D 0 7 © L'ORAGE DANS LES BALKANS - : - ET
gènes apparaissent : Slovaques, Ruthènes, Roumains de Tran- sylvanie, Serbes et Allemands du Banat, sans parler des juifs plus nombreux ici que partout ailleurs, s’écoulant comme un fleuve intarissable depuis les cols galiciens jusqu’à Budapest « leur capitale » souvent appelée, non sans raison, Judapest.
La multiplicité des races, la diversité des peuples n’affaiblit :
pas le pouvoir central autant qu’on pourrait le supposer: Quel-
ques liens très puissants maintiennent cet assemblage. Tout d’abord, le respect, le prestige de la dynastie, demeuré aussi puissant qu’au siècle dernier. Vienne et ses palais magnifiques, la Hofburg, le vieil empereur, qui règne depuis plus d’un demisiècle, l’étiquette et les pompes de la cour impériale, tout cela agit à la manière d’un aimant sur ces peuples et sur leurs chefs.
A cèté du lien dynastique, l’armée, commandée à l’allemande,
fond, comme en un creuset, toutes les recrues qu’elle incor-
pore; l’administration, d’ailleurs excellente, avec ses cadres
solides, tout un ensemble de traditions, constitue, elle aussi,
un puissant instrument d’unification.
Cet empire, dans l’ensemble, se tient encore assez bien; à la condition toutefois qu'une crise extérieure, une guerre, ne vienne pas le secouer, le disloquer. Il est pareil à ce mur de l’archevêché dont parle Anatole France qui, branlant et menaçant ruine, demeure debout cependant tant qu'une main imprudente ne s’avise pas d'y toucher.
D’ Ærenthal et la politique autrichienne.
En 1906, succédant au comte Goluchowski, grand seigneur polonais, trop indolent, trop insouciant pour prendre aucune initiative importante, ce qui, pour un diplomate autrichien, était au fond l’habileté et la sagesse mêmes, le baron d’Ærenthal devient ministre des Affaires Etrangères. Il a longtemps été ambassadeur à Saint-Pétersbourg, pendant et après la guerre russo-japonaise. Connaissant bien la Russie, il en a discerné la faiblesse ; il la juge très atteinte par les événements du dehors et du dedans, hors d’état par conséquent de s'opposer à une
olitique énergique de l’Autriche, sa rivale, dans les Balkans. L'idée lui vient de profiter de ces embarras pour développer l'influence autrichienne, de manière à contenir les Serbes qui, depuis la tragédie sanglante de Belgrade (1903) et leur changement de dynastie, se montrent de plus en plus désireux d’échapper à la tutelle de l'Autriche. La révolution des Jeunes-Turcs vient, à point nommé, lui offrir l’occasion qu'il cherchait.
Recovzy. — La Troisième République. 15
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Le coup d'Etat jeune-turc.
La Turquie, elle aussi, plus encore que l’Autriche, est, au commencement du xx° siècle, un anachronisme en Europe. Son empire reste immense; il s'étend de la Macédome jusqu'au golfe persique. Le sultan qui le gouverne exerce un pouvoir absolu, illimité. Mais cette force est plus apparente que réelle. Elle est une survivance du passé, une façade derrière laquelle il ne reste plus grand’'chose. 1
Chaque vendredi, Abdul-Hamid se rend, pour le Selamlik, à la mosquée voisine de son palais, entre une double rangée de soldats albanais qui, le dos tourné, poussent une clameur farouche . lorsqu'apparaît la voiture du Padishah et derrière elle la foule des grands dignitaires ; ce spectacle tout asiatique peut impressionner touristes et étrangers ; ceux qui vivent à Constantinople, qui connaissent bien la Turquie, se rendent mieux compte de sa faiblesse. Nul ne s’en rend mieux compte que le sultan luimême, le principal intéressé Aussi prend-il grand soin, dans sa sagesse et son expérience, d'éviter, tant quil reste le maïtre, toute crise, toute guerre. Il n’ignore pas qu'une guerre, quelle qu’en doive être l'issue, ne pourrait être que fatale à son pays.
