‹ La Troisime béatitudeChapitre 32 sur 91 · Luc, II · texte numérisé non relu

Luc, II

toute l'obstination de leur ingratitude, toutes les profanations du sang de Jésus-Christ apparaissent aux regards désolés de Marie.

Elle voit les malédictions divines retomber sur sa patrie avec le sang du Sauveur. Elle voit Jérusalem détruite, les pierres du temple dispersées, le peuple déicide jeté aux quatre vents du ciel. Elle reconnaît dans cet enfant le signe de la contradiction ; elle voit toutes les attaques dirigées contre le Fils de Dieu, depuis les accusations et les outrages des Pharisiens, jusqu'aux défections et aux crimes des derniers temps. Elle voit le glaive des persécuteurs et la perfidie des hérésies s'efforçant d'anéantir la doctrine de Jésus-Christ; elle voit les victoires de l'orgueil, les conquêtes de l'erreur, les défaites de la vérité, les égarements de grandes nations déchirant les entrailles de l'Eglise, la volupté, la sagesse humaine et la force brutale s'unissant contre ce petit enfant qu'elle porte dans ses bras, contre son fils et son Dieu.

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Dans la vie de Marie, la douleur n'aura pas de trêve. Quelques jours après sa naissance, le Fils de Dieu est poursuivi par la fureur d"Hérode, et Joseph, averti par un ange, fuit en Egypte avec lenfantet sa mère. Qui nous dira les épreuves de Marie pendant ce long voyage ? Sans doute, elle ne craignait pas pour la vie de .Jésus : elle savait qu'il était réservé à la mort de la croix ; mais quel abîme de misères et de souffrances s'ouvrit sous les pas de la famille fugitive ! Quelles ressources aura-t-elle et quel abri sur le chemin ? Quel avenir est réservé à ces pauvres ouvriers dans une terre étrangère et idolâtre, et combien de temps subiront-ils les tristesses de l'exil ? Cette première persécution qui ouvre la série des luttes livrées à son Fils, cette première réalisation de la prophétie de Siméon désole le coeur de Marie. Le massacre des petits enfants de Bethléem, les cris déchirants de leurs mères, la cruauté des bourreaux, le sang des innocents répandu à flots lui

annoncent les angoisses de la Passion et le sang qui sera répandu sur le Calvaire.

L'Evangile garde le silence sur les épreuves de la Sainte Famille en Egypte, mais d'antiques traditions affirment qu'elle connut toutes les douleurs de la pauvreté et que Marie vit le Fils de Dieu, le Maître du monde, tendre sa main au pain de l'aumône.

En revenant à Nazareth, la Sainte Famille retrouva sa vie d'obscurité et de travail. Le seul fait que le texte sacré nous révèle, dans le temps qui s'écoula depuis le retour de la terre d'exil jusqu'à la prédication publique du Sauveur, est la perte de Jésus pendant le voyage que la Sainte Famille faisait chaque année à Jérusalem.

J'ai essayé, Mesdames, de vous dire quelque chose de la douleur d'une âme qui, après avoir joui longtemps de la présence de Jésus-Christ, entendu sa parole, reposé à ses pieds et sur son Cœur, se voit tout ù coup seule au sein dea plus

CINQUIÈME CONFÉRENCE ['.il

profondes ténèbres, loin du Dieu qui était tout son bonheur. Un grand nombre de Saints ont passé par ces épreuves et nous en ont laissé dans leurs paroles et leurs écrits de navrants témoignages. Mais ici, c'est la Reine des Saints, c'est la Mère de Dieu, c'est le cœur qui à lui seul a plus aimé Jésus-Christ que toutes les phalanges des élus et des séraphins. Et remarquez-le, Marie croyait avoir perdu Jésus-Christ par sa faute ; elle se reprochait de n'avoir pas veillé avec assez de sollicitude sur ce dépôt sacré. Alors elle comprend plus clairement encore ce que sera pour elle la séparation suprême, quand la mort et la pierre du tombeau la sépareront de l'adorable Sauveur.

Lorsque le temps de la maniiestation glorieuse de Jésus-Christ est venu. Marie prend part à toutes les épreuves de son Fils, mais elle ne partage ni son triomphe ni sa gloire. Les multitudes le suivent au désert, et ravies par le charme divin de sa parole, s'écrient : « Jamais homme

n'a parlé comme cet homme ^ » ; Marie n'est pas là. Sur le Thabor, Jésus est transfiguré dans une splendeur céleste, le rayonnement de sa beauté éblouit ses disciples qui lui disent : « II fait bon ici ^ » ; Marie n'est pas là. Jérusalem se lève dans l'enthousiasme, le peuple jette sous les pas du Messie ses vêtements avec les palmes de la victoire, il fait entendre pour le Fils de David l'Hosannah du triomphe et salue de ses bénédictions celui qui vient au nom du Seigneur ; Marie n'est pas là.

Mais voici l'heure du sacrifice, de la Passion et de la mort. Le jour où le Fils de Dieu devenu « l'abjection du peuple^ », sera « broyé dans la douleur et l'infirmité'' », nous retrouverons Marie sur le chemin de Jésus-Christ, sur le chemin du Calvaire.

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