LA VISION BÉATIFIQUE
Nous voulons voir et savoir. La lumière est la vie de notre intelligence ; quand elle ne possède pas cette lumière, elle souffre, elle s'abaisse, elle s'amoindrit et s'éteint. L'àme qui n'est pas absolument ensevelie dans la chair et les sens et descendue aux dernières limites de la dégradation jouit de la vérité qui lui est révélée. Elle en réclame une plus large part ; elle veut aller plus haut et plus loin dans la lumière; elle a une soif plus ardente de connaître et de savoir.
Une fois encore, nous sommes faits pour le grand jour ; les ténèbres et les ombres pèsent sur nous, elles sont un supplice et une honte.
Tous les siècles, tous les peuples qui n'habitent pas les bas fonds de la barbarie, ont salué de leur admiration les savants et les saj^es. Ils leur ont élevé des monuments et parfois des autels. Plus que tout autre, notre siècle a cette ambition de savoir ; elle l'entraîne jusqu'à l'exagération. 11 croit que, pour un peuple, la force et la grandeur morale, la prospérité et jusqu'à la puissance des armes dépendent du degré d'instruction de la foule.
Et pourtant, que savons nous? que sait la multitude immense qui fait le fond de l'humanité ? quelle science, quelle doctrine, quelle lumière possède-t-elle ? Est-ce que la très grande majorité des hommes a les facultés, les moyens et les loisirs nécessaires pour acquérir la vérité ?
Les efforts prodigieux réalisés en notre temps pour développer l'in.struction dans le peuple ont-ils obtenu un réel succès? Ont-ils multiplié les hommes possédant même les premiers éléments des connais sances humaines? Les statistiques affirment, au contraire, que dans notre pays le nombre des illettrés est plus grand qu'il y a quinze ou vingt ans.
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Piirini ceux qui arrivent à une certaine somme des connaissances iiumaines, combien en est il qui les développent ou les conservent? Presque tous n'abandonnentils pas toute étude pour s'adonner aux spéculations de la fortune, aux etîorts de l'ambition, aux travaux absorbants d'une carrière, ou bien aux jouissances et aux plaisirs? Les âmes d'élite possédées de l'ardeur de savoir, consacrant leur vie entière à d'incessants et admirables labeurs, aux progrès et aux conquêtes delà science, sontelles satisfaites? Cette science superbe de nos jours, (|ui avait annoncé avec tant d'éclat son infaillible triomi)he, la solution des plus difficiles problèmes, sa victoire sur toutes les relii^ions convaincues d'impuissance, n'a-t-elle pas abouti à de réelles faillites ?
Le vrai savant, l'homme de génie dans les arts comme dans les sciences, n'ont ils pas plus que tout autre au fond du cœur l'ardent désir de voir plus haut et plus loin et de posséder l'idéal de vérité et de beauté qu'ils ne peuvent qu'entrevoir ici-bas ?
La foi elle même avec ses révélations, l'ensemble magnilique de ses dogmes, la solution qu'elle propose à tous les problèmes ([ui déconcertent la raison et la science, la loi ne nous sufTit pas. Elle a son imperfection, ses ombres et ses combats ; elle est, selon le lan-
j;iiye (le saiiil Paul, la révélation de ce (jue nous ne voyons pas, le fondement de ce que nous espérons et (|ue nous ne possédons point encore (1). Mais au ciel, la i)éatitude éternellenous donnera, dans les splendeurs de la vision, la science parfaite. Ecoutons la |)arole de Dieu lui-même, et ce qu'il nous apprend de cette vision, principe de la béatitude et de la vie éternelles.
« Je serai rassassié, s'écrie le Psalmiste, quand votre gloire m'ap])araîtra » (2». Cette jiloire, c'est Dieu luimême, c'est sa beauté, sa majesté, sa splendeur, se dévoilant aux regards des Bienheureux et satisfaisant fous leurs désirs. Cette révélation céleste de Dieu est le salut, la récompense, le triomphe éternels des Saints : « Montrez nous votre face. Seigneur, dit encore le Psal miste, et nous serons sauvés » (3). Et ailleurs : « Les élus seront enivrés de l'abondance de votre maison, ô mon Dieu, vous les ferez boire au torrent de votre félicité, car vous êtes la source de la vie et dans votre lumière nous verrons la lumière » (i).
(1) Est autem fuies spprandnrxtm substantiii rrrxin, nrguiiientuni non apparentiiini (Hcbr., XI, 1).
(2) Psalm.. XVI, i:i.
(3) Ibiil., LXXIX, 4.
