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LA GUERRE A PARIS ET EN PROVINCE

C'est pour avoir connu l’une et l’autre que Carnot put au con-

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dune trentaine de bonapartistes, tout le reste, soit quatre

les orléanistes et les légitimistes. : ,

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. Ce serait cependant une erreur de croire que le pays, en votant de la sorte, a donné une adhésion formelle au rétablissement rapide, sinon immédiat de la monarchie. Cette adhésion …

est beaucoup plus apparente que réelle. La question qui à dominé toutes les autres est celle de la paix, les candidats royalistes se prononçant en sa faveur, les républicains au contraire étant pour la guerre à outrance. Celle du régime à établir ne vient que bien après. Parmi ces royalistes élus, d’autre part, beaucoup ne l’ont pas été en tant que royalistes, mais parce naturellement désignés. | ;

Si l’on ne tenait pas compte de ce fait important, on s’étonnerait que le parti royaliste, disposant d’une énorme majorité, ne soit pas arrivé, en dépit des dissensions de ses chefs, à. rétablir la monarchie. Ce serait là une sorte de miracle. Or, l’histoire ne connaît pas de miracles.

La candidature multiple étant admise, un certain nombre de candidats, particulièrement marquants, sont élus dans plusieurs départements à la fois. Thiers est nommé dans vingtsix, Gambetta et Trochu dans neuf. C’est là, en faveur de certains chefs, une manière de plébiscite, :

que leur situation locale, leur fortune, leur crédit, les ont tout

Thiers, chef de l'Assemblée

L'Assemblée à peine réunie à Bordeaux, tous les regards se tournent vers Thiers. Il est, par une décision spontanée et unanime, le chef naturellement reconnu. Grand vainqueur des élections, il va être le porte-parole de la France tout entière.

Thiers à à ce moment-là soixante-treize ans. Son énergie physique et intellectuelle, sa résistance, la vivacité de son esprit

sont demeurées intactes. L'âge, au lieu de le diminuer, l’a grandi. . Il a rendu plus ferme son Jugement, moins mobile, moins im-

pressionnable son caractère. Îl est pareil au bon vin qui s'améliore en vieillissant, Ce qui domine en lui, c’est la rapidité de l'intelligence. L'étude approfondie de Flhistoire, en même temps qu'elle développait, à la manière d’une gymnastique, son esprit, l’enrichissait d’une masse considérable de connais-

- La paix avant tout. 5

cents, se parfage entre les deux branches du parti royaliste : “

TE PR A de ho : Le RS es, le ren ait capable de s’assimiler aisément les quesns les plus complexes et les plus diverses : politiques, éconiques, financières, militaires. gs uand, vers les dernières années de la Restauration, ce jeune al arrive à Paris au sortir de Marseille sa ville natale, d'Aix où il vient de terminer ses études, il se pousse dans la capitale, en homme qui n’a pas de temps à perdre, qui, sûr de sa supériorité, entend parvenir le plus vite possible au premier rang. Quelle énergie, quelle confiance, quel entregent! Louis- Philippe, dont il a contribué à faciliter l’avènement, ne tarde pas à faire appel à ses services. La vie politique et ministé- - rielle telle que l'offre la monarchie constitutionnelle de Juillet, c’est pour lui le champ d'activité rèvé. Cette activité est telle qu'elle ressemble, par moment, à de l'agitation. Thiers est * assez porté à croire que tout va très mal, dès qu’il n’est plus le chef et il n’est pas toujours un chef excellent. Dans les moments, de crise, il manque d'équilibre et de pondération. Sa rivalité avec Guizot contribua à ébranler un trône déjà chancelant par lui-même, à qui un point d'appui solide faisait défaut.

