‹ La Troisieme RepubliqueChapitre 56 sur 112 · PRE DRETEUSR CA LU · texte numérisé non relu

PRE DRETEUSR CA LU

: onnées essentielles sont simples ; mais toutes sortes de cessoires ne tardent pas à les surcharger. PS LR N Sa 1 . F se ° RUES “si æ d c

ER NE Pdf NES ;

Le bureau du contre-espionnage à l'état-major se procure, par un moyen des plus courants, «la voie ordinaire », les lettres et brouillons que l’attaché militaire allemand jette imprudemment dans sa corbeille à papiers. Parmi ces documents se trouve une lettre d'envoi, accompagnant divers renseignements FN sFLie notre organisation militaire. C’est le fameux « bor-

AC TERITEOURENEE den

De qui émane-t-il? Qui est le traître? Les recherches se

2e Le bordereau attribué à Dreyfus.

__ poursuivent. Le texte du bordereau fait supposer que l’auteur

… est un officier d'artillerie, en service*à l’état-major de l’armée. On cherche, et tout d’abord on ne trouve pas. Mais voici : en comparant diverses écritures, à peine arrive-t-on à celle -. du capitaine Alfred Dreyfus, qu’on est stupéfait de la ressem- - blance. Elle était telle que, lorsqu'on montra à Dreyfus pour __ la première fois le bordereau, il s’écria : « On m'a volé mon | écriture. » 2 DUR 7

CSFTPRS 4 ES AT T* : j 3 °j*

Ps Dreyfus est juif, Or, à ce moment et dans ce milieu, le seul 724 fait qu'il est juif aggrave son cas.

ei le ds L L’expertise el l'arrestation,

La È

Des deux experts consultés, l’un Bertillon, plus versé dans

l’anthropométrie que dans la graphologie, remet un rapport

- affirmatif, sous réserve de l’existence-d’un faussaire très habile,

qui aurait contrefait l'écriture de Dreyfus. L'arrestation du

= coupable estdécidée, Le 15 octobre au matin, Dreyfus, convoqué

dans le bureau du colonel Picquart, est conduit chez le général

.de Boisdeffre. On lui dicte une note faisant allusion au borde-

. reau. Dreylus semble à Boisdeffre s'être troublé. Sur ce simple - indice, il est inculpé, ‘incarcéré à la prison du Cherche-Midi.

Il existe contre lui une charge d’ailleurs très grave : la res-

semblance frappante des écritures, le rapport affirmatif, quoi-

qu'avec des réserves, d’un expert qui peut, après tout, se

tromper. Toutes les présomptions morales sont d'autre part en

sa faveur. Il est riche, de lui-même et par son mariage. Il est

d’une famille d’Alsaciens, excellents patriotes français ; 11 mène

- une existence des plus régulières ; on né lui connaît pas de

besoins. Pourquoi, dans ces conditions, aurait-il commis cel

Cry RS 4E ANUS nn”, at LAR®

: ROSE Re.

178 À LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE cr ER

Te

cence et il ne cessera pas de protester. Les

Au sein du gouvernement, seul M. Hanotaux, ministre des Affaires Etrangères, dans la crainte surtout d un incident diplomatique, s’est opposée avec infiniment de clairvoyance et de bon sens, non seulement à la poursuite d’un officier sur des bases aussi fragiles, mais même à l'enquête qui devait y aboutir. Le général Mercier, ministre de la guerre, passe outre à cette opposition. she

L’arrestation de Dreyfus a été tenue secrète. Mais peut-on tenir rien de secret à Paris ? Dès le 28 octobre, elle est annoncée dans la Libre Parole, la feuille antisémite de Drumont.

Le « dossier secret » et la condamnation.

Dreyfus comparaît le 9 décembre devant le Conseil de guerre. Sur le refus de Waldeck-Rousseau, M° Demange se charge de sa défense.

Pour corser l'accusation, dont le rapport de lexpert constitue en somme l’unique pièce, le général Mercier fait communiquer aux juges, à l’insu de la défense, un certain nombre de documents qui ne se rapportaient que superficiellement et en apparence à l'inculpé. C’est le fameux dossier secret. Le ministre prétendit plus tard avoir agi de la sorte, parce que le huis clos ne lui paraissait pas une garantie suffisante et que loute indiscrétion pouvait provoquer de graves complications diplomatiques

L’accusé, à l'unanimité, est condamné à la déportation perpétuelle dans une enceinte fortifiée et à la désratatie) militaire. Le 5 janvier, dans la cour de l'Ecole militaire, Dreyfus est dégradé. Au moment où il défile sur le front des troupes, il s’écrie : « Je suis innocent ». L'un des rares spectateurs, le journaliste Pierre Giffard, nous racontait souvent par la suite à quel point il avait été ému par ces protestations et ces cris.

Le condamné part pour l’île du Diable, L’obscurité, le silence semblent définitivement tombés sur lui.

