LES CORPS RESSUSCITES
Nous n'avons pas à démontrer ici le dogme de la résurrection des corps, dogme établi par les saintes
(1) s. Thomas, Supplem., q. 86, art. o et 0.
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Ecritures dans l'ancien et le nouveau Testament, jtar la tradition et l'enseignement de l'Eglise et conlirmé par les raisons de possibilité et de convenance exposées avec une grande éloquence par les Pères de l'Eglise, les Docteurs et les apologistes.
Saint Paul nous apprend que Jésus -Christ est le modèle de notre gloire future, non seulement au point de vue des dons accordés à nos âmes, mais dans la résurrection et la gloire accordées à nos corps. « Pour nous, écrit-il aux Philippiens, notre conversation est dans le ciel, et c'est de là aussi que nous attendons le Sauveur, Notre Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps, tout vil et abject qu'il est, et le rendra semblable à son corps glorieux, par l'opération de cette puissance par laquelle il peut s'assujettir toutes choses » (1).
Mais quelles sont les qualités du corps glorieux de Notre Seigneur Jésus-Christ auxquelles participeront nos corps ressuscites ? Saint Paul nous l'apprend encore : « Le corps, dit-il, comme une semence, est maiutenant mis en terre, plein de corruption, et il ressuscitera incorruptible (c'est l'impassibilité) ; il est
(D Philipp., 111,20.21.
semé dans l'ignominie , il ressuscitera dans la gloire (c'est la clarté glorieuse) ; il est semé dans l'infirmité, il ressuscitera dans la force (c'est l'agilité) ; il est semé corps animal, il ressuscitera corps spirituel (c'est la subtilité) » (1).
Impassibles, lumineux, agiles et subtils, nos corps ressuscites participeront à l'élévation surnaturelle des âmes et ils seront, eux aussi, heureux et glorieux. N'estil pas juste, en effet, que le corps, qui a pris part à tous les combats de l'âme, qui a été dompté et dirigé par les vertus chrétiennes, qui a souffert, qui a ajouté aux mérites de l'âme pour la vie éternelle, partage la récompense et la gloire accordées à l'âme ? N'est-il pas juste que l'homme composé de l'âme et du corps triomphe tout entier dans les félicités du ciel, comme il est puni tout entier dans les supplices de l'enfer ?
L'impassi bilité préservera les corps ressuscites de toute blessure, de toute atteinte des choses créées et de toute corruption. La clarté glorieuse les rendra dignes d'être le séjour et l'instrument transfiguré de l'âme béatifiée.
L'agilité et la subtilité les soumettront avec une perfection absolue à tous les ordres et à tous les
(1)1 Cor., XV, 42 etseq.
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mouvements de l'a me, comme si eux mêmes étaient devenus des esprits. Par la subtilité, les corps glorifiés pénétreront les autres corps comme les rayons de la lumière pénètrent le cristal le plus pur. Par l'agilité, ils franchiront des distances immenses avec la rapidité de la pensée.
Enrichis de ces propriétés merveilleuses, les corps ne seront plus pour l'àme un fardeau ou un obstacle et rhomme ainsi glorifié jouira de la liberté des purs esprits.
Il est même permis d'affirmer qu'à certains points de vue il sera mieux doué et plus heureux que les purs esprits.
L'homme ainsi glorifié leur sera égal par ces propriétés des corps ajoutées à la vision, à l'amour et à la joie céleste ; et de plus il aura la gloire accordée au corps et par le corps des joies qui ne sont point accordées aux Anges. La béatitude plus abondante s'épan chera hors de l'àme sur les corps glorifiés (1).
L'incrédulité sourit en présence de ces doctrines pourtant si consolantes et si belles. Elle ne remarque pas que les propriétés attribuées aux corps par la
(1) Lessius, De summo Bonn, lib. III, cap. 3.
