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LA RÉPUBLIQUE ROMAINE

13 mai 1849.

La République romaine maintient son indépendance 1 . Son grand avantage, c'est de n'avoir pas été reconnue par

1 L'expédition romaine a été la démonstration éclatante qu'il n'y avait rien de religieux dans le débat élevé entre la papauté et ses su-

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lissances étrangères. Elle n'a pas chez elle un corps n a tique composé d'agents étrangers. Ce sont ces agents it le plus contribué partout à démoraliser les gouver-

'enthousiasme des masses appelait le pape à prendre en main le >u d'une croisade européenne contre l'absolutisme. Tant qu'il eût la réalisation des aspirations modernes, le pape eût été in violatome. Il préféra, au contraire; fonder son seul espoir sur les gouuents les plus oppresseurs; chargé de représenter la supériorité orce morale, il se réduisit à ne régner que par les baïonnettes, i ce jour les âmes vraiment chrétiennes ont senti l'imminence le ces grandes crises que Dieu déchaîne chaque fois que les déres de sa loi veulent enrayer eux-mêmes la réalisation de son sur la terre. Beaucoup d'esprits honnêtes, mais timides, se con- : d'une attente pleine d'effroi. Les âmes viriles, qui n'ignorent pas neutralité entre le bien et le mal ne nous est pas permise, prenne autre attitude. Adam Miokiewicz estimait que le devoir de la te était de se garer de déviations, quelque voilées qu'elles fussent ttes apparences; il approuva pleinement qu'une légion polonaise tilt à Rome contre le retour du pape; il répétait que, depuis des le catholicisme n'avait point reçu d'atteinte morale comparable que la papauté se portait à elle-même en bombardant la ville le. En revanche, les égoïsmes se trouvèrent coalisés en faveur tvoir temporel. Le roi de Prusse protestant, le tzar schismatique pleins du même zèle que les tyranneaux d'Italie, ou que les goulents catholiques d'Autriche et d'Espagne. En France, le voltaiîiers et le pasteur Coquerel appuyèrent MM. de Falloux et de embert. Le statu quo religieux est le corrolaire du statu quo po- C'est pourquoi cette funeste expédition, qui était la clef de voûte u quo européen, fut voulue par tous les cabinets. M. Guizot nous id dans ses Mémoires que, s'il avait dépensé sa rhétorique à proulis que le principe de non-intervention ne permettait pas à la ; d'aider la Pologne, il allait dépenser le sang de la France à inir contre la liberté italienne, si le 24 février ne l'eût balayé du poui C'était évidemment à Rome, dit-il, qu'était le foyer des événeet des périls italiens. C'est en prenant position à Rome que nous »ns soutenir l'influence à la fois réformatrice et anti-révolutionle Pie IX. Sur ma proposition, le roi et son conseil résolurent que, ape, menacé soit du dehors, soit au dedans, réclamait notre ap- >us le lui donnerions efficacement. Des régiments furent désignés,

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nemen te révolutionnaires. La diplomatie française est, coi on sait, composée en entier de contre-révolutionnaires. Souj règne de Louis-Philippe, leur position était excessivement'

un commandant fut choisi pour cette expédition éventuelle, 2,600 mes furent tenus disponibles à Toulon, et 2,500 à Port-Vendres, à s'embarquer au premier signal pour Civita-Vecchia. Le 27 janh 1848, toutes ces mesures étaient prises et annoncées à M. Rossi, qui autorisé à les annoncer au gouvernement romain. Le 23 février sui?; le cabinet du 29 octobre n'existait plus, et le lendemain 24, la moi chie de 1830 était tombée» (tome VIII).

