Psalm., XLV
96 TROISIÈME CONFÉKENCE
ne peuvent arrêter votre faiblesse et l'élan de votre cœur, la bonté et la puissance de Dieu s'arrêteraient éternellement sans pouvoir les franchir ? L'amour lui ferait-il défaut ? Mais il est la tendresse, la bonté, l'amour par essence. Ne pourraitil se donner en souffrant ? Mais il est la puissance infinie.
Oui, Dieu nous a aimés ; il nous aime, il a voulu nous sauver, et il nous a sauvés par ses souffrances et par sa mort.
Mais je vous entends, vous me dites : Une seule de ces souffrances eût suffi pour racheter le monde. La nuit de Bethléem, les années de l'exil, une journée de travail dans la pauvre demeure de Nazareth, une larme, une goutte de sang eussent satisfait à la justice divine puisque le moindre de ces sacrifices avait un prix infini. Pourquoi donc tant de souffrances ? Vous le voyez, le mystère de la douleur renaît toujours.
Ah ! je le sais bien, le moindre des sacrifices
du Fils de Dieu eût satisfait à la justice de son Père, mais ce que je sais aussi, ce que vous savez mieux que moi, c'est que l'amour ne compte jamais. Quand vous aimez beaucoup, vous ne calculez pas. Vous ne dites pas froidement : J'irai jusque-là, c'est assez ; cette limite, je ne la franchirai pas ? Non, non, vous vous donnez sans réserve, sans mesure. Ce que je sais encore, c'est qu'il ne s'agissait pas seulement de satisfaire à la justice de Dieu ; il fallait attirer l'humanité déchue, avilie, égarée, l'humanité qui fuyait parce qu'elle avait peur de Dieu ; il fallait la séduire par un amour sans égal. C'est ce que Dieu a fait. Il s'est dépouillé des splendeurs de sa gloire ; il s'est uni à la nature humaine afin d'être notre frère. Il est né dans une étable ; il a reposé sur la paille d'une crèche ; il a travaillé comme un ouvrier obscur et quand, arrivé aux sommets de la souffrance, il a épuisé toutes les douleurs humaines, (juand il u fait entendre le consummu-
tum est de sa mission accomplie et de son immolation, alors a sonné l'heure de sa victoire. Les rochers eux-mêmes se sont brisés, les bourreaux se sont frappé la poitrine, le centurion a proclamé la divinité de Celui qui avait dit : « Quand je serai élevé au suprême degré de la douleur et de l'immolation, j'attirerai tout à moi * . »
Dieu a voulu éprouver toutes les douleurs, tous les déchirements, toutes les trahisons, tous les outrages afin d'être notre modèle, notre consolation et notre espérance.
Mais il faut finir. Mesdames, quand vous vous sentirez défaillir sous le poids de votre croix, quand la terre vous paraîtra plus froide et plus triste, vos jours plus sombres et plus désolés, quand à certaines heures, vous croirez réunir dans votre cœur toutes les amertumes et toutes les angoisses, alors, regardez les Saints couronnés
1. El eijo, si exallalus fucru a terra, omuia Iraham ad incipsuin. Joan., XII, Si.)
d"épines comme leur Maître et suivant la trace sanglante de Jésus-Christ. Regardez l'Eglise, la véritable épouse du Dieu du prétoire et du Calvaire, et demandez-lui les célestes consolations et les immortelles espérances. Regardez le ciel, séjour du repos, de la félicité, de la récompense qui vous est réservée. Regardez Jésus-Christ, votre Maître adoré, le seul vrai et puissant consolateur. Sur- SLim corda ! Que vos cœurs montent vers les régions sereines qu'habitent les Saints, vers l'Eglise triomphante de l'éternité, vers les joies du ciel qui vous attendent, afin qu'ils soient un jour unis à Notre Seigneur Jésus-Christ dans la gloire et la félicité après avoir partagé ses souffrances et ses combats. Sursiim corda !
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Le Sacré-Cœur de «lésus et la douleur
Mesdames,
lOUS avons étudié la douleur dans ses révélations et sa puissance, dans ses transfigurations et sa félicité ; nous l'avons contemplée dans les Saints, dans l'Eglise, dans le Fils de Dieu ; nous l'avons vue peuplant le ciel, ajoutant aux visions, à la béatitude, à la gloire, aux splendeurs de la Jérusalem céleste.
Je voudrais en ce moment vous montrer dans le Cœur adorable de Notre Seigneur Jésus-Christ, la source des consolations sans égales, la puis-
sance qui seule peut apaiser et transfigurer en des joies vraiment divines les épreuves de vos cœurs.
Tout cœur humain est condamné à ces épreuves, mais les vôtres, ^Mesdames, les ressentent plus vivement ; ils aspirent plus que tous les autres aux affections capables de les satisfaire et les remplir ; plus que tous les autres, ils souffrent de leurs déceptions ; plus que tous les autres enfin ils peuvent comprendre que le Cœur de Jésus-Christ seul répond à de telles aspirations, remplit les abîmes qu'il a faits à sa mesure et réalise ainsi la parole divine : « Bienheureux ceux qui ]deurent, parce qu'ils seront consolés. »
Je vous démontrerai que le Cœur de Jésus- Christ transforme en félicités célestes cette triple épreuve de vos cœurs : la solitude, l'impuissance et Toubli.
Mais qui pourra parler de ce Cœur adorable ? Le yrand Apôtre descendu des ravissements du ciel
se reconnaît impuissant à redire les merveilles de l'amour divin qui dépasse toute intelligence et toute science humaines '. Et moi que vous dirai-je ? J'interrogerai vos cœurs; j'écouterai leurs aspirations, et nous monterons ensemble jusqu'au Cœur de Jésus-Christ; pour proclamer la puissance infinie de son amour -.
La première cause des épreuves de vjs cœurs, c'est la solitude. Ne vous en plaigne/ pas, Mesdames ; là est. avec votre épreuve, votre force et votre gloire. Quand on demandait à sainte Thérèse quel est le plus grand supplice du démon, elle répondait : » Le malheureux ! il ne peut plus aimer ! « Et saint Jean, le disciple privilégié qui,