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CHAPITREMIES
Les causes de la Commune. — L’enlèvement des canons. — Un précédent.
— La décision d? Thiers. — Jules Ferry à l'Hôtel de Ville. — Le Gouvernement de la Commune. — Le personnel de la Commune. — Le pro-
gramme de la Commune. — Les actes de la Commune. — Versailles contre Paris. — Entrée des Versaillais. — Les excès des communards. — L'acharnement de la lutte. — La répression de la Commune.
La Commune.
Les causes de la Commune.
Après la guerre étrangère, la guerre civile. La première à
einé terminée, la seconde, bien plus terrible, commence.
L’insurrection de la Commune provient avant tout d’une rupture d’équilibre entre Paris et le reste de la France, entre la capitale et la province. L'une et l’autre, par suite de la guerre, étaient restées sans contact. Leur évolution s'était poursuivie séparément. Plus encore que leur point de départ, leur point d’arrivée était différent, presque opposé.
La Commune est la résultante dé causes nombreuses et diverses, à la fois morales et matérielles. C’est une eau trouble dans laquelle bouillonnent une prodigieuse quantité de ferments.
Tout d’abord, la déception et la fureur provoquées par la paix, une des plus douloureuses, des plus humiliantes qui soit : deux provinces arrachées à la France, une indemnité formidable. Par surcroît, voici l’humiliation suprème : l'entrée des Prussiens dans Paris, que Bismarck, avec une cruauté, une perfidie diaboliques, comme s’il avait prévu et désiré d’avance les conséquences qui devaient en sortir, avait imposée à Thiers, en échange de son renoncement à Belfort.
Ainsi, c'était pour en arriver là qu'on s'était battu, avait enduré toutes les souffrances, toutes les privations d siège prolongé. CPR SE M Cetle ae qui l'avait décidée ? Une assemblée de «ruraux » ennemis de la République, ennemis de Paris dont ils jalou- saient et redoutaient la suprématie, dont ils se défiaient a ke plus haut point, puisqu'ils venaient d'installer à Versailles Je siège du gouvernement. 5 t LES C'est sur cette population aigrie, mécontente, atteinte de ce — qu'on a appelé la « folie obsidionale », que vient mordre la pro
ETES pagande des vieux partis révolutionnaires, les professionnels # . de l’émeute et de l'insurrection, Blanqui, Delescluzes, Pyat, Tr es . . “y » #
Mur Vallès, ete.…., celle des socialistes, des affiliés de l « Interna- Œ
tionale » récemment fondée par Le Prussien Karl Marx. … TER Aussitôt après la Révolution du 4 Septembre, ces divers . 4 éléments ont essayé de s'emparer du pouvoir; ils ont recommencé leur tentative lé 31 octobre et elle fut, cette fois, à Det Ce deux doigts de réussir. Le z A ne À ces causes morales, s’ajoutent toutes sortes de causes D matérielles : mesures- maladreïtes votées par l’Assemblée, . déclarant exigibles dans lés quarante-huit heures les échéances " prorogées pendant tout le siège, ce qui, selon le mot d’un journaliste, marque « la reprise des affaires pour les huissiers » ;. refus de s'occuper de la question des loyers; imprudence des … partis monarchistes qui ne cachent pas leur désir « d’étrangler a Gueuse », c’est-à-dire la République, d'où la colère de Paris MU fermement républicain ; affluence d'étrangers de toutes nationalités qui n’ont rien à perdre et tout à gagner au désordre. Sur deux des généraux en chef de la Commune, l’un se prétend citoyen américain : Cluseret; l’autre est un Polonais : Dom- -browski. - | Enfin, et voici le plus grave, toute cette population est armée, terriblement armée. Elle a des fusils, des canons en. grande abondance. On a distribué des armes à qui en voulait, presque à qui n’en voulait pas. ;
a guerre finie, rien n’est plus urgent que de reprendre ces armes inutiles qui bientôt deviendront dangereuses: voilà qui n’est point chose aisée. Bismarck propose à Jules Favre de désarmer la Garde Nationale. Ce dernier regrettera amèrement plus tard de ne pas s'être prêté à cette suggestion. Le désirmement intégral n'aurait guère pu s’exécuter qu'avec l’aide des Prussiens. C’était là, pour un homme d'Etat français, une bien lourde responsabilité.
