I . Voir le texte de la convention aux appendices, A
n'avions à enregistrer que des désastres. Les batailles du Mans, de Saint-Quentin, d'Héricourt, avaient démoralisé les départements. La chute de la capitale vint mettre le comble au découragement.
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C|HAPITRE XVII
OU S n'entrerons pas dans le détail des tristes événements qui ont marqué la fin de cette horrible guerre. Chanzy, à peine arrivé au Mans, songeait déjà à reprendre la marche en avant.
La pensée que Paris allait probablement succomber faute de secours était pour lui une torture. Comme il a dit lui-même, ce il se cramponnait à ridée d'un mouvement dans cette direction, son but suprême ». Il se laissait aller à l'exagération de ses qualités. Au lieu de réunir et de concentrer son armée pour une lutte suprême, il s'acharnait à disputer le terrain pied à pied, au risque de ne plus laisser assez de forces à ses troupes harassées pour soutenir l'effort d'une grande bataille. Il proposait au
Gouvernement le plan d'une marche concentrique et combinée des trois armées du Nord, de TEst et de r Ouest sur Paris. Il fallut que le ministre de la guerre refrénât son ardeur. Aux généraux qui lui objectaient la fatigue et Tépuisement des soldats, il répondait : « Je maintiens mes ordres; qu'on reprenne les positions. » L'amiral Jaurès, le plus énergique peut-être de ses lieutenants, lui écrivait : « Les hommes ne peuvent se lever... Je ne sais vraiment comment je m'en vais faire pour les faire marcher ce soir. Enfin, si c'est possible, ça se fera. Tout le monde me dit que non. Nous le verrons bien. » — ce II faut, répondait Chanzy, résister à l'ennemi aussi longtemps que dureront ses efforts... Les fuyards seront ramenés sur les positions et maintenus sur la première ligne des tirailleurs... Ils seront fusillés s'ils cherchent à fuir Le général en chef n'hésiterait pas, si une débandade venait à se produire, à faire couper les ponts en arrière des lignes pour forcer à la défense à outrance. » Le prince Frédéric- Charles était convaincu qu'après cette série de luttes partielles, il était impossible que Chanzy pût songer à une offensive générale : « Ces combats isolés, livrés par les troupes françaises, écrivait-il, ne leur permettront pas de risquer une grande bataille. »
Il se trompait. Le ii janvier, Chanzy engageait la grande bataille du Mans et parvenait encore à soutenir l'effort des deux armées allemandes*.
I . Nous empruntons à la brochure du général Gougeard : Deuxième armée de la Loire, division de l'armée de Bretagne,
(c A rentrée de la nuit, écrit le capitaine de Goltz, on dut reconnaître que, malgré Timportance de quelques combats partiels et quelques heureux faits d'armes isolés, on n'avait pas atteint de résultats
p. 5o, le récit de l'épisode capital de la bataille. Ce récit montre mieux que toutes les réflexions ce que, avec de l'énergie, on pouvait obtenir de ces troupes tant calomniées par les chefs qui n'ont pas su s'en servir. Le général Gougcard avait reçu l'ordre de défendre les hauteurs qui dominent Champagne et Ivrél'Evéque, et qui protégeaient le centre de l'armée française. Ces positions une fois prises par l'ennemi, les Français étaient coupés en deux ; rien ne pouvait plus empêcher les Allemands d'arriver jusqu'au Mans et de nous couper la retraite. Leur importance était donc extrême. Aussi les Allemands les attaquèrent-ils de trois côtés à la fois. La division Paris, prise entre deux feux, recule et se replie précipitamment sur Ivré-l'Evêque. « En présence d'une situation aussi grave, écrit le général Gougeard, l'hésitation n'était pas permise. Il fallait à tout prix reprendre le plateau abandonné, avant que l'ennemi y eût monté son artillerie. Je prescrivis donc de garder les ponts et d'en défendre l'accès à tout prix ; puis, braquant sur la foule deux canons chargés à mitraille, je menaçai de faire feu si le désordre ne s'arrêtait à l'instant. Rappelée à elle-même par l'imminence du danger, elle s'arrêta