‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 2 sur 76 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

parlemenlaire, dont la France a prolilé trente ans, pour se relever de ses mallienrs et {grandir par la paix; ce sont MM. Lainé, de Serres, le çihiéral Foi/, Itoi/cr-Collard, alin do ne parler (|iie des renommées ‘ garanties par la mort.

A l’étranger et en France, une contiance, dont je . m’honore, a mis dans mes mains beaucoup d’intimes et nouveaux témoignages sur quelques-uns de ces hommes, dont je retrace l’iiistoire, en vue d’une vérité générale, supérieure encore à toute dette de justice particulière réclamée pour le patriotisme et le talent. L’intérêt de ces souvenirs devra s’en accroître. Mais, ce que j’ai prétendu, avant tout, rappeler, c’est une époque à jamais illustre pour la France; c’est un noble exemple (jii’elle a donné au monde, que le monde n’a pas oublié, et dont la puissance est visible, autour d’elle, dans les Institutions affermies du Piémont, de la Belgique, de la Hollande, de la Bavière, de la Prusse, et dans le regret, ou le vœu de tout homme civilisé.

' Miivimu solutum, cl sine ohlieclalüre fuit, piodeie de iis, '(Uos mors o<lio aut invidiæ exemisset.

(In Tac. Aimnl., lib. IV, c. xuiv.)

V1U.EMUM.

Uccciubre IS-'iî.

LA

TRIBimE MODElilNE

AI. IIK ClUmL'imi.AM)

CIIAI'linE l'IlEMIEII

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Les hommes illnslies qui ont êi lii eii.v-uièmes les Mémoires de leur vie ne dis|iciisenl, ni u'oxcluenl l'avenir du .soin de la raconter et de la juger, après eux. Quand même nous aurions conservé le poème historique et les trois livres de l.'icéron sur son Consulat, il y aurait encore, i)our une admiration moins intéressée que la sienne, un beau sujet de récit dans les actions et le caractère de ce grand orateur, que l’amour de la gloire et de la patrie lit, par moments, un grand homme d'Ktat ; et. d'antre part’

à un degré bien dilîérent, non pas du génie, mais de la condilion sociale, les Confessions, où Rousseau expose avec lanl de délai! les obscurs événements de sa jeunesse el les misères cachées de son âme, n'ont pas rendu moins nécessaire et moins piquante la sagacité appliquée, de nos jours, à reclicrcber celle vie (pii s'avouait elle-mèuie. Une œuvre nouvelle a été faite sur ce travail, en ap|)arence, si complet; el, en expliquant les bizarreries de cette bumenr fantasque et douloureuse, une critique supérieure cl toute morale a dévoilé d'autant mieux les sources de ce rare talent.

11 faut le dire ; le monument que le grand écrivain, que l'homme de génie a élevé lui-même à sa propre vie, l'ambition qu'il a eue de se décrire au naturel el de se Iransmellrc à la postérité n'est qu'un incident de plus dans sa destinée, un trait de plus dans sa physionomie; eldès lors, ce n’est point un obstacle, mais une aide pour l’observateur vraiment impartial (pii vient, après les apologies, ou les confidences du héros, l’étudier encore, résumer sa vie, cxpliipicr sa gloire el constater son influence.

U'csl ainsi que, malgré les nombreux volumes, où M. de Uliateaubriand a été son propre biographe el, sans s’élever aux repentirs d’Augustin, sans descendre aux aveux de Rousseau, a tant parlé de lui-même, parmi lanl de catastrophes publiques, il a j)aru possible de retracer encore sa carrière el d’en tirer quelques enseignements, pour la politique el les lettres.

L’inlérêl d’un tel sujet, l'à-propos d’une telle leçon s’accroil surtout, à nos yeux, du contraste des événements qui ont agité la France et de la révolution de sentiments el d’idées, qu’elle a si rapidement parcourue.

ün sait quelle influence les lettres ont exercée, dès long-

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M. DK Cll,VTtAlllltlA>D.

temps, dans notre pays, sur le dian^cnicnt graduel de la société et sur l'esprit de réforme politique.

Si l’ancienne Fiance, suivant l’expression de Bossuet, a été une Monarcliie fondée par des evéques, on a pu dire avec raison que le grand mouvement framjais di 1780 était une Révolution faite et préparée par îles spéculatifs et des lettrées. A part ce que cette origine peut avoir entraîné ■ d’erreurs, il n’en resta pas moins un caractère particulier d’élévation, et d’imprudence généreuse attaché à nos premiers réformateurs : et quelque chose de ce caractère semblera longtemps appartenir à ceux (jui ont repris la meme œuvre, et défendront encore la même cause.

A ce titre cependant, la jdacc de M. de Chateaubriand doit être grande en France, même dans l’ordre bistorique ; il était appelé à marquer, en ell’et, deux choses également décisives, également précieuses, une rétractation de l'esprit irréligieux qui, trop souvent, avait dominé les lettres, au dix-huitième siècle, une persistance généreuse dans les vues de réforme politique et de liberté^ que ce siècle avait incessamment poursuivies. Lorsque ce» idées, impérissables comme la conscience, reparurent, après 1800, dans les écrits d’une femme éloquente, elles étaient timides, à demi voilées, .sous la forme litté“raire, et à peine accueillies, devant l’écrasante popularité de la force et de la victoire ; elles avaient contre elles l'effroi de tant d’odieuses violences, commises en leur nom, ou du moins qu’elles n’avaient pu prévenir; elles étaient suspectes et presque compromises par un des titres même de leur gloire, le nombre si grand, le dévouement si noble des témoins morts, en les invoquant, ilepuis Malesherbes et Raillv jusqu’à Kersaint, Barnave

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