Le 7 novembre 1847, M. Guizot, qui n'a jamais péché en ignorant, de cause, écrit au prince de Joinville: «Les Italiens voudraient que France mit à leur disposition ses armées, ses trésors, son gou ment pour faire ce qu'ils ne peuvent pas faire eux-mêmes, ce qu'ils w tenteraient pas sérieusement, pour chasser les Autrichiens d'Italie, et établir en Italie, sous telle ou telle forme, l'unité nationale et le goavtt» nement représentatif... Ce vœu général des Italiens est-il bon ou mauvais en soi; je n'examine pas cela. Je ne fais ni de la philosophie, ni de l'histoire, ni de la prophétie, je fais de la politique pratique et actuelle. Dans ces limites, je dis très-positivement que nous ne devons pas entre» prendre pour le compte de l'Italie le remaniement territorial et politique de l'Europe, en prenant pour point d'appui et pour allié l'esprit de guerre et de révolution.» En effet, la caractéristique de M. Guizot, c'est de mettre la philosophie dans ses volumes et la routine dans ses acte*. Cet homme a protesté contre la possibilité d'appliquer les principes de l'Evangile au gouvernement des États, il semble s'être imaginé que, pourvu qu'il se livrât en guise de passe-temps à des méditations religieuses, il était libre de no reculer devant aucune bassesse pour garder le pouvoir, libre également de faire servir ce pouvoir aux fins intérêt* sées des cabinets.

Au doctrinarisme royaliste de M. Guizot succéda le dootrinarisme républicain du général Cavaignac, qui continua les préparatifs de M. Guizot et mérita les éloges latins du Saint-Père. Bientôt les ministrei du prince-président demandèrent le départ du corps expéditionnaire. A la vérité M. Odilon-Barrot, président du conseil, avait dit le 31 janvier 1848: «Tous les Etats italiens ont un droit absolu de choisir la forme de gouvernement qu'ils jugent la plus convenable dans toute la plénitude de leur indépendance.» En avril 1848, les ministres protestèrent «qu'il n'entrait pas dans la pensée du gouvernement de faire concourir le

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Mie, obligés qu'ils étaient de se faire accepter par les cours de % Sain te- Alliance, tout en ayant l'air de représenter le principe évolutionnaire. Dans cette fausse position, ils ont contracté ertaines habitudes qui tiennent plus de la police secrète que la la vraie diplomatie; mais en même temps ils se sont perfectionnés dans l'art de l'intrigue et des menées secrètes. De tels lOmmesavaient beau jeu avec les membres de gouvernements rovisoires des États révolutionnaires. Ils arrivaient avec un pstème tout fait; ils s'appuyaient sur des dépêches et des ommunications officielles, ils se sentaient appuyés de la jrmpathie de leur cabinet Que pouvaient opposer à une telle ifluence les révolutionnaires appelés à gouverner les pays roubles par les discordes civiles et menacés de tous côtés ar les armées ennemies ? C'est au sortir de la séance oraeuse d'un club ou d'une assemblée populaire que les memd'un gouvernement révolutionnaire italien fatigué

rance à la destruction de la république italienne.» Le général Oudinot, t 24 avril, déclara aux habitants de Civita-Vecchia que «la France vouit respecter le vœu des populations romaines». Entré comme ami, il soupa la ville en maître, attaqua Home et fut repoussé. L'Assemblée vita alors le gouvernement «à prendre sans délai les mesures néceslirespour que l'expédition d'Italie ne fût pas plus longtemps détournée x but qui lui était assigné.» Le gouvernement répondit à ce vote par bombardement de Rome. Le 18 mai 1849, le prince-président écrivit Ney la lettre célèbre où il disait: «La république française n'a envoyée une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne. On oolait donner comme base à la rentrée du pape la proscription et la

rrannie Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir temporel du

ape: Amnistie générale, sécularisation de V administration, Code Natféon et gouvernement libéral. Lorsque nos armées firent le tour de KSurope, elles laissèrent partout, comme trace de leur passage, la des- •uction des abus de la féodalité et les germes de la liberté ; il ne sera as dit qu'en 1849 une armée française ait pu agir dans un autre sens t amener d'autres résultats.»

Ce programme resta lettre-morte jusqu'en 1870, où les désastres de l France lui firent rappeler son armée de Rome, ce qui permit à l'ariée italienne d'y entrer. (Note de Véditeur.)

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d'émotions et plein d'inquiétude sur l'avenir rencontraient à leur porte un diplomate français porteur de conseils et d'instructions. Tous ces conseils et toutes ces instructions nV vaient jamais d'autre but que de détruire le reste d'énergie que pouvait encore avoir l'homme révolutionnaire. On ne cessait de lui représenter les dangers de sa position, la nécessité de modérer les mouvements populaires; à cette condition on lui faisait entrevoir la possibilité de secours. Tout le monde alors espérait des secours de la France, et c'est avec la promesse de ces secours que la diplomatie mettait un peuple révolutionnaire en état de ne pouvoir être secouru. Alors s'accomplissait le fait fatal de la contre-révolution et du bombardement, et toutes les diplomaties s'empressaient de l'accepter.

Les diplomates français avaient encore un intérêt particulier et personnel à mettre plus d'activité dans leur œuvre contre-révolutionnaire. Ils avaient usé leur vie auprès des cours de la Sainte-Alliance dans l'humiliation et le mépris: quand les révolutions vinrent à éclater, ils saluèrent avec joie l'occasion de jouer un rôle quelconque et de se mettre enfin sur le pied d'égalité avec les hauts personnages de la vieille diplomatie. De là, leur idée fixe de réunir des congrès, de négocier, d'échanger des notes, de pratiquer enfin cette vie diplomatique qui, sous le règne des deux branches déchues, n'avait pour eux aucune réalité. Ils ont donc tous travaillé, et ils ne cesseront de travailler à se créer des positions diplomatiques européennes au prix de l'indépendance des peuples. Par conséquent, toute nation, province ou ville qui se met en révolution, doit commencer par renvoyer tout le personnel de la diplomatie, en commençant par les agents français. En effet, les seuls États révolutionnaires qui ont réussi à opposer à l'ennemi une résistance sérieuse sont ceux qui n'avaient pas dans leur sein l'ennemi intérieur, l'ennemi diplomatique.

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Nous avons fait cette remarque en parlant de Rome; elle peut également s'appliquer à la Sicile; la Sicile n'a cessé de combattre qu'au moment où elle accepta les conférences avec les amiraux et les ambassadeurs de l'Angleterre et de la France. Il serait salutaire pour la république de Venise d'être privée aussi longtemps que possible de l'honneur d'être reconnue par les puissances étrangères. Les Hongrois s'en sont bien passés et ne s'en trouvent que mieux. Nous espérons que les Saxons et les Allemands du Palatinat suivront leur exemple.

Paris, 15 mai 1849.

L'élection doit nous donner des hommes nouveaux. Nous en attendons la venue dans l'intérêt des idées nouvelles. Tous les partis sont à la recherche d'une idée nouvelle. Les réactionnaires eux-mêmes présentent leurs vieilles théories sous un masque de nouveauté.

Or, une théorie, une idée n'existe qu'autant qu'elle est représentée par une individualité vivante, par un homme. La France est saturée de théories; toutes les idées religieuses et philosophiques qui ont eu cours dans le monde ancien et au moyen âge continuent de circuler parmi nous. On manifeste de tous côtés des désirs et des espérances de voir faire et de faire soi-même de grandes et belles choses. Et pourtant rien de beau, rien de grand ne se fait. La masse confuse de ces théories d'idées et de désirs a fait explosion dans les journées de Février; le globe en a été ébloui et ébranlé et nous voilà retombés dant une réalité plus sombre et plus triste qua jamais. La France avait des théories et des idées; elle n'a pas trouvé son homme. Les partis et les hom-

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mes qui représentaient le mouvement de Février se sont ses et sont réduits à l'inaction.