(4) IbifL, XXXV, il.
L'abondance, dans ce temple éternel de Dieu, ce sont les flots de sa propre félicité et de sa vie qui, pareils au torrent qui bondit des hautes cimes, rempliront l'âme des élus avec la lumière qui est Dieu lui-même.
La vision de Dieu sera, dans le ciel, la récompense de la pureté et de la charité : (( Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu » (1), disait l'adorable Maître ; et encore : (( Celui qui m'aimera sera aimé par mon Père, et je l'aimerai et je me manifesterai à lui » (2).
La vie éternelle commencée ici-bas par la foi s'achèvera dans la connaissance parfaite et par conséquent dans la vision sans ombre et sans voile du vrai Dieu et du Fils qu'il nous a envoyé : Hœc est vita œterna ut cognoscant te solum Deum verum et quem misisti Jesum Christnm » (3).
(( Mes bien-aimés, écrivait l'apôtre saint Jean à ses disciples, nous sommes maintenant les fils de Dieu, mais ce que nous serons n'apparaît point encore ; nous savons, en elïet, que lorsque Dieu nous apparaîtra, nous
(l)Matth., V, 8.
(2) Joann., XIV, 21.
(3) Ibid., XVII, 3.
serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est » (1).
Cette vision de Dieu sera la vision non plus dans le miroir toujours obscur et imparfait des créatures et de la foi, mais dans le face à face de la vie éternelle : « Vidimus nunc per spéculum et in œnigmate, tune autem facie ad faciem » (2).
Mais que verrons nous ?
Quand nos âmes appelées à la gloire et à la vie éternelle franchiront le seuil de la Jérusalem céleste, pareille au vent qui écarte tout à coup les nuages devant le soleil resplendissant, la main miséricordieuse de Dieu écartera tous les voiles et toutes les ombres pour faire apparaître sa perfection et sa beauté à nos âmes illuminées et ravies.
Nous verrons l'essence de Dieu, et avec elle et en elle toutes les perfections divines ; nous verrons la source infinie de la bonté, de la sagesse, de la toute puissance, de la béatitude. Nous verrons l'infinité de l'essence divine, l'immensité de sa grandeur, l'étendue sans limites de son éternité, l'abîme de ses desseins, la sublimité de
(1) I Joann., III, 2.
(21 I Cor., XIII, 12.
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sa majesté, la gloire de son troue. Nous verrons la puissance qui a tout créé, la saijesse qui a mis partout l'ordre et riiarmonie, la bonté ([ui a tout donné et qui attire tout à elle, la justice qui punit et la miséricorde qui |)ardoune.
Nous pénétrerons la profondeur des mystères, nous verrons la trinité des personnes dans l'unité parfaite de la nature divine. Nous verrons comment le Père engendre le Fils, son Verbe substantiel, sans que le Fils se sépare du Père, et le Saint-Esprit procédant de l'un et de l'autre comme l'amour qui les unit. Nous saurons comment le Fils de Dieu a pris la nature humaine pour devenir notre frère et notre Rédempteur, comment Dieu est vraiment homme, comment Jésus-Christ estvraiment Dieu. Nous connaîtrons la valeur, le prix du sang et de la mort du Fils de Dieu et du rachat de l'humanité perdue. Nous contemplerons l'efficacité merveilleuse et toute-puissante de la Rédemption; nous verrons le sang du Calvaire baigner et purifier les générations humaines les astres et les mondes (1). Les desseins secrets de la miséricorde de Dieu sur nous et sur tous les hommes
(1) Terra, pontuft, astra, luundus,
Quo luvaxtur flumine iDom. Pass., Hymn. ad Laud.)
DES GilANDES CONSOLATIONS 17
nous seront révélés pour notre admiration et notre éternelle reconnaissance.
Nous verrons Dieu tout entier ; nous ne le verrons pas totalement. S'il est permis de se servir de ces ternies, nous verrons son infinité, mais nous ne le verrons pas inlinimeut. En edet, nous ne pourrons voir ce qu'est Dieu, ou Dieu tel qu'il est, sans voir son infinité qui n'est autre que sa perfection essentielle, et par conséquent sans voir ce qu'elle est. De plus, cette vision est nécessaire à la béatitude des élus, parce qu'ils ne peuvent être rassasiés que par le bien infini. Mais ils ne voient pas Dieu et son infinité infiniment et totalement ou tout entière, c'est à-dire tout ce qui est en Dieu ou tout ce qu'est Dieu, car cette vision de Dieu par l'intelli gence humaine est finie comme l'essence même de cette intelligence (1).
