CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE 1° Antiquité.
Déjà les anciens connaissaient les déformations crâniennes.
Homère décrit Thersite oxcéphale : « Il était boiteux, il avait les épaules voûtées et ramassées sur la poitrine, la tête pointue au sommet et sur laquelle voltigeaient quelques rares cheveux. Bavard sans mesure, c'était un homme à débiter toutes sortes d’injures, déblatérant contre les rois à l’étourdie et sans vergogne, uniquement soucieux de faire rire les Grecs. »
HiPpocrATE décrit comme macrocéphales un peuple qui se déformait artificiellement le crâne ; il croit leur déformation naturelle. ;
Il parle longuement des oxycéphales, au début du sixième livre des Epidémies : « De ceux qui ont la tête pointue ( #0Ë0c ), les ont le cou vigoureux et sont forts, tant des os que du reste du corps ; les autres ont de la céphalalgie et des écoulements d'oreille ; ces derniers ont la voûte palatine creuse et les dents qui chevauchent. »
GALIEN commente : « Chez beaucoup, les dents chevauchent (1), c’est-à-dire que les dents d’en haut ne correspondent plus à celles d’en bas ; les incisives aux incisives, les canines aux canines, les molaires aux molaires, et que la bouche semble convulsée et tordue. »
(1) 11 vaudrait mieux traduire dévié que chevauchant, observe DeLPeucx.
MMORES
Derpsucu, dans une étude sur ce texte, y voit la première description des végétations adénoïdes. Sans doute, mais il faut noter que les auteurs associent ces troubles à l’oxycéphalie et reconnaissent que certains, seuls, sont adénoïdiens.
GaLren écrit encore : « La forme naturelle du crâne est une sphère oblongue. Mais il en est (qu'on appelle ocëcv ), qui ont le vertex en pointe. (Galeni opera omnia Veneliis 1541, I, ch. cc, De ombus ad lyrones.)
« On voit et on reconnaît bien vite les défauts de forme et de diminution de la tête, qu’elle soit modifiée dans sa dimension, quand elle est trop petite ou trop grande, ou modifiée dans sa forme, quand elle est absolument ronde, dépourvue de saillies frontale et occipitale, ou quand elle est phoxée, c’està-dire quand ses deux saillies, ou l’une d'elles seulement, se prolongent à l'excès, ou qu’il n’en existe qu’une seule, l’autre faisant défaut. »
Dans un autre de ses livres, GALIEN admet même, parmi les
têtes phoxées celles qui sont rondes comme une boule (Utilité
des Parties, livre IX, ch. 17). :
Au 1v° siècle, ORIBASE répète encore que les têtes ç0y2 ont des écoulements de pus, une voûte palatine creuse et des dents qui se chevauchent.
2° Epoque moderne el contemporaine. <
MEëckez (1714-1774), le premier, collectionne à Halle des cränes déformés avec un frontal en triangle.
BLUMENBACH (1753-1840) reconnut la scaphocéphalie, qu'il crut être une déformation artificielle et la nommait macrocéphalie.
Au x1x° siècle, les types de déformation se multiplièrent on eut la scaphocéphalie ou crâne en barque, la trigonocéphalie
() A. Derpeucu : Hippocrate el le faciès adénoïdien, Presse Médicale 1908. mars, n° 20, p. 117.
(2) Pauz Broca: B. T. N., 5 août, Paris, 1876, p. 474.
avec un front saillant en triangle, l’acrocéphalie ou crâne en
tour, la plagiocéphalie ou crâne oblique ovalaire, etc...
On ne se contenta plus d'indiquer seulement la déformation du crâne, on vit qu'elle dépendait d’une synostose suturale prématurée : la scaphocéphalie provenait de la synostose, de la suture sagittale, la trigonocéphalie de la synostose métopique, l’acrocéphalie de la synostose des deux sutures coronales, la plagiocéphalie de la synostose d’une seule suture coronale ou lambdoïde, etc...
Les anthropologistes décrivirent encore : « La pachycéphalie par synostose pariéto-occipitale, l’agiocéphalie par suture mastoïdo-occipitale, la tapinocéphalie par suture sphéno-frontale, la leptocéphalie par suture des coronales à leur partie inférieure, la trochocéphalie par suture des coronales à leur partie moyenne, etc,..,"elc.…
Ce n’est pas tout. Chaque genre dona de nombreuses variétés d’après les ectasies ou dilatations compensatrices. Les types se multiplièrent ainsi à l’extrème : l’acrocéphalie donna la variété oxycéphalique ou en pointe, la scaphocéphalie celle sphéno-
céphale, avec saillie du bregma, etc...
Tous furent étudiés isolément au seul point de vue morphologique. |
Actuellement, on confond des termes qui avaient une signification précise. Ainsi les anthropologistes appelaient acrocéphales fes crânes élevés en cylindre se terminant par un plateau et oxycéphales ceux élevés se terminant en pointe { c&vz ) (1). Aujourd'hui, la plupart des médecins suppriment l’acrocéphalie, ne gardant que le terme d’oxycéphale et l’'étendant même outre mesure : BertToLoTtT, puis GREIG, en font un terme général englobant plusieurs déformations, notamment la trigonocéphalie.
Il convient de garder les anciens termes anthropologistes,
(1) Hamy appelait encore l’oxycéphalie crâne à la Thersite, et Carz Vocr pyrgocéphalie, mais ces noms ne firent pas fortune.
SE OL parce que, si nombreux soient-ils, tous indiquent une déformation précise.
En ces dernières années, nos connaissances des déformations se sont précisées.
Au lieu de se borner à étudier les crânes d’adultes de nos collections, on s’est adressé aux crânes de fœtus qui montrent les débuts du mal. On a fait des autopsies.
Une deuxième phase s’est ouverte avec les cliniciens : les synostoses et les diverses modalités des déformations sont devenues secondaires. Ils ont étudié l’évolution et les symptômes des dysostoses crâniennes. Une troisième phase débute, qui sera anatomo-pathologique et pathogénique, elle permettra de distinguer les causes des dysostoses.
Pour comprendre la pathogénie de ces déformations, il.faut en connaître toute l'évolution : l’étude décisive est celle des crânes de fœtus et de nouveau-nés où la lésion débute. On les négligea longtemps. Wyman, puis Wercner furent les premiers, dans la seconde moitié du x1Ix° siècle, à en tenir compte.
Aujourd’hui, on ne se borne plus à l’examen des crânes des collections. On étudie les crânes déformés de fœtus qui marquent le début de la maladie. On suit l’évolution de celle-ci, par l’étude du sujet vivant et par la radiographie ; enfin, on fait des autopsies complètes. \
La maladie, mieux analysée, s’est révélée bien plus complexe.
On a reconnu que les déformations dépendent non de la suture synostosée, mais de l'époque où elle a été atteinte par rapport à celle où elle se soude normlement (1), qu’elles dépendent encore de l'étendue des régions non ossifiées (sutures membraneuses, fontanelles, lacunes), de l’évolution de la maladie qui peut continuer à s'étendre sur le crâne, et à épaissir les os, enfin des ectasies secondaires produites par la pression interné.