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science coiiteini)oraiue se rapi)rochont de celles (|iie l'enseignement catholique attribue au corps des Bien heureux. La lumière ne traverse plus seulement les corps diaj)hanes, mais des rayons dont l'existence était jusqu'ici ignorée traversent des corps opaques et le corps humain lui-môme. La rapidité avec laquelle se propagent la lumière et l'électricité n'est-elle pas l'image de l'agilité des corps ressuscites ? Et pour ne citer qu'un exemple : que dire de la rapidité de la comète de 1843 ?
Cette comète était longue de trois cent vingt millions de kilomètres, et l'extrémité de sa queue parcourait, d'après le calcul des astronomes, huit cent mille kilomètres par seconde (1) !
Devant ces manifestations de la puissance de Dieu, qui oserait prétendre qu'il ne peut rendre le mouvement
(iW. Aslinminiie et théologie, parle P. Ortolan flP partie, chap. 111, § 3"',) qui ajoute en note ces paroles : ci L'attraction est bien évidemment quelque chose de matériel et nul ne s'avise de l'appeler un esprit : or les mathématiciues déclarent qu'elle ne se propage pas successivement dans l'espace comme la lumière et la chaleur, mais instantanément. D'après Laplace, si elle a une vitesse, celle-ci doit être au moins cent millions de fois plus rapide que celle de la lumière. » Cf. ('our><(l'(istroiiomie de l'Ecole polytechnique. Vol. II, L. 3, ch. XIH.
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des corps glorieux cent luillo fois plus rapide encore, de telle sorte qu'il soit presque aussi instantané que celui de la pensée? Comment l'incrédulité déuiontrera t elle que cela répugne et à la nature des corps et à la puissance de Dieu ?
Les élus parcourront ainsi avec une rapidité merveilleuse le ciel et tout l'univers créé et leurs regards jouiront de tous les rellets de la beauté infinie de Diej dans les créatures (1).
Il est de foi que les corps ressusciteront dans leur identité, c'est-à-dire qu'ils seront les mêmes que dans la vie présente. « Je verrai mon Rédempteur et mon Dieu dans ma chair, s'écrie Job, je le verrai moi même et non un autre » (2). L'Eglise a défini dans un Concile que « tous, élus et réprouvés, ressusciteront avec les propres corps qu'ils ont maintenant » (3). Elle a décidé dans un autre Concile la profession solennelle de « la croyance à la résurrection de cette chair que nous avons à présent )) (4).
(1, s. Thomas, Suppleiu., q. XXIV, art. 11.
(2) Job, XIX, i:i, 27.
l3) IV Conc. de Latran, Cap. Finnitcr.
(4) Pi"op. faite parGrogou-e V,2' Conc. de Lyon.
Mais comment cette identité pourra t-elleêtre réalisée, puisque les éléments de ces corps seront dispersés et que de plus ces éléments changent et se succèdent constamment pendant la vie présente ? Cette objection n'a pas échappé aux Pères de l'Église et aux grands théologiens.
Tous enseignent que les ressuscites reprendront les éléments matériels dont leurs corps furent jadis composés.
La puissance de Dieu peut évidemment réunir les éléments des corps qu'elle a créés, et l'identité de ces corps n'exige pas que toutes les molécules soient absolument les mêmes. La science a constaté que ces molécules ne sont pas les mêmes dans l'homme arrivé à l'âge mûr et dans le vieillard que dans l'enfant et dans l'adolescent ; et cependant elle admet que le corps est identiquement le même à ces différents âges de la vie. Aussi la science contemporaine se demande quel est le principe de l'identité des corps, li^lle croit qu'il est réel, quoiqu'il échappe à l'analyse, et que nous constatons ses effets sans pouvoir déterminer sa nature. Elle va jusqu'à supposer qu'il est impondérable, indestructible, puisque le renouvellement successif et complet de toutes les molécules intégrantes du corps vivant
ne peut ni le détruire ni l'altérer. On ne peut évidemment exiger pour les corps ressuscites une identité plus rigoureuse que celle de nos corps dans la vie présente.