AR RNE RR Loue VUE Mu lé” SES CONSÉQUENCES
TRE Tr x *
___: La paix est signée, le gouvernement et l’Assemblée s’ins- tallent à Versailles. Thiers, comme s’il sentait la nécessité d'établir un ‘trait d’union entre le siège du gouvernement et la capitale, se tient au ministère des Affaires Etrangères, qui est pour lui comme un pied-à-terre. Le fil qu'il essaie de nouer ainsi est bien mince; il ne va pas tarder à se rompre.
L’enlèvement des canons.
L'armée allemande doit faire son entrée dans Paris. A peine la nouvelle en est-elle connue, que la Garde Nationale, pour - empêcher :es canons qu’elle considère comme son birn de - tomber entre les mains de l’ennemi, met la main sur les deux parcs d'artillerie de Passy et de la place Wagram et emmène es pièces à Montmartre.
Il se crée aussitôt un Comité central de la Garde Nationale qui donne des ordres, usurpe l’autorité et fait figure de gouver- nement. È Ces deux faits, enlèvement des canons, constitution d’un
Comité central, noyau de la future Commune, sont aussi graves
l’un que l’autre. Ils sont la conséquence immédiate de l’entrée des Prussiens. Bismarck avait vu très juste lorsqu'il avait exigé
cette entrée. $
Va-t-on laisser ces canons à des gens qui contestent l'autorité du gouvernement, qui sont à la veille de se dresser contre lui? Thiers et ses collègues décident que tout travail, toute existence sont impossibles, tant que cette épée de Damoclès demeure suspendue sur leur tête. Il faut, coûte que coûte, reprendre les canons. Entreprise difficile et qui ne pouvait réussir que par un coup de surprise, minutieusement préparé, vigoureusement exécuté, Or, préparation et exécution furent, dans cette affaire, également mauvaises.
| Napoléon, dont Thiers connaît mieux que personne l’histoire, eut à surmonter tout au début de sa carrière, un obstacle de
même nature. Il s'agissait là aussi de canons à enlever, Les
mémoires dictés à Sainte-Hélène font voir avec quel esprit de * décision il procéda à cet enlèvement.
Un précédent.
C’est à la veille du 13 Vendémiaire. Les sections de Paris qui jouent un rôle analogue à celui de la Commune sont insur-
Recoury. — La Troisième République. 3
28 lu LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
gées contre la Convention ne disposant que de troupes peu nombreuses et peu sûres. Le général qui les commande, Menou, est un incapable qui subit un grave échec.
La ‘Convention le destitue sur l'heure, et lui cherche un successeur. Des soldats, des officiers de l’armée de Toulon proposent Bonaparte qu’ils ont vu à l’œuvre. Au milieu d’une grande agitation, on le nomme commandant en second, sous les ordres de Barras. Barras, général en chef de Bonaparte ! L'histoire offre de ces ironies. É
Bonaparte aussitôt nommé se rend aux Tuileries pour obtenir de Menou les renseignements nécessaires. L'armée compte à peine 5 000 hommes. * parc de 40 pièces est aux Sablons, sous la garde de 25 hommes. Ici, il faut céder la parole à Napoléon.
« Il était une heure après minuit ; le général expédia aussitôt un chef d’escadron, Murat, avec trois cent six chevaux, en toute diligence aux Sablons, pour en ramener l'artillerie dans le jardin des Tuileries ; un moment plus tard, il n’eût plus été temps. Cet officier arriva à trois heures aux Sablons;il s’y rencontra avec la tête d’une colonne de la section Lepelletier qui venait saisir le parc; mais il était à cheval et en plaine; les sectionnaires jugèrent toute résistance inutile ; ils se retirèrent et à cinq heures du matin, les quarante pièces entrèrent aux Tuileries. »
C’est avec elles que, le lendemain, Bonaparte mitraille et disperse les insurgés.
