‹ La tristesse et la joieChapitre 49 sur 146 · I.V .lOIF. MOltlUDE I 'l I · texte numérisé non relu

I.V .lOIF. MOltlUDE I 'l I

« Six mois après raccouclicment, premier accès d'cxcita- (( tion et internement à Tasile de la Madeleine à Bourg. — « La malade avait 2^ ans. Retour du mari, séjour à Orléans, « à Limoges.

(( Deux grossesses normales suivies d'accouchements régu- « licrs. Au neuvième mois de Tallaitement du second enfant (( nouvel accès d'excitation qui dure i6 jours. — ïnterne- « ment à Tasile de Naugeat et guérison.

« A cette époque se place une série d'accès plus ou moins « longs, puis le rythme s'établit, et de i864 à 1878, les « accès qui prennent le caractère de la double forme, (( reviennent tous les cinq, six et sept mois. La phase (c maniaque est de 3 à 5 jours, la phase mélancolique de « 4 à 8. — De 1880 à 188 A, la malade reste bien portante. « De 188A à 1886, elle a quatre accès dont deux doubles (( et deux simples (exaltation sans dépression). — Enfin, « en 1886, apparaissent les accès doubles qui durent « encore.

« L'exaltation ne débute pas d'emblée; elle est précédée « d'une courte période prodromique caractérisée par des « symptômes qui permettent d'annoncer l'accès.

(( La malade devient un peu plus active ; elle possède un « vieux peignoir presque hors d'usage qui reste toujours « accroché au fond d'un placard.

({ A^ant chaque accès elle revêt ce peignoir, et ne le « quitte plus jusqu'à la fin de faccès. Elle se sent ainsi, ditce elle, plus à l'aise pour travailler.

« Elle ne lave jamais son linge à la maison, mais avant « chaque accès elle ramasse tout son linge, tous ses chif- (( ions et se met à les blanchir elle-même.

« La malade est assez casanière ; elle ne fait jamais de {( visites et s'intéresse médiocrement à ses parents. Cepen- (( dant, un ou deux jours avant le début de Texcitalion, elle (( va régulièrement voir sa nièce, pour laquelle elle ne mani « feste aucune aflection en temps ordinaire, l^lle ne dort « pas, ou dort mal cl se promène la nuit. (]ette période « prodroiui([ue dure un jour ou deux et alors conunence

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(( Vexcilalloii. La malade dcviciit bizarre, incohcrcnlo ; ce « sont des mots isolés ou des lambeaux de pbrases qui n'ont (( aucune signification. Elle rit par moments et j)leure sans (( motifs. En même temps, elle se promène partout, va et « vient, se couclie n'importe où, par terre, dans un escalier, « se lève et se met à marclier très vite, puis tout à coup {( s'arrête, lève les bras en Tair et tourne sur elle-même. « Elle s'empare d'un torclion, d'un tablier, frotte les murs, « les tables, les cbaiscs, non ])as automatiquement mais (( avec une certaine intelligence et en j^araissant absorbée « par son occupation. Dans ce moment, elle ne lait aucune (( altentionàcc qu'on bii dit et ne répond pas, ou répond (( la première phrase qui lui vient à l'esprit. P]lle n'est pas « violente ; c'est une simple suractivité, avec une série (( d'actes insolites, qui dure 3 à 6 jours. Elle n'a pas d'hal- « lucinations pendant cette période.

(( Le passage à la période de dépression se fait pendani la (( luiit. La malade se couche excitée et se lève le lendemain (( triste, abattue, les traits tirés, les yeux cernés, la face (( boufiie. Elle ne fait pas sa toilette, elle ne se peigne pas, (( et reste, la plupart du temps, assise, le corps courbé, la « tête penchée, le menton contre la poitrine. Elle ne reste « pas immobile: par moments elle balance légèrement sa tête (( de droite à gauche et fait f[uelques mouvements des bras (( et des jambes.

(( Quand on s'approche d'elle et qu'on lui adresse la (( parole, elle se pelotonne davantage sur elle-même en (( détournant la tête et laisse entendre, tantôt un marmot- (( lement inintelligible, tantôt des soupirs. Quelquefois elle « se lève et va se blottir dans un coin, ou erre dans la pièce « en repoussant les chaises qu'elle rencontre, en passant « d'une main à l'autre son mouchoir.

« Elle ne mange pas quand on l'y invite ; une fois à table, (( elle accepte les aliments sans résistance. La nuit elle ne « dort pas ou dort peu, elle roule et déroule ses draps, « remue et retourne son oreiller.