Les miracles sans nombre et les mystères de l'Eucha. ristie nous seront manifestés, ainsi que les mystères de la justification, de la grâce et de la gloire.
Nos regards ravis contempleront les splendeurs de la cour céleste, les chœurs des Anges, les phalanges des
(1) s. Thomas, 1» p., qunsl. XII, art. 7 ot 8. — Suarez : Dedivina Subatontia et ejus attributis, lil). II, cap. XII, n. 17.
élus, les âmes grandes, nobles, pures, héroïques des Saints, leur nombre, leurs combats, leurs vertus, leurs mérites, leur dignité et leur gloire. Nous verrons l'action de Dieu dans tous les événements de leur vie et de notre vie.
Quel spectacle ! quel tressaillement d'allégresse dans cette contemplation des âmes purifiées, transfigurées en la beauté de Dieu, éblouissantes de vertus, de lumière et de gloire ! « Si on pouvait voir une âme, on ne pourrait plus regarder autre chose », disait sainte Thérèse. Quel spectacle otïriront les âmes ornées delà grâce sanctifiante, arrivées à la suprême perfection, élevées à une sublime ressemblance avec Dieu, toutes pénétrées de la gloire et de la vie divines ! Avec quel ravissement nous contemplerons la Vierge immaculée. Mère de Dieu, Reine de la terre et du ciel, des Archanges et des Séraphins !
Devant la révélation de la justice divine, des supplices éternels des damnés, du nombre, de l'obstination et du désespoir des Anges déchus, les élus se réjouissent d'avoir échappé à l'enfer; ils remercient Dieu, admirent et chantent sa justice.
Les élus connaissent les actes, les pensées de ceux qui sont encore sur cette terre, dans la mesure où cette
connaissance convient à leur état et à leurs légitimes désirs. Cette connaissance est nécessaire à leur béatitude et par conséquent à la perfection de leur vision (l .
Ils connaissent les vœux et les prières qui leur sont adressés. La pratique de l'Église de leur adresser des supplications démontre qu'elles arrivent jusqu'à eu.x. D'après les mêmes principes et dans la mesure que nous venons d'indiquer, ils connaissent les actes, les pensées et les désirs de ceux qui leur étaient unis sur cette terre par les liens du sang, de l'amitié et de la reconnaissance, de ceux qui dirigent vers eux les témoignages de leur fidélité, de leurs regrets et de leur espérance (2).
Quelle consolation dans les séparations déchirantes de la mort ! Les êtres si chers qui nous ont quittés et que leurs vertus ou nos prières ont conduits au séjour de la félicité et de la gloire ne nous ont point oubliés; leur amour pour nous s'est purifié et agrandi au sein de la divine perfection et au contact du cœur de Dieu. Ils nous aiment plus f|ue jamais, ils nous voient, ils veillent sur nous et nous protègent. La mère protège encore,
(1) Suarez, De divina Subsldiitid, lib. II, cap. \\I.\, n. li et i:i.
(2) Suarez, ibid., n" 16. — u Les élus, dit Lessius, connaissent beaucoup d'f^vénemonfs futurs qui concernent leur famille, leurs amis et leurs ennemis d il)t' siniinio Boiin^Uh. II, cap. N, n^ Gii.;.
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dans les inspirations de sa tendresse, les enfants qu'elle a laissés orphelins ; elle i)rie pour eux avec une ferveur et une puissance que son amour encore imparfait ne l)ouvait atteindre sur cette terre. Que dis-je ? Ceux que nous pleurons nous voient dans une lumière plus haute, avec des regards plus pénétrants. Rien dans notre vie, rien de nos joies, de nos épreuves et de nos espérances n'échappe à leur céleste vision, à leur sollicitude et à leur amour.
Quand la mort nous unira à ceux que nous avons tant j)leurés, nous les retrouverons dans la paix, dans la gloire, dans la lumière éternelle; nous lirons jusqu'au fond de leurs âmes, de leurs cœurs, et la parole du ciel, supérieure en douceur et en puissance à toutes les paroles de cette terre, resserrera dans des colloques éternels des liens plus précieux et plus chers que jamais. (( Que craignez-vous ? dit saint Augustin. A présent, vous cachez vos pensées, vous avez peur qu'on les connaisse ; c'est peut-être {|ue vous avez dans l'esprit des choses mauvaises, honteuses ou vaines. Mais là, il n'y aura au cœur rien que de bon, rien que d'honnête, rien (jue de pur, rien que de vrai. Comme ici-bas vous montrez votre visage, ainsi vous voudrez alors qu'on vous voie la conscience. Et là, mes hien-aimés, nous
I>i:s (iUANDK.S CONSOLATIONS 2!
nous connaîtrons tous. Pensez-vous que vous m'y connaîtrez, i)arco (fue vous m'avez connu ici, et ((uc vous ne connaîtrez pas mon père parce que vous ne l'avez pas connu ?.... Non. vous connaîtrez tous les élus (le Dieu. Et ce n'est pas au.\ traits du visage qu'on se connaiti'a, mais dans une lumièi"e incomparablement
supérieure FMeins de Dieu, ils verront divinement
iHrine ridehinit. (juaiido Deo plein erunt » (1).