Le général Vinoy ressemble beaucoup plus à Menou qu’à Bonaparte. Ses troupes, mises en mouvement pendant la nuit, s'emparent aisément des canons. Mais on s'aperçoit alors que les équipages manquent pour les enlever. On avait tout simplement oublié les chevaux. Les soldats restent. ainsi larme au pied pendant toute la matinée. L'effet de surprise est manqué. La Garde Nationale, les insurgés ont le temps de se ressaisir. La générale bat dans les quartiers. Une foule considérable s’amasse, entoure les soldats qui se trouvent submergés, noyés au milieu d'elle. L’incident qui est à redouter se produit. Dés hommes du 88°, un des régiments de la brigade Lecomte à qui les officiers donnent l’ordre de tirer sur les assaillants, pactisent avec eux. Lecomte et son Etat-Major sont arrêtés.
L'opération a complètement échoué. Les chefs décident fort sagement de ramener en arrière leurs troupes.
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rs = LA COMMUNE ET SES CONSÉQUENCES ANSE 4 Fes Thiers, comme :l l’a raconté, a passé toute la matinée au - ministère des Affaires Etrangères où il attend anxieusement les nouvelles. D’heure en heure elles deviennent plus mauvaises.
Bientôt ce n’est pas pour les canons, dont il a fait son deuil, mais pour la troupe qu'il conçoit les plus vives inquiétudes.
Enfin une division tout entière, les soldats bien alignés, - débouche du pont de la Concorde. Thiers, auand il les aperçoit, pousse un soupir de soulagement.
AU CPC SET à
- La décision de Thiers.
Thiers, à qui l’histoire est familière, a beaucoup médité sur les révolutions. |
Il s’est formé là-dessus toute une doctrine. Il l’exposait volontiers à ses collaborateurs, Paul et Jules Cambon entre autres, qui l’ont racontée à l’auteur de cet ouvrage.
Aucune insurrection ne peut finalement réussir, quels que soient ses succès du début, tant qu’il existe un gouvernement décidé à la combattre et des troupes sur qui il peut s'appuyer. L'essentiel, ce n’est pas la capitale, ainsi que l’ont cru à tort Charles X et Louis-Philippe, mais l’armée.
Avec elle, on est toujours certain de reconquérir la capitale. Dès qu’on n’est pas sûr de l’armée, au contraire, tout est
erdu. Or, une troupe laissée trop longtemps en contact avec te émeutiers risque de se désagréger. Il faut l’arracher à ce contact, la reconstituer afin de pouvoir ensuite engager victorieusement la lutte.
Thiers en citait de nombreux exemples : Charles V. Henri II, Mazarin, Louis-Philippe enfin, qui, en 1848, aurait fort bien pu quitter Paris avec ses troupes pour y rentrer ensuite. C’est ce que firent Windischgraetch la même année à Vienne et Radetsky à Milan.
Fort de cette doctrine, Thiers décide de se retirer à Versailles avec les troupes et le gouvernement.
Jules Ferry à l'Hôtel de Ville.
Cependant, Jules Ferry, préfet de la Seine, en compagnie de son frère Charles, est resté à l'Hôtel de Ville. Les deux jeunes Cambon sont auprès d'eux. Ils sont à demi-assiégés par les insurgés. | on
Des soldats jettent leurs cartouches et s’entretiennent familièrement avec les manifestants.
Res PR Ts E tué ÉD eh
Vers le soir, Ferry expédie à Thiers une lettre qu'il fait porter par un garde municipal. À peine celui-ci a-t-il paru sur la place de l'Hôtel-de-Ville qu'il est abattu d’un coup de fusil. Un second expédié de mème a le même sort. FFSA
On tient un rapide conseil. Ferry veut demeurer à son poste, se laisser assassiner sur sa « chaise curule ». Son entourage lui démontre l'inutilité de ce sacrifice. Lui et ses compa-
nons partent en cachette, dans la nuit, par les quais, et se réfugient à la mairie du [* arrondissement, place Saint-Germain l'Auxerrois. En présence du maire, on examine la situation. Il y a là un bataillon de mobiles qui a repris, lors de l’échauffourée du 31 octobre, l'Hôtel de Ville sur les insurgés de Flourens. Les deux Cambon interrogent successivement chacun des officiers pour savoir s’ils consentiront à marcher une fois encore. Ils refusent parce que, disent-ils, ils ne sont pas sûrs de leurs hommes.
