CONCLUSION. É
La France est sortie de la guerre agrandie territorialement el moralement, ayant donné au monde la preuve de son énergie et de son endurance, Mais la fleur de sa jeunesse, quinze cent mille hommes, sans parler des mutilés et des infirmes, ont été fauchés sur les champs de bataille. C’est une terrible perte dont les effets risquent, pendant longtemps, sinon toujours,
de se faire sentir. Les dommages matériels sont à la même :
échelle. Plusieurs années d’hostilités, les dépenses sans compter auxquelles il fallut s’astreindre, sous peine de périr, la perte d’un grand nombre de capitaux placés: à l’étranger : Russie, Autriche-Hongrie, Turquie, etc.., creusèrent un trou énorme dans les richesses de la nation. te Pour se procurer tout cet argent, dépensé sans parcimonie,
souvent même gaspillé, force fut de recourir au crédit : emprunts |
intérieurs et extérieurs. La dette publique s’accrut ainsi d'année en année, dans d’effrayantes proportions. Les dettes extérieures auraient pu, semble-t-il, être réglées, lors du traité de paix, comme contre-partie des créances alliées sur. l'Allemagne, Il n'en fut rien et c’est là une charge nouvelle.
Dettes intérieures et extérieures, sous ce double poids il est naturel que le pays se soit un peu affaissé. Quatre années de guerre pendant lesquelles les conditions économiques étaient faussées, donnèrent à l'Etat comme aux individus de mauvaises habitudes, qui devaient difficilement disparaître aussitôt après la fin des hostilités, L'Etat n’ayant vécu, pendant tout ce temps, que par le crédit et l'emprunt, ne renonça pas tout de suite à ces pratiques. Les budgets d'après guerre présentaient tous des déficits. L'Allemagne, d’autre part, ne payant pas ce qu'elle aurait dû payer, l'Etat français se substituait à elle pour là reconstruction des régions dévastées. À côté du budget véritable, il s’en formait un autre, dit des dépenses recouvrables, où les milliards venaient s’engloutir. |
Déficit, abus des emprunts qui, à mesure qu'ils se multi-
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ke 12 % :
naient d’un placement plus difficile, a ion fiduciaire, toutes ces.
(A ilisse nt di la monnaie s’est produit, les classes moyennes en ont le plus gravement souffert.
Il s’est produit,
la vente des biens nationaux. Un tribunal de province ayant à juger récemment un procès engagé par un ouvrier fromager CN s :
contre son. atron, le président du tribunal demanda à Fouvrier : Quel est le montant de votre salaire annuel? ». Ce dernier,
Sur quoi le président très surpris : « Vous gagnez done, dit-il, «sensiblement plus que moi ». SET ee PET Cet exemple caractéristique mesure l'importance des changetments accomplis. °°°"; Apone \
La crise financière et sociale, d’autre part, se double d’une É crise politique. | D AA TUE
. : Pour que le pays prospère, pour qu’il supporte ses terribles
4 charges, il-faut remettre de l’ordre. là où la guerre et l’après- guerre ont introduit le désordre; réorganiser les administra-
* tious, instaurer un système d'impôts bien ordonnés. C’est une tâche formidable. Ee problème financier à lui seul
‘a de qüoi faire reculer les plus intrépidés. Comment trouver,
: tout en assurant à l’État les ressources indispensables pour le fonctionnement des services, l'argent nécessaire pour amortir
l'énorme dette intérieure et extérieur? + ‘Il faut pour tout cela un gouvernement fort, sûr du lendemain, possédant une continuité de desseins, libre, après avoir | cohçu un programme de vaste envergure, d'en poursuivre longuement l’application. Or, le système parlementaire, tel qu'il fonetionne habituellement chez nous, rend difficile, simon impossible, un gouvernement de cette nature.
Ce système est acceptable dans les périodes normales, alors que de longues années de paix ont eréé dans le pays une surabondance de richesses, quand les impôts sont légers, quand le
budget s’équilibre aisément. |
.Survienne une crise violente, le système ne fonctionne pas. Il faut le- changer, sinon en droit, du moins en fait. Pendant la première partie de la guerre, le parlement fut mis en quelque sorte sous clé. Le pouvoir exécutif, doublé du généralissime, était le seul maître et prenait toutes les décisions. Passé
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Recoury. — La Troisième République.
: Los CS le, accroissement tes ces causes devaient amener rapide franc. Ainsi que dans tous les pays.
Ü duit, dans la répartition des richesses et du bientre, une transformation, un bouleversement profonds, beaucoup lus grands encore que ceux qui suivirent la Révolution de 1789
tu d'une blouse, de. lui répondre : « Vingt mille francs »..