Méfiant et soupçconneux, vivant dans la terreur perpétuelle du poignard, du poison, du complot, il exile au fin fond de la Macédoine les officiers qui ne lui paraissent pas sûrs. Mais il est quelquefois très imprudent d'envoyer trop loin ceux dont on se méfie; on perd de la sorte le moyen de les surveiller. Ces officiers, aidés de quelques fonctionnaires, appartenant pour la plupart à d'anciennes familles juives de Salonique, devenues musulmanes, organisent, sous le couvert de la franc-maçonnerie, un complot militaire qui, bien préparé, réussit entièrement.
Quand ils se sentent maîtres d’une partie de l’armée, un ultimatum est porté au sultan, mis en demeure d’accorder surle-champ une Constitution à son peuple. Le sultan, n'ayant rien sur quoi s'appuyer, est obligé de céder. Du jour où tout ou partie de l’armée fait défection, rien n’est plus facile que de jeter par terre un régime autocratique. Le tsar de Russie pendant la grande guerre devait en faire à nouveau l’expérience.
Ce coup d'Etat jeune-ture est accueilli d’abord avec quelque enthousiasme par les libéraux de l'Occident, Français, Anglais, ne se doutant aucunement que ce qu’on appelle libéralisme est avant tout une question de latitude et de longitude. La
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ir deve t être commise par eux au moment où
a le tsarisme, quelque dix ans plus tard. Certains + eu ompatriotes y voient un coup droit porté à l’influence Rs.
ande, toute-puissante en Turquie hamidienne. Eux aussi ne 2
ient pas tarder à déchanter. ; | ;
Ce que signifie avant tout le coup d’Etat jeune-ture, ce
dont chacun s'aperçoit assez vite, c’est l’exaltation du nationa-
lisme ottoman. | 7 Les voisins immédiats, les Etats balkaniques qui se considè- À rent tous plus où moins comme des héritiers présomptifs, ne sauraient manquer d'en prendre ombrage. Si le vieil homme, - malade et condamné, change tout d’un coup de régime, voilà - qui menace de retarder d’autant sa succession.
À peine au pouvoir, les Jeunes-Tures commettent une lourde faute qui fournit à certains de leurs voisins le prétexte qu’ils cherchaient. er PRE
. Ils manifestent la prétention, peu soutenable, de faire élire des députés de la future Assemblée nationale dans les pays sur lesquels, depuis assez longtemps, la Turquie n’exerce plus. __ qu’une souveraineté nominale : Bosnie-Herzégovine, Roumélie orientale. On ne pouvait guère s’attendre à voir Autrichiens et Bulgares trouver cette prétention de leur goût.
. À Vienne, d’Ærenthal estime le moment venu de « toni-
- fier » la politique autrichienne dans les Balkans qu’il juge un
= peu molle. Il s'entend avec Sofia. Il n’a aucune peine à con-
“ vertir Ferdinand qui, depuis longtemps, ronge son frein, souffre impatiemment de n'être encore qu’un prince régnant, au lieu d’un souverain pareil à tous les autres.
Ferdinand de Bulgarie.
À Dans la galerie des personnages contemporains, celui-ci, - par sa curieuse figure, son tempérament louvoyant, les sinuosités de son caractère et de sa politique, mérite une place à part. s
Descendant de cette maison de Cobourg qui, dans le cours du x1x° siècle, a fourni quantité de princes régnants à diverses nations de l’Europe, Ferdinand, jeune encore, répondit à l'appel des hommes d'Etat bulgares, lorsqu’après la déposition mélodramatique d'Alexandre de Battenberg, ils s’en allaient à travers … Jescapitales, cherchant, tel Diogène, quelqu'un qui voulût bien consentir à régner sur eux. Il partit de Vienne presque en fugitif, … échappant non sans peine à la police autrichienne, qui menaçait
à d'arrêter dans le germe son équipée. Une âpre ambition le F4 pousse, car l’ambition est le trait dominant de sa nature. 008 La couronne, ou plutôt la demi-couronne qu’on lui offre n’a ‘F9 cependant rien de bien tentant. Le sort de son prédécesseur D aurait de quoi lui inspirer de sérieuses craintes. Comment se A tirera-t-il d'affaire parmi ces paysans du Danube, grossiers, A CE farouches, adorant les complots et n’hésitant pas devant les | actes les plus énergiques ? Comment se débattre entre l’Autriche qui lui rappelle sans cesse son origine, et la Russie, . accoutumée à regarder, comme une vassale cette Bulgarie qu'elle a créée de toutes pièces ?