Un des adjoints, entre temps, est allé annoncer la présence de Ferry aux insurgés qui viennent en foule assiéger la mairie. Des hommes avec des lanternes examinent minutieusement ceux qui sortent. Ferry et son frère, les Cambon s’échappent par une petite cour aboutissant à l’église de Saint-Germainl’Auxerrois dont ils se font ouvrir une porte par le sacristain. Au moment où ils partent, la cloche de l'église sonne le tocsin. « Monsieur le Préfet, dit le curé, c’est la cloche qui sonnait la nuit de la Saint-Barthélemy. Je prie Dieu que cette nuit ne voie pas de pareilles catastrophes. »
Le * * *
La résolution de Thiers a été souvent critiquée. Certains lui reprochent d’avoir abandonné Paris aux émeutiers, rendant ainsi possibles toutes les violences, toutes les horreurs de la guerre civile. D’autres, allant plus loin, prétendent qu'il a souhaité cette guerre, parce qu'il désirait une saignée.
En réalité, Thiers, pour qui connaît son esprit, son tempérament, ne pouvait pas agir autrement qu'il la fait. S'il faut un point d'appui pour soulever le monde, pour se battre, il faut une armée. Or, à demeurer dans Paris, il risquait de se trouver, du Jour au lendemain, sans armée.
… Le départ du gouvernement pour Versailles laisse done les insurgés maîtres de la capitale.
Le général Lecomte, un autre général, Clément Thomas, reconnus parmi la foule, sont fusillés le même jour à Mont-
martre, sans Jugement. Leur assassinat, c’en est un, va, dès les __ premiers Jours, donner à la lutte ce caractère de férocité impi-
toyable qu'elle conservera jusqu’à la fin.
È Ainsi que l’écrit un contemporain : « Entre Paris et Ver- < sailles, il y a un abîme ». Toutes les tentatives de conciliation ee - qui furent faites, maires de Paris, Francs-Maçons, échouent, et - elles devaient échouer, la bonne volonté de quelques hommes venant se briser contre la force fatale des événements.
Le gouvernement de la Commune.
… À Paris, le gouvernement de la Commune se constitue tant bien que mal. Les élections ont lieu le 26 mars. Les députés de Paris, les maires et adjoints conseillent aux électeurs d’y pone part. C’est reconnaitre par là l'autorité des futurs élus.
e comité central de la garde nationale remet ses pouvoirs aux nouveaux mandataires.
Le 28 mars, dans une atmosphère de fiévreux enthousiasme, sur la place de l'Hôtel de-Ville, en présence d’une foule immense, a lieu la proclamation des résultats. Un grand drap rouge voile la statue équestre « du seul Roi dont le peuple ait
- gardé la mémoire ». Les membres du comité central, le pouvoir sortant, les uns en habit noir et cravate blanche, les autres en uniforme de la garde nationale, une écharpe rouge à la ceinture, sont là sur une estrade. Les musiques militaires jouent la Marseillaise et le Chant du Départ. Tout le monde, civils et soldats, sescongratule, ces derniers revêtus des uniformes les plus variés : gardes républicains, estafettes, gardes nationaux, francs-tireurs, Garibaldiens, portant chemise rouge, poignard à la ceinture, plume au chapeau, sans oublier quelques cantinières, en jupe courte, le baril en bandoulière.
Il y a, dans ces manifestations extérieures de la Commune, un côté Opéra-Comique très marqué. C’est qu'à Paris, le théâtre perd rarement ses droits.
Le personnel de la Commune.
Le conseil exécutif compte 90 membres, un par quartier. Les représentants du parti révolutionnaire sont de beaucoup les plus nombreux. Les modérés donnent leur démission ou ne siègent pas. à
Très vite, ainsi qu'il arrive presque toujours, le courant se dessine qui entraînera cette assemblée vers la politique extré-
miste et les solutions les plus violentes. Les hommes qui prennent la tête du mouvement sont Delescluze, Félix Pyat.
Aux premières élections du 26 mars, il y a-eu 224 000 votants, soit plus de la moitié des inscrits. C’est beaucoup, si l’on songe qu’un grand nombre de gens sont partis.
Aux élections complémentaires du 18 avril, 53 000 seulement prennent part au vote. En moins de trois semaines, le nombre des votants a done diminué des quatre cinquièmes. Rien ne souligne davantage la déception ressentie par la plupart des Parisiens.
