I. V .inir Mdur.ini i.>i
« i)lus quoi pensor, ol cela depuis de longues semaines... .le « t'en prie, cher ami, réponds-moi tout de suite, afin de me « rassurer, ou alors viens me >oir jeudi ou dimanche pro- (( chain. — Je t'attends avec une légitime impatience.
(( .lose espérer que tous nos parents se portent hien; do- (( puis de si longs mois de pari el daulre sans nouvelles, il « faut que je mette fin à cet élal de choses, car mon tour- (c ment est grand de ce coté.
« Je suis heureuse de te dire (juo. (Ie[)uis deu\ semaines, c( je passe prescpie loute la journée h l'infirmerie où lu es « venu plusieurs lois me \oir: j'aide nos deux infirmières « depuis 5 heures ï/\ chaque malin, et cela jusqu'à 5 heures « du soir. Enfin j'aide le plus que je peux et marche heau- « coup : à 8 heures du soir au lil... l n grand honheur poui- « moi c'est qu'un congé de 8 jours m'est accordé par
« ^1. X ce hon docteur en chef. Tu n'as qu'à venir
(( lundi ou vendredi malin de () à lo heures ou hioii lui (( écrire ainsi cju'à Al. le Directeur.
(( ('lier F..., je le quille, non sans rend)rasser de loin. (( du plus ]n-ofond de mon ca^ur. ainsi que noire fils, iioho « Paul (jni est gonlil. j'espère, el aussi hien ohéissaiil : j'en- (( voie aussi mes meilleurs et hons haisers atleclueux à (( maman D... ainsi qu'à notre hien-aimée sœur Camille (c que je serai si heureuse de voir l)ient('»l ' )).
( )n \(ui(lra ])ien remarcjuer la symj^alhie clonl celle letlre est pleine aussi hien pour le pelil gan.-on. le mari, la sœur, maman 1)..., que pour les infirmières el a ce hon docteur en chef ». Même en faisant la part de la couNenlion. des clichés et de la politesse banale, Marie esl très sincèrement alTectueuse et témoigne à tous les siens un réel inlérél.
L'émolivité morale, de nulle qu'elle était, devient alors très ^i\e; Marie a cliafjue malin, en entianl au lal)oralon(\ d(^s surprises, des joies, des cris d'atlmiralion dexanl les ohjets nou\eaux (ju'elle aperçoit ou même devant les ohjels anci(^ns (liTelle recoimaîl.
1. CiU'' tirjh par MM. l\oiil)lnovilcli et Toulouse, f.d Mrlducolio. y. :VH) s(|q.
l32 T. V TRISTESSE ET LA JOTE
Le dispositif d'une expérience nouvelle détermine toujours des émotions de ce genre, peu intenses mais très nombreuses.
Pour faire une expérience précise sur sa puisances affective et émotive, j'ai fait revenir, durant une période d'excitation et de gaieté, le petit Paul.
Il est entré brusquement dans le laboratoire, tandis que je causais avec la mère qui n'était pas prévenue. Elle a poussé un cri de surprise et de joie, elle s'est levée, Fa embrassé et c'a été pendant dix minutes une explosion de caresses, de protestations et de larmes. Puis des questions sur tout, sur Fécole, sur ces bons frères, sur ses amis, sur ses vêtements, sur ses parents, sur le nouvel appartement qu'on a pris depuis la maladie de Marie. Puis des fiertés de mère : « Est-il beau ! Et intelligent ! Si vous saviez ! » Et des anecdotes défdent, sans cesse coupées par des questions sur le père, la tante, la belle-mère ou de nouveaux baisers.
Elle parle de le suivre ou d'aller le rejoindre bientôt. « Maintenant que me voilà bien, me dit-elle, vous me donnerez « ma sortie, il a besoin de moi cet enfant et toute la maison « aussi. » Quand il s'en va c'est la même exubérance qu'à l'arrivée, et, quand il est parti, elle me remercie avec une surabondance de plirases et de protestations, du plaisir que je lui ai fait. « Elle ne l'oubliera pas, quelle bonne pensée ! — (c Elle va se mettre tout de suite à mes belles pantoufles « brodées qu'elle veut faire depuis deux ans. «
C'a été pour elle une émotion très vive, et, cbose curieuse, malgré le désir qu'elle éprouve de suivre son fds, elle n'éprouve aucune peine en le quittant. Elle se dit qu'elle le reverra bientôt ; qu'elle obtiendra sa sortie ; et, dans la joie qui la tient, elle aime mieux se nourrir d'espérances que de regrets.