Telle la chauve-souris de la fable, Ferdinand va, selon les besoins, se tourner successivement vers l’une et l’autre. IL n'hésite pas à frapper à chacune de ces portes, quelquefois aux deux en même temps, à manger à chacun de ces rateliers. Il fait plus encore. Petit-fils de Louis-Philippe par sa mère, ; la princesse Clémentine qui, durant toute sa vie, exerce en sa faveur une influence agissante, il ne manque pas, toutes les fois qu’il rencontre des Français, de leur rappeler qu'il a, dans ses veines, du sang de leurs rois.
Pour gagner la faveur des Russes, il décide de faire de son fils aîné un orthodoxe, bien qu'il ait pris envers sa première femme, une princesse de Parme, fervente catholique, l'engagement formel de le faire baptiser dans l’église romaine. Les serments ne lui coûtent guère. Sa femme, quand elle l’apprend, sur son lit d’accouchée, s'en montre si furieuse NE Jette une tasse de tisane brûlante à la tête de son mari. C’est d'un propre parent de la princesse que l’auteur de ces lignes tient cette anecdote.
Fier de sa ressemblance physique avec François I‘, Ferdinand, qui aurait dû naître au temps de la Renaissance, possède un goût maladif pour les fleurs et les oiseaux rares, les pierres précieuses qu'il aime à manier dans une coupe, toujours à portée de sa main, Compliqué, tortueux, il rappelle par beaucoup de côtés certain personnage d’un des romans célèbres de Huysmans, À rebours. Un violent désir le possède : faire un Jour son entrée solennelle dans Constantinople, être couronné empereur dans la basilique de Sainte-Sophie.
Le coup austro-bulgare.
Tandis que l’Autriche annexe la Bosnie-Herzégovine, Ferdinand rompt les derniers liens qui rattachent la Bulgarie à la
nolame no éper ance "4 € | HR PR | e événement dont l'importance est grande, puisqu'il
“ordre de choses dans les Balkans, /a poudrière de , éclate inopinément et prend tout le monde au }
nue te titre de :
A Les Serbes se sentent les premiers atteints ; ils ne cachent a :
pas leur mécontentement, leur fureur. Les deux provinces qui él 5%, ennent d’être réunies définitivement à l'Autriche, sont peu- ex plées en majorité par des hommes de leur race. A2 En Russie également la colère est très vive. Les cercles s 1 FE dirigeants, l'opinion publique prennent fait et cause pour les LE Serbes, M. Iswolski, ministre des Affaires Etrangères, au cours / "20 … de son eutrevue avec d’Ærenthal avait-il été pressenti par lui +70 - sur l'éventualité de cette annexion? S’était-1l laissé plus où moins arracher son consentement? Il s’en est äprement défendu 4 - LA la suite. En tout cas le gouvernement russe ne tarda pas à : déclarer qu’il ne considérait pas l'annexion de la Bosnie comme ; … un casus belli. C'était par avance abattre son jeu. Quoi qu'il . pôt dire, quoi qu’il püt faire par la suite, l'Autriche savait qu'elle ne risquait rien. D’Ærenthal avait vu juste. Il trouvait son adversaire désarmé. Aussi refusa-t-il obstinément la pro- 7 position russe de réunir une conférence internationale, à 23 laquelle toute l’affsire balkawique serait soumise. Cette confé- ‘ . rence, il n’en veut à aucun prix. En vain la Russie insiste-t-elle; ses efforts ne peuvent aboutir qu'à un échec, d'autant plus grand que insistance aura été plus vive.
e - Comme les Serbes, se croyant, à tort, soutenus par la Russie, … s’agitent de plus en plus, un beau jour l'Autriche et l’Alle- . magne décident d’en finir, Pourtalès, ambassadeur allemand à
. Pétersbourg, fait une démarche énergique, presque commina-
foire, auprès des Russes. S'ils ne renoncent PE éfinitivement
» 4 leur projet de conférence, l'Allemagne laissera les mains
libres à l'Autriche qui n'attend qu’un signal pour châtier les
… Serbes. Cette démarche clôt l'incident. Elle rappelle à beau-
| coup der une autre démarche du méme Pourtalès quand,
» “ six ans plus tard, en 1914, il somme, sous la menace, la Russie
de laisser l'Autriche régler seule, en tête-ä-tête, son différend avec la Serbie.