Un honnête homme comme Rogeard, le célèbre auteur des Propos de Labénius, la droiture en personne, n'accepte pas ce semblant d'élection et donne sa démission.
Au sein du comité exécutif, une àpre discussion s'engage à ce sujet entre Delescluze, Pyat et Vermorel.
Le programme de la Commune.
Rien de plus confus, de plus nébuleux et surtout de plus chimérique que ce programme. On y trouve un peu de tout : idées de Rousseau, vieilles doctrines révolutionnaires, thèses socialistes. La Déclaration au Peuple français, qui est une sorte de manifeste officiel, revendique « l'autonomie absolue de la Commune étendue à toutes les localités de France ».
Elle affirme que « l'unité telle qu'elle a été imposée jusqu’à ee jour par l’Empire, la Monarchie et le Parlementarisme, n’est que la centralisation despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse ».
« L'unité politique, telle que la veut Paris, c’est l'association volontaire de toutes les initiatives locales, le concours spontané et libre de toutes les énergies individuelles en vue d’un but eommun : le bien-être, la liberté et la sécurité de tous. »
Ces phrases sont à peu près vides de sens. On peut en dire autant de tous les documents de la Commune.
S'il y a de tout dans le programme, il y a de tout dans le ersonnel, les idées qui le meuvent, les passions qui l'animent. l'est à la fois partisan de l’unité et de la fédération, individua-
liste et socialiste, Un journaliste du temps, Georges Duchesne, fait le tableau suivant de ces tendances contradictoires :
: &A peine échappé des griffes des avocats, Paris tombe aux mains des idéalistes, comme qui dirait de fièvre en chaud mal. Les membres de la Commune représentent une foule de sectes à dénominations plus ou moins barbares : le Communisme, le
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Babouvisme, le (Collectivisme, l’Individualisme, le Jacobinisme, etc... » :
Les actes de la Commune.
Ce prétendu régime libre ne tarde pas à confisquer la plupart des libertés. Le nombre des journaux suspendus ou saisis ne cesse de s’accroître. à
Le citoyen Raoul Rigault, un bohème échoué à la Préfecture de Police, multiplie, au gré de sa fantaisie, les mesures arbitraires.
Le 21 avril, sous prétexte de rechercher des armes cachées, on-perquisitionne à la Compagnie du Gaz. Comme la perquisition
ne donne aucun résultat, on saisit dans la caisse deux cent
mille francs.
La somme est d’ailleurs restituée le lendemain. Toute une suite de prêtres et de religieux sont arrêtés; un certain nombre d’églises sont fermées au culte; des perquisitions ont lieu dans les maisons religieuses et les couvents.
Entre temps on brüle en grande pompe les bois de la guillotine, sans se douter que cet instrument n’est pas le seul qui permette de faire, d’une manière violente, passer de vie à trépas. Une nombreuse équipe d'ingénieurs, de contremaîtres et d'ouvriers s'occupent de jeter à bas la Colonne Vendôme. C'est le côté théâtral de la Commune.
Il y a dans tous ces actes un mélange de gravité tragique et d’enfantillage.
En ce qui concerne les questions d’argent, ce personnel, il faut le reconnaître, se montre en général très honnête. La propriété individuelle presque toujours est respectée. On ne songe pas à toucher aux réserves énormes de la Banque de France.
Versailles contre Paris.
Tout essai de conciliation étant inutile, la force seule va décider. Une guerre s'engage, plus terrible et plus atroce à mesure qu'elle s'approche de sa fin. Entre Versailles et Paris c’est la lutte au couteau. L’issue de cette lutte n’est pas douteuse. Le gouvernement de Versailles a avec lui toute la France. Les quelques tentatives de mouvement communiste qui se sont produites en certaines grandes villes de province, suivant l'exemple de la capitale, ont été assez rapidement réprimées.
