‹ La Troisime béatitudeChapitre 75 sur 91 · Traité de l'amour de Dieu, Liv. VI. ch. I · texte numérisé non relu

Traité de l'amour de Dieu, Liv. VI. ch. I

2. Cardenas, De Charitate. — Jaugey, De Virtutibus infusis. De Charitate, cap. 2.

ne soit plus offensé, qu'il soit aimé, adoré et servi de tous, quand vous priez pour que « sa volonté soit faite, que son nom soit sanctifié, » vous faites des actes de charité parfaite. Un grand nombre de prières que vous récitez souvent expriment le même sentiment et formulent le même acte.

Je tiens à vous dire encore pour votre consolation et pour vous faire comprendre la valeur de la dévotion du chemin de la Croix, que l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ crucifié arrive très facilement à la perfection de la charité, et le repentir que nous inspirent ses souffrances et sa mort à la contrition parfaite.

Ce serait une erreur de croire que la charité parfaite exclut le désir de notre bonheur éternel. Il est vrai, si le désir de ce bonheur est le motif de notre amour, nous n'avons que la charité imparfaite ; mais la bonté et la perfection de Dieu considéré en lui-même, qui sont le motif pour lequel nous l'aimons d'une charité parfaite, peu-

vent nous déterminer à l'aimer sans exclure le désir de notre bonheur, qui est le motif de la charité imparfaite, puisque notre bonheur n'est opposé en rien à la bonté et à cette perfection de Dieu. Bien plus, l'acte de charité parfaite peut produire l'acte de charité imparfaite : car la bonté et la perfection divines sont le principe et la source du bonheur que nous désirons, et d'autre part, l'acte de charité imparfaite nous conduit à l'acte de charité parfaite, car il est le moyen le plus puissant d'obtenir le bonheur éternel

Nous pouvons aussi aimer Dieu comme notre bien et la source de notre béatitude, non pas précisément parce qu'il est notre bien et qu'il nous rendra heureux, mais parce qu'il est le trésor infini de tous les biens, la perfection suprême, source de toute perfection et de tout vrai bonheur, et alors nous faisons un acte de charité parfaite.

DIXIÈME CONFÉBENCE 317

La reconnaissance pour les bienfaits de Dieu nous conduit encore à cette charité. Quand nous • avons bien compris l'étendue et le prix des bienfaits qui nous ont été accordés, nous aimons notre bienfaiteur pour sa bonté, nous attachant à luimême, et nous allons ainsi à la charité parfaite ^

1. Citons ces paroles de saint Alphonse de Liguori : II On demande si le désir de posséder Dieu est l'objet de la charité, et nous répondrons affirmativement, parce que la charité, comme nous l'avons dit, tend à Dieu ainsi qu'à notre fin dernière et que, par conséquent, le désir de posséder Dieu qui est notre fin dernière est l'objet propre de la chariléet même un acte plus parfait que les autres, car la possession de Dieu est la consommation de la charité. D'où il résulte que l'Apôtre a fait un acte parfait de charité quand il a dit : « Je désire être dégagé des liens du corps et être avec Jésus-Christ. » (Philip., I, 23.) C'est l'enseignement formel de saint Augustin quand il écrit : « J'appelle charité le mouvement de l'àme pour jouir de Dieu à cause de lui-même, m L'on ne peut objecter qu'ainsi l'objet delà charité serait le même que rol)jet de l'espérance qui est également la possession de Dieu désiré, car Habert (tom.3 De Spe., cap. 2, q. 2) répond que l'espérance tend à posséder Dieu comme notre bien, mais la charilé désire posséder Dieu pour sa gloire»

Cette voie de la reconnaissance conduisant à l'amour parfait, est indiquée presque constamment dans les Saintes-Ecritures.

Si je ne me trompe, la première partie de ma démonstration est clairement établie. Les actes de charité parfaite sont, non seulement possibles, mais faciles pour vous et pour les pieux chrétiens, et vous les avez faits souvent sans soupçonner leur perfection.

J'ai beaucoup insisté, Mesdames, sur la possibilité et la facilité de l'acte de charité parfaite, et vous avez saisi l'importance de cette démonstration. Déjà, elle a apporté à vos âmes, avec de nouvelles lumières, des consolations et des espérances.

selon ces paroles de saint Bernard : « Quand l'homme possède Dieu, il s'oublie lui-même et aime Dieu de toutes ses forces. » (Théolog-. moral. Lib. II, tract. 2, num. ^4.)

Mais il faut que nous allions plus loin et que vous connaissiez les effets admirables de la charité.

La charité doit avoir des effets supérieurs aux effets de toutes les autres vertus. Elle est la première, la plus belle, la plus puissante de toutes les vertus. « Aimer Dieu, a dit l'adorable Maître, est le premier et le plus grand des commandemenls.' « « La charité, nous enseigne saint Paul, est la fin de la loi-, le lien de la perfection ^. » Maintenant, la foi, l'espérance et la charité subsistent, mais la plus grande des trois est la charité''.»

Elle est une véritable amitié qui nous unit intimement à Dieu, selon ces paroles de Notre Seigneur Jésus-Christ : « Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis.^ »

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