‹ La Troisime béatitudeChapitre 42 sur 91 · Mémoires de la Mère de Chaugy · texte numérisé non relu

Mémoires de la Mère de Chaugy

Il est une autre cause du découragement, c'est la souffrance et le malheur. Quand une âme a lutté longtemps contre la douleur, elle est lasse de ces combats, elle a usé ses forces dans des épreuves qui renaissent toujours. Comme le guerrier qui désespère de sa patrie et de la victoire, elle jette les armes et fuit le champ de bataille.

Quelquefois c'est la maladie qui, à travers le corps, atteint l'âme elle-même ; l'énergie morale diminue avec les forces corporelles. Les maladies les plus fréquentes à notre époque, les maladies d'épuisement et de langueur sont des sources de tristesse et de découragement. D'ailleurs les longues souffrances attristent ; elles rendent défiant et sombre un caractère autrefois bienveillant et épanoui. Il faut n'avoir jamais souffert pour ne pas comprendre que la maladie, surtout quand elle dure longtemps, est une grande, une terrible épreuve pour les âmes les plus vaillantes.

Quelquefois ce sont des revers, des peines intimes qui se cachent au foyer domestique, des divisions, des antipathies, de cruelles déceptions. Ils ont été doux et brillants, les rêves de cette jeune fille à qui tout avait souri dans la fleur de ses années, à la veille d'une union qui devait réaliser toutes ses espérances et combler tous ses désirs ; mais bientôt il ne lui reste plus que des déceptions, que des larmes, des amertumes et peut-être le calice douloureux de toute une vie.

Que faire donc dans ces cruelles épreuves ? Fuir ? mais c'est impossible. Rejeter ce joug douloureux ? Il n'y faut pas songer. Descendre de plus en plus dans le désespoir ? Mais c'est tout perdre pour le temps et pour l'éternité, c'est multiplier et agrandir les souffrances, c'est écarter la possibilité même d'un succès, d'une consolation. Que faire donc, ô âmes éprouvées, ô cœurs désenchantés ? Allez à Jésus-Christ. Croyez en sa bonté, espérez en son amour, conlîez-lui vos

angoisses, demandez-lui de vous aider à porter votre lourde croix, et surtout, espérez contre toute espérance. Il n'y a qu'un ami, il n'y a qu'un vrai consolateur, il n'y a qu'un cœur qui répond à votre cœur, c'est le Cœur de l'adorable Maître. Levez-vous, laissez là votre désespoir et vos

larmes, allez à Jésus-Christ !

Une des causes du découragement est la volonté de Dieu qui nous soumet à l'épreuve et à la tentation. Oui, Mesdames, le découragement, quand il est combattu avec énergie, est une épreuve, mais dans les desseins de la divine miséricorde, elle doit relever votre âme, la porter jusqu'à Dieu, dans une lumière plus douce, dans une union plus intime. •

Il importe souverainement d'insister sur ces grandes vérités, sur ces principes trop méconnus et qui doivent être une lumière, une consolation, un secours dans toutes les tentations. Pendant bien des jours, bien des mois, bien des années peut-être,

surtout après une conversion sincère, vous avez été comblées des tendresses de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il vous a traitées comme une mère qui prend son enfant par la main ou qui le porte dans ses bras pour lui épargner les fatigues du chemin. Vous alliez à lui par une impulsion heureuse que rien ne paraissait devoir ralentir, vous lui parliez comme un ami parle à son ami. et vous Tentendiez vous répondre dans les ombres du tabernacle, dans le silence de votre cœur.

Les fautes échappées à votre faiblesse étaient bientôt effacées au tribunal de la miséricorde. Vous montiez sans cesse vers Dieu sur les ailes d'une prière ardente. La méditation des vérités divines ranimait votre ardeur, l'exemple des Saints excitait en vous des désirs qui vous emportaient vers les hauteurs de la perfection chrétienne. Mais un jour, tout à coup, les rayons célestes se sont éteints, ces joies pures ont fui de votre âme, toutes ces saintes aspirations ont été

remplacées par le silence et la nuit. Vous avez appelé Jésus-Christ, et il ne vous a pas répondu ; vous l'avez cherché, et il se dérobait à votre amour. Vous avez tendu vers lui vos mains suppliantes, il a paru vous repousser et toutes les fautes de votre vie passée se sont présentées à votre souvenir, vos terreurs en ont accru la gravité et le nombre, vous avez douté de votre pardon et de votre salut. Les rigueurs seules de lajustice vous sont apparues. Votre croix est devenue plus pesante sur vos épaules brisées ; vos pieds se sont lassés de gravir des pentes rapides et désolées. Vous avez fait entendre ce cri de désespoir : « Mon Dieu, mon Dieu ! pourquoi m'avez-vous abandonnée ? ^ » Cependant, si vous êtes courageuses, persévérantes, cette épreuve aura des fruits admirables de sanctification.

Et d'abord, Mesdames, si vous triomphez du découragement, cette épreuve vous donnera l'humi-

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