hésitante ; quelques malheureux affolés de terreur essayèrent de passer la rivière sur la glace et s'y noyèrent. Des officiers énergiques parvinrent à rallier leur monde et à le former en bataille ; ils reçurent l'ordre de se disposer à suivre la colonne, car je ne pouvais compter sur ces troupes démoraliséçs pour une offensive sérieuse. Je réunis à la hâte un bataillon d'infanterie, les mobilisés de Rennes, troupe solide et qui m'inspirait toute confiance, un bataillon de mobilisés de Nantes, les zouaves pontificaux si éprouvés la veille, mais toujours pleins de feu et d'ardeur. Prenant alors moimême la direction de l'attaque, accompagné de mon état-major, et m'adressant aux volontaires de l'Ouest, qui étaient en première ligne : ce Allons, messieurs, leur dis-je, en avant pour c( Dieu et la patrie! Le salut de l'armée l'exige. » Les trompettes sonnèrent la charge et nous marchâmes en bon ordre à l'ennemi. Les Prussiens nous attendaient de pied ferme, protégés par les haies. Vingt pas à peine nous séparaient d'eux, et pas un coup de fusil n'avait été tiré. La première décharge fut terrible, les premiers rangs furent anéantis ; mais l'élan était donné et
décisifs, puisque les Français, quoique ayant perdu du terrain, se tenaient encore partout devant le front de Tarmée. » Aussi le prince Frédéric-Charles s'occupait-il de donner des ordres pour recommencer la lutte le lendemain, quand il apprit qu'une position des plus importantes, la Tuilerie, venait de tomber aux mains des Allemands.
Voici comment ce fait est raconté par l'historien du 3^ corps de l'armée allemande, Tw^ardowski : (( A l'aile gauche, le i'' bataillon du régiment n° 17 s'était avancé jusqu'au pied de la hauteur. Le premier lieutenant de Casimir, qui avait été envoyé en avant avec la 4" compagnie pour établir le contact avec l'ennemi, put, en se servant habilement du terrain et en chassant les Français de point en point, s'emparer de la chaussée. Il tomba sur de forts détachements de mobilisés de Bretagne qui, complètement surpris, prirent la fuite. Une ferme à gauche, la Tuilerie, abandonnée par eux, tomba en notre pouvoir, ainsi qu'un chemin creux en avant. »
Les malheureux dont la panique avait causé ce malheur étaient arrivés depuis quelques jours seulement du camp de Conlie, où ils avaient subi depuis
rien ne put l'entraver. On se battit corps à corps, on se fusilla à bout portant dans les taillis. Un bataillon de chasseurs de la première division, qui n'avait pas quitté les pentes du plateau, nous apporta un secours bien nécessaire ; composé de gens de cœur, bien commandé, il fut pour nous un précieux soutien. A la nuit tombante nous étions maîtres de la position. » Le soir, le général Gougeard recevait de Chanzy la croix de commandeur, avec un billet portant ces mots : « Je vous remercie pour aujourd'hui et je compte sur vous pour demain. »
deux mois toutes les misères et toutes les souirraiices d'une installation déplorable, qu'on avait eu le tort de confier a leur compatriote M. de Kératry. Ils en étaient sortis complètement démoralisés et n'avaient pas eu le temps de se refaire à Tarmée de Chanzy. Toutes les discussions qu'on a soulevées à ce sujet pour ou contre la bravoure des Bretons sont absolument hors de propos. Il n'y a, pour le comprendre, qu'à voir ce qu'a fait le 21'' corps, qui comptait tant de Bretons dans ses rangs. C'est lui qui pendant la journée du 1 1 supporta seul l'effort de toute l'armée du grand-duc de Mecklembourg, et qui, par une résolution héroïque, continua à l'immobiliser jusqu'à la nuit du 12 au i3 janvier, pour laisser au reste de Tarmée française le temps de se mettre hors d'atteinte. Comme l'écrit M. de Freycinet, l'amiral Jaurès, qui commandait ces braves, (( après s'être déjà distingué à la retraite de Josne, se distingua plus encore à celle du Mans ». C'est encore lui qui le 16 tira les derniers coups de fusil, à Sillé-le-Guillaume et par son attitude arrêta définitivement la poursuite de l'ennemi, étonné d'une pareille énergie.