Elle est donc très émotive pendant son excitation et portée aux sentiments tendres et bienveillants. C'est la sympathie, la bonté, si souvent constatées chez les joyeux, et cette bienveillance universelle, cette affectivité excessive contraste singulièrement avec l'anestliésie morale et l'isolement de la tristesse. Pour les autres fonctions mentales les résultats sont analogues depuis l'intelligence jusqu'à la volonté.
Dans ridéation rien n'est plus facile à constater que la suractivité; quand je cause avec la malade, j'en obtiens des réponses rapides et longues, et si je ne parle pas c'est elle qui se charge d'entretenir la conversation. Elle parle de Tasile, de sa famille, de ses projets pour son fds, de sa bellemère, de ses aventures, toujours avec la même satisfaction et la même confiance. Sa joie est profonde et son idéation très vive,
Je ne peux pas dire que la rapidité des associations aille jusqu'à l'incohérence absolue comme il arrive souvent dans l'excitation maniaque ; le processus n'est pas morbide. Marie donne sinq^lement l'impression d'une personne joyeuse qui, sous l'influence de sa joie, pense très vite et sans ordre à tous les sujets capables de l'égayer.
l n fait à signaler c'est que. dans l'état de joie, elle paraît plus consciente de son état, plus lucide. Elle sait parfaitement qu'elle est soumise à des alternatives de joie et de tristesse; elle me donne même, sur son état mental pendant la tristesse, quelques renseignements précis, et cependant sa joie est si intense, si profonde, si complète, qu'elle se laisse aller parfois à la considérer comme déliniti^e ; elle espère que c'est fini, « qu'elle ne perdra plus sa langue » comme elle dit, {( que celte sale maladie ne reviendra plus ». Bien souvent, vers le dixième jour, je la menace, en riant, de la tristesse qui s'approche et je suis toujours accueilli par des rires ironiques; le lendemain, sou\enl je la trouve inerte cl nnielle.
J'ai mesuré directement l'attention par les procédés intliqués plus haut, et indirectement, en étudiant les fonctions intellectuelles où l'attention est engagée.
Marie est priée de barrer tous les A de la [)liras(^ sui\aiit(» '. la même qui a servi de test dans la dépression :
« (Tétait à Megara. faubourg de (-arthage dans K^s jardins d"llaniil( ai". ï.es mercenaires (|n"il axait ((iininandc's en Sicile se donnai(Mit un i^iand festin. c\\ souNcnir de la balaillc
I. l'rocctlc projiosc par M. Bourdon. \. Année P.xxcholoffiquc. i8()6.
LV TRISIESSI' Kl' L\ JUll-,
cFEryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et buvaient en pleine liberté. »
Elle met 33 secondes au lieu de 60 et ne passe que 2 A au lieu de 12.
Le procédé de M. Janet donne des résultats identiques : ])cndant que Marie lit quelques lignes au centre du périmètre de Landoldt, son clianq) visuel dimiuue de 4 ou 5° a peine, au lieu de diminuer de aB'^ pour un même elïort crattcntion, comme il arri^ait dans la dépression.
Enfin je puis joindre à ces mesures la combe oblenue par ^1 M. Toulouse et Vascliide pour les réactions auditives qu'ils ont mesurées, dans Texcitation, avec le même ap[)areil et le nièmc dispositif que dans la dépression.
\oici cette courbe (tlg. 5).
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J^c temps normal des réactions auditi\es élanl de i5 centièmes de secondes, on a ici une diminution de i,33, soit une moyenne de 13,67, ^^^ ^^^^^ ^^ ^^ moyenne 25,55 que nous avions dans la dépression. Il y a donc une augmentation très notable dans la rapidité des réactions \
L'irrégularité des réactions suffit, je crois, à prouver qu'elles ont été volontaires et non pas automatiques.
I . Communication de MM. Toulouse et Vaschide à la Société de Biologie,
LV JUIL MURIUDi; 1 ÔO
T(jnl ce que je regretterai c'est que rexpérieiice, comme les précédentes d'ailleurs, soit trop courte pour nous renseigner sur la durée et la résistance de l'attention.
