‹ La triple revolutionChapitre 9 sur 10 · SOUVENIRS · texte numérisé non relu

SOUVENIRS

.... Il y faut ajouter un troisième moment important, dont on ne se rend pas toujours compte dans notre patrie: le jugement qu'on porte sur l'Allemagne, de l'extérieur. On regarde de l'extérieur dans la chaudière des peuples continentaux et l'on aperçoit — entouré de nations stagnantes — un peuple d'une activité dévorante et doué d'une force physique expansive, énorme. Huit cent mille nouveaux Allemands chaque année! Tous les cinq ans un accroissement de population à peu près comparable à celui de la Scandinavie ou de la Suisse ! Et l'on se demande combien de temps la France anémique pourra résister à la pression atmosphérique de cette population.

Ainsi prennent corps et se localisent tous les mécontentements anglais — et il n'en manque pas depuis la dernière guerre — en ce qui concerne l'Allemagne. Et ce qui se manifeste chez les gens cultivés comme une conviction assise, se manifeste dans le peuple, chez les jeunes gens et en province, sous forme de préjugés, de haine et de fantaisie, à un degré dépassant de loin la faculté conceptive de nos journalistes.

Ce Serait faire preuve de faiblesse et de superficialité que de croire que de pures amabilités, des visites officielles ou manoeuvres de presse sauraient apaiser des griefs provenant de sources aussi profondes. Seule noire politique générale peut donner à V Angleterre au moins r impression que, de la part de V Allemagne, il n existe aucune mauvaise humeur, aucune crainte, aucun besoin d' expansion et aucun esprit offensif. Les masses n'en seront pas pour cela convaincues, mais les gouvernements en seront retenus dans la conscience de leur responsabilité.

Mémoire adressé au chancelier d'Empire, Oeuvres complètes VoL I.

Gouverner aujourd'hui .... est toute autre chose qu'il y a cent ans. Cela ne signifie plus administrer patriarcalement des hommes et des choses qui vous ont été confiés. Aujourd'hui gouverner signifie prendre la tête et l'initiative ; cette initiative doit être morale et idéale, mais aussi commerciale.

La manière de faire la guerre est aussi devenue une technique. Elle ne repose plus uniquement sur la discipline et le courage; l'imagination et l'initiative donnent aux victoires de notre époque une teinte intellectuelle.

Les forces éprouvées de nos deux classes dominantes, le fonctionnarisme héréditaire et la noblesse, sont la fidélité, la discipline et la tradition. Ces deux classes pourront-el es converser de bout en bout et faire front

aux nouveaux problèmes c'est plus que douteux; car la tradition et la rénovation s'excluent l'une l'autre. En présence de tâches assumant un caractère surtout commercial, concernant les problèmes coloniaux, extérieurs et financiers, l'administration traditionnelle prussienne s'est déjà souvent trouvée en défaut.

Un peuple de soixante-cinq millions d'individus a le droit d'exiger que les places de l'Etat soient occupées par des talents de premier ordre, les places exigeant de la responsabilité par des spécialistes qualifiés.

Mille familles dirigeantes, même pourvues de dons élevés et spécialisés, ne peuvent ni par leur nombre, ni par leur qualification, suffire à la consommation toujours accrue de forces administratives. Aucun homme doué de jugement droit ne songera à diminuer les mérites de ces familles, à se passer de leur participation énergique aux plus hautes tâches politiques. Mais si elles veulent monopoliser à jamais la machine politique^ les circonstances parleront plus haut et feront intervenir ces remèdes qui ont plusieurs fois déjà mis à la raison le conservatisme prussien récalcitrant^ malgré sa vigoureuse résistance^ et qu'on a le droite par conséquent, de considérer comme des directions.