Une fois arrivé à Laval, Chanzy se mit aussitôt à réorganiser ses troupes, décidé à reprendre prochainement Toffensive. Son plan était de laisser une armée en Bretagne sous les ordres du général Colomb. Les généraux Charette et Cathelineau, qui à la tête des zouaves pontificaux s'étaient héroïquement battus, étaient chargés d'enrôler les Bretons. Une autre armée, composée des 16% 19% 21^ corps
et d'une division du 17% sous les ordres directs de Chanzy, devait se porter en avant de Caen, de façon à atteindre la Seine par la gauche, et se tenir prête à marcher sur Paris, en se reliant aux troupes de Faidherbe. Le 27 janvier Tarmée de Bretagne comptait 100,000 hommes, celle de Chanzy, 120,000. L'armistice ne permit pas de mettre ce plan à exécution.
Dans FEst, les événements se pressaient avec une rapidité désastreuse. L'armée de Garibaldi, composée de 25, 000 hommes, était concentrée à Dijon, qui paraissait la seule route possible pour une armée venant du Nord au secours de Werder. Mais le général Manteuffel déjoua toutes les prévisions par une marche sur Vesoul, qui, en le forçant à diviser ses troupes par suite de Fabsence de routes directes, aurait pu Fexposer à un désastre si Bourbaki s'était hardiment porté à sa rencontre. En même temps il envoyait sur Dijon le général Kettler avec la 8^ brigade pour occuper Garibaldi et le trom per sur la marche réelle de Farrnée allemande. Le 19, il apprenait que Bourbaki, après avoir échoué à Héricourt, était en retraite sur Besançon. Aussitôt il modifia son plan et, inclinant à droite, il manœuvra pour passer entre Dijon et Besançon, de manière à couper la ligne de retraite de l'armée française. Cette marche, encore plus hasardée que la première, pouvait le placer entre deux feux. Pour éviter ce danger, il donna au général Kettler l'ordre d'attaquer Dijon le 21. Repoussé par Garibaldi, celui-ci revint à la
charge le 22 et le 23, sans plus de succès. La lutte fut des plus acharnées, et le ôi*" régiment prussien y perdit son drapeau, le seul que nous ayons pris dans toute cette guerre.
Après ce triple échec, le général Kettler s'éloigna de Dijon et se contenta de surveiller les mouvements des garibaldiens. Il est regrettable que Garibaldi ait pris trop à la lettre Tordre qu'il avait reçu de « défendre inébranlablement Dijon ». Il aurait pu, en poursuivant Kettler, inquiéter les mouvements du général ManteufFel et faciliter la retraite de Bourbaki.
Cette retraite s'opérait dans les conditions les plus déplorables. L'armée n'avait pas trouvé à Besançon les vivres qu'on lui avait promis. La température était épouvantable, les routes à peu près impraticables, et, pour comble de malheur, des malentendus, encore inexpliqués, avaient livré à l'ennemi plusieurs des passages les plus importants. Ne sachant plus comment sauver son armée, poursuivi par l'idée que, si elle se trouvait prise, on ne manquerait pas de l'accuser de trahison, le 26 janvier le général Bourbaki se tira un coup de pistolet dans la tête. Le général Clinchant fut chargé du commandement. Il venait de concentrer son armée autour de Pontarlier et commençait à la faire écouler par les vallées du Jura, quand il apprit la signature de l'armistice. Cette nouvelle arrêta aussitôt tous nos mouvements, mais l'ennemi continua les siens.
Le général Clinchant, étonné de cette infraction au
traité conclu, réclama auprès du général Manteuffel, qui ne se pressa pas de lui répondre. Ce fut seulement le 3i janvier, vers deux heures du matin, que le général français apprit, par une lettre du commandant ennemi, que Tarmistice ne concernait pas les armées de F Est et que la guerre continuait dans les départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or. Cette exception était déjà parelle-même assez étrange; mais, par un oubli inconcevable, le Gouvernement de Paris l'avait laissé ignorer à la Délégation de Bordeaux, qui, croyant Tarmistice conclu pour toute la France, avait envoyé au général Clinchant Tordre de suspendre les hostilités. Pendant ce temps, les Allemands achevèrent de lui couper la retraite et il ne resta plus à Farmée française d'autre moyen d'échapper à une capitulation que de se réfugier sur le territoire suisse. La réserve et le i8^ corps continrent vigoureusement les Prussiens, pendant que s'opérait ce mouvement, et, après avoir sauvé l'armée, comme l'avait fait le 21^ corps au Mans, ils passèrent à leur tour la frontière quand la nuit fut venue.