11 semblerait, à première vue, que Tattention dut être, dans la joie, plus Ibrte et plus durable, et qu'on put opposer ces caiactères à son épuisement rapide pendant la période de tlépression.
Kien n'est [)lus faux cependant qu'une [)areille opinion, car, pour fixer l'allention de Marie et pour la l'aire durer, l'expérimentateur doit la sur\eiller sans cesse, la dirifrei". renq)écliei' de \agabonder.
LiNrée à elle-même, elle devient aussitôt mobile. incaj)able de se fixer : elle meurt et renaît sans cesse, suivant les liasaids (\r la cohn ersation, de ses représentations ou de ses peiceplions extérieiues.
Maiie entre [)ar exeniple dau> le laboratoire et aperçoit un \erre à pied posé sur la table à côté de moi : « Oh ! le joli (( \erre, conmie il brille. — Nous l'avez gagné à la Icte. — « Comme j'aimerais y aller. Est-ce qu'il va des cbevauv de « bois? — Ah î les chevaux de bois (elle éclate de rire). — « Tiens, vous avez une cravate neuve ! — Je sais les faire, vous (( m'apporterez de Tétoflc, de l'étolTe bleue. A ou s verrez, etc. » Klle [)arlerait ainsi une heure durant.
Bien loin d'être maîtresse de sa pensée, de la fixer et de la {(Midre dans une direction constante, Marie nous apparaît connue dominée [)ar les lois élémentaires de l'association des idées et, par là, elle tend à se rapprocher de la manie propremenl dite caractérisée surtout parles troubles de l'attention.
D'où je coiicliis fjue joui à riieur(\ en m(^>uraiil ralleiilioii. i ai me>ur('' un ('lai d'opril arliliclellciiHMil c\ niomenlaiH'ment créi'-.
Oui sans doute. Maii(> est capable aloi> de \)\\]> d'allen lion, mais il faut (pie je la conduise, «pie je la dirige, et (pie ()ar mes prières ou par mo menaces je crée l'attention (pu* je Nais mesurer; }r reiii|)èche de penser à dix chosc^s à la lois, j(; lui rappelle, >"il le laul. ce (pi'c^lli^ doit Taire, ji'cartc les obj(M>- (pii peux (Mil l.i (ii<liain\ et je lais a]>p(M au i\c>\v
l36 LA TRISTESSE ET LA JOIE
qu'elle a toujours de m'être agréable. — Je lutte ainsi, en provoquant des sentiments durables, contre Fautomatismc menaçant, et je lais naître artificiellement un état synthétique ou l'attention se produit.
Toutes ces précautions ne sont pas utiles s'il s'agit d'une expérience courte où un ordre bien donné, une parole aimable suiFisent ; mais pour retenir une heure, sur des travaux de calcul, l'intelligence de Marie, pour Fobliger à me suivre lorsque je dressais la carte de sa sensibilité cutanée, j'ai dû les employer toutes.
Les perceptions de la vue, de l'ouïe, du goût, de Todorat et du toucher gagnent toutes en rapidité et en exactitude. Marie reconnaît ou localise avec facilité, et elle répond si vite qu'on ne peut plus évaluer le temps en secondes.
Notons que, pour les sensations musculaires. Terreur est en moins, au lieu d'être en plus. — Marie, qui se fatigue moins vite à soulever des poids, les évalue en général audessous de leur poids réel.
J'ai fait, sur la mémoire des expériences symétriques à celles que j'ai faites pendant la dépression ; les résultats sont inverses. La mémoire antérograde, celle qui acquiert, est très vive. S'il s'agit d'emmagasiner automatiquement des mots, des lettres ou des chiffres, Marie s'acquitte en quelques secondes de cette tâche ingrate.
Soit la série :
Marie la lit 1 5 secondes et répète :
résultat très supérieur aux résultats" correspondants de la dépression.
S'il s'agit de coordonner des idées nouvelles, d'apprendre de la prose ou des vers, Marie apprend cinq lignes de Zola en deux minutes et huit vers de Glatigny en trois minutes et demie.
Elle récite vite et sans erreur.
Priée de lire à haute voix un passage de l'Argent, elle s'exécute de très bonne grâce et résume ensuite le contenu avec beaucoup de facilité.