J'ai lutté contre l'injustice qui se manifeste en Allemagne, parce que je vois des ombres s'élever, partout oie ^ je regarde. Je vois ces ombres, lorsque je marche le soir dans les rues bruyantes de Berlin; lorsque je constate l'insolence de noire richesse devenue démente ; lorsque je perçois la nullité de paroles exubérantes de force ou que j'entends parler d'une pseudo-germanique exclusivité, s'extasier devant des articles de journaux ou des remarques Rathenau, Révolution. "^'^ 007

des dames de la cour. Il ne suffit pas, pour exempter de soucis une époque, que le lieutenant y rayonne et que l'attaché y soit plein d'espérance. Voilà des dizaines d'années y que l'Allemagne n'a pas vécu une période plus sérieuse ; mais, ce qu'on peut faire de plus solide, à de semblables époques, c'est détruire l'injustice.

L'Etat et le Judaïsme.

Oeuvres complètes. Vol. I.

L'Angleterre, le peuple le plus intelligent et le plus réellement politique du globe, comprend à merveille la situation. En réalité, elle ne nous hait pas, mais elle aperçoit dans notre ascension un quadruple danger. En effet:

Elle se trouve d'abord dépassée au point de vue de la technique industrielle;

deuxièmement elle se croit obligée de s'opposer à tout processus d'hégémonie sur le continent;

troisièmement, son édifice colonial se trouverait ébranlé, si sa souveraineté absolue des mers perdait la valeur d'un dogme historique;

quatrièmement, la concurrence des armements revient trop cher et n'offre aucune sécurité, en raison des variations continuelles de la technique.

La guerre que l'Angleterre devrait mener serait donc une guerre préventive; Bismarck récusait cette catégorie.

Si la guerre se terminait par une défaite décisive de l'Allemagne, l'Angleterre serait tranquille pour une série

d'années. Les causes intimes des préoccupations anglaises ne seraient cependant pas définitivement supprimées^ car elles ne dépendent pas de la politique^ mais des forces du peuple allemand. Des guerres se renouvelleraient donc périodiquement, jusqu'à ce que le développement universel ait eu raison de cette rivalité.

On peut laisser de côté toute autre issue de la guerre. Mais quels qu'en soient les résultats : tous les avantages seraient du côté des Etats-Unis et la question de l'économie américaine se transformerait à tel point, que tous les autres résultats lui seraient subordonnés.

Il est probable qu'en ce moment on examine à Londres des arguments de cette sorte, en toute sérénité et sans crainte. Il est significatif du point de vue humain de voir comment un noble peuple, forcé de jouer un rôle qui lui est étranger, lutte avec ses propres sentiments. Car l'Angleterre s'est habituée depuis deux siècles à introduire toutes questions devant sa chaise curule et à les trancher avec calme. Dans cette salle, on a dicté et arrangé bien des choses, on a énormément exigé, parfois menacé, rarement offert et jamais sollicité. On a obtenu des résultats inouïs par des déhbérations et des congrès, on a souvent pris pied là où il y avait quelque chose à occuper, on a entrepris et mené à bien des guerres avec les indigènes, préparées d'avance. Toute pohtique de fantaisie, de passion, d'aventures et de désespoir fut toujours étrangère à la sagesse des doges de ce pays. Or, à l'heure actuelle, on perçoit déjà des appels de presse qui n'ont rien d'anglais ; en automne le gouvernement divisé fut bien près de tenter l'aventure; seuls, le puissant bourgeois de la

Cité et le gentilhomme campagnard conservent leur sang froid séculaire.

Un trait anglais unique : avant le début du jeu de guerre apparut à Berlin, en héraut poHtique, Lord' Haldane, l'ami du Premier, portant la guerre et la paix dans les plis de sa redingote. Et peu après son retour, le ministre de la marine offrit pour la dernière fois, dans un discours public, la Treuga Dei, la trêve de Dieu, pouvant être dénoncée légalement de trois mois en trois mois.

Ce serait une sotte erreur de chercher dans ces moyens, d'une simphcité presque rustique, de la perfidie et de la forfanterie. L'Anglais est intelligent, mais pas fin; il ne tient pas précisément toutes ses promesses, mais ce n'est pas un charlatan. Dans aucun pays, le mensonge individuel n'est proscrit autant qu'en Angleterre. Si l'Anglais veut intriguer, il paye très cher quelques sombres coquins; il est trop fier, trop riche et trop pieux pour se prostituer lui-même.