Stendhal, dans son livre sur l'amour, a parlé du phénomène de cristallisation qui se produit, chez l'amant, pour tout ce qui touche à la personne aimée. Mille sentiments accessoires viennent, par l'effet d’une force attractive, s’agelutiner au sentiment

effroyable crime ? Il proteste très énergiquement de son inno-

Le #.

dû

Lire

CS

__ coup plus grandes.

\ . Parmi Ceux qui ont jugé et condamné Dreyfus, qui croient à sa culpabilité, il se produit un phénomène analogue. Nombre - déléments étrangers viennent, eux aussi, s’ajouter à la preuve . principale. Le dossier des charges qui pèsent sur lui semble grossir de la sorte. Ce n’est qu’une apparence, qui ne résisterait pas à quelques heures d’un examen minutieux. Dans cette masse de prétendues charges (télégrammes interceptés, soi- = disant aveux du condamné au moment de sa dégradation, ete...) * aucune ne peut soutenir une révision attentive; aucune ne cons- titue une véritable preuve. k %, Voilà un des traits distinctifs de cette affaire et en voici un

autre, essentiel lui aussi : le seul fait d’avoir communiqué aux

juges du conseil de guerre un dossier dont l’accusé et l'avocat n'ont pas eu connaissance, qu'ils n’ont pas pu discuter, constitue une 1llégalité flagrante, qui suffit à elle seule pour vicier, pour faire casser l’arrêt: Aucune discussion n’est possible sur

ce point. Ceux qui décidèrent la communication de ce dossier ne se rendirent peut-être pas compte qu'ils violaient de la ‘sorte une des règles fondamentales de la justice et du code ; mais celle violation n'en existe pas moins.

Dreyfus est au bagne. Ses parents, sa famille demeurent convaincus de son innocence, ce qui est à la fois leur honneur, leur devoir et leur droit. Ils sont résolus à mettre tout en œuvre, à dépenser toute leur fortune pour la faire éclater. Ils cherchent de toutes parts des renseignements, des appuis ; mais

- où les trouver ? L’obscurité s’est faite ; ils n’avancent guère qu’à tâtons, dans la nuit.

Voici cependant qu'un officier, qui fut le supérieur du condamné, le colonel Picquart, un Alsacien, est devenu, au cours d’une carrière très brillante, chef du service des renseignements à l'état-major. C’est à lui qu'est apporté maintenant le contenu de la corbeille à papiers de l’ambassade allemande. Par une lettre (le petit bleu) adressée à Esterhazy, puis par beaucoup d’autres indices. il arrive à la conviction formelle que l’auteur du bordereau, c’est Esterhazy et non Dreyfus, qui est Imnocent.

Autant toutes les présomptions morales sont en faveur de ce dernier, riche, rangé, autant elles se retournent contre Esterhazy, cadet sans fortune d’une grande famille hongroise, aventurier besogneux, criblé de dettes, traqué par ses créanciers, menant une existence déréglée et même crapuleuse, Picquart fait part de ses soupçons, de ses scrupules à ses chefs. Ceux-

PT De DE A er D See on nc PRES ESP ML'AFFAIRE DREYFUS -. SE ing

Fe - principal, lui communiquant ainsi une force, une richesse beaues \ À c

180 … LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE “ = Ares

ci sont avant tout désireux de ne laisser, sous aucun rétexte,se rouvrir cetteirritante histoire, qui ne manqueraïtpasde déchaîner

les polémiques des journaux, le tintamarre des discussions. Fe Ils enjoignent à Picquart de se taire et pour ètre sûrs de son LE silence, ils l’expédient au fin fond de la Tunisie. Mais avant À de partir, Picquart s’ouvre de son secret à son intime am, l’avocat Leblois, qui en fait part au sénateur Scheurer-Kestner, un homme politique, bien résolu à ne pas garder cette confidence pour lui. RE ae

Voilà donc les deux fils, jusque-là séparés, en tram de se Fa rejoindre. La découverte, les confidences de Picquart viennent … apporter aux recherches, jusque-là plutôt vaines, de la famille, Dreytus la précision et la force qui leur manquaient. ee.

L'affaire, dès ce moment, commence à mordre sur un publie très restreint d'initiés. « :

Les premiers qui s’y intéressent, avec l’ardente passion de la jeunesse, sont des étudiants du quartier latin. Il nous souvient avec une précision singulière que, précisément à cette époque, un de nos camarades, élève de l'Ecole normale, nous exposa, plusieurs heures durant, la suite des preuves démontrant, d’après lui, l’innocence de Dreyfus. Cette démonstration, bien qu'elle ne nous convainquit pas, ne laissait pas de contenir certaines précisions des plus troublantes. Scheurer-Kestner - interpelle au Sénat pour soutenir la nécessité de la révision. Le frère du condamné dénonce Esterhazy comme l’auteur du bordereau. Le mécanisme de la révision est, dès ce moment, en marche. Rien désormais ne sera capable de l'arrêter.

Les faits vont se multiplier, s’enchaîner automatiquement : le procès d'Esterhazy acquitté par le conseil de guerre; la lettre de Zola « J’accuse », dans l’Aurore ; le procès retenüissant de Zola devant la cour d’assises qui le condamne à une année de prison.

Du clan des initiés, l'affaire est passée dans le grand public, qu'elle agite, qu'elle secoue avec une violence de plus en plus grande. L’amphitude de ses répercussions s'accroît. Elle a nécessairement ses échos à la tribune di Parlement. Vainement les ministres, les dirigeants, par peur des responsabilités, essaient de l’écarter. Plus on l’écarte et plus elle revient. Il | aurait suffi à ‘un de ces dirigeants de s’enfermer une ou deux matimées dans son cabinet, de se faire communiquer, sans en excepler une, toutes les pièces du dossier, pour se convaincre de la nécessité d’une révision. ;

On doit dire, à leur excuse, que l'affaire, à mesure qu’elle

ainsi une des institutions essentielles de notre pays.

TE > tan ss:

se développe, devient de plus en plus embrouillée, obscurcie qu'elle est par les querelles politiques et les passions des

Page 1