L'énergie du général Cremer, qui se maintint à Morez et à Saint-Laurent, malgré le voisinage des Prussiens, permit à la division d'Ariès, à la division Palu de la Barrère, au général de Busseroles avec quelques officiers, à un régiment de zouaves et à la batterie de la 3^ légion du Rhône, en tout 16,000 hommes, de se soustraire à cette triste extrémité et de regagner Bourg.
Le colonel Poullet put ramener également une partie des troupes qui lui avaient été confiées, ainsi que le colonel Bourras.
Les causes du désastre se trouvent résumées dans les dernières lignes du rapport du général Clinchant :
« Mali^ré Tétat misérable où se trouvait Tarmée le 27 janvier, et qui souffrait bien plus des vices de son organisation et des souffrances qu'elle avait endurées que de la situation fâcheuse où Pavaient mise les mouvements de Tennemi, je crois que j'aurais pu ramener presque toute mon infanterie, sans le manque de vivres où je me suis trouvé en arrivant à Pontarlier, d'où a résulté une grande gêne dans les mouvements de l'armée, à partir du 29, et qui a rendu tout à' fait impossible une défense prolongée autour de Pontarlier, et surtout sans la fatale nouvelle de l'armistice, qui, pendant quarante-huit heures, a paralysé nos mouvements, tandis que Tennemi continuait les siens, et qui a tellement abattu le moral de toutes les troupes que, le 3i au soir, quelques bataillons à peine étaient capables de soutenir la présence de l'ennemi, et encore comptaientils à peine le tiers de leur effectif.
Nos soldats, en arrivant en Suisse, étaient pour la plupart dans un état déplorable. Ils furent accueillis par les Suisses avec un empressement et soignés avec un dévouement que la France n'oubliera pas.
Cependant Belfort tenait toujours, grâce à l'énergie du colonel Denfert. La nouvelle de l'armistice jeta un peu d'hésitation parmi ses défenseurs, mais
le colonel déclara qu'il résisterait jusqu'au bout*. Les assiégeants, qui envoyaient sur la place 12,000 obus par jour, menacèrent d'un bombardement plus énergique si elle ne se rendait pas. Le colonel laissa cette sommation sans réponse. Il n'y avait plus rien à détruire dans la ville. Les officiers prussiens prisonniers se plaignaient d'être exposés à être tués par les obus de leurs compatriotes. Denfert leur répondit qu'ils n'étaient pas plus exposés que les femmes et les enfants. Cependant, le i3 février, une dépêche du Gouvernement français ordonna au colonel de rendre Belfort. Le 18, la garnison sortit avec les honneurs de la guerre, emportant ses armes, ses drapeaux, ses bagages et les archives de la place. L'investissement avait duré 108 jours et le bombardement 75 jours, et c'est à peine si, après tant d'efforts, les ennemis avaient fini à ce moment de prendre les ouvrages créés depuis le commencement de la guerre. Les assiégeants se trouvaient donc juste aussi avancés
I. On se rappelle qu'un général, qui s'est fait bénévolement le complice et l'apologiste de la capitulation de Metz, a osé reprocher au brave colonel Denfert de ne pas avoir plutôt songé à se faire tuer qu'à sauver la place dont la défense lui était confiée. M. Amédée Le Faure, dans son Histoire de la guerre de i8"0-i8j I (tome II, p. 426), répond à cet étrange reproche par le fait suivant : « Nous ajouterons ce détail, qui répondra à bien des calomnies et dont nous poupons certifier l'exactitude : Il était convenu entre le colonel Denfert et le maire de Belfort, M. Mény, qui donna jusqu'à la reddition l'exemple du plus héroïque dévouement, que lorsque la résistance deviendrait impossible, lorsqu'il ne resterait plus un obus à envoyer à l'ennemi, le château sauterait avec ses défenseurs, au moment même où les Prussiens entreraient dans la ville. )> Nous n'avons pas entendu dire que « l'héroïque Bazaine «, le protégé et l'ami de M. Changarnier, ait jamais songé à ce genre de capitulation t>.