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celte période, des ministères d’union nationale se constituèrent pour imposer une trêve à la luttedés paris. PSS
Les difficultés d’après-guerre n'étant pas moins grandes que celles de la guerre, force est de recourir à des mesures plus ou 5 moins analogues. ÉD ; 5 LTÉE
Ces obstacles, si grands soient-ils, ne sont pas tels cependant. que la France, bien équilibrée, avec les richesses de son sol, l’industrie et le travail de ses habitants, ses vasteset florissantes : colonies, ne parvienne à les surmonter. Ru
Il faut compter, et éeci autorise toutes les espérances, avec l'élasticité de la race qui lui permet, dans les périodes les plus | critiques, de se redresser, de se ressaisir, alors qu'elle était arrivée au bord de l’abime. C’est ce qu’on a appelé le miracle © français. Il s’est manifesté avec. éclat à divers moments de notre histoire. |
Si l’on veut porter un jugement d'ensemble sur la Troisième République, sur son œuvre intérieure et extérieure, la méthode plus juste consiste à la considérer d’une guerre à l’autre, du point de départ au point d'arrivée. | |
Les fautes du gouvernement impérial laissent au régime qui lui succède un terrible héritage : la guerre, l'invasion, la perte, en plus d’une indemnité de cinq milliards, énorme pour l’é-. poque, de deux belles provinces, la Commune, conséquence directe de la guerre, bref une France matériellement et moralement très amoindrie. et
Un demi-siècle plus tard, ce même pays peut, sans fléchir, supporter pendant quatre années la guerre la plus meurtrière de son histoire, contre un adversaire beaucoup plus fort qu'aucun de ceux : Charles-Quint, Philippe IT, maison d’Aùtriche, Angleterre, avec qui il ait eu Jamais à se mesurer.
Par ses efforts dans tous les domaines, militaire, économique, grâce à l’habileté de ses chefs, à l'héroïsme de ses soldats, grâce aussi aux alliances qu’il a su préparer, il sortit triomphalement de cette épreuve où il risquait simplement de périr. Un régime nest pas si mauvais qui, parti ue retentissante défaite, aboutit à une non moins retentissante victoire.
Ce régime a eu d’abord pour lui, ce à quoi se mesurent avant tout la force et la qualité de toute entreprise humaine : la durée. *
Comparé à ceux qui l’ont précédé, depuis la Révolution, sa supériorité à cet égard est indiscutable. Le Premier Empire a duré dix ans (mai 1804-avril 1814) ; le Second, dix-huit ; la Res-
tauration (Louis XVII et Charles X), quinze ; Louis-Philippe,
SE
USION
que en est
-en comparaison de l’interminable série de soulèvements, eutes qui se produisirent par exemple durant la monarchie : de Juillet. Les gouvernements napoléoniens sans doute s’enten- … daient à maintenir l’ordre dans la rue, mais uniquement grâce ee . à la manière forte, dont la contre-partie inévitable est la confis-
Pcatron dés-hbertéspabhiques. 2, 2" 5, EC ie 5 Or, la France, éprise de liberté, s’habitue mal à cette privation. Il est indispensable alors de lui donner des dérivatifs au ete d’où toute une série de guerres qui, à la longue, finissent par une catastrophe. | 6 Grâce à cette tranquillité, à une paix de près d’un demi- __ siècle, le pays, développant ses qualités traditionnelles de tra-
- vail, d'industrie, d'épargne, accumulait sans cesse de nouvelles # richesses. Quand on parle de la douceur, de la facilité de a vivre qui existaient vers la fin du Second Empire, il faut bien : | L
Ce
dire que la douceur, la facilité étaient tout aussi grandes, durant les années qui précédèrent la grande guerre. L’aisance et le bien-être étaient plus répandus. L'évolution démocratique, l'avènement de nouvelles classes dirigeantes, la montée lente et ininterrompue des nouvelles couches sociales s’opéraient sans heurt ni cahot. Le régime, malléable et souple, s’accommodait de cette évolution. La poussée socialiste elle-même (dont il faut tenir le plus grand compte) n’arrivait pas à rompre cet équilibre.
Si du dedans on passe au dehors, les résultats sont plus remarquables encore. En 1870, la diplomatie impériale avait
laissé la France sans aueun allié. Bismarck put nous dépouiller, nous rançonner à $a guise, sans que personne en Europe levât
le doigt.”
En 1914, dès la première heure du conflit, l'Angleterre est à nos côtés et aussi la Belgique. L'Italie, bien que faisant partie de la Triple-Alliance, se déclare neutre aussitôt, en attendant le jour prochain où elle viendra se joindre à nous. Il en est de même de la Roumanie. La situation est complètement renversée. C’est l'Allemagne et non la France qui, du point de vue diplomatique, se trouve dans une mauvaise posture.