Il y a dans cette crise, c’est ce qui lui donne son sens et
sa gravité, les germes d'autres crises beaucoup plus graves ;
. l'esprit imprudent et mème aventureux des dirigeants viennois,
portés d’instinct à introduire partout des questions de prestige,
"1e ; y apparaît en pleine lumière. La Russie, désorganisée par la 1 guerre russo-japonaise, par la menace d’une révolution Imté-
rieure, s’est inclinée cette fois, mais elle ne s'inclinera pas +” toujours. Le jour où elle s’avisera de résister, les pires complications sont à redouter. : SF 6e
Quieta non movere..
Quieta non movere est une devise qui s'applique avant tout aux Balkans. Dès qu’on s’avise d’y déranger l’équilibre existant, si instable soit-il, on est sûr de provoquer des complications, dont il est impossible de mesurer la portée. Ce fut le cas our cette initiative austro-bulgare. U
D’Ærenthal avait vu juste en calculant son coup. Peut-être cependant n’en avait-il pas aperçu toutes les conséquences ; car : c’est de là que date, sous sa forme la plus aiguë, cet antagonisme austro-serbe qui d'année en année devait M ne: jusqu’à devenir une des causes essentielles de la guerre. Irrités de ce qu’ils considéraient comme uhe provocation, une impertinence, les milieux militaires austro-hongrois parlèrent de mobiliser quelques corps d'armée et d’aller châtier les Serbes, ce peuple de « marchands de cochons », comme on les appelait couramment à Vienne et à Budapest.
Désormais, chaque fois que la situation se tend, qu'il se produit quelque incident, l'état-major autrichien prend lhabitude de recourir à des mesures militaires, de renforcer ses corps de la frontière, Mais toutes ces mesures coûtent cher. Vient un jour où l’on est fatigué de menacer sans jamais frapper, de. brandir le sabre pour ne point s’en servir. Ce jour-là, on passe aux actes, au risque de provoquer la catastrophe.
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L'Italie en Tripolitaine.
Lorsqu'après Agadir (1911), la France s’apprète à organiser son protectorat marocain, le gouvernement italien entend, lui aussi, pour des raisons d'équilibre méditerranéen, réaliser les droits que la France et Angleterre lui avaient reconnus sur la * Tripolitaine.
Ses alliés, Allemagne et Autriche, non seulement ne le détournent pas de ce projet, mais l’encouragent, dans l'espoir que Ptalie, qui va être pendant longtemps occupée par cetteexpédition africaine, détournera ainsi son attention de l’Albanie et des Balkans.
ée italienne occupe assez facilement Tripoli et le litès qu | et ent. Des officiers turcs parviennent à embrigader les indigènes qui opposent à l’avance italienne une résistance des
d plus sérieuses. Il faut se résoudre à un effort militaire beaucoup
s im que les dirigeants de Rome ne l’avaient prévu; d'où leur mauvaise humeur et leur irritation. Bien des Italiens s’imaginent que la résistance de leurs adversaires est alimentée par la contrebande des armes, par des secours venus de Tuni- sie. Deux paquebots français Le Carthage et La Manouba sont arrêtés par les torpilleurs italiens et visités (janvier 1912). - L'affaire provoque une assez vive émotion que, fort heureuseà ment, M. Barrère, ambassadeur de France à Rome, parvient à dissiper, non sans qu’elle laisse cependant des traces dans les
PCs 3 relations des deux pays.
