‹ La Troisime béatitudeChapitre 84 sur 91 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

^^^°^'ai détaché de l'ouvrage que je publie sur la Vie chrétienne ou la ne diiinc dans l'homme le dernier chapitre qui gardera dans cet ouvrage son premier titre : De la vie éternelle, couronnement de la vie chrétienne, pour le publier à part en un petit volume auquel je donne ce titre qui en indique plus clairement la portée et le but : Le dofjme des grandes consolations et la réunion dans le bonheur éternel.

Je demande à Dieu de bénir ce petit traité qui, sous la forme de lettre pastorale, a éclairé et consolé bien fies âmes et qui m'a été demandé depuis lors si souvent et avec tant d'instance. Ou'il répande un baume divin sur les plus cruelles blessures des cœurs ! (Ju'il apprenne à transformer, à sanctifier la douleur et à en

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faire le moyeu sans ép:al d'obtenir les joies célestes ! Que par la ferme espérance des visions, de l'amour, des joies, de la beauté, de la puissance, de la gloire des élus, des privilèges des corps ressuscites et des chants (kl ciel, par la certitude de retrouver dans une union sans ombres et sans tin, dans un ravissement éternel ceux que nous pleurons, il apporte aux séparations les plus déchirantes les seules grandes, les seules vraies consolations !

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RÉUNION DANS LE HONHEl [{ ÉTERNEL

LK BONHEIR DL" CIKL (il LA ME ETEHNELLE EST LE COURONNEMENT DE LA VIE CHliÉTIENNE.

»r^V'^/l'^ ^"'*^ éternelle est raelièvement i^lorieux et le ÂÎT"*^ couronneinent de la vie chrétienne. Une vie ^îa^<.i supérieure, |)leine, parfaite, heureuse, doit succéder à la vie incomplète, troublée, douloureuse, imparfaite de cette terre. C'est la vie (|ue nous attendons. (|ue nous espérons ; c'est un doiiine de foi : « Je crois la vie éternelle : Credo vitam (Vternam »>.

La terre est le lieu de l'exil, des combats, des ténèbres et des douleurs. Là-haut est la patrie, la terre des révélations splendides, du repos et du bonheur ; c'est « la terre des vivants où nous verrons Dieu : Videbo bona Dominiin terra viventium » (1).

Lafélicitéet la vie ne nous seront plus données comme i^outte à goutte, mais elles tomberont dans nos âmes à tlots pressés ; car là-haut, où Dieu habite et se dévoilera à nos regards ravis, est la source même de la vie : Torrente voluptatis tuœ potabis eos, quoniam apud te est fans vitœ (2).

Cette vie jaillira du trône de Dieu et s'étendra comme un fleuve vivant, splendide, éternellement resplendissant sous les rayons des visions et des ardeurs célestes (3).

Cette vie est le couronnement de la vie présente ; elle est elle-même, dans le langage de nos Livres saints, (( une couronne de vie : Dabo tibi coronam vitœ » (4) ; elle est une couronne, parce qu'elle est la fin, le suprême

(1) Psalm., XXVI, 13.

(2) Psalm.; XXXV, 9, 10.

(.3;) Et ostendit wihi fluviuni aquœ rita> aplendidnm tanquam cry^tullum procedentem de sede Dei et Àfjni (Apoc, .XXII, i). (4) Apoc, II, 10.

sommet de la vie chrétienne et aussi une récompense. « Bienheureux, dit l'apôtre saint Jacques, celui qui a soufïert la tentation ; parce qu'il a été éprouvé, il recevra la couronne de vie que Dieu a promise k ceux qui l'aiment » (1) ; et le Psalmiste nous enseigne que « Dieu nous couronne dans la miséricorde et comble nos désirs par l'ensemble de tous les biens » (2). « Quand le Prince des pasteurs apparaîtra, dit l'apôtre saint Pierre, vous recevrez une couronne immortelle de gloire » (3).

