CHANTRE VII
nEToL'R A TARIS. PRÉPAnATiFS bE DÉ>‘ABT. UATAtfr ÜK CHATEAlUniA^D.
ASPECT nfc.HÙlAt. DES AfI'AlriES. IMUlXRXa: b’C5 CHANCEMKNT TOUTIQI'I .
FXicüTios TC i»cc o’escniFîi. — DLin»sia\ de h. de ciiATEa‘imi\>D. — no-
SLES EXEUPLES DU M^VK DE. UK. — SlTrAinK ROUVELI.E ET OimciCE DF 'À. DE
CIIATEAUCniAllD. BIS RELATIUS5 A PARIS ; SOX <^.JOCU A I.A CAUPAC%E DE
M. JOUBEllT. SA COSCEPTIUX DEs ; SOX PROJET d'ÉTUDCS SU»
RIEXT. — DtPART DE PARl<i, AVEC MADAME DE (.RATLACeiUANn. ARRIVÉE A
COWTASTIVOPI-E. ACClElt DE L AMfUSSAÜCCR, LE CÉVÉRAL S^BASTIAM.
SOCTEMIiS QUE LE GÉNÉRAL EN AVAIT GARDÉS. ~ CONTiM'ATION DU VOYAGE. — ~ AFTOtm OR H. DR CHATEAI URIAND, PAR LES C^TES DE B^RDAHIE ET PAR l’ES PAGNE. — ARRIVÉE A PARIS, APRÈS ONZE ROIS DABSFSCK. — > ARTICLE LITTÉRAIRE
iTBUÉ DANS LF. Hercufe : discrace croissante de l’auteur.
Hcvenaiit à Paris, avec toutes les espérances, que lui donnait son ami, et précédé de cette belle lettre sur Home, dont la publication allait fra|>per les esprits, M. de Chateaubriand desccnditdans un modeste hôtel, rue de Beaune, et ne vil d’abord qu’un petit nombre d’amis. Un soin important le préoccupait, sa réunion avec madame de (Chateaubriand : le sage conseil écarté d’abord, avait été compris ; et, à |>art même les bienséances du monde, il sentait ce qu’avait d’injuste celle séparation si longue d’une personne vertueuse et distinguée, à laquelle il avait donné son nom, et qu’il ne pouvait accuser que d’une délicate cl ombrageuse fierté, dans le commerce de la vie. Un motif
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LA TRIBINL MOUEflNE.
généreux venait aider, en lui, au sentiment du devoir. I^a perle ancienne de presque tonte la fortune de madame de Cliateanbriand s’aggravait par la ruine d’un oncle débiteur envers elle. F<es instances de M. de Chateaubriand durent redoubler, pour obtenir entin son retour : et, résolue de l’accompagner dans sa mission du Valais, elle vint promptement le rejoindre à Paris.
Quelques semaines encore allaient s’écouler en visites amicales, ou même ofliciclles et eu préparatifs de voyage. Le nouveau ministre, qui, celte fois, n’allait relever que du département des relations extérieures, vil M. de Talleyrand, fut satisfait de son accueil, et félicité par lui d'une nomination qui charmait, lui fut-il dit, tous les catholiques de la Suisse; et, en effet, à ce moment meme, le grand Conseil de la ville de Sion adressait à M. de Chateaubriand une lettre, où était naïvement exprimée la joie de le recevoir et le prix qu’un peuple religieux attachait au choix d’un tel représentant de la France.
M. de Fontanes avait accompagné son ami, dans cette entrevue. De tout temps, séduit par .M. deTalleyrand, non moins aimable, disait-il, dans la disgrâce que dans la faveur, il aurait voulu rapprocher l’écrivain qu’il admirait le plus de riiomnie d’Ktat, dont il aimait l'ascendant; mais, ces deux es|)rits étaient peu compatibles, par diversité de nature, jdus encore que d’opinions. D'ailleurs, on était alors dans un moment d’effort et de contrainte, entre les derniers murmures de la Révolution maîtrisée, les espérances tour à tour abattues ou ranimées du parti royaliste, les dépits altiers, mais inactifs de quelques généraux cl l’ardeur d’un nouveau parti formé des transfuges des autres partis, de la jeunesse militaire qui voulait des grades, et des vétérans de révolution, qui voulaient repos et silence, pour