- Après l'initiative austro-bulgare de 1908, l’expédition ita- & - lienne de 1911-1912, voilà, en l’espace de quelques années, pe un deuxième coup porté à la Turquie, ce dernier beaucoup plus grave que le premier, puisqu'il lui enlève un assez vaste Le territoire qu'elle possédait depuis longtemps, en toute souveraineté. Les conséquences devaient en être autrement importantes. Autrichiens et Bulgares, en 1908, ont donné le premier coup de dent. Mais ils n’ont pris, somme toute, que ce qu’en - faitils détenaient déjà. L'Italie, trois ans plus tard, détache, elle, un morceau du gâteau; et voici qu'encouragées par cet exemple, les jeunes nations balkaniques : Bulgarie, Serbie,
= Grèce, Monténégro, montrent leurs crocs et s'apprêtent à fondre sur leur adversaire.
148 Les pactes balkaniques.
__ A peine la déclaration de guerre de l'Italie à la Turquie est-
elle connue, que M. Guéchoff, premier ministre de Bulgarie, __ quise trouvait à Vichy, interrompt sa cure, prend le train, __ s’arrête quelques heures à Paris (4 octobre 1911) ; il y voit M: de Selves, ministre des Affaires Etrangères. Il rencontre à Vienne deux de ses collaborateurs, rédige un aide-mémoire, envisageant une alliance avec la Serbie, en vue du partage éventuel de la Macédoine, le fait approuver par le roi Ferdinand. Arrivé à Belgrade, il s’abouche avec M. Milovanovitch, ministre des Affaires Etrangères. Au cours d’un entretien de plusieurs heures, les deux hommes d'Etat essaient de mettre sur pied un arrangement. ©
s’agit de pénétrer à l’intérieur, les obstacles
Ce.n’est point chose aisée. On sait la phrase célèbre de
Charles-Quint : « Nous sommes d'accord, mon cousin Fran-
cois [et moi, sur le Milanais. Il veut le prendre, et moi aussi,»
C’est-une entente de ce genre que s’efforcent de conclure Serbes et Bulgares. Les tractations sont longues, pénibles, pleines de discussions et de marchandages, de « bazarlik », comme on dit en Orient. On découpe la Macédoine en plusieurs tranches. On discute ferme sur les territoires contestés. Le 7 mars 1912
x / cs , e x Sie enfin, un procès-verbal est signé. Une semaine après, le traité
est conclu à Sofia; il est complété par une convention militaire -
entre les deux états-majors.
Le gouvernement russe a été, dès le début, tenu au courant de ces tractations. Ses agents dans les Balkans se sont entremis de leur mieux pour adoucir les divergences et faciliter une solution. Le 1* avril, M. Iswolski, ambassadeur de Russie à Paris, notifie au gouvernement français cet accord qui prévoit, dit-il, le maintien du sfafu quo dans les Balkans, et contient. la. promesse des deux Etats de ne rien entreprendre sans l’assentiment de la Russie.
On ne saurait donc prétendre, ainsi qu’on l’a fait quelquefois, que la diplomatie russe ait entièrement dissimulé à son allié ce grave événement.
Elle n’a dit toutefois que la moitié de la vérité. L’arrangement envisage bien autre chose, en effet, que le maintien du statu quo et une promesse d'aide mutuelle. Il prévoit le partage éventuel de la Macédoine, ce qui est assurément une manière singulière de respecter l’ordre de choses établi. Sans doute la Russie doit-elle être consultée par les partageants; elle est libre de leur signifier son veto; mais n'est-ce pas là une simple clause de style? Certaines indiscrétions échappées à un diplomate russe, le chargé d’affaires à Sofia, laissent entendre que la Russie pourrait bien n’être consultée qu'après coup, mise simplement en présence du fait accompli.
Tandis qu'il négocie avec la Serbie, mis en goût par ses premiers succès, M. Guéchoff ne demeure pas inactif du côté des Grecs. Le 29 mai 1912, il réussit à traiter avec eux. En septembre, une convention militaire est conclue. Reste le Monténégro. Là aussi, le travail diplomatique est rondement mené. Détail piquant, c’est au cours d’une visite du roi monténégrin à l’empereur d'Autriche, sous les lambris de la Hofburg, que les représentants de la Bulgarie et du Monténégro ébauchent leur alliance dont les conséquences, par la suite, devaient si grandement mécontenter l'Autriche.
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