‹ La troisième invasionChapitre 33 sur 38 · CL · texte numérisé non relu

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culer une partie des troupes qui s'étaient portées en avant. Ainsi, le i^' bataillon de zouaves avait enlevé brillamment le village de ^Garches au prix de pertes cruelles. Mais n'étant pas appuyé sur la droite, (( il avait été impossible de laisser ainsi en pointe un bataillon qui pouvait être débordé d'un moment à l'autre. On avait dû le ramener en arrière et lui faire perdre tout le fruit de ses efforts et de ses sacrifices ^ ». Quand enfin la colonne de droite s'engagea, les détonations de ses pièces qui se produisaient tout à fait en arrière des lignes de bataille alors occupées par le centre et par la gauche, jetèrent l'inquiétude et l'indécision dans le reste de l'armée qui ne s'expliquait pas cette situation de la droite.

Nous avons vu que les ordres de mouvement avaient été calculés de manière à faire perdre à nos troupes d'avantage de la rapidité, que semblait leur assurer leur position centrale. Tous les ordres étaient donnés avec la même sagacité. Au moment où la garde nationale allait aborder Montretout, les zouaves étaient arrêtés à 700 mètres à droite et au-dessous de cette position, quand tout à coup plusieurs obus arrivent successivement sur eux, venant d'une batterie française.

Notre artillerie tirait sur nos propres troupes ; et comme le commandant en chef avait fait défense

I. Les Zouaves à Paris, par A. Ballue, p. i23.M. Ballue raconte^ p. 129, que, dans l'après-midi, il ne put avoir de cartouches pour refaire l'approvisionnement de ses zouaves. « Pas de cartouches, dit-il, à 3 kilomètres du Mont-Valérien ! Voilà qui en dit plus que les plus éloquents commentaires. »

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d'emmener des chevaux, il fallut, grâce à cette intelligente précaution, que les zouaves se missent à Tabri des obus français, jusqu'à ce qu'un sous-officier ait eu le temps d'aller à pied avertir de son erreur le commandant de la batterie. Celui-ci répondit « qu'on lui avait bien dit que la garde nationale attaquait Montretout, mais c^' il ignorait quil y eût des troupes à sa droite ».

Jusqu'à ce moment, l'artillerie allemande avait gardé le silence. Il est probable que le terrain profondément détrempé l'avait empêchée d'arriver dès le commencement. Mais à partir de lo heures du matin, elle était tout entière en ligne, tandis que la nôtre dut rester toute la journée accumulée au pied du Mont-Valérien ; et nos chevaux, affaiblis par les privations, ne purent pas la hisser sur les hauteurs. Cependant le général Vinoy parvint à faire traîner quatre pièces de 12, jusqu'à la redoute de Montretout, que les ennemis couvraient d'obus, mais il fut impossible de les monter sur les parapets.

• Dès lors la situation devenait critique. Sans artillerie nous ne pouvions guère espérer de percer les lignes prussiennes. Vers midi, les ennemis, pensant que l'attaque était suffisamment préparée par la pluie d'obus que, depuis deux heures, ils faisaient tomber sur nous, s'avancèrent de toutes parts pour enlever les crêtes que nous tenions. Nos troupes, plusieurs fois repoussées, repoussèrent à leur tour les Prussiens ; et quand la nuit vint, nous restions maîtres des positions. Mais le général Trochu, jugeant que

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nos soldats ne seraient pas en état de recommencer la lutte le lendemain, ordonna la retraite. La colonne IMonneron-Dupin, forte de 3,ooo hommes à peu près, continua à défendre les villas Béarn et Armengaud. Elle ne fut avertie de la retraite qu'après une heure du matin. Un autre bataillon de mobiles, commandant Lareinty, oublié dans la villa Zimmerman, fut obligé de se rendre le lendemain, n'ayant ni vivres ni munitions.