M. DE CHATEAlBllIA.Mi.
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prix (le leur apostasie. Tout déjà tendait à rempirt*; mais l'empire n’était pas avoué : et il semblait que celui qui avait tout préjiaré, tout envahi, tout annulé, en dehors de sa puissance, eût besoin d’étre supplié d’accepter légalement ce qu'il tenait d’une main si forte. M. de Chateaubriand, dans .ses Mémoires posthumes, sans doute, pour cire plus sincères, ne dit rien de ce qui était alors l’entretien de Paris, comme de la France, la prochaine création de l'Empire. Mais, son intime amitié avec un des conseillers cl des augures les plus zélés de cette révolution, ou plutôt de cette transformation nominale, le poste oITiciel, qu’il avait récemment souhaité, et qu’il allait remplir, tout permettait de le croire adhérent, ou résigné à la Monarchie nouvelle.
Les accidents du fait, et non le fait même le jetèrent dans une voie différente. I.e 18 mars, il était aux Tuileries, comme pour audience de congé, dans la foule, que traversait le premier Consul. Il fut frappé, a-t-il raconté lui-même, de l’air sombre de son visage et de son teint livide et brouillé; il le crut malade. — Deux jours après, le 2i) mars, date diversement fatale dans notre histoire, revenant d’une promenade sur le boulevard solitaire des invalides, il entendit, prés des Tuileries, crier le jugement de la commission militaire spéciale siégeant à Vincennes, et la condamnation à mort du nommé Loins- Ânloine-llcnri de Bourbon. « Ce cri, » dit-il dans ses Mémoires, et qui oserait substituer ici quelque chose aux propres paroles d’un tel témoin? « ce cri tomba sur moi, « comme la foudre; il changea ma vie, de même qu’il « changea celle de Napoléon. Rentré chez moi, je dis à « madame de Chateaubriand ; l-c duc d’Enghien vient «d’être fusillé; et je me mis à écrire ma démission,
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« sans qu'elle fit aucun eiïort pour m’en empêcher. »
Quelques détails sont encore à recueillir dans les Mémoires de l'auteur sur ce noble élan d'une âme généreuse, sur ce verdict de la conscience publique représentée par un homme. Un ami deM. de Chateaubriand, M. Clausel de Cousergues, fort attaché au souvenir des Bom bons et indigné, comme l'étaient alors de plus modérés que lui, étant survenu, sous l'impression de la nouvelle funèbre, dont . retentissait Paris, lit suppiimer quelques phrases de la lettre au ministre des relations extérieures. Puis, la lettre fut envoyée, sans retard, assez e.\prcssive par le fait et la date de la démission.
A Dieu ne plaise que notre véracité historique ait rien à retrancherdel'estime due à cet acte dcM.de Chateaubriand! L'cllet moral en fut grand même, sous l'enivremcnfou l'abaissement servile, qu'imposait alors la gloire et la force. Une telle protestation était un service rendu à l’honneur français et à l’humanité, dont elle maintenait les droits. Rien, le lendemain, ne démentit, dans le démissionnaire, ce courage du premier jour. Appelé chez la sœur du premier Consul, qui avec plus d'intérct de femme que de colère, lui reprochait sa défection , il demeura calme et digne, à la hauteur du devoir qu'il avait accompli, ne désavouant rien de ses motifs et ne détournant pas la persécution, qu'il avait bravée.
Le seul regret qui, dans notre admiration impartiale, se mêle à ce souvenir, ne porte que sur un injuste oubli de M. de Chateaubriand, pour d'autres que pour lui-même, ün souffre de lire dans scs Mémoires, à la date de ce glorieu.x jour de sa vie, « M. de Fontancs devint presque fou de « peur, au premier moment ; il me réputait fusillé, avec « toutes les personnes qui m'étaient attachées. »
JI. DE CHATEAUltnIA^D.
