I. Eccli., XXX
vice de Dieu. Ecoutez saint François de Sales, l'apôtre et le docteur de la piété aimable. Entendez-le recommander à sainte Jeanne de Chantai « de dilater son cœur, de ne point pointiller dans l'amour des vertus, mais d'y aller rondement, naïvement ». « Je crains, dit-il ailleurs, l'esprit de contrainte et de mélancolie, tant je veux, ma chère fille, que vous ayez un cœur large et tout à fait dilaté au chemin de Notre-Seigneur. »
Dès les premiers jours de ses relations avec Madame de Chantai, il s'est efforcé de bannir de son âme la tristesse. Le conseil d'être joyeuse, on peut dire qu'il remplit toutes les lettres du saint et habile directeur. « Vivez toute joyeuse et soyez généreuse ; Dieu que nous aimons et auquel nous sommes voués nous veut en cette sorte-là ». Et encore : « Vous ne voudriez pour rien au monde offenser Dieu ; n'est-ce pas assez pour être joyeuse ? » Quelquefois ce n'est qu'un mot dans les adieux d'une lettre : « soyons joyeux ! » D'autres
fois, il laisse courir sa plume ; « Tenez-vous joyeusement humble devant Dieu, et tenez-vous humblement joyeuse devant le monde ; si les hommes vous estiment, moquez-vous-en joyeusement ; s'ils ne vous estiment pas, consolez-vous joyeusement. »
C'est par ces sentiers de l'amour, de la confiance, de lajoie, de la dilatation du cœur que saint François de Sales conduisait cette âme ardente aux sacrifices héroïques, et aux œuvres incomparables de la piété.
Si vous voulez constater l'influence de cette direction sur les personnes qui entourent Jeanne de Chantai, écoutez le langage de ses domestiques : a Le premier conducteur de Madame ne la faisait prier que trois fois le jour, disaient-ils, et nous en étions tout ennuyés ; mais Monseigneur de Genève la fait prier à toutes les heures du jour et cela n'incommode personne ^ »