LES CHANTS DU CIEL
Les élus chantent éternellement la bonté, la miséricorde, la beauté et l'infinie perfection de Dieu. Ce sont les chants de la vision, de la joie et surtout de l'amour divin.
Qui ne le sait ? l'amour ne peut se taire, il faut qu'il parle et qu'il soit entendu. 0 amours défaillants et stériles, amours troublés, impuissants et glacés de cette terre, que pouvez-vous dire en comparaison des accents de cet amour purifié, sanctifié, divinisé ? Et si une étincelle de cet amour tombée dans le cœur des Saints a fait entendre dès ici- bas des accents qui ont étonné et ravi les siècles, que seront les chants d'actions de grâce et
(1) Le R. p. Terrien : La grâce et la gloire, livre X, chap. 2 (tom. II, page 268 et suiv.).
(l'amour des élus qui étreindront Dieu lui-même dans un embrassement éternel, les accents des cœurs perdus tout entiers dans le sein du Dieu qui est tout amour ? Dans cet exil, les âmes pures ont des visions plus parfaites : fieati mundo corde, quoniamipsi Deiim videbunt(l); alors les âmes, entièrement purifiées dans ces ardeurs de la charité, iront éternellement, en chantant les cantiques de leur félicité, sur les chemins semés de tous les lis de l'innocence glorifiée : Psallam et intelligam in via immaculata (2).
Et de ces visions, de cet amour, de ces chants euxmêmes naîtra la béatitude parfaite.
Croyez vous que ces âmes, dont toutes les facultés seront satisfaites, tous les désirs réalisés, pourraient être silencieuses et ne pas offrir à Dieu l'hymne de leur adoration, de leur reconnaissance et de leur amour ?
Et quelles seront la puissance et la perfection de ces chants ? Ici-bas, le bonheur passe, pareil à l'éclair qui brille et qui disparait dans la nuit froide et sombre ; il ne peut satisfaire nos cœurs. Là-haut, la possession du bien suprême répondra à toutes les espérances, à tous
(1) Matth., V,8.
U) Psalm. C, 2.
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les désirs et à toutes les aspirations des âmes. Ici-bas, l'expression manque aux sentiments de l'homme et surtout à ses joies. « Le cœur de l'homme, a dit un grand écrivain, est une lyre où il manque des cordes, et où il faut faire entendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs » (1). Au ciel. Dieu mettra sa toute-puissance au service de ses serviteurs glorifiés et H fera la volonté de ceux qui le craignent (2).
Ici bas, tous les chants s'arrêtent, tous les chants, surtout les chants heureux, s'éteignent danslessanglots. Là-haut, les cantiques de la félicité seront éternels. Les générations auront poussé les générations, comme les vagues poussent les vagues dans l'immensité de l'océan; les temps ne seront plus ; ces cantiques de la félicité commenceront toujours.
Pourtant ne craignez pas la monotonie de ces chants célestes, car il y aura pour eux, comme pour les élus et les anges, des degrés et une hiérarchie, et nous irons éternellement de cantique en cantique comme de clarté en clarté : Transformamur a claritate in claritalem (3). Et
(1) Cluitoîiubriand, Génie du Christiani^tme.
(2) Psalm. CXLIV, 1<>.
(31 II Cor., III, 18.
ce sera toujours un cantique nouveau : Cantabant canticum norumii).
D'ailleurs, a dit Lacordaire, « l'amour n'a qu'un mot et en le redisant toujours il ne se répète jamais ».
Non, non, l'oreille de l'homme n'a jamais entendu de telles harmonies, et jamais elles ne sont montées, même par un pressentiment lointain, jusqu'à sou cœur: iSec auris aiuHrit, nec in cor hominis ascendit (2 .
Mais qui chantera dans l'Eglise triomphante du ciel ?
(( Les Séraphins, dit le prophète Isaïe, se tenaient debout autour du trône et ils criaient l'un à l'autre : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu des armées, toute la terre est remplie de sa gloire » (3).
Et saint Jean a entendu les « voi.x d'une multitude d'Anges : Et audivi wcem angelorum multorum in circuitii throni. Et ils étaient des milliers de mille, et ils disaient : L'Agneau quia été immolé est dignede recevoir la vertu, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire et la bénédiction )) (4).
(1) Apoc, v,9.
[•>. I a)r., II, 9.
(31 Is., VI, 2, 3.
(V Apoc, V, 11, 12.