« Cette bataille, dit M. Amédée Le Faure, dans son histoire si complète de la guerre franco-allemande, mal préparée \ mal dirigée, nous coûtait 3,000 hommes hors de combat. L'ennemi n'avait perdu qu-e 664 hommes. La garde nationale, engagée pour la première fois, avait montré qu'il eût été possible d'attendre d'elle de vigoureux efforts. Quelques bataillons avaient fléchi ; on eût pu en citer un ou deux qui s'étaient débandés, mais presque tous avaient donné l'exemple de la fermeté et du courage. Et cependant c'était une rude bataille pour des conscrits : un terrain détrempé où l'on enfonce à mijambes, un ennemi invisible qui vous couvre de projectiles sans qu'il soit possible de riposter, des murs crénelés », qu'il fallait attaquer à la baïonnette, faute d'artillerie, c'était plus qu'il n'en fallait pour

I. Un petit fait qui nous paraît significatif. Pendant la bataille, le général Trochu demanda à quelqu'un de lui montrer sur la carte où était Longboyau, un des points importants que devait attaquer la colonne de droite. Ainsi non-seulement il n'était pas venu étudier le terrain, ce qui était facile du haut du Mont-Valérien, mais il ne connaissait pas même la carte.

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démoraliser des troupes aussi peu aguerries, si elles n'avaient été soutenues par un vif sentiment de patriotisme.

Le lendemain matin, à neuf heures et demie, le gouverneur envoyait à son chef d'état-major cette étrange dépêche : ce II faut parlementer d'urgence pour un armistice de deux jours, qui permettra Tenlèvement des blessés et l'enterrement des morts. Il faudra pour cela du temps, des efforts, des voitures très-solidement attachées et beaucoup de brancardiers. Ne perdez pas de temps pour agir dans ce sens. )) A moins d'admettre que le général ait eu un accès subit de démence, il est difficile de s'expliquer une pareille dépêche, le lendemain du jour où 40,000 gardes nationaux de Paris avaient été engagés, autrement que par l'intention de terroriser la population, delà punir de son obstination patriotique et de la préparer à la capitulation prochaine.

Et en effet elle ne devait pas tarder. Le général Trochu, ayant au dernier moment refusé de donner sa démission, fut révoqué et le général Vinoy fut nommé à sa place gouverneur de Paris. Cette substitution de personnes ne suffit pas à calmer l'irritation des habitants. Quelques-uns des plus exaltés essayèrent encore une fois de renverser le gouvernement. Mais cette tentative fut promptement réprimée. La population était à ce moment trop émue de l'échec de Buzanval et en même temps trop préoccupée de l'avenir terrible auquel elle se sentait vouée désormais pour s'intéresser sérieusement à une insurrec-

tion qui ne pouvait aboutir qu'à une guerre civile en présence de l'ennemi. La famine d'ailleurs était là. Le 2 1 , la Commission chargée des subsistances déclarait au Conseil qu'elle s'était trompée dans ses évaluations et qu'il lui manquait 2,600 quintaux de farine pour atteindre le chiffre nécessaire à l'alimentation de Paris, pour le mardi 24 janvier. M. Jules Favre fut immédiatement envoyé à Versailles, et dut subir toutes les exigences du vainqueur * .

C'est alors que dut apparaître aux membres du Gouvernement la gravité de la double faute qu'ils avaient commise en repoussant les élections et en s'enfermant dans Paris. « Un gouverneur, dit M. Chaper, forcé de capituler, eût stipulé pour la place, et le vainqueur n'eût pas eu le droit de demander autre chose. Mais eux, n'étaient-ils pas le Gouvernement de la France? Ils l'avaient toujours affirmé. Comment auraient-ils pu s'en dédire? Et l'ennemi , quand une fois il les tiendrait à sa merci, n'exigeraitil pas pour rançon de Paris un traité obligeant la France ? » Et d'ailleurs, était-il bien sûr que la France se soumettrait à cette ingérence, qu'elle attacherait son sort à celui de ces hommes qui n'avaient rien fait pour elle, qui ne s'étaient pas même préoccupés d'empêcher l'armée d'investissement de lancer de tous côtés des renforts qui venaient toujours à point faire échouer les opérations de la province? Malheureusement, à cette époque, nous

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