qu'ils Teussent été au premier jour du siège sans rétablissement de cette fortification improvisée. « Aussi, écrit le lieutenant-colonel Prévost, le siège de Beltbrt sera-t-il toujours cité comme un modèle de belle défense éloignée. »
La petite place de Bitche ne fut rendue également que sur un ordre du Gouvernement français. Une relation, publiée dans le Bulletin de la réunion des officiers, résume en quelques lignes éloquentes toute son histoire pendant la guerre : « Attaquée dès le 7 août, la place, bloquée, bombardée, détruite, n'ou-* vrit ses portes que le 27 mars 1871, sur Tordre formel du Gouvernement français. La garnison refusa de se laisser rendre les honneurs ; elle voulut partir entièrement libre. Les Bavarois se tinrent en dehors des vues de la place, et ne firent leur entrée que quand le dernier homme fut parti. La garnison, malgré la convention de Versailles, qui livrait tout à Tennemi, emmenait ses drapeaux, ses armes, ses munitions, ses bagages, ses chevaux, ses voitures et quatorze pièces de canon. »
En vertu de l'article 2 de la convention conclue à Versailles, une assemblée fut élue pour se prononcer (( sur la question de savoir si la guerre devait être continuée ou à quelles conditions la paix devait être faite )). Nommée à la hâte, le 8 février, en dehors des conditions légales, sous l'impression de la série des malheurs qui s'étaient accumulés, pendant la seconde moitié du mois de janvier, elle se réunit le 12 à Bordeaux. Dès le premier jour, il fut évident
38o LA TROISIÈME INVASION.
qu'elle subirait toutes les exigences du vainqueur, et que la France n'aurait pas la gloire de rajeunir les exemples qu'ont légués aux peuples envahis FEspagne de 1808 et la Russie de 1812. Malgré les protestations des députés de FAlsace et de la Lorraine, malgré le plan soumis au Gouvernement par le général Chanzy qui croyait le succès encore possible, les préliminaires de paix furent votés le i^'" mars par 546 voix sur 653 votants % et le traité définitif fut
I. C'est dans cette discussion qu'une interruption d'un député bonapartiste donna à l'Assemblée l'occasion d'un vote qu'il est bon de rappeler, puisqu'il y a tant de gens qui semblent l'avoir oublié : « Dans les circonstances douloureuses que traverse la patrie et en face de protestations et de réserves inattendues, l'Assemblée confirme la déchéance de Napoléon lll et de sa dynastie, déjà prononcée par le suffrage universel , et le déclare responsable de la ruine, de l'invasion et du démembrement de la France, w
Cette motion fut votée par tous les députés, sauf cinq.
Ce que nous coûtait le dernier crime de l'Empire, nous en trouvons le compte approximatif dans le Recueil officiel des traités, décrets et autres actes relatifs à la paix avec l'Allemagne (2 vol. Imprimerie nationale) : indemnité de guerre, 5,000,000,000 francs ; intérêts de 3 milliards (deux ans), 380,000,000 francs; entretien des troupes allemandes jusqu'au i^»" juillet 1872, 273,637,000 francs; contributions de guerre payées par les départements autres quela Seine, 39,o53,ooo fr. ; impôts perçus par l'autorité allemande dans les départements autres que la Seine, 49,149,000 francs; valeur des réquisitions faites dans les départements autres que la Seine, 327,581,000 fr. ; estimation des dégâts et départements autres que la Seine , i4i,i3o,ooofr.; valeur des titres et objets mobiliers enlevés sans réquisition (c'est-à-dire volés), 264,172,000 fr. ; contributions de guerre de Paris, 200,000,000 fr. ; évaluation des pertes dans le département de la Seine, 70,000,000 francs ; reliquat à la charge de la France du compte des impôts en retard, 6,089,000 francs : indemnités à la gendarmerie et autres, 3,000,000 francs. Total : 6,673,811,000 francs.
Dans ce mémoire ne sont pas coppris : les pensions natio-
LA FIN. 38r
signé à Francfort-sur-lc-Mein le lo mai 1871 ^ D'après la convention primitive, Tarmistice devait prendre lin le 19 février. Pour obtenir la prolongation nécessaire aux négociations, il fallut choisir entre l'abandon définitif de Belfort et l'occupation d'une partie de Paris par 3o,ooo Allemands, jusqu'à l'adoption des préliminaires. Paris se résigna à cette dernière humiliation. Les Allemands occupèrent l'espace compris entre la Seine, la place de la Concorde et le faubourg Saint-Honoré, depuis le i" mars, à dix heures du matin, jusqu'au surlendemain à la même heure.
