‹ La tribune moderne M. de ChateaubriandChapitre 6 sur 76 · A Tltim.NE MOUEIINK · texte numérisé non relu

A Tltim.NE MOUEIINK

Un chapitre des Mémoires, non moins expressif et non moins vrai que bien des pages du roman de Heiié, a gravé pour l’avenir cet intérieur de famille un peu semblable aux voûtes souterraines du vieux château sombre et glacial, où fermentait, à son insu, râme du poêle dans la solitude et l'inaction, entre une mère distraite de la tendresse par la piété, fatiguée d'un joug conjugal, que cette piété n’allégeait pas, une sœur, trop tendre, ou trop aimée, mais dont la destinée semblait toujours être de ne trouver, ni le bonheur dans le monde, ni la paix dans la retraite, et enfin ce père, dont la sévérité, la hauteur tyrannique et le froid silence s’accroissaient avec les années.

Sans doute quelques rêves d’imagination, quelques éclairs de joie affectueuse et sainte devaient se mêler, par moments, à ce fond d'uniforme langueur. Dans la peinture des soirées d’été, au château de Combourg, on lit avec intérêt ; « Ma mère, Lucilc et moi, nous regardions le « ciel, les bois, les derniers rayons du soleil, les pre- « mières étoiles de la nuit ; » et on aime à pressentir, sous ces paroles, le grand peintre, qui saisira d'autres couchers du soleil, à l'horizon des mers et sur les (leuves de l’Américiue. Mais les soirs, et même les jours d’hiver étaient bien tristes à Combourg; et, à travers les silTIements du vent, les cris lamentables des chouettes cl les bruits sourds des murs presque déserts d’un vieux château, ou entend, avec (piclqiic peine, pour la vive imagi- V. nation du poêle futur, cette voix impérative et dure de son père retentissant, dès quatre heures du matin, comme la voix du dernier fantôme do la nuit, et remplaçant, dit amèrement le jeune homme, la douce harmonie musicale, dont le père de Montaigne avait soin d’entourer le réveil de .son rds.

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El toutefois, il faut le croire, cette rude éducation de lame, ces sentiments froissés et comprimés devaient mieux qu'une vie plus heureuse préparer M. de Chateauhriaud à son génie et aussi, peut-être, à certaines inégalités fantasques de sa vie.

Lui-même, dans ses Mémoires, a peint de quelques traits, avec une brièveté rapide et digne, ce que ce tableau domestique offrait de plus touchant et de plus délicat. Sa réserve, cette fois, était comme une expiation de ce que son talent d'artiste avait voulu laisser trop entrevoir, dans la création originale de lletié. Ce ne fut pas seulement la malignité des contemporains, ce fut l’orgueil du peintre qui permit cette profane allusion. Sous la fatalité de ce nom de René, que l'auteur se donne, comme à son héros, et eu souvenir de cet éclat de regard, de ce feu de génie, que la sœur, trop émue, admirait dans son frère, une indiscrète rumeur a longtemps redit que le premier chefd'œuvre littéraire de M. de Chateaubriand avait été la con- (idence d'un funeste et premier amour.

L'admiration pour le génie, le respect de la morale aiment à lire un autre récit tout irréprochable des premiers sentiments du jeune poète. Quelle que fût la beauté de Lucile, sa pure et sévère piété, sa souffrance, le tour même de son imagination mystique la tenaient bien loin d'une erreur, qu'elle n'aurait pas comprise, loin de la partager. Je regrette seulement qu’au milieu du dernier hommage rendu par la vieillesse du grand écrivain à la sainteté delà famille, l'affectation ait encore gâté la vérité. Que Lucile, à dix-sept ans, fût triste, entre des velléités de vocation religieuse et la monotonie de Combourg, que sa piété fût mêlée d'insomnies maladives et parfois d'extases, que son fière, un peu plus jeune qu'elle, ait vu, ou voulu

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