‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 10 sur 112 · GOUVERNEMENT DE THIERS RES · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE THIERS RES

ils ont le double inconvénient de la vie des Cours et’ de la vie privée : les flatteurs, les favoris, les ambitions de l’une ; les affronts, la détresse, le commérage de l’autre. C’est une mas- carade continuelle de ministres et de valets changeant d’habits. Ces aubains détrônés restent en surveillance au milieu du monde, repoussés des Princes comme infestés d’adversité, suspects au peuple comme atteints de puissance... »

Il se dégage de tout ce tableau une vive impression de tristesse. Cette tristesse, ce découragement pèsent de bonne heure sur l'enfant. Ils le façonnent, le modèlent. Devenu homme, il n’arrivera Jamais à s’en dégager.

C’est au château de Frohsdorf que le comte de Chambord passe la plus grande partie de son existence. Invité par Don Jaime de Bourbon, prétendant à la Couronne d’Espagne et héritier, par sa grand’mère, du domaine, l’auteur de cet ouvrage fit à Frohsdorf deux séjours assez prolongés.

Frohsdorf, reliquaire bourbonien qui fut comme La Mecque du légitimisme, se trouve à quinze lieues de Vienne, dans une vallée prospère et riante. Une grande bâtisse carrée à deux étages, portant sur la facade l'écusson de France, les trois fleurs de‘lis surmontées de la couronne royale. Dans le grand escalier, deux portraits face à face : Louis XV et Louis XVFen pied, présent des deux souverains à M. de Calonne, puis Charles X dans sa robe du couronnement. Les souvenirs bourboniens commencent dès l’entrée à s’emparer du visiteur; ils l'entourent, ils l’enveloppent et ne le quittent plus ; les murs sont tapissés de portraits, l’admirable Louis XV enfant, de Van Loo, Philippe V, roi d'Espagne, le duc de Bourgogne, la duchesse de Berry. Dans une vitrine, voici la grosse montre d'argent qui se trouvait sur le carrosse de Louis XVI, le jour de son arrestation à Varenne ; le livre de prières qu'il tenait à la

. main en marchant à l’échafaud : un signet marque Ja place où sont les prières des agonisants. Dans la bibliothèque, le registre des chasses de Charles X, les délibérations du Conseil royal, etc. ;

Parmi tous ces souvenirs, ne lui rappelant guère que l'exil et le malheur des siens, s’écoule la vie du prétendant, le dernier rejeton de Ja branche aînée. Son état d'âme, au moment où se pose la grave question de son retour en France, la crise du drapeau blanc, se comprennent à merveille pour qui à passé à Frohsdorf quelques heures seulement. Le prince, raidi par l’exil, convaincu que ce qui valait en lui c'était avant tout le

principe, l’idée, ne pouvait pas ne pas se montrer Intransi-

Recoucy. — La Troisième République. 4

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