Je ne sais ce que la sulliciluile d’une vive amitié, le mélange d'éblouissement et d’eiïroi, que ressentait M. de Fonlancs pour d’autres actes de Napoléon, put jeter, cette fois, d’agitation dans son esprit et d'intérét passionné dans son langage. Mais, si sa peur pour un autre fut trop grande, elle ne l’atteignit pas, du moins, pour lui-même. Jamais son altaclicmenl ne se montra plus assidu, son admiration plus vive pour M. de Chateaubriand qu’à ce moment d’épreuve. J’ajouterai, qu’il ne déguisa pas plus son douloureux blâme que sa lidélité à son ami, en face du puissant coupable lui-méme.
Deux jours après le crime, venant, à la téle d'une députnliuii du Coips légi.slatif féliciter le premier Consul de l’acbèvemeut du Code civil, il avait dit, au nom de ce corps: « Citoyen premier Consul, un empire immense « repose, depuis quatre ans, sous l’abri de votre pui.ssantc a administration. La sage uniformité de vos lois en va « réunir de plus en plus tous les babilauts. n Le lendemain, par une de ces fraude.s, où s’abaisse le despotisme, le A/oui(eur imprima ; La satje uuifonnilé de vos mesures, comme pour extorquer, en faveur de la sanglante mesure du ül) mars, l’approbation du Corps législatif. M. de Fontaues indigné courut au Mo7iiteur et exigea, dans un enalum publié le 27 mars', le rétablissement de scs propres paroles, dont le contraste avec le texte mensonger devenait un accablant reproche. En effet, celle complicité
* Voui icxliicUcmenl ce que porle le Mcmifmr du C germinal, «ti X'I {27 mnrs 1804), n“ 186, pape :
<r D-iiis un petit nonihre d'c^cmp!.iirc!( iln numeru (rtiicr, il s'est glissé « à l’arlicie l’.tris. Discours au premier Cousul, une faute que nous nous < empressons île rerlificr. Au lieu de ce» mot» : f/i sage uniformité de VOS « mesures en ta réunir de plus en plus les habitants, lisez • la sage « uniformité de vos lois, etc. >
LV TlUÜL'fiE MODEU.NE.
d’un apparent élogc^ qu’on n’avait pas eu houle de dérober ainsi, le premier Consul avait voulu d’abord l’obtenir de son président du Corps législatif.
Le 21 mars, dès le point du jour, M. de Fontancs avait été mandé aux Tuileries; et le premier Consul, lui annonçant avec calme l’arrestation du duc d’Engbien, avait paru le consulter. .\ la réponse de M. de Fontanes, a qu’il fallait « renvoyer ce jeune homme, au nom des victoires gagnées « par son grand-aïeul, » le premier Consul s’était écrié, « que ce jeune homme était coupable et traduit devant « un conseil de guerre. » Puis, aux vives réclamations du président du Corps législatif qui le suppliait « d’avoir « soin de sa gloire, et de ne pas sacrifier une telle victime « aux Jacobins, » Il avait répondu ;« ^'ous ne sommes plus « à temps : il est mort. » Certes, celui qui, tenté et averti par semblable confidence, loin de rien changer à son prochain langage public, en revendiqua par un démenti le texte véritable, n’était pas devenu fou de peur, an premier moment.
M. de Chateaubriand, du reste, avait ailleurs, dans une disposition d’esprit plus équitable, rendu plus de justice au courage de son ami. C’est lui qui nous raconte que, plusieurs mois après le crime accompli, lorsque les flots aveugles de la foule et les dernières pompes du Sacre impérial avaient déjà couvert et comme enseveli ce souvenir, le maître , béni et couronné, disant un jour à M. de F'ontanes : « Eh bien, Fontanes, vous pensez tou- « jours à votre duc d’Engbien ! » celui-ci osa réjiondre : a II me semble que l’empereur y pense, autant que moi. » Laissons à l’iiommc de cœur, qui persévérait ainsi jusqu’à la fin, le mérite d’avoir été bien inspiré, dès le premier jour. Avouons-le d'ailleurs, ces marques d’indé()endancc.
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M. UK CIUTEAIBIUAND.