LA JOIE MORBIDE iSj
La mémoire du passé est diversement affectée suivant la nature des souvenirs :
Les réflexes sont conservés et s'accomplissent tous normalement, avec une [)lus grande rapidité.
Les mouvements automatiques ne sont ni plus précis, ni plus surs, mais ils gagnent manifestement en vitesse et en amplitude. Marcher, se moucher, se gratter, se retourner, voilà autant d'actes où se ré^èlent très nettement ces deux caractères.
Dans Tordre ^olontaire, la mémoire motrice gagne non seulement en rapidité, mais en précision.
Priée de tracer les yeux fermés une ligne, des parallèles, un carré, actes assez com[)lexes oii la volonté entre en jeu, Marie s'accjuille 1res vite et très bien de ce travail.
Quand elle doit raconter des événements, Marie é\ocpie, reconnaît et localise les souvenirs avec précision et rapidité. — Pour l'imagination, on peut noter des caractères très analogues dans l'évocation et la coordination, et voici quekpies expériences dont on a déjà \u le résultat dans l'état de dépression .
Faire une phrase avec ces mots :
Arbre, cheval, attaché.
Marie qui avait écrit en 20 secondes « le cheval est attaché à un arbre » écrit cette fois en 3 minutes :
« Si le fermier craint, en conduisant dans un grand pré « son cheval qui est jeune et très vigoureux, qu'il ne s'éloi- « gne de l'endroit où lui-même est très occupé à arracher « de mauvaises herbes d'un terrain un peu marécageux et « par cela même très hnmid(\ il cherchera un arbre où il (( attachera son cheval. ))
On distingue très bien ici la surabondance peu ordoiuu'e de détails, la complication iiuitile cl irrégulière du laMeau, et cependant un vague besoin d'amener d'une façon logicpie, par ce préambule un peu long, le dernier membie de phiase, celui qui est imposé par moi.
Avec les mots j)i(>ire. I<m- cl lèu. Marie n"a\ail vwn pu faire
d'un seul trait, sur mon ordre, en '.> 10
108 LA TUJSIl'SSE El L\ JUlK
« La pierre, combien de monuments remarquables l'on « construit avec cette matière qui résiste aux plus grands (( orages, au feu du ciel, qui cej)endant détruit parfois tant (( de chefs-d'œuvre que la main de Fhonmie a eu tant de « ])eine à édifier, et dans cette pierre taillée avec un talent (( merveilleux dans lequel (sic) on introduit des barres de « fer qui forment des grilles magnifiques. Le feu, élément « sans lequel le monde serait si mallieiueux et donnerait la (( mort au monde, pendant la triste saison d'hiver... » .rarrélc ici ce flux d'images et d'idées banales où se relruu- \ent a\ec moins de logique encore, la surabondance conslalée plus haut.
L'intelligence est également très acti\e. Marie fait nIIc et bien les petites opérations qu'elle ne faisait pas dans la dépression, elle résout en i minute le problème qu'elle n'avait pu résoudre en 4 minutes d'elTort. (Si oo bœufs coûtent io5oo francs, combien coûtent lo bœufs?)
Enfin, placée en face de la question qu'elle n'a pu développer: « Pourquoi ne doit on pas mentir*^ » elle se lance dans des considérations peu cohérentes et sans lin sur le mensonge, sur le charme inappréciable de la vertu, elle aligne des clichés suivant son habitude. « Est-il quelque chose de plus beau et de meilleur que de dire toujours toutes choses, toutes choses vraies, telles qu'on les pense, qu'on les conçoit dans son esprit plus ou moins actif, plus ou moins enclin aux bonnes ou aux mauvaises suppositions à l'égard du prochain... » 11 y en a ainsi toute une page écrite au courant de la plume.
La volonté présente les mêmes caractères. Marie est active sans trop de cohérence ni de suite dans les projets. Levée à 5 heures, peu lui importe ce qu'elle fera pourvu qu'elle se rende utile et qu'elle agisse; à Finfirmerie, à la cuisine, aux cellules, aux commissions, on la trouve partout, toujours riant et parlant haut, citant des proverbes obscènes, essayant d'amuser les malades et les infirmières.