Le gouvernement de Versailles possède l’organisation et la
discipline. La Commune de Paris est incapable de se donner
l’une et l’autre. US ee | Thiers, que les questions militaires ont toujours passionné,
a pris en mains la reconstitution de l’armée qui doit avoir fina-.
lement raison de la Commune. Les divisions retirées de Paris sont matériellement et moralement réformées. Les hommes bien nourris, tenus à l'écart dans des casernes ou des baraquements confortables, sont pourvus de cadres excellents. Les prisonniers de guerre (officiers et soldats) que la signature de la paix a rendus disponibles, arrivent en Es nombre. Thiers nomme le maréchal Mac-Mahon commandant en chef. Les différents corps, Ladmirault, Cissey, Clinchant, Vinoy, sont répartis autour de Paris qu'ils investissent. C’est un second siège qui commence. $ ;
En regard de cette force très sérieuse et qui s'accroît sans cesse, l’armée de Paris n’a de l’armée que le nom. Ici éclate l'incapacité générique d’un gouvernement insurrectionnel à se
créer, en peu de temps, une puissance militaire véritable. S'il -
ne la trouve pas toute faite, il lui est à peu près impossible de l’improviser.
Ce n’est pas la quantité de soldats qui manque à la Commune, mais la qualité. Au début, ses troupes sont sensiblement plus nombreuses que celles de Versailles. La garde nationale que Cluseret s'occupe d'organiser, atteint un chiffre de 150 à 200.000 hommes; mais ce chiffre est purement théorique. Il est constitué des compagnies de marche et des compagnies sédentaires. C’est à ces dernières que vont les préférences de la plupart. Ceux qui marchent sont de plus en plus la minorité. Aucune cohésion, aucune discipline, aucune confiance des troupes dans leurs chefs, et réciproquement.
La fameuse sortie en masse du 3 avril échoue. Du Mont Valérien demeuré en possession des Versaillais, la canonnade arrête
net une des colonnes commandées par Bergeret et Flourens.
Ce dernier, cerné dans une maison de Rueil, est tué à coups de sabre par un officier de gendarmerie. La colonne opérant au sud par Châtillon et Meudon est repoussée également après quélques succès initiaux, Duval, qui la commande, est fait prisonnier et fusillé.
Ainsi dès les premiers engagements, l’armée communiste à perdu ses positions et quelques-uns de ses chefs. Elle a perdu, de plus, tout espoir de vaincre les Versaillais. C’est en vain que le comité central changera de jour en jour les généraux dont il se fait une effroyable consommation. Cluseret, un Français
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LA COMMUNE ET SES CONSÉQUENCES Er en
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devenu citoyen américain après. la guerre de Sécession, Dom- __ bromwsky, un Polonais ayant servi dans l’armée russe comme F 5 Le 2 LA e > La L4 F
officier d’Etat-Major, Rossel, officier français échappé de
l’armée de Metz, sont essayés tour à tour, usés en un rien de temps, discrédités. En désespoir de cause, la Commune finit par donner le commandement à un civil, Delescluze.
Cette hécatombe de généraux rappelle aux Parisiens ce couplet de 1848 :
« On sait d’une façon réelle Combien elle croque de gigots.
Mais nul ne sait encore c’qu’elle Dévorera de généraux ! »
Après l'abandon du fort d’Issy (9 mai) qui fait accuser Rossel d'incapacité et même de trahison, le fort de Vanves est occupé le 14 mai par les Versaillais..
Pour éviter les horreurs d’un bombardement, l'effusion de sang, surtout la lenteur d’un siège en règle, Thiers songe à s’emparer d’une des portes grâce à la complicité non désintéressée de quelqu'un des assiégés. Un de ces derniers s'offre,
moyennant une assez grosse somme, à livrer une d’elles. Une artie de l’armée versaillaise occupe en silence, pendant la nuit,
le Bois de Boulogne, prête à entrer dans Paris au premier
signal. Thiers lui-même est sur place aux côtés du général Douai. Mais le signal promis ne se produit pas. Il faut ramener les troupes à l’aube et renoncer à l'opération.
Entrée des Versaillais.
Huit jours plus tard, le 21 mai, alors que l'assaut est décidé pour le surlendemain, un piqueur du service municipal, Ducatel, agite un mouchoir blanc sur les remparts près de la porte de Saint-Cloud. Des assiégeants s’approchent. Il leur apprend que la porte est sans défenseurs. Les troupes y pénètrent sans rencontrer aucune résistance. Thiers, qui se tient sur les hauteurs du Mont Valérien avec le maréchal Mac-Mahon, observe à la lunette un mouvement de troupes inaccoutumé.
