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artis. Les uns et les autres s’en servent pour attaquer, pour
injurier leurs adversaires. Conservateurs et nationalistes, pour qui Île respect de l’armée, de ses chefs, est un dogme, sont ardemment convaincus qu'aucun d’zux n’a pu se tromper de la sorte. Îls dénoncent les agissements du « syndicat juif ». Ils
l’accusent d'entretenir l’agitation à coups de millions, de saper
| Des intellectuels, des savants, des professeurs, accoutumés à vivre, jusque-là, dans l’austère silence de leurs recherches et de leurs
__ études, descendent de leur tour d'ivoire, se jettent vigoureu-
sement dans la mêlée. C’est une des conséquences les plus
D curieuses et les plus marquantes de cette affaire. Tel de nos
hommes politiques les plus connus (M. Painlevé, par exemple,
2 pre citer que lui) n'aurait jamais songé, sans l'affaire
Dreyfus, à se mêler à la vie politique.
La bataille est maintenant déchaînée. Chez la plupart de ceux qui la livrent, la bonne foi, la sincérité sont égales. Les ‘« révisionnistes » ardemment convaincus de l'innocence de Dreyfus, demandent que la cour de cassation, tenant compte
. des « faits nouveaux », procède sans retard à la révision du
rocès. Ils s’indignent qu’un condamné puisse être, sous aucun prétexte, retenu au bagne alors qu'il est innocent. La justice, fondement des nations, exige que son procès soit repris. Toute autre considération si haute soit-elle, la raison d'Etat, le respect de l’armée, s’efface devant celle-là. Bien qu'ils recrutent sans cesse des adhérents, ils ne sont encore qu’une très faible minorité, La grande majorité du pays, presque tout le monde politique, l’armée, soutiennent au contraire, le respect de /a chose jugée. Après qu’un conseil de guerre, dûment constitué, après que tous les grands chefs militaires sans exception, ont déclaré Dreyfus coupable, comment oserait-on mettre en doute leurs” affirmations ? À supposer que quelques irrégularités, légères au demeurant, aient pu être commises, c’est dans un intérêt patriotique qu’elles l’ont été ; c’est pour éviter, dans une matière - infiniment délicate, des incidents et des complications, dont nul ne saurait prévoir la gravité.
D'un côté, la justice, supérieure à tout ; de l’autre, la raison d'Etat, l'amour de l’armée, les intérêts patriotiques. De. part et d'autre l’ardeur des convictions, également respectables, est la même, Il faudrait remonter très loin, dans notre histoire, pour découvrir Pexemple d’un pareil conflit, d’un tel déchireà Fe.
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ment. Les grands procès du xvin’siècle, celui de Calas pour lequel
s’enthousiasma Voltaire, sont peu de chose en comparaison. Ç 1 ; . . 4 .
Les passions ont beau se déchainer, il est impossible que les
partisans de Dreyfus, à force de poursuivre leurs recherches,
n'arrivent pas à mettre en lumière la fragilité des charges qui ont été retenues contre lui. Voici qu’un incident des plus dramatiques vient leur apporter brusquement cette preuve, le « fait nouveau », sur lequel ils pourront étayer leur demande de révision.
Le faux Henri.
Le ministre de la guerre, Cavaignac, au cours d’une interpellation sur l’Affaire, prétend démontrer la culpabilité du condamné, en produisant un billet d’un attaché militaireétranger,
établissant nettement ses rapports avec Dreyfus. Peu de temps
après, ses collaborateurs, en examinant attentivement la pièce,
découvrent sans difficulté qu’elle a été entièrement fabriquée
par le colonel Henri. Celui-ci reconnaît le fait. Incarcéré au Mont Valérien, il s'ouvre la gorge d'un coup de rasoir.
Ce violent coup de théâtre fait rebondir toute la pièce. Pour beaucoup, il fut comme un éclair déchirant brusquement les ténèbres. Du moment qu’un officier de l'état-major s'était cru obligé de fabriquer de toutes pièces n document contre Dreyfus, c'est que les autres documents à sa charge devaient lui paraître bien faibles, sinon inexistants. La sagesse, la raison, le bon sens ordonnaient de penser ainsi. L’aveu du colonel Henri constituait le fait nouveau qui rendait nécessaire la procédure de révision. La chambre criminelle de la cour de cassation déclare que cette demande en révision est recevable. Le gouvernement, que l’aftaire Dreyfus empoisonne, si l’on peut dire, désireux de louvoyer entre les partis, décide, pour donner satisfaction aux uns et aux autres, que le jugement sur la révision sera prononcé non pas par la chambre ériminelle seule, ainsi que cela s'était toujours fait jusqu'alors, mais par toutes les chambres de la cour de cassation réunies. Cette loi de désaisissement, qui était avant tout une loi de circonstance, est votée. Dreyfusards et antidreyfusards se battent làdessus comme ils se sont battus sur tout le reste.
Le procès de Rennes.
La cour renvoie l’accusé devant un nouveau conseil de guerre. Le condamné, ramené de l’île du Diable (3 juin 1899),