Toute proposition lui sourit : si je la fais demander, elle accourt ; si je la renvoie déjeuner, clic se précipite. Elle tri •
L\ juil; moiuuue iSg
cote, elle demande à broder, elle s'occupe sans cesse. Dans les monienls de l'excilalion la plus grande, le désordre apparaît, ractivilé deNient de ragilalion, el bien souvent, Marie doit être mise en cellule, soit parce quelle agace les malades et les empccbe de dormir, soit parce cpielle décbire toutes les pièces d'étoile qui tombent à sa portée. — Histoire de « saumser, dit-elle, de l'aire des niclies ou de voir ce cpie dira M'"*^ la su rN cillante. »
Telle se piésente, dans ses traits les plus généraux, la joie de Marie. — S(Mitimenl de bien-être, de légèreté, de Inicc. conscience iVwwc j)liis grande puissance atTecli\e, inlcllectuelle, volitiNc, correspondant à une exaltation réelle de toutes les fonctions mentales, plaisir moral et excitation cérébrale, tels sont les traits caractéristiques déjà signalés dans la i\v> cription générale de la jiîie et que nous lelrouNons dans ce cas particulier.
Ce serait [)()urlant une erreur tle croire que lexal talion générale des fonctions, Fidéation plus rapide et plus complexe ont abouti à renforcer la synllièse mentale ou la cobérence des idées.
C'est par rallenlion de rcs[)ri(. par la durée d<^ celle allcn lion longtemps lixée sur les mêmes objets, que se mani leste la svntbèse mentale el ("est ainsi cpi'on [XMurail caractériser l'état d'esprit d'un lioimue qui sait penser, l'^li bien, celte attention, nous savons qu'elle esl aussi malade, aussi alroplTKM^ cluv, Abui(» dans rcxcilation que dans la dépression, et que, si ell(> <<> manifeste dans l'evcitalion a\ec j)lus de force, c'est à condition déli-e [)ro>oquée, lixée, mainleiuie. >urN(Mll(''e >ans cesse. Maric^ s'intéresse à tout et à rien, elle aime loul 1<' monde et personn(\ (A\c [)(Mi>e. en cinq minutes, à dix sujets dilléi-ents el sans jamais s'ariéler sur aucun. Ce n'est cerlaineuKMit [)as ridi'oribée des mania ques, mais c"(^st une légère incobéren(X\ Il \ a donc, dan^ la joie de Maiie. connue d'ailleurs (lan> la plupail des joie^, un lég(M' désordre à C('>t('' de l'excilalion. — Nous en \eii(»n^ plu> lard la cause, (juand nous (paierons d'inler[)réler le> cas. apiès l(\s aNoir di'cril^.
l40 LA TRISTESSE ET LA JOIE
Je dois à Fobligeance de M. Magnan d'avoir pu observer de près une malade analogue, Eugénie, chez qui j'ai constaté les mêmes phénomènes dans la période d'excitation.
Eugénie présente des accès doubles d'excitation et de dépression, séparés les uns des autres par de longs intervalles de repos et de calme.
Marie présentait un cas type de folie circulaire ; Eugénie présente un cas type de folie à double forme, dont le rythme plus compliqué peut s'exprimer'par le schéma suivant (fig. 6) :
\oici d'abord la description clinique du cas que j'emprunte à l'ouvrage célèbre du D'" Magnan sur les centres nerveux.
(( Eugénie, âgée de 58 ans, est entrée à l'Admission ' le « 10 juillet 1889. La grand'mère maternelle a présenté un (( accès de folie ; une sœur est très émotive et nerveuse. « Eugénie a été bien portante jusqu'à l'âge de 24 ans ; au « point de vue moral et intellectuel, elle a été, pendant son « enfance et son adolescence, tout à fait normale. Elle s'est « mariée à 22 ans et, deux ans après, elle est accouchée d'un (( fds. C'est à ce moment que remonte le début de la mala- « die actuelle. Pendant sa grossesse, elle éprouva une vive « émotion, un grand chagrin. Son mari perdit sa place du « jour au lendemain et dut quitter sa femme, pour aller au « loin gagner sa vie. La malade se retira chez ses parents, (( où l'accouchement eut lieu dans des conditions tout à fait « normales ; elle nourrit son enfant pendant deux mois au « sein, puis lui donna le biberon. Elle vivait chez ses c( parents, très chagrinée de Fabsence de son mari.