Un quart d’heure après, la bonne nouvelle se confirme. Une division du corps Douai pénètre en deux colonnes dans l’enceinte.
Toute l’armée de Versailles entre ainsi dans Paris. Nul doute qu’une avance rapide et audacieuse de sa part, prenant à l’improviste les insurgés, n’eût fait tomber rapidement, sinon en
* Fer Le È # + * 4 2 à "A pa tr € 1 Ne - L . Per 36 LA TROISIÈME RÉPUBLIQUE
quelques heures, du moins en quelques jours la capitale entre ses mains. Mais l'avance se poursuit méthodiquement, lentement, avec une prudence excessive. Les chefs craignent que la plupart des quartiers ne soient mimés.
Les insurgés ont ainsi tout le temps de préparer la guerre de barricades, de se porter aux résolutions les plus violentes, de mettre à exécution les desseins criminels des exaltés et des fous.
Leur résistance est conduite sans coordination, sans méthode, au gré des initiatives individuelles.
Le plus violent, Delescluze, essaie de ranimer les énergies, de conduire la lutte jusqu’au bout.
Alors qu’on croyait en avoir fini, un nouveau siège commence, plus terrible, plus acharné que le premier. 1 faut enlever quartier par quartier. Une guerre de rues s'engage.
Les excès des Communards.
La Commune vaineue se porte aux pires excès. Les otages, l’archevèque de Paris, le président Bonjean, le curé de la Madeleine sont massacrés.
Des prisonniers, gardes de Paris, sergents de ville, religieux et prêtres, sont saisis par les fédérés et fusillés pêle-mèle dans un enclos de la rue Haxo. |
En même temps que se déroulent ces crimes contre des innocents, voici d’autres crimes contre la capitale elle-même.
Pour retarder l’avance des Versaillais et plus encore pour assouvir leur haine, les fédérés incendient un à un les édifices publics : Tuileries, Palais-Royal, Hôtel de Ville, ete.
Le pétrole était en abondance en vue d’une disette de charbon. Il en avait été fait d’amples distributions.
Le hasard sauve le Louvre, Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, la Bibliothèque Nationale.
Barricades, fusillades, incendies, soldats qui s’avancent avec précaution, rasant les murs par crainte d’un coup de fusil tiré des fenêtres, défenses improvisées enlevées d'assaut ou tournées, maisons qu'on perquisitionne ; quiconque est pris les armes à la main ou seulement soupçonné de s’en être servi, collé au mur et fusillé séance tenante; l'excitation, l’énervement des uns et des autres augmentant à mesure que la résislance se prolonge; prisonniers s’entassant par milliers dans
tous les locaux disponibles, telles sont les dernières convulsions de la Commune.
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Un de ses chefs, Delescluze, se fait tuer en haut d’une barri-
cade. Tous ceux qu’on arrête sont immédiatement exécutés: “un grand nombre se cachent et se sauvent.
- Il a fallu toute une semaine, la semaine rouge, pour reconuérir ainsi Paris, depuis les quartiers de l'Ouest jusqu'aux uttes Chaumont et au Père-Lachaise où l’on assiste aux der-
niers soubresauts. |
Le 29 mai le fort de Vincennes est rendu. Le gouvernement régulier est maître de toute la capitale.
Conséquences de la Commune.
L'acharnement de la lutte.
La Commune fut, de part et d'autre, l’occasion de terribles excès. À aucune autre époque de notre histoire où émeutes, révolutions, guerres civiles ne manquent pas; on ne vit des Français se combattre et s’exterminer avec une pareille férocité.
Cette fureur s’explique par les circonstances au milieu desquelles elle se déroula. Cette guerre civile qui se poursuivait sous les yeux de l’envahisseur avait rendu les uns et les autres enragés. Les « Versaillais » et, avec eux, les neuf dixièmes de la France, étaient pleins d'horreur à l’idée que ces convulsions, ces soubresauts risquaient de mettre en péril l'unité, l’existence de la Patrie.
Désireux d'en finir au plus vite, ils frappaient de plus en plus fort, sans ménagement.
