‹ La Troisime béatitudeChapitre 91 sur 91 · DÉMONSTRATION DE LA DIVINITÉ DE LA RELIGION CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DÉMONSTRATION DE LA DIVINITÉ DE LA RELIGION CATHOLIQUE

De cette grande, belle et consolante doctrine nous pouvons faire ressortir une démonstration puissante de la divinité de la religion qui enseigne ces doctrines.

Qu'ont pu, en elïet, depuis six mille ans, et que peuvent encore aujourd'hui la sagesse, la philosophie, la science, le génie, pour réaliser le progrès moral et la perfection morale de l'homme, pour leur proposer des récompenses qui, en répondant à toutes les aspirations de son âme, le soutiennent, le fortifient et l'entraînent vers les sommets les plus élevés du devoir et de la vertu ?

Nous avons démontré ailleurs l'impuissance absolue de tous les systèmes opposés à la morale chrétienne, systèmes qui placent la règle de la moralité dans le plaisir ou l'intérêt, dans les instincts de sociabilité et de bienveillance, dans les commandements de la raison, etc. (1). Cette

(1) V. La rie chrétienne nu In rie <liri)ie danx l'homme, 1 vol. Librairie Et. Drioton, 12, faubourg Stanislas, Nancy.

impuissance est évidente pour toutes les philosophies qui nient, avec la spiritualité de l'ànie, la liberté et la responsabilité deTliomnie. Nous avons démontré aussi que la philosopliiespiritualiste elle même ne peut enseigner une morale populaire vraiment efficace. Donc tous ces systèmes ne peuvent rien pour conduire ainsi l'homme au progrès et à la perfection.

Tous ces systèmes sont encore incapables de pro poser les récompenses nécessaires de la vie future. La philosophie spiritualiste, si supérieure cependant à toutes les autres philosophies, fait des aveux et se contredit elle-même. Le plus illustre représentant de cette philosophie dans notre siècle, auquel Dieu a fait naguère la grâce de mourir dans la foi de son enfance, écrivait à l'époque de son incrédulité : « Nous résumons toutes nos espérances dans cette parole de Bossuet : « Quelle sera cette vie ? De voir Dieu éternellement tel qu'il est et de l'aimer sans pouvoir jamais le perdre ».... Pour qui connaît la nature et les besoins de l'intelligence et de l'amour, il n'y a rien de plus précis que cette grande et belle parole : Voir Dieu face à face et l'aimer de tout son cœur pendant toute l'éternité » (1).

(I) J. Simon. La religion naturