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LE MANIFESTE DE L'EMPEREUR DE RUSSIE

Paria, 22 mai 1849.

Le véritable chef de la réaction européenne, l'empereur de Russie, a publié son manifeste.

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L'empereur se sent assez fort pour proclamer hautement is principes et les projets que les réactionnaires subalternes, ris qu'un empereur d'Autriche, des rois d'Allemagne et des résidents de Républiques, n'osent pas encore avouer.

L'empereur déclare qu'il est décidé à combattre ses enémis partout où ils se trouvent. Il ne dit pas qui sont ces nnemis et ne désigne pas non plus les pays où ils se trouent Il se réserve le droit de les découvrir, de les poursuivre t de les punir. La première campagne est dirigée contre les [ongrois. On doit remarquer qu'il n'existe aucune espèce de raités ni de conventions qui puissent, sous quelque prétexte ue ce soit, autoriser diplomatiquement l'intervention russe ans les affaires austro-hongroises. L'empereur de Russie 'affranchit le premier du passé légal. Il méprise les formules iplomatiques. Il dédaigne les formules vides de sens de Véuilibre européen, du respect des traités, des droits acquis et es intérêts internationaux. Le manifeste russe part d'un rincipe. On regardera désormais comme ennemis de la Uissie toutes les nations, tous les partis et tous les individus ui ont été la cause ou les instruments de ce que le mani- *ste appelle «les troubles de V ouest de l'Europe.* Tout le londe en France est déjà assez diplomate pour comprendre uel est le pays désigné sous ce nom vague de contrées de ouest. Ainsi la guerre contre les Hongrois n'est qu'une opéation partielle d'une campagne entreprise contre tous les •ays en révolution.

Nous avons été les premiers à dénoncer l'existence des raités secrets entre l'empereur de Russie, l'empereur d'Auriche et le roi de Prusse. Nous avons publié, il y a longemps, le plan des campagnes qui viennent de s'ouvrir. On tous a traités alors d'alarmistes et de rêveurs. Les journaux éactionnaires, préchant toujours la paix et la sécurité, prélunissaient le public contre tout avertissement de dangers venir. Les journalistes réactionnaires étaient encore mieux

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que nous instruits des plans de leur chef, l'empereur de Ru* aie, mais ils avaient leurs raisons pour ne pas divulguer oei plans avant le moment convenu de leur mise en exécution.

Ce moment est arrivé. L'empereur de Russie est déjà en position d'agir ouvertement; ses amis les réactionnaires de l'Europe lui ont préparé de tous côtés le terrain, et ont levé les obstacles qui empêchaient jusqu'à présent l'action de 11 Russie. Matériellement parlant, l'empereur de Russie a déjà conquis sur le parti révolutionnaire des positions décisive! Il est maître d'agir sur toute l'Allemagne par l'entremise du roi de Prusse, son chef d'avant-garde, et il peut porter une armée de Cosaques, en moins d'une semaine, jusqu'aux bords du Rhin. Il possède l'Italie presque entière, soumise, à l'heure qu'il est, aux ordres du maréchal Radetzki, feldmaréchal de l'armée russe.

Ce sont surtout les désastre# de l'Italie qui ont décidé l'entrée en campagne des Russes. De la possession de l'Italie dépendait le sort de cette première campagne révolution* naire, qui a commencé avec les journées de Février, et qui s'achève sous les murs de Rome. L'Italie offrait aux partis révolutionnaires ses trésors, les ports de ses villes, les plus belles, les plus populeuses et les plus fortes de l'Europe; tous les ports militaires et marchands de la Péninsule, depuis Venise jusqu'à Gênes! L'Italie, c'était la place forte et le magasin de la Révolution. Le lendemain de la révolution de Février, la France pouvait disposer de l'Italie. Les 300 millions d'argent comptant extorqués par Radetzki, le double de cette somme gaspillée par le gouvernement de Piémont, et les 100 millions de contributions exigés maintenant par l'Autriche, tous ces millions, l'Italie les aurait consacrés avec bonheur et joie à l'entretien d'une armée qui aurait combattu pour la cause de son indépendance, liée à celle de la liberté des peuples. Tous ces millions, le parti réactionnaire français les a abandonnés à l'Autriche. Les grandes villes de Milan,

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Brescia, de Gènes, de Catane, de Messine, de Livourne, Bologne, grands centres de commerce et d'industrie, qui raient ouvert à la France manufacturière d'innombrables bouchés et auraient en même temps ravitaillé la France olétaire, on les a laissé bombarder, piller et incendier. Le •uvernement français a poussé sa frénésie réactionnaire squ'au point d'aider l'Autriche et les Bourbons de Naples détruire le dernier asile de l'indépendance italienne: la lie de Rome.

L'Italie une fois vaincue, l'empereur de Russie n'avait us de mesure à garder. Les réactionnaires français, de leur •té croient que le moment est venu de se prononcer haument Ils niaient jusqu'à présent les nouvelles que Ton dondt du progrès des armées russes. Ils mettaient même paris en doute l'existence de ces armées. Maintenant ils chan- >nt de tactique. Ce manifeste de l'empereur de Russie, qui est après tout qu'une menace, ils le prennent pour un bultin de victoire. Ils saluent déjà le vainqueur futur, ils ëxajrent les forces des armées russes, autrichiennes et prus- *nnes. Ils suivent en tous points la tactique de leurs processeurs les royalistes de 1791, 1813 et 1814

Quels que soient les dangers actuels du parti révolutionlire et quelque avantageuse que puisse être la position ratégique de l'empereur de Russie, nous ne croyons pas îe les réactionnaires fassent un acte de prudence en mafestant avec tant d'éclat leur joie et leurs espérances sinises. Ils oublient trop l'histoire de la grande révolution qui a été après tout que le prologue du grand drame auquel )us assistons. Le manifeste de Pilnitz avait été salué par s royalistes d'alors comme une parole messianique de la ►ntre-révolution. Les princes, les nobles et les prêtres sorient chaque jour de leur maison avec l'espoir de voir les in d ours et les Cosaques aux Tuileries. En se prononçant ivertement pour la cause de l'ennemi, les réactionnaires

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