L'Angleterre et nous.

Oeuvres complètes. Vol. I.

Il est facile de comprendre pourquoi la Prusse ne modifie ses principes que rarement et jamais volontairement. L'excellence de la production moyenne est la cause de cette obstination conservatrice. Tout s'y passe comme dans une maison de commerce honorable : le patron et les employés remplissent leur devoir devant Dieu et devant les hommes, sont plus laborieux et plus

sérieux que leurs concurrents; ils ont ce qu'il leur faut, et ne voudraient pour rien au monde que le bruit frivole se répandît par le monde que l'on substitue au sucre de cannes le misérable produit artificiel tiré de la betterave.

En outre ^ depuis vingt-cinq ans, les affaires marchent bien en Allemagne. Personne ne veut être empêché de gagner de V argent; dans dix ans on sera riche, laissons aller les choses pendant ce temps-là, on verra après. La politique? Que des spécialistes et des oisifs s'en occupent, pour peu que l'occasion en reste offerte. La guerre? Nous avons eu quarante années de paix, nous ne voulons pas d'aventures. La constitution? La meilleure est celle qui ne compromet pas les affaires, exerce une police vigilante, contient les ouvriers et ouvre aux citoyens cossus la voie des honneurs qui leur sont dus.

Si la situation change un jour, si les affaires viennent à languir, si les charges augmentent, s'il se produit des réactions politiques, le citoyen acquerra le sens critique, même en Prusse; car il se tient du côté du manche. Aujourd'hui, .il craint Dieu et le socialisme, demain il se laissera enseigner d'autres craintes.

Ce n'est pas de la classe ouvrière que viennent les dangers, car le socialisme actuel est dépourvu d'idées positives. Deux autres forces offensives ébranleront la conception politique de la Prusse : le manque d'esprits dirigeants et le partage inégal des charges; toutes deux découlent de l'aristocratie de V administration, autrefois si éprouvée. Les conjonctures présentes ressemblent étonnament à celles de l'époque de Frédéric Guillaume II, Puis-

sions-nous cette fois ne pas avoir besoin de graves secousses pour rétablir V équilibre intérieur.

Sélections politiques.

Oeuvres complètes. Vol, I,

Une politique sans direction et sans but est de l'opportunisme, de la clownerie; elle se borne à une résistance pénible et à dénouer à contre-coeur les difficultés journalières; elle ressemble à une partie d'échecs menée au hasard, où l'on sacrifierait pion sur pion, place sur place, pour aboutir à une situation désespérée où l'on serait forcé d'agir malgré soi et fatalement.

Les secousses au-devant desquelles nous marcherons, lorsque nous commencerons à sentir le rétrécissement de notre économie emmurée, lorsque nous percevrons l'arbitraire de la répartition des charges, lorsque le déplacement politique des forces aura conféré à nos adversaires l'initiative d'action et le choix de l'heure, — ces secousses feront rentrer dans le domaine de la politique le point d'interrogation publique qui appartient aujourd'hui au domaine purement économique. On verra de nouveau combien est vrai cet axiome selon lequel la tâche la plus haute et la plus essentielle du pouvoir, est de cultiver un peuple grossier, d'amener à maturité un peuple cultivé, et un nouvel âge de pierre Stein et Hardenberg confirmera cette vérité.

Parlementarisme .

Oeuvres complètes. Vol. I,

Il ne s'agissait et il ne s'agit pas d'argent et d'à rmements lorsqu'il faut conjurer la destinée. Des forces matérielles réveillent d'autres forces matérielles; l'emphase exagérée et la brutalité de la nouvelle manière a traversé les Vosges avec la rapidité de l'éclair, et le peuple voisin inquiet étouffe dans des chaînes qui blessent ses membres affaiblis. Si la prolongation dit service militaire en France devient une loi sans exception, la guerre est assurée et sera un instrument remis entre les mains de l'Angleterre, qui ne la déchaînera ni aujourd'hui, ni demain, mais à l'époque qui lui conviendra. La double tension, plus dangereuse que prononcée, existant entre l'Angleterre et nous, plus prononcée que dangereuse entre la France et nous, acquiert maintenant sa pleine force d'explosion, aggravée de la sensibilité de la Russie qui voit lever la semence des milliards, sous forme d'tme ceinture de forteresses le long de ses frontières. Ce sacrifice des Euménides, qui nous est annoncé conformément à la loi du retour séculaire des choses, ne changera rien à notre destinée, elle ne fera que l'accélérer.

