‹ La Troisime béatitudeChapitre 7 sur 91 · Matth., XI · texte numérisé non relu

Matth., XI

N'est-il pas vrai qu'après avoir souffert, vous vous donnez plus sincèrement à Dieu, que les fêtes mondaines vous paraissent moins séduisantes, vos devoirs plus faciles et plus doux, que les tentations sont plus faibles, et que les combats dans lesquels vous auriez été vaincues, deviennent pour vous, par TefTicacité et la puissance de la douleur, de magnifiques victoires. Oui. souvent, après avoir souffert le murmure sur les lèvres et l'amertume dans le cœur, vous avez reconnu enfin la main miséricordieuse de Dieu et vous avez dit dans l'effusion de votre reconnaissance : « Je vous remercie, ô mon Dieu, de m'avoir fait souffrir parce que la douleur m'a préservée de l'abime où je serais tombée et qu'elle m'a ramenée à vous pour toujours. »

La douleur est une puissance d'expiation. Nous avons besoin d'expiation parce que nous sommes pécheurs. Nous avons répondu à la bonté de Dieu par l'ingratitude, nous avons changé ses bieHfaits

en outrages, nous avons repoussé les sollicitations de sa miséricorde, nous l'avons fui pour chercher notre bonheur dans les créatures. Comme l'enfant prodigue, nous avons abandonné les joies pures de la famille et de la maison paternelle, pour dissiper dans le péché les trésors divins de la grâce. Souvent, Mesdames, le souvenir de vos fautes vous poursuit et vous trouble, parfois vous désespérez de votre pardon. Vous regardez votre âme, votre vie écoulée et, malgré les assurances répétées de la miséricorde de Dieu qui pardonne au repentir, sa justice vous parait redoutable, vous tremblez à la pensée de ses jugements. Sans doute, nous devons satisfaire à la justice de Dieu, même lorsque nos fautes sont effacées par la contrition, par l'absolution du prêtre. La pénitence est nécessaire pour payer à Dieu notre dette, et la satisfaction sacramentelle qui nous est imposée au tribunal sacré est insuffisante ; oui, une fois encore, nous avons besoin d'expiation.

Mais cette puissance d'expiation, elle est près de vous, elle est en vous, c'est la puissance de vos douleurs. Pourquoi vous troubler en pensant aux mortifications héroïques des Saints qui portaient dans leur chair meurtrie les stigmates de Jésus crucifié ■? Dieu ne vous demande pas ces mortifications sanglantes. Vos épreuves, vos douleurs de chaque jour, offertes à sa justice avec un mouvement généreux du cœur, suffiraient à tout expier. Que de trésors précieux vous avez dans vos mains pour payer toutes vos dettes !

Vous désirez gagner des indulgences et vous avez raison, c'est un trésor admirable confié à l'autorité de l'Eglise et dans lequel notre faiblesse doit puiser avec confiance. Mais dans votre vie de chaque jour, vous avez des richesses que vous ne connaissez pas, vous avez un moyen puissant, infaillible de fermer devant vous les abîmes du purgatoire. Ces richesses, ce sont vos souffrances, vos luttes que Dieu seul connaît bien, ce trouble

même de votre conscience, ces défaillances de votre courage, ces épines de votre chemin, ces revers qui vous attristent, ces séparations qui vous désolent, ces sollicitudes qui ne vous laissent point de repos, ces perpétuelles anxiétés des âmes ardentes, ces oppositions des caractères qu'il faut subir, ces attaques injustes qu'il faut pardonner, tous ces regrets du passé, tous ces devoirs du présent, toutes ces prévisions sombres de l'avenir, cette mélancolie qui quelquefois vous saisit et enveloppe votre âme dans l'impuissance et dans la nuit. Ces richesses, ce sont enfin les croix si multipliées, si lourdes à porter, et que la Providence elle-même choisit. Quelle admirable, quelle abondante satisfaction vous pourriez offrir à la justice de Dieu ! Gomme votre conscience serait purifiée de ses moindres taches à la fin de chaque jour, de chaque année, au déclin de votre vie ! Quand la mort viendra, vous ne redouteriez même pas les flammes expia-

triées du purgatoire, parce que la douleur généreusement acceptée aurait été pour vous la plus puissante expiation. De votre lit funèbre, de cette vallée des larmes, vous iriez triomphante au sein de ce Dieu dont vous avez connu la bonté et satisfait la justice.

La douleur est une puissance de rédemption. Pour des chrétiennes qui ont dans leur cœur « le feu que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre et qui doit l'embraser tout entière* », ce n'est pas assez d'expier, elles doivent racheter et sauver. Il faut que la vérité, que la flamme de Tamour de Dieu rayonnent de l'âme et de la vie des femmes chrétiennes et qu'elles embrasent tous les cœurs qui touchent à leur cœur. 0 mères, ô épouses, ô chrétiennes qui aimez Jésus-Christ, combien d"âmes autour de vous, dans cette ville, ne connaissent

1. Ignem veni mittere in terram, etqiddvolo nisiiit accendatiir ? Luc, XII, 49.

pas Dieu ou l'oublient et le blasphèment! Que d'âmes à racheter et à sauver peut-être sous le toit qui vous abrite, tout auprès de vous, presque sur votre cœur !

Ce n'est pas seulement par la prière que vous les sauverez, c'est surtout par la douleur. Il y a, aux plus intimes profondeurs des choses humaines, une loi sans laquelle il est impossible de rien entendre à l'histoire de l'humanité, à la religion chrétienne et à l'œuvre de Jésus-Christ, une loi san3 laquelle il n'y a pas de société, pas de famille et de nation. Cette loi, c'est la solidarité.

« La solidarité, a dit un grand orateur, la solidarité, telle que le genre humain l'a toujours comprise, est une communauté de mérites et de démérites, de gloire et de honte entre des êtres liés par un principe d'unité '. » L'application de cette grande loi a perdu l'humanité sous les

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