‹ La tristesse et la joieChapitre 107 sur 146 · ix.I-i tL · texte numérisé non relu

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Ici, comme souvent ailleurs, lopposition est particulièrement nette entre la mélancolie dépressive et l'excitalion agréable.

Bien qu'il n'y ait pas, à proprement parler, une odeur spéciale pour la joie et pour la tristesse, je veux pourtant si^'^na- 1er ce fait que la dépression mélancolique s'accompagne souvent dune odeur nauséabonde bien connue de tous les aliénistes.

Celte odeur tient. sui\aiit M. I)(>u(]iard, à la présence, dans la sueur et dans riialcine des sujets, des acides gras ^T)lalils. lorniique. acéti(pie. l)nlviif|ue. projjionifpie. valéri(|ue. caproï jue. cajirvlique. elc.

A l'étal normal, co^ acid(\«^ cpii sont les produits naluiels de la désassimilation se brûlent pendant leur séjour dans l'organisme et la partie non dt'Mruite s'élimine par les émonctoires.

Mais si les combustions sont ralenties, comme c'est le cas pour nos déprimés, l'organisme ne brûle plus les acides qu'il produit et les acides volatils provoquent en s'éliminant la fétidité de l'haleine et des sueurs.

Dans l'evcitation agréable, cette odeur disparaît et l'on voit très bien chez Marie la fétidité des émanations pulmonaires et sudorales apparaître ou dis|)araîlie suivanl le ivlbme des périodes.

Sans aucun doute, celte disparition lient à raclixilé \)]u< grande des combustions.

« Chose remarquable, écrit M. Boucliaid. l(>s bonnnes « à sécrétion sudorale iV'lide cessent d'exhaler une od(MU' « mauvaise, s'ils vienneiil à élie atteints de (juekpie maladie (( fébrile. Les condjuslions (jui >'acli>ent alors, par le lait de « la fièvre, brûlent les acides qui ne s'éliminent \)\\\^ <|n'en (( faible |)roj)orlion ' ».

.le ne peux pas diie (pi'il en soit absolumenl de même pour l'excitation mc'lancolicpie. cependant l'odeur fétide do la (l(''|)re^>ion niaii(|ue on bien e>«l Irè» all('Mni(''e chez la plu -

I. Malddioa par laloiitisseinent do In mit rit ion, 18S », Sa\ v (p, GS).

v)20 LA TRISTESSE ET LA JOIE

part de nos mélancoliques actifs, en particulier chez Angustinc, et celte difTérencc certaine ne peut s'cxplicpier, à mon sens, que par une différence dans les combustions moins ralenties.

Enfin, je ne veux pas quitter ce chapitre sans dire que la mélancolie se traduit, pour le malade lui-même, par une saveur spéciale, aussi bien chez les aliénés que chez les hommes sains.

On parle de tristesse ou de douleur amère ; peut-être fautil voir, dans cette épithète, plus qu'une simple métaphore. D'après Lange, chez les sujets normaux la langue est visqueuse, la bouche sèche pendant la tristesse, et le goût amer qu'ils éprouvent souvent n'est qu'un effet de la sécheresse de la langue.

« L'expression douleur amère est considérée, dit-il, comme « une métaphore; on ferait bien mieux d'admettre qu'elle « provient de ce goût amer, souvent 1res intense, qui accom- (( pagne les impressions de tristesse^ )).

Ce goût amer est si intense chez Marie qu'elle s'en plaint pendant toute sa période de dépression, et à ce moment la salive est visqueuse, la langue sèche et parfois recouverte d'un enduit blanchâtre.

C'est également le cas de F..., le mélancolique déprimé dont j'ai déjà rapporté l'observation.

Cette amertume n'est pas facile à expliquer, au moins d'une façon précise. — Tout ce qu'on en peut dire, c'est (pi'elle se lie évidemment aux troubles généraux de la nutrition et des sécrétions buccales et stomacales.

Comme l'odeivr fétide, et sans doute pour des raisons analogues, elle disparaît chez Marie dans la période d'excitation, et elle est beaucoup plus rare et beaucoup plus faible chez les mélancoliques actifs que chez les simples déprimés.

Tels sont les quelques phénomènes physiques dont les manifestations ou les variations m'ont paru en rapport avec la tristesse passive, la mélancolie active et la joie et que j'ai cru pouvoir grouper sous le nom de psychophysique, en donnant à cette expression un sens un peu nouveau.

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