La grâce qui est le principe de la vie chrétienne est la vie éternelle commencée et la vie éternelle est l'achèvement et le terme de la grâce. « A présent, alTranchis du péché, écrit saint Paul aux Romains, vous êtes devenus les serviteurs de Dieu, vous obtenez la récompense dans la sanctitication, mais le terme est la vie éternelle. La solde du péché, c'est la mort ; mais la grâce de Dieu est la vie éternelle dans le Christ Jésus Notre- Seigneur » (4).

La vie chrétienne est la vie dirigée vers Jésus-Christ «lans la fidélité à sa doctrine, dans la voie de son amour

(1) Jacob., I, 12.

(2) Fsalm. Cil, 4, 6.

(3) I Petr., V, 4.

(4) Rom., VI, 22,23.

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et raccoini)lisseinent de ses commandeinents, mais vers Jésus Christ glorifié, triomphant dans cette patrie céleste où il est allé nous préparer une place ( l\ où il veut que nous voyions la gloire qui lui vient de son Père (2).

« Les justes iront à la vie éternelle : Ilnint justi in vitam (Vternam » 3) : voilà la lin, la récompense de la justice, de la sainteté, de la vie chrétienne. C'est vers ces sommets célestes que nous devons nous élever par nos efforts et nos sacrifices. « Si vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, dit saint Paul, cherchez tout ce qui est en haut, où Jésus Christ est à la droite de son Père ; goûtez ce qui est en haut, et non pas ce qui est sur la terre » (4).

Toute la doctrine catholique sur l'union avec Jésus- Christ, sur la nécessité du travail de la perfection et du progrès de la vie chrétienne démontre que cette vie s'achève au ciel. La ressemblance avec Dieu, la déification du chrétien est ici-bas une œuvre ébauchée et qui attend une communication incomjiarable des dons divins, une participation suprême de la beauté et de la puissance divines.

(1) Joann., XIV, 2.

(2) iftK/., XVII, 24.

(3) Matth., XXV, ifi.

(4) Coloss., III. 1, 2.

DES (;i{.\.\I)i:S CONSOLATIONS 1>

Les aspirations de notre nature développées, agrau dies. élevées par les dons surnaturels appellent et réclament cette vie heureuse, intarissable, éternelle. Les âmes les plus nobles, les plus généreuses, les |)lus saintes, ont des élans plus ardents vers la grandeur et la gloire promises. Elles ont, plus que les autres, la nostalgie de la patrie céleste et la soif de ce qui est beau, éternel, inliiii. Ln religion chrétienne, par tout l'ensemble de se> dogmes et de ses lois, par l'influence de son culte, par les ardeurs de ses prières, nous rappelle cette vie éternelle et nous y conduit.

D'ailleurs, qu'est-ce ([ue la vie présente sans le ciel ? un travail sans repos, un exil sans retour, des terreurs sans espoir, un chemin désolé qui conduit au néant. Qu'est ce (|ue la vie présente? quelques gouttes de joie et des torrents de douleurs, la victoire de l'erreur et du mal, l'écrasement des faibles, l'injustice acclamée, le vice triomphant, le défi porté à tout ce qu'il y a, dans l'homme, de juste, de noble et d'élevé. Sans le ciel, le devoir est une chimère, la vertu une duperie, le sacrifice une folie. Et tout cela serait l'œuvre de Dieu ?

Mais que lui a-t-il donc manqué pour faire une œuvre moins imparfaite et moins cruelle? La sagesse? la bonté ? la puissance ? Non ; c'est impossible.

Admettez le ciel et tout cet effroyable mystère s'éclaire des rayons d'en haut. Cette terre est le lieu de l'épreuve avant la récompense magnilique, éternelle ; toutes les douleurs seront consolées, toutes les larmes seront essuyées ; le degré de la vision et de la félicité répondra au degré de la souffrance et du sacrifice. La vie éternelle sera l'éternel triomphe de la sagesse, de la justice et de la bonté de Dieu. Oui, « je crois à la vie éternelle : Credo vitam œternam >).

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