Une époque nouvelle va commencer avee le scrutin d'i jourd'huî. Il faut que les représentants de l'Assemblée se rendent compte avant tout du besoin le plus i le plus universel de la France, de celui d'avoir son h Que chaque représentant fasse tous ses efforts pour d l'homme de son pays et de la situation actuelle du mosdft La position que le pays fait à chacun de ses représentants ressemble à celle où elle avait appelé le premier magistnt actuelle de la République. Il ne s'agit plus d'appuyer un parti organisé, de travailler à faire prévaloir un système arrêté d'avance, d'aider à porter au pouvoir un homme désigné par l'opinion publique: la République n'a pas encore un système arrêté ni un parti véritablement organisé et reconnu comme national ni un homme sur qui elle puisse fonder toutes M espérances.

Pour être l'homme de la République il faut s'identifier à tous les besoins, à tous les désirs, à toutes les espérances qui ont poussé le peuple au mouvement de Février; il faut tirer de son âme une force nécessaire pour donner à l'idée républicaine la réalisation dont elle manque encore.

D'où vient ce manque de force? La révolution de Février n'a été qu'une suite de la révolution de Juillet, fille de la grande révolution, laquelle remonte elle-même aux révolutions religieuses de l'antique chrétienté. On a déjà reconnu que la manière dont on organise la société dépendait de la façon dont on conçoit les rapports entre la Divinité et l'humanité. Les théories partielles sur les institutions, les doctrines sur les attributions des pouvoirs et sur leur jeu constitutionnel n'intéressent plus personne.

Les études historiques et judiciaires ne suffisent plus pour faire un représentant. Cependant la France n'entend pas sortir de la grande tradition religieuse, politique et scientifique.

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Ce que la France demande, c'est que cette tradition soit continuée dans les actes et dans la vie sociale: elle cherche le DOntinuateur de Charlemagne, de Saint-Louis, de Mirabeau, 3e Napoléon, de J.-J. Rousseau, de Carnot, du Lafayette des Ûeùœ mondes, mais elle ne le reconnaît pas dans les historiens et les avocats qui se contentent d'imiter ces grands hommes en paroles, et dans les maréchaux et les généraux orléanistes qui les parodient

Si le scrutin nous donne, comme nous l'espérons, des hommes ou un homme qui soit moralement à la hauteur de la grande tradition nationale, nous appuierons ces hommes ou cet homme de toutes nos forces, et il ne nous restera qu'à concourir à son action. La Démocratie arrive à cette phase où elle doit nécessairement devenir militante. C'est ce qui distinguera les démocrates futurs de ceux qui n'ont travaillé jusqu'à présent que comme théoriciens et hommes de négation.

La Démocratie militante doit affirmer, agir, combattre et vaincre. Cela suppose un camp et un chef. Elle aura sans doute encore beaucoup à détruire, mais la destruction ne doit plus être son but principal. Que son mot d'ordre ne soit pas: je détruirai pour édifier mais bien -.je vivrai et je vaincrai ainsi la mort !

15 mai.

Il n'est question dans les journaux étrangers que des paroles dernièrement prononcées à la tribune par M. Drouin de Lhuys sur l'intervention russe. Le ministre français avait bien l'air de vouloir dire qu'il aviserait. Cette promesse toute diplomatique a pourtant étonné l'Europe, tant elle est peu accoutumée à entendre un ministre des affaires étrangères de la France dire quoi que ce soit sur les rapports internationaux. L'Europe a pris au sérieux les paroles de M. Drouin

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de Lhuys; elle y voit une menace à l'adresse de la Sainte- Alliance. Personne ne désirerait certes plus que nous que les paroles de M. le ministre des affaires étrangères eussent le sens qu'on leur suppose; nous devons cependant avertir nos amis des pays étrangers de ne pas attacher à la phrase ministérielle plus d'importance que l'Assemblée nationale ne lui en a donné, car si M. Drouin de Lhuys avait entendu réellement faire un acte politique sérieux, il n'aurait pas été écouté avec tant de bienveillance par la majorité orléaniste.

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