Aurait-il mieux valu rejeter les dures conditions de l'ennemi et continuer la guerre? Oui, si la France avait eu à ce moment un sentiment vrai de la situation; si, au lieu de se laisser décourager par les revers, elle avait suffisamment compris qu'un peuple de 38 millions de citoyens peut toujours, s'il le veut, venir à bout d'un million d'envahisseurs; oui, si tous les Français avaient été absolument décidés à
nales, le montant des réquisitions faites par les autorités françaises et dont le remboursement a été ordonné par une loi du 1 5 juin T 87 1 , les réparations faites ou à faire dans les propriétés de l'État, les dépenses de guerre de l'armée française, effectif, réorganisation et réfection du matériel, etc. On peut être sûr que que le chiffre de to milliards au total est au-dessous delà réalité, — sans compter l'Alsace, la Lorraine et au moins 200,000 hommes tués sur les champs de bataille ou morts de blessures ou de maladies provenant de la guerre. Voilà ce que nous devons à l'Empire pour la seule année de 1870. Tâchons de ne pas l'oublier.
I. Pour le texte des préliminaires de paix et du traité définitif, voir aux appendices B et G.
faire leur devoir et à organiser partout la guerre d'embuscades et de surprises, les Allemands auraient bien été forcés de lâcher prise. Nous savons maintenant, par les récits des ennemis eux-mêmes, combien ils étaient las de cette guerre, combien leur situation, déjà précaire, le serait devenue davantage s'il leur avait fallu étendre leur occupation dans un pays partout soulevé. La conservation seule de leurs lignes de communication eût exigé d'eux des précautions et une dissémination de forces qui eût singulièrement diminué leur puissance d'attaque. D'après la revue d'effectif, passée le 5 février, il nous restait à ce moment 354,000 hommes dans les camps, en Afrique et dans les dépôts, et 534,000 hommes répartis en huit corps et quelques divisions indépendantes, soit un total de 888,000 hommes. Avec des villes résolues à imiter l'exemple de Châteaudun et des paysans partout embusqués derrière les haies et dans les bois, il est évident que les ennemis auraient été bientôt réduits à l'impuissance.
Mais la question était précisément de savoir si les villes et les campagnes étaient décidées à s'imposer les sacrifices et les fatigues d'une pareille guerre, et malheureusement il ne pouvait guère y avoir de doute à cet égard. La France était lasse des souffrances qu'elle endurait depuis quatre mois ; les départements envahis étaient ruinés, ceux qui avaient échappé à l'invasion étaient peut-être encore plus démoralisés que les autres par la crainte de la voir
s'étendre jusqu'à eux. Le caractère des élections ne permettait pas de se faire d'illusion sur les sentiments qui dominaient presque partout. M. Thiers devait à ses préférences bien connues pour la paix d'être élu dans vingt-sept départements ; dans la plupart des autres, les considérations politiques avaient été également subordonnées à cette considération suprême. La lutte à outrance n'avait plus guère de partisans que dans un petit nombre de grandes villes.
Dans ces conditions, il faut le reconnaître, il était difl&cile d'espérer qu'on pût, après l'armistice, compter sur un patriotisme assez exalté pour que la victoire fût possible. On peut donc dire que l'Assemblée, en votant la paix, a cédé à une nécessité qui s'imposait.
Il n'est pas moins vrai cependant qu'une partie de ses membres n'avaient pas fait, pour empêcher cette nécessité de se produire, tous les efforts qu'on eût pu atteindre d'eux ; que quelques-uns même ne sauraient échapper au reproche d'avoir travaillé à répandre autour d'eux le découragement dont l'Alsace et la Lorraine allaient devenir les victimes ; que si tous avaient, pendant la guerre, usé de leur influence pour susciter dans les âmes les sentiments de patriotisme et d'abnégation qu'exigeaient les circonstances et pour élever les cœurs à la hauteur des devoirs qu'elles imposaient, ils ne se seraient pas à la fin trouvés réduits à endosser la responsabilité d'une paix humiliante et désastreuse. Mais, quelles qu'aient
été les causes de cet affaissement des courages, cet afifaissement lui-même était alors trop manifeste pour qu'il ait été possible de n'en pas tenir compte. La France, vaincue, n'avait plus l'énergie nécessaire pour recommencer avec quelques chances de succès la lutte contre le vainqueur. 11 ne lui restait qu'à reconnaître et à subir sa défaite.
Puisse-t-elle, si jamais pareilles circonstances se reproduisent, être moins prompte à désespérer d'ellemême !