« Quelquefois on la trouve ])elotonnée, assise par terre,

LA JOIE MORIUUE I^O

« dans un coin de sa cellule. La malade doit avoir peur ; « elle s'imagine que ses enfants sont perdus.

« Elle est tentée parle diable et les esprits invisibles. « Je ne « les ai jamais vus, dit-elle, mais j'ai éprouvé les tourments « de la volupté, toutes les sensations de la chose. » Elle « s'imagine alors élre en enfer et se sent prise d'une angoisse (( extrême. Elle entend parfois frapper des petits coups sous « son lit : « C'est le diable qui ^ient me tenter, dit-elle ». « Elle éprouve des désirs voluptueux, descend de son lit, « reste d'abord nu-pieds sur le plancher pour calmer ses " sens, et, simaginant que le diable ou un esprit invisible « s'est glissé sous la couverture, elle défait son lit, tourne et (( retourne l'oreiller et les cou^ertures dans tous les sens, c( pour les en chasser.

« La terminaison de l'accès est annoncée par une nuit tle « bon sommeil. Au réNcil, la malade est encore un peu « hébétée, mais elle commence à parler, à s'intéresser « à son extérieur et le lendemain elle rcNient à son état « normal '. »

La malade a présenté i8 accès doubles de janvier 1886 à juin 1889 et depuis ce jour les accès ont continué à se produire avec les mêmes caractères.

J'ai eu l'occasion de l'observer dans les tiois états bien distincts de calme, d'excitation et de dé[)ression, et si je n'ai pas parlé de la dé|)ression à propos de la tristesse, c'est (jue cette dépression ne m'a paru rentrer nettement ni dans la mélancolie passi\e ni dans la mélancolie délirante. La malade est agitée dans cette [)ériode ; elle a, comme le signale >L Magnan, des craintes, des peurs et des hallucinations erotiques ou Ici riliaiiles ; et ces iails là ne i(Milreiil |)as dans le cadr-e de mou (Mndc (pic )<' liinilt» aux cas l(>s \)\\\< sinq)les.

Je ne parierai donc (juc dr IVxcilalioii dl^iigénie, en l'opposanl à son ('lai noiinal. — Je le lais d'aulaiit plus Nolontiers (jn(\ p(Mi(laiil l(^s (jiK^hnics jours où j'ai |>ii sui\ie

1. Ma^Miaii. Ilrr/ict (lies sur les rrnlrcs ncnru.i, II-' st'rii'. p. .M().s(|(|.

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la malade, son excitation très légère ne s'est pas manifestée par les actes insolites rapportés plus haut, mais par une satisfaction générale et une activité plus grande.

Quand je vais la demander à l'Admission en temps ordinaire, entre ses crises, elle me suit sans enthousiasme et je A ois bien qu'elle se passerait de venir au laboratoire. Elle y vient cependant, et, une fois assise, répond volontiers à mes cpiestions.

Très aimée dans le service où elle n'est connue que sous le nom de « maman » elle a plutôt un caractère naturellement calme ; elle ne pense guère à ses enfants et donne peu de détails sur eux, quand je lui en demande. Elle ne regrette pas de ne pas vivre avec eux et ne soupire pas après leurs visites ; elle a ses occupations habituelles à FAdmission et déclare ne pas s'y ennuyer.

C'est un état de paix et de demi-indifférence.

Dans sa période d'excitation, elle éprouve un sentiment particulier de bien-être physique et de satisfaction morale, elle ne cesse pas de sourire, même lorsqu'elle ne cause pas.

Son caractère est plus exubérant, plus enclin à la sympathie, elle est contente de tout et de tous, du docteur, des surveillantes, des infirmières ; tout le monde lui veut du bien et elle en veut à tout le monde. Le réveil des sentiments alTectueux signalé plus haut par M. Magnan est très manifeste ; elle me parle de ses enfants qu'elle dit aimer beaucoup, de son lils riiorloger dont elle est très fière, elle les excuse de ne pas la visiter plus souvent ; elle sait bien que l'affection y est et c'est l'essentiel.

La sensibilité physique est trop émoussée, en général, pour qu'on puisse faire des expériences comparatives sur l'acuité des sens dans l'état normal et dans l'état d'excitation. Je n'ai obtenu aucun résultat précis pour la vue, l'ouïe, l'odorat et le goût. En revanche, j'ai constaté très nettement avec l'esthésiomètre de Bloch et le compas de Weber que la sensibilité tactile était plus aiguë et plus fine dans la période d'excitation. — J'ai fait également la remarque que la sensibilité à la douleur était plus aiguë d'un cinquième environ.

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