Thiers et Guizot, a-t-on dit justement, ressemblent à deux hommes qui joueraient au whist sur le dos d’une baleine, Brus- - quement la baleine plonge, voilà nos deux hommes à l’eau et le pays avec eux. | | L’avènement de Napoléon IIT le rend à ses études et à l’histoire. Vers la fin de l'Empire, il entre au Corps législatif. Il ne cesse dès lors, surtout après Sadowa, de multiplier les avertissements prophétiques, aussi inutiles que ceux de Cassandre. Finesse d'esprit, grande expérience politique, autorité, bon sens, l’âge a müri toutes ces qualités. Pourtant, dès qu'il s’agit de négocier avec Bismarck, elles ne pèsent que d’un poids léger. Pour tenir tête à ce terrible adversaire, il faudrait un homme plus réaliste, plus sec, plus Jeune aussi peut-être. Ses cartes à coup sûr ne sont pas bonnes. Elles lui permettraient cependant de se défendre, à condition de bien savoir les employer. LT, se La négociation d’un traité ressemble à une bataille qui, selon le mot de Foch, se gagne avec des résidus. Le vainqueur est celui qui tient bon jusqu’à la dernière minute, se cramponnant pour ainsi dire à toutes les branches. | Dans les pourparlers qui s'engagent, Bismarck paraît le maître de la situation, libre d'imposer ses exigences. En réalité - il ne l’est pas entièrement. Son partenaire peut toujours lui

dire : « Vous me demandez l'impossible. Je m'en vais, Je laisse le pouvoir ; débrouillez-vous comme vous pourrez ! »

La prolongation de la guerre mettait à tous les points de vue, politique, militaire, diplomatique, l'Allemagne dans un grand embarras. Quelque intervention extérieure risque tou- Jours de se produire, celle de l'Autriche, celle de l'Angleterre que Bismarck redoute par-dessus tout. Et puis la France a déjà tant perdu, elle est menacée de perdre tant, qu'une résistance prolongée ne peut guère lui faire perdre beaucou plus.

Mais pour jouer cette carte-là, il faudrait être décidé à pro-

longer la résistance. Depuis longtemps déjà et même dès le début, Thiers ne la croit pas possible. Gambetta, lui, avait une vision plus juste. Le pays, dans sa grande majorité, il faut le reconnaître, est de l'avis de Thiers. Il veut la paix à tout prix, ce qui ne rend pas faciles les négociations.

À Le Traité Bismarck, on l’a su plus tard de source à peu près sûre, s'il avait senti chez son adversaire la voionté ferme de continuer la pure: aurait peut-être fini par renoncer à Metz. Tout ce que biers put obtenir, c’est Belfort. Ë L'Alsace et la Lorraine, cinq milliards de francs, ce qui paraît à cette époque un chiffre colossal, invraisemblable, l’occupation de notre territoire jusqu’au pâiement intégral, telle fut la rançon de la paix. On ne pouvait pas en imaginer de plus lourde !

Les préliminaires sont signés à Versailles le 20 février ; le 4% mars ils sont ratifiés par P Assemblée Nationale à Bordeaux. Le traité est conclu à Francfort, le 10 mai 1871.

Bibliographie. — Voir le chapitre précédent.

Grande histoire de la guerre par l'État-Major allemand. — Der Deutsch- Franzôsische Krieg (5 vol.) (1872-81). — Von Moltke. Gesch. Deulsch-Franzisische Kriegen (1891). — H. Welschinger, La guerre de 1870 (2 vol.) (4910) — A. Chuquet. La querre 1870 71 (1895). — E. Gay. La guerre en province (1908). — Von Der Goltz. Gambetta et ses armées (1877). — Trochu. OEuvres posthumes. Le siège de Paris (1896). — A. Ducrot. La défense de Paris (4 vol ) (1875-78). — Faidherbe. La campagne du Nord (1871). — Chanzy. La campagne 1870-71 (1872). — J. D'Arcay. Notes inédites sur M. Thiers (1898). — Ed. Simon. L'Empereur Guillaume et son règne (1886). — Falloux. Mémoires d'un royaliste (1888). — Ottokar Lorenz. Kaiser Wilhelm Und die Begründung des Reichs (léna, 1902). — Marquis de Dampierre. Cinq années de vie politique.

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