Lacordaire
Un seul cœur ne connaît pas l'oubli de la mort: c'est par-delà la tombe qu'il nous réserve les plus hautes récompenses de son amour. Un seul cœur nous parlera toujours: il est uni au Verbe éternel de Dieu. Un seul cœur est l'asile assuré contre les puissances de la mort : il est la source intarissable de la vie. Un seul cœur peut promettre l'amour sans limites et sans défaillance : il est le foyer de la charité qui ne meurt pas et qui ravit éternellement les Anges et les Saints.
Ainsi, Mesdames, quand vous éprouverez l'impuissance des amitiés humaines, vous reviendrez avec une confiance sans bornes à l'amitié de Notre Seigneur Jésus-Christ. Quand votre main aura rencontré la main qui se retire et qui trahit, vous vous inclinerez avec plus de bonheur sous les mains du Sauveur étendues pour vous bénir. Quand vos pieds se seront lassés à poursuivre des amis qui s'en vont, des affections qui n'ont qu'un jour, vous baiserez, dans l'élan de votre tendresse, les
pieds de Jésus-Christ cloués pour vous attendre et qui laissent tomber sur vous le sang rédempteur du monde. Quand votre cœur sera vide, quand vous serez seules avec vos espérances évanouies et vos joies perdues, vous demanderez au divin Maître de remplir ce cœur des délices de son amour et des espérances qui ne trompent jamais. Quand votre tète blanchie se sera courbée sous les orages de la vie, vous contemplerez d'un regard plus attendri la tête du Sauveur couronnée d'épines, inclinée dans l'agonie sur sa poitrine ouverte et sanglante. Quand la maladie torturera votre corps, à cette heure où la science se retirera découragée et vaincue, quand vos amis les plus fidèles diront: il n'y a plus d'espoir, quand les hommes ne pourront rien pour vous, quand vous sentirez passer les frissons et les terreurs de l'agonie, Jésus-Christ viendra et il vous dira : Me voici !
Quand votre âme s'échappera de ce corps de boue (jui la retenait captive, elle ira vers Jésus
par un élan d'amour. Quand tous ceux que vous aurez aimés auront fui loin de votre couche funèbi'e et que des mercenaires veilleront autour de votre cadavre livide et glacé dans le silence et les ténèbres de la mort, l'ami, le seul ami qui vous restera fidèle, l'ami de votre enfance, de votre jeunesse et de votre dernière heure vous recevra dans les clartés qui grandissent toujours et au chant des cantiques qui ne se taisent jamais.
Lorsque votre tombe sera solitaire et abandonnée et que sur la froide terre qui la recouvrira aucune larme et aucune prière ne tomberont de cœurs plus froids encore, vous aurez retrouvé dans l'union et la félicité de l'éternelle vie ceux qui vous ont précédées dans la patrie, là où il n'y a plus de solitude, d'impuissance et d'oubli, mais où tous les cœurs sont unis par les ravissements de lamour, dans le Cœur même de Jésus-Christ.
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La Très Salnf e Vierge et la douleur ou IVotre-Dame de Pitié
Mesdames,
VJUR connaître dans toute son étendue la merveilleuse réalisation des paroles que nous méditons et qui proclament les consolations et la félicité de la douleur, il faut que nous les étudiions dans les épreuves et les récompenses de la Mère de Dieu, de la Reine des Martyrs.
Les douleurs de Marie dominent toute douleur humaine ; elles sont si hautes et si profondes, si cruelles et si navrantes, que je ne puis sans une
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sorte de terreur m'en approcher pour les contempler et essayer de vous les redire.
\'ous seules. Mesdames, pourriez nous dire les douleurs d'une mère ; mais qui pourra comprendre et qui pourra exprimer les douleurs de la Mère de Dieu ? Les récompenses accordées aux élus ne peuvent même être pressenties ici-bas. Et qui pourra comprendre la félicité et la gloire accordées à la Reine de la terre et du ciel ?
Le récit des douleurs de Marie est l'histoire de sa vie.
8a naissance a été pauvre, obscure. Elle nait d'une famille qui a donné à la nation juive des pontifes et des rois ; mais, de cette gloire de la royauté et du sacerdoce il ne reste que des souvenirs. La vie de Marie s'ouvre par un premier sacrilice : elle se retire dans le temple et otïre à
Dieu sa virginité. Son existence dans le temple sera laborieuse et cachée ; les plaisirs de la terre, les satisfactions naturelles même les plus légitimes n'y auront aucune part.
Plus tard, quand elle unira son sort à celui d'un obscur ouvrier , elle habitera l'humble demeure de Nazareth que la piété catholique \énère encore et que les Anges ont transportée sur les rivages de l'Italie. Elle travaillera de ses mains comme une femme du peuple ; sa vie sera celle que nous avons chaque jour sous nos regards, vie de soins vulgaires, de privations, de fatigues incessantes. Cette vie. douloureuse pour tous. Test bien plus encore pour ceux qui regardant vers le passé, y trouvent des souvenirs de grandeur et de gloire.
Au jour de l'Annonciation, les douleurs de Marie se multiplient dans la mesure des privilèges qui lui sont accordés. Elle accepte la couronne sans égale de la maternité divine, mais elle en
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accepte aussi les épreuves et les angoisses, et dès ce moment elle unit son sacrifice au sacrifice qui doit sauver le monde. Elle fait librement et héroïquement le premier pas dans la voie douloureuse qui doit la conduire jusqu'au Calvaire, jusqu'au pied de la croix.
La naissance du Libérateur promis, qui a été l'espérance de quarante siècles, la joie des Patriarches, la lumière des Prophètes, le désiré des collines éternelles, l'attente des nations, la naissance du Fils de Dieu, qui est son fils, sera pour Marie une source de nouvelles doideurs. Les douleurs, je les vois partout : dans le voyage accompli au milieu d'une saison rigoureuse, dans la cruauté des habitants de Bethléem qui repoussent les pauvres voyageurs restés sans abri au sein de la cité de leurs pères, dans la naissance du Sauveur qui ne peut reposer que sur la paille d'une crèche. Icilesjoiesde la maternité, les visions de la foi, les ardeurs de l'amour sont la source des plus cruelles tortures.
A l'heure solennelle où le Saint des Saints pénètre dans le temple pour la cérémonie de la purification de Marie, un vieillard, inspiré de l'esprit prophétique, fait entendre le cantique de sa joie mais aussi Thymne des douleurs de la Mère de Dieu. Cet enfant, dit-il, « a été placé pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre, et un glaive de douleur percera votre cœur*. »
Ainsi, toutes les angoisses de l'avenir que Marie avait prévues sont affirmées avec l'autorité de la prophétie et de l'inspiration divine.
Mais, à cette heure même, chacune des paroles du vieillard Siméon est un glaive pour le cœur de cette mère : le Rédempteur qui est venu apporter à tous la résurrection et la vie, cet enfant de bénédiction et de salut est né pour la ruine d'un grand nombre ! Alors tous les crimes des hommes,