‹ La Troisime béatitudeChapitre 6 sur 91 · Maith , V.3 et suiv · texte numérisé non relu

Maith , V.3 et suiv

La douleur est la révélation de la vie future, la révélation de nos immortelles destinées. Si nous étions heureux ici-bas, si tout nous souriait sur cette terre, notre regard ne se lèverait plus vers le ciel où Dieu nous attend. Nos espérances ne dépasseraient pas les limites de ces jours si rapides et si sombres qui sont la vie de la terre et du temps.

Mais j'ai souffert : mon âme n'est pas faite pour ce qui passe et ce qui meurt, elle n'est pas rassasiée, et tous les bonheurs humains, toutes les joies terrestres ne font qu'y creuser des abimes plus vastes et plus profonds. J'ai une faim, j'ai une soif que rien ici-bas ne peut satisfaire. J'appelle de toutes les aspirations de mon cœur une lumière sans ombre, une beauté sans tache, des jours sans orage, des affections sans défaillance. J'ai souffert, j"ai pleuré, mais, je le sais, il y a par delà la mort, il y a par delà la tombe, un lieu d'éternel repos et d'éternelle union. Dieu ne

m'a pas condamné sans espoir à ces séparations déchirantes ; il ne m'a pas enfermé pour toujours dans cette atmosphère froide et sombre, dans ce cachot où je me sens à l'étroit. Il est infiniment bon. il n'a pas mis en moi ces désirs comme une torture qui renait toujours et que rien ici-bas ne peut apaiser. Cette vie est une marche, cette terre est un chemin, cette lumière est une aurore. Dieu ne m'a pas fait pour ces biens qui périssent, pour ces amitiés qui me désolent, pour ces mirages que je poursuis sans les atteindre jamais. 0 mon Dieu^ toutes ces luttes, toutes ces douleurs me font monter vers vous, elles me disent que je suis fait pour vous seul. J'ai besoin de repos. Eclairé par les déceptions cruelles, par le néant des créatures, je redis les paroles de Saint-Augustin : « 0 mon Dieu, mon cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il repose en vous ». C'est la grande révélation de la douleur.

La douleur n'est pas seulement une grande, une céleste révélation, elle est encore une divine et incomparable puissance. Ne vous étonnez pas : l'Evangile est plein de ces contradictions sublimes ; c'est là un des signes incontestables do sa divinité.

Elle est d'abord une grande puissance de préservation. Nous avons besoin d'être préservés, gardés par une bonté paternelle, car nous sommes faibles, et les périls nous environnent de toutes parts. Cette vie est un combat, et dans ce combat, bien des âmes périssent. Quelle puissance nous préservera de ces périls ? La prière, sans doute, la grâce de Dieu qui ne nous manque jamais, les enseignements salutaires tombés de la chaire chrétienne , et la parole intime du tribunal sacré, mais aussi la douleur. Combien de chrétiens égarés par le bonheur, par les succès,

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ont été ramenés à Dieu par la douleur ! Combien ont murmuré contre la Providence, ont maudit la main qui les frappait, et qui les frappait pour les sauver !

La douleur nous préserve parce qu'elle nous éclaire : nous l'avons vue illuminer notre chemin de divines clartés. Elle nous préserve des chutes et elle nous révèle les périls, elle nous montre les abîmes dans lesquels nous pourrions périr.

Mesdames, la douleur vous préserve des séductions du monde ; entre lui et vous, elle met comme une barrière et un rempart. Elle vous fait comprendre que le monde ne peut rien pour vous, qu'il vous trahit, qu'il vous déchire et que vous n'avez qu'un seul ami dont l'amour ne trompe jamais, le Maître infiniment bon qui a dit : « Venez à moi vous tous qui souffrez et qui êtes accablés, je vous consolerai et vous trouverez le repos de vos âmes *. »

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