Que dirons-nous encore? Tous les desseins de la Providence sur les hommes, les peuples et les empires, dès l'origine du monde jusqu'à son dernier jour, toutes les vicissitudes de l'histoire, tous les mouvements des générations et des siècles sont comme un livre ouvert devant les regards des élus.
L'univers enfin, la création matérielle, avec ses causes, ses phénomènes, ses substances et ses lois leur seront découverts. Depuis l'insecte imperceptible jusqu'au lion du désert, depuis le brin d'herbe et le grain de jioussière que le vent emporte jusqu'à l'astre resplendissant, depuis le monde des intiniment petits (pii échappe aux recherches de la science jusqu'aux armées
(1) S. August., Serm. 243.
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des soleils que ne peuvent atteindre les instruments les plus puissants, rien n'échajjpe à leurs regards.
Les élus contempleront, dans leur origine et dans leur lin dernière , dans leur constitution , leurs évolutions et leurs lois, tous les astres qui peuplent l'espace.
Que sont les cent millions d'étoiles découvertes jusqu'à ce jour par la science ? Quels millions et millions de mondes au-delà des limites devant lesquelles s'arrête cette science éperdue ! Le soleil n'est qu'un des moindres grains brillants de cette poussière étincelante appelée la voie lactée. La voie lactée elle-même, qu'est elle sinon un petit groupe comme perdu dans l'immensité, un archipel en marche et allant avec d'autres archipels de lumière vers le port où la main de Dieu conduit cette tlotte innombrable? Un jour, les mondes et les astres transfigurés apparaîtront plus beaux et plus resplendissants encore aux regards des élus.
Cette science immense jaillit de la pensée et de la sagesse même de Dieu pour illuminer l'intelligence des Bienheureux. Ils voient l'ensemble des êtres créés dans leur cause qui est Dieu. L'essence divine leur apparaît comme une lumière immense, parfaite, infinie, qui enveloppe et pénètre l'univers entier. Ils voient
ruuivers dépendre de cette cause première par une triple relation : par l'acte de la création, par l'ordre et l'harmonie qui dirigent tous les êtres, et par la souveraine domination qui soumet tout à Dieu et manifeste sa puissance et sa gloire.
Les êtres et les événements qui ont existé ou qui existeront dans l'avenir et qui dépendent, dans un ordre régulier et nécessaire, des causes créées, les élus les connaissent dans ces causes. Les êtres et les événements qui dépendent de la libre volonté des Anges ou des hommes, ils les connaissent par une claire et éclatante révélation, semblable à celle qui éclaira Moïse pour décrire les merveilles de la création et des premiers jours du monde (1). Selon d'illustres théologiens, les élus ne connaissent pas ordinairement et régulièrement les événements futurs avant qu'ils se réalisent, à moins que cette connaissance ne soit nécessaire pour secourir ceux qui luttent encore ici-bas, ou pour accomplir les vues de la providence et de la bonté divines. De même il est peu probable qu'ils connaissent, dès le principe de leur béatitude, les vœux et les prières qui leur seront adressés. Il suffit, en effet, qu'ils les
(1) Lessius, De t^itinitin Dnno, Hb. II, cap. X, n. 78, 79.
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connaissent (|uand ces vœux et ces prières montent jusqu'à eux (1).
Cette science des Bienheureux, sans doute, n'est jjas infinie ; elle ne peut l'être dans des intelligences Unies ; mais sur tout ce qu'ils doivent connaître selon le degré de leurs mérites et les vues de la Providence, sur tous les êtres qu'embrasse cette science, sur le trésor immense des vérités qu'elle saisit, la lumière divine laisse tomber des rayons sans ombres qui satisfont et rassasient toutes les Ames (2).