Car les Anges ont un langage, comme l'affirme l'apôtre saint Paul (1). Et selon la doctrine de saint Thomas d'Aquin, ils parlent à Dieu, ils l'adorent, ils le louent, ils le bénissent, ils lui adressent leurs supplications (2). Les Anges communiquent entre eux parla parole, non par une parole sensible, mais par une parole spirituelle et absolument indépendante de la matière, et les Anges supérieurs dans la vision et dans la gloire illuminent les Anges des degrés inférieurs (3).
Tous les élus s'uniront au concert des Anges, mais les vierges chanteront un cantique réservé, elles formeront le cortège d'honneur de l'Agneau divin. « J'ai entendu, dit le prophète de Pathmos, une voix venir du ciel, pareille à la voix des grandes eaux et à la voix d'un grand tonnerre, et la voix que j'entendis était semblable au son que font entendre plusieurs joueurs de harpe qui touchent leurs instruments et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et nul ne pouvait chanter ce cantique, sinon les cent quarante-quatre
(1) I Cor., XIII, 1.
(2) s. Thomas, I, q. 107, art. 3. — Suarez in 2. 1, S. Tliom. De oratione, lib. I, cap. IV et V.
(3) S. Thomas, I, c[. 10G et 107. De veritate, q. 9 et 22. — Suarez, De statu Beatorum, lib. VI, cap. XII.
mille qui ont été rachetés de la terre parce qu'ils sout vierges, et ceux-là suivent l'Agneau partout où il va » (I).
Bien plus, après la résurrection, les élus loueront Dieu avec une voix sensible et corporelle et ils jouiront des chants de ces voix transformées et glorifiées (2). C'est ainsi que le divin Maître après la résurrection parla en réalité et qu'il entendit. Ce serait d'ailleurs une imperfection pour les corps glorieux de ne pouvoir s'unir aux cantiques de l'àme ; et la joie qui naîtra de ces chants, dit un grand théologien, sera en quelque sorte spirituelle et très appropriée à l'état des Bienheureux (3).
Toutes les créatures uniront leurs voix à ces chants du ciel.
Après avoir parlé des cantiques des Anges devant le trône de Dieu, saint Jean, le prophète des dernières visions, s'écrie : « J'ai entendu toutes les créatures qui sont sous le ciel et sur la terre et sous la terre, et foutes celles qui sont dans la mer.... et je les ai entendues
(1) Apoc, XIV, 2, 3,4.
(2» s. Thomas, in I. Sentent, disp. XLIV, (}. 1, art. I. q. i, l'I in II Sentent, dist. II, q. 2, art. 2. ado.
(3' Suarez in 3 Partim S. Tiioni. Disp. XLVII, art. i, sect. G, n. 8, 12, etc. Lessius, De su mm 0 Bono, lib. III, n" IK
toutes et elles disaient : Bénédiction, honneur et gloire et puissance à Celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau dans les siècles des siècles » (1).
Mais quelle sera cette harmonie, quel sera ce concert, lorsque le monde aura été renouvelé dans la lumière et dans la gloire pour le bonheur des élus, afin que leur œil corporel, qui ne peut atteindre l'essence divine en elle même, puisse du moins la contempler dans des œuvres plus dignes de sa puissance et de sa majesté (2) ?
Alors Dieu accomplira cette promesse : (( Je vais créer de nouveaux cieux et une nouvelle terre, l'ancienne forme sera oubliée, la tristesse ne pèsera plus sur vos cœurs, vous serez dans la joie et le tressaillement de la vie pleine pendant l'éternité » (3).
Alors « la lumière de la lune sera égale à celle du soleil, et la lumière du soleil sera comme l'éclat de sept jours » (4).
Alors les fleurs de tous les mondes seront réunies dans un même jardin, sous les regards de Dieu et des Saints.
(1) Apoc, V, 13.
(2) S. Tliomas, Supplem., q. XCIV, art. 1. (3; Is., LXV, 17 ; LXVI, È2.
(4) Is., XXX, 26.
DES GlîANDES CO.\SOLATI(tN< 73
Alors tous ces navires de feu qui flottent dans l'espace immense seront réunis au port de l'éternel repos (1). Alors ces astres innombrables devant lesquels la terre n'est qu'un grain imperceptible de poussière, ces astres transfigurés, resplendissants, apparaîtront tous à la fois et toujours aux regards ravis des élus (2).