Dans les corps ressuscites tous les sens auront leurs jouissances. Il est certain que ces corps auront leurs organes dans l'état le plus parfait, et qu'ils auront, par conséquent, l'usage le plus parfait de leurs sens. Le corps sera de nouveau uni à l'Ame atln que les élus aient la jouissance de leurs sens ; d'autre part, les objets que les sens pourront percevoir ne leur feront pas défaut ; enfin, chaque sens est capable d'acquérir une perfection qui sera sa béatitude. L'àme, en etïet, n'est pas seulement rationnelle, elle est sensitive et capable de bonheur à ce double point de vue. Les Saints qui ont infligé à leur corps les privations, les mortifications sanglantes, qui ont subi de cruelles tortures et le martyre, n'ont-ils pas quelque droit à des récompenses correspondant à ces épreuves et à ces combats ? Enfin, les damnés souffrent dans tous leurs sens, mais pourquoi Dieu, dont la miséricorde et la bonté surpassent la sévérité et la justice, n'accorderait il pas au.K récompenses des élus ce qu'il accorde au.\ châtiments des réprouvés?
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« Deux illustres Docteurs, saint Thomas et saint Augustin, sont d'avis l'un et l'autre que les élus, devant ressusciter dans la perfection de leur nature, tous renaîtront à l'âge où l'homme atteint la plénitude de son développement physique, c'est-à-dire vers l'âge où Jésus-Christ, leur exemplaire, est sorti glorieux et victorieux du tomheau. Du reste, cette règle ne doit pas être comprise avec une exactitude mathématique. Il semble convenable qu'il y ait dans l'apparence exté Heure des ressuscites quelque chose qui rappelle leur vie d'ici bas. On aime à penser qu'un saint Stanislas, par exemple, conservera les grâces de sa jeunesse, et le vieillard Siméon, la noble majesté qui le caractérisait, quand il reçut entre ses bras le Sauveur du monde. C'est à peu près tout ce qu'on peut dire sur une matière où le Saint-Esprit n'a rien voulu définir. Aussi saint Augustin conclut-il ce qu'il en écrit, par cette importante remarque : « Tous ressusciteront avec le dévelop pement corporel qu'ils ont eu, ou qu'ils auraient acquis à l'apogée de leur jeunesse; rien n'empêche pourtant qu'on retrouve les formes extérieures de l'enfance et de la vieillesse, là où il ne restera ni l'ombre de l'infirmité ni le moindre vestige de la caducité. Donc, s'il plaisait à quelqu'un de penser que chacun des élus reparaîtra
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dans l'état de corps où la mort l'a surpris, il n'y aurait pas lieu de se fatiguer à le contredire » (1).
(( Ni la dilïérence des physionomies ne sera détruite, ni les imperfections qui les déparent ne les suivront audelà du tombeau. Chaque visage d'élu conservera, même après sa transfiguration, son caractère distinctif ; mais tout en retenant ses traits fondamentaux, il atteindra l'idéal de sa perfection. Et ce n'est pas une merveille difficile à concevoir. L'art humain, pour satisfaire de vaines complaisances, sait réaliser quelque chose de semblable. Qui pourrait mettre obstacle à celui de l'Ouvrier tout puissant et tout sage, qui réformera ses fils à la ressemblance de Jésus-Christ le premier-né ?
« Lui qui transforme les âmes et communique aux plus dilïormes une beauté divine, serait il impuissant à idéaliser un corps, sans lui ravir le caractère qui le distingue ? Pour aider notre foi, lui-même a voulu nous donner comme un avant goût de cette glorieuse métamorphose dans la vie et dans la mort de ses Saints. Combien de fois a-t-il répandu sur leurs visages amaigris par les jeûnes ou défigurés par les maladies une splendeur de beauté qui ravissait les heureux témoins
(1 ) S. Augustin, (/eCù«7.,L. XXII, c 10: S.ihomas, SH;)/j/.,q.81,arl.l.
de ces miracles ! Et pourtant, nul ne s'y méprenait ; c'étaient bien les mêmes hommes, le même air de visage, la même physionomie, mais idéalisée, transfigurée » (1).