Le ciel est l'océan des splendeurs au sein duquel les âmes ne s'arrêtent jamais. Le ciel est cette mer étincelante comme le cristal devant le trône de Dieu, dont parle saint Jean dans ses célestes visions : Et in conspectu sedis tanqiiam maremtreum similecriisiallo (IH). Cette mer jaillit du trône même de l'Agneau divin en des flots de vie et d'immorJ:alité (4).
(1) Lessius, De summo Bonn, lib. II, c. X, n. 67. Cependant Suarez (De dirina Suhstantia, lib. H, c. X, n. 17 et alibii enseigne que tout est connu par les élus en même temps, parce «lu'il ne peut pas y avoir, dans leur vi.sion, succession et par conséiiuentchanj^ement.
(2) Satiubor cuin apparuerit glnrid tua (Psalm. XVI, 15).
(3) Apec, IV, ().
(4! Ibid., XXII, 1.
l)i:S GIIAXDES CONSOLATIONS 2o
Cette scieuce des élus u'est pas successive, acquise par retïorf et la démoustration même la plus certaine et la plus rapide ; non, elle est la vision simple, uni(|ue, pénétrante, infaillible, éternelle, qui saisit d'un seul regard tout ce qu'elle doit connaître (1).
Tout ce c[u'il y a d'imperfection dans la connaissance et la science humaine disparaîtra devant les rayons de cette vision céleste comme de légères nuées devant les ardeurs du soleil. Dans le ciel, plus de tâtonnements douloureux, de recherches laborieuses, plus d'obscurité et de confusion, mais la domination souveraine et totale de la vérité. La science humaine aussi bien que les illuminations du génie disparaîtront dans la lumière du Dieu des sciences et dans la splendeur du Verbe divin qui accorde ici-bas au génie une étincelle de sa sagesse éternelle. Comment et pourciuoi la science humaine subsisterait elle tandis que la foi s'arrêtera au seuil de la Jérusalem céleste? En elïet, la foi qui est l'argument, la démonstration de ce qui est caché : Argumentum non apparentium (2), s'évanouira dans le face à face de l'éternité et dans la lumière supérieure de la gloire.
(1) s. Thomas, 1' •>'••, qu;pst . III, art. 2. — I-> p., tiinesl. .\, art. i). — S. .\uu:iistin, De Trinitnte, lib. XV, cap. 10. •:>) Hobr., \l, 1.
C'est J'enseignenient de saint Paul : « Alors, dit-il, toute science sera détruite : Scientia destruetnr, car ce que nous possédons maintenant par la science et la révélation est imparfait, mais lorsque ce qui est parfait nous sera donné, tout ce qui est imparfait sera détruit. Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir et dans des éniymes, mais alors nous verrons face à face. Je ne connais maintenant qu'imparfaitement, mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1).
Mais comment les élus peuvent-ils contempler Dieu face à face et dans son essence infinie ?
(( L'essence divine, dit saint Thomas d'Aquin, est en dehors de la faculté de l'intelligence créée parce qu'elle en dépasse la puissance, comme, parmi les choses sensibles, il en est qui, à cause de leur excellence, sont au-dessus de la puissance des sens. Il faut donc que cette intelligence soit fortifiée par .une lumière divine pour qu'elle puisse voir l'essence de Dieu » (2).
Cette connaissance intuitive de Dieu est surnaturelle, c'est à-dire infiniment au-dessus des exigences et des forces de toute nature créée et possible.
(1) I. Cor. XIII, 8 et seq.
(2) Contra gentea, lib. III, cap. 54.
Lue lumière et une puissance spéciales sont nécessaires pour cette vision, de même que la grâce surnaturelle est nécessaire pour les actes de la foi et des autres vertus chrétiennes. Quelles que soient la clarté et la perfection avec lesquelles nous sont proposées les vérités révélées, notre intelligence ne peut leur donner l'assentiment de la foi, si elle n'est élevée et fortifiée par la vertu de la foi et par la grâce. Ainsi, la vision directe, intuitive de Dieu, acte bien supérieur à tous les actes des vertus chrétiennes, exige une puissance et une lumière supérieures ; c'est la lumière de la gloire.
Le Concile de Vienne enseigne que (( l'âme des Bienheureux est éclairée des lumières de la gloire qui rélèvent afin qu'elle puisse voir Dieu et jouir de lui )) (1).
Cette lumière peut être définie une qualité ou habitude surnaturelle accordée par Dieu à l'intelligence et qui la rend capable de la vision intuitive de Dieu (2).
Cette lumière est une irradiation, une participation de la lumière par laquelle Dieu se voit lui même et par
(t) Frop. V. Bejiuarfl. damnata.
[2] Suarez, De Dpo, lib. Il, cap. â.