La Commune vaincue les armes à la main, la répression s'étant faite sans quartier ni merci, il en résulta de curieuses conséquences pour la tranquillité et la stabilité du régime que la France venait de se donner. |
Tout le parti de l’insurrection avait été supprimé, les uns fusillés, les autres envoyés par milliers dans les prisons et les bagnes; tous ceux qui avaient pu s'échapper avaient passé la frontière. Aucun soulèvement, aucune révolte n’étaient désormais possible contre le gouvernement, quel qu’il fût.
C'était là, pour la France du xrx° siècle, un état de choses tout nouveau.
La répression de la Commune assure la tranquillité intérieure.
Au cours de ce siècle, seuls les gouvernements napoléoniens, parce qu'ils étaient des gouvernements à poigne, res-
treignant ou confisquant sans hésiter les libertés Éepes e n’hésitant pas, dès la moindre alerte, à employer la fusi lade ou la mitraille (Bonaparte avait donné l'exemple dès ses débuts), avaient connu la tranquillité intérieure.
Tous les autres gouvernements, au contraire, Restauration, Louis-Philippe, République de 1848, s'étaient vus, à tout nstant, exposés aux soulèvements de la capitale. $
Louis XVII, Charles X n'avaient aucune chance de s’implanter solidement en France. Entre leur régime, tel que le concevait le souverain, son entourage d'anciens émigrés, et les. aspirations, les habitudes, l’état d'esprit de la France telle que l’avaient faite la Révolution et l’Empire, il y avait au point de vue politique, religieux, social, intellectuel, un véritable abime.
Issu d’un soulèvement populaire en faveur des libertés reconquises, le régime constitutionnel de Louis-Philippe aurait pu, lui, réaliser un compromisentre la royauté et la France libérale. Seulement, 1l était issu d’une révolution, ce qui l’exposait au mécontentement, aux attaques des partis avancés, furieux d’avoir vu cette révolution confisquée par lui.
Il ne pouvait se maintenir qu'en dosant, dans une heureuse proportion, les concessions et la résistance, la manière douce et la manière forte.
Cette mesure, d’ailleurs difficile, Louis-Philippe ne sut pas la trouver. Vers la fin de son règne, notamment, mal conseillé, il s’enferma dans une résistance obstinée, refusant d’une manière inopportune et maladroite l'extension du suffrage universel que: réclamait une importante partie du pays, qu'il aurait fallu au contraire accorder, parce que c'était la seule soupape de streté.
Combien, dix-huit ans plus tôt, les dirigeants de l'Angleterre monarchiste s'étaient montrés plus avisés! Chez eux aussi la grave question de l'extension du droit de vote s’était posée. Les partisans de l’ancien état de choses, les bénéficiaires des privilèges essayèrent tout d’abord de résister. Dès qu’ils sentirent que les assaillants étaient trop forts, que le mouvement de révolte risquait de les déborder, ils s'empressèrent de céder, ils accordèrent à temps les concessions indispensables.
Il en est des privilégiés comme de ces voyageurs qui ne voient. pas avec plaisir entrer de nouveaux occupants dans leur compartiment où ils se trouvent à leur aise. S'ils peuvent les en empêcher, tant mieux. S'ils ne le peuvent pas, la sagesse leur commande d’en laisser entrer quelques-uns, de les associer à leurs privilèges afin d’utiliser ces nouveaux venus pour se
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La première République et celle de 1848, s'étant montrées
incapables d'assurer au pays l’ordre, la tranquillité, ladiscipline, - ce qui est le devoir fondamental d’un gouvernement, quel qu'il soit, c'était là,’ de leur part, une terrible infériorité.
Or, voici que larépression impitoyable de la Commune lavait le régime naissant de tout reproche, de toute faiblesse. Bien des gens qui se seraient détournés de la République, parce qu’ils y voyaient une ère commençante de désordres, d’insurrections, de barricades, s’accoutumèrent à elle maintenant que ce danger-là paraissait pour longtemps écarté.
Ce fut autant de perdu pour les partisans d’une restauration monarchique.
Sans la Commune, le nouveau gouvernement aurait connu les mêmes dangers que celui de 1848. Dès les premiers soulèvements, le pays effrayé se serait immanquablement rejeté du côté de la royauté. On sait le fameux mot : « La République sera conservatrice ou elle ne le sera pas ». C'est la Commune seule qui permit à la République d’être conservatrice. Elle n'aurait pas pu l’être sans cela.
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