Peut-être ne serait-il pas encore trop tard pour suivre les véritables enseignements de cette grande époque, en supprimant l'injustice. L'injustice la plus flagrante de notre époque réside en ceci, qu'on ne permet pas au peuple économique le plus qualifié, au peuple dont la [pensée est la plus vigoureuse et la capacité d' organisation la plus puissante, de régler ses destinées sous sa propre responsabilité.

Il faut le dire sans réserves : le peuple est la cause ■principale de l'injustice, parce qu'il la supporte sans sourciller, par paresse et par avidité commerciale ; mais

Vinjustice supportée ne veut pas dire justice et le danger méconnu n'en devient pas pour cela une plaisanterie. Aucun sacrifice ne nous rachètera de Vinjustice et de son danger.

Les guerres entre les peuples et tes destinées ne sont pas l'oeuvre de la volonté ; elles découlent de lois naturelles qui trouvent leur expression dans les contrastes de la pression intérieure ethnique^ de l'activité de la constitution physique. Cependant au-dessus des lois de la fatalité se trouvent les lois morales et transcendantes. Lorsque les forces intérieures s'arrêtent, lorsque les formules, les moeurs et les pensées se survivent, une destinée extérieure prend la parole et la direction. Ce ne sont pas des circonstances extérieures et des constellations politiques^ mais des nécessités morales et transcendantes, qui président inéluctablement à nos destinées. Notre peuple tenace a été élevé comme il aime à élever ses enfants, par les coups. Autrefois, ce fut l'entêtement des souverains qui attira sur nous les coups de la destinée, aujourd'hui l'indolence du pays s'ajoute à cet entêtement ; le peuple ne veut pas lutter pour ses responsabilités, il sera donc forcé de lutter pour sa sécurité.

Lorsque l'heure de la destinée aura sonné, on com-^ prendra que toute entreprise reste le jouet des vents, si elle ne repose pas profondément sur des fondations doubles et consolidées: sur une politique énergique et une constitution juste. La passion qui sert aujourd'hui les intérêts de la vie matérielle, cédera devant le souci des choses de la communauté et de l'Etat ; en outre, l'ébranlement de notre richissime édifice causera l'écroulement de droits et de pouvoirs caducs. Une heure suffira pour

détruire ce que ton croyait assuré pour des éternités: ce qui semble aujourd'hui être une exigence exagérée, paraîtra une hypothèse toute naturelle.

Le sacrifice des Euménides.

Oeuvres. Vol. I.

La question de savoir si des commissaires autrichiens doivent participer à la découverte des intrigues serbes, 71 est pas un motif deguerr& internationale. La politique de Metternich — • consistant à établir dans tous les Etats accessibles des commissions de surveillance sous la direction de l'Autriche, pour prévenir le danger d'intrigues — appartient au passé et ne saurait plus être approuvée, même sous la monarchie.

Un mot sur la situation.

Berliner Tagehlatt, 31. juillet igi4.

Oeuvres complètes. Vol. I.

Je ne crois pas à notre droit de trancher définitivement les affaires du monde. Personne n'a ce rôle — parce que personne neV a mérité. Nous ne saurions prétendre à décider du sort de l'univers, parce que nous n'avons pas appris à déterminer notre propre destinée. Nous n'avons pas le droit d'imposer aux nations civilisées du globe nos pensées et nos sentiments ; car, quelles que puissent être leurs faiblesses, il est une chose que nous n'avons pas encore acquise: la volonté de prendre nos propres responsabilités . . .

Nous sommes une génération de transition, vouée à l'épreuve affligée, au fumage, indigne de la récolte.

Choses de demain.

Oeuvres complètes. Vol, III,

Juillet 1918.

Il est étrange de voir combien peu de nos contemporains comprennent qu'une époque a disparu, dont l'éclat ne réapparaîtra pas. De trois mois en trois mois, ils prévoient la fin de la lutte, ils croient et croiront, jusqu'à ce qu'une nouvelle génération se dégage, qu'après la conclusion de la paix et une courte période de transition, reviendra ce qu'ils appellent les circonstances normales. Certes, songent-ils, les dettes nous donneront du souci; mais on vivra un certain temps un peu plus économiquement et tout s'arrangera.

Rien ne s'arrangera, il faudra tout refaire far un travail acharné. Notre manière de vivre sera modifiée, notre économie, notre édifice social, la forme de notre Etat, seront différents. Les relations entre Etats, le commerce international et la politique, seront autres. Notre science sera renouvelée et même notre langue

Ennemis, hommes, frères, écoutez! En voilà assez.

Vous et nous, sommes tous frappés de cécité et de folie. Dans notre délire aveugle, nous avons détruit un monde.

Vous et nous n'avons qu'une pensée : faire souffrir. Vous et nous, jubilons lorsque des hommes tombent

du ciel en brûlant, lorsque des hommes étouffent dans l'océan, lorsque des hommes meurent déchiquetés et empoisonnés, lorsqu'on les conduit en captivité. Nous lisons, en dînant, des choses dont la millième partie devrait nous glacer d'effroi. Sommes-nous encore des hommes ?

Les quatre éléments divins: le feu et l'air, l'eau et la terre, nous en avons fait des instruments de mort; cela ne nous suffit pas, nous y avons ajouté la faim et le poison. L'intelligence humaine tout entière compte, calcule et rumine: encore un nouveau moyen de combat, encore une nouvelle violence, encore une nouvelle manière de donner la mort.

Sept millions d'êtres sont morts. Sept millions de fois en quinze-cents jours, la mort rendue furieuse, exaspérée, a tranché un coeur humain palpitant, sans défense, et du même coup atteint un autre coeur aimant. Innombrables sont les estropiés, les aveugles, les fous, les êtres brisés; ils parcourent la terre et témoignent contre nous et contre vous. Les croix dans les champs étendent leurs bras, les forêts dévastées allongent leurs branches tronquées, la croûte terrestre atteinte de la lèpre, les villes trépignées, regardent de leurs yeux éteints et témoignent contre nous et contre vous.

Depuis quatre ans, nos frères sont accroupis dans des trous, dans la boue et dans l'eau, protègent leurs pauvres corps contre des gaz empoisonnés, des éclats de fer et des baïonnettes et attentent à la vie des autres. La fécondité est arrêtée dans le corps de la terre et des peuples. Des enfants pâles grandissent, des mères anémiques travaijjent dans des fabriques.

Le bien-être est anéanti, les industries de la paix sont mortes, les mers sont des solitudes. Ce que l'on produit et véhicule encore, ce sont des armes. Mais dans les villes, on danse avec furie autour du veau d'or. Au milieu du dénûment, les enrichis font bombance. La tentation augmente, la conscience se tait, la morale chancelle.

Par toute la terre règne une violence de haine, telle que ne l'a jamais connue notre planète. Elle s'accroît continuellement, stimulée par l'esprit de vengeance, la calomnie, la peur et l'aveuglement.

Pourtant le monde n'est né ni méchant, ni mauvais ; il est fou et aveugle. Chacun croit que l'autre veut l'anéantir et, tant que persistera cette idée, il ne restera pas autre chose à faire qu'à combattre. Mais si quelqu'un voulait continuer la lutte un jour de plus que ne l'exigent l'indépendance, l'intangibilité et la vie de son pays, il serait coupable à ses propres yeux, devant Dieu et devant les hommes, de la misère de miUions d'êtres, et il vaudrait mieux pour lui n'être jamais né.

Ennemis, frères, il est temps! Il est très tard et chaque minute tue.

Pourtant il est encore assez tôt.

A la jeunesse d'Allemagne,

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