu'il est indispensable que l’accord complet soit fait sur ces deux questions : Zrépaner largement et d'urgence toute plaie pénétrante du crâne et procéder à l'ablation minutieuse des esquilles et des corps étrangers septiques; d'autre part, aviver et suturer les plaies d'entrée et de sortie du projectile et draïîner avec des mèches que l’on fait sortir de chaque côlé de la base du lambeau. C’est la technique à laquelle je suis arrivé, après avoir essayé celles mentionnées plus haut. En comparant les résultats qu'elle m'a donnés à ceux obtenus par moi-même avec les autres méthodes, et à ceux de mes confrères de la guerre balkanique qui, exagérant les dangers d'une intervention immédiate, assistaient ensuite désarmés et impuissants à l’éclosion des phénomènes infectieux, je crois de mon devoir de crier bien haut, que toute discussion sur ce sujet doit être close, et que l'intervention immédiate doit être érigée en dogme.
Il ne faut pas en effet perdre de vue la mentalité de la
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majorité des médecins militaires; excédés de travail, surmenés, et tranchons le mot, peu disposés à encourir des responsabilités souvent graves, ils sont tentés d'adopter plutôt l'avis des abstentionnistes que celui des imterventionnistes. Qu'un blessé du crâne meure dans leur ambulance, personne ne leur en fera grief. Mais quand il meure après une trépanation, la chose change d'aspect, et immédiatement on se met à discuter s’il serait mort sans l’opération. D'où, recul bien compréhensible du chirurgien à intervenir dans les cas graves.
Pour cette raison, il y va de l’intérêt du blessé à ce que la responsabilité du chirurgien soit inise complètement à couvert, et cela peut être réalisé si l'on admet comme règle la nécessité d'intervenir d'urgence. Je suis fermement persuadé que, de cette façon, on rendra des services inappréciables aux blessés du crâne.
Mais poser l'indication n'est pas tout : il faut qu'elle puisse être réalisée. Or, ici se pose une question fort délicate. Les blessés du crâne ne peuvent et ne doivent pas être transportés aussitôt après leur traumatisme. Les secousses et les cahots leur sont très nuisibles, presque autant qu'aux blessés du ventre. Alors comment, me dira-t-on, pourrons-nous concilier ces deux faits contradictoires : intervenir le plus tôt possible après le traumatisme et ne pas évacuer les blessés aux hôpitaux de l'arrière. J'y répondrai : on a qu'à donner aux ambulances de l'avant les moyens de les opérer sur place.
Je sais qu'on fournira une foule d'arguments contre cette réponse. Je ne m'y arrêterai pas. Je crois qu'il sera
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suffisant de dire que la chose est très faisable, puisque Je l'ai faite. Elle l'est même beaucoup plus facilement
qu'on ne le pense, et il suffit pour cela de peu de choses.
Je suis resté pendant trois mois à Emin Aga, où il
n y avait qu'une simple ferme, espèce d'hôtellerie turque
Fig. 4. — Une partie de mon ambulance 11 B. à Emin Aga. On n'y voit que 4 des 6 tentes Bessonneau, de € Torloises, de 4 tentes allemandes, et de 6 tentes côniques dont elle était composée.
(Hani) pour les passagers, occupée elle-même par le Service de l'approvisionnement. J'y suis donc resté en rase campagne, logeant mes blessés sous des tentes Bessonneau,des tentes tortoises (1) et des tentes de prove-
(1) Ces tentes sont de fabrication française. Les tentes Bessonneau plus lourdes que les tortoises, ont une double paroi et peuvent contenir au besoin jusqu’à 50 blessés. Je ne saurais trop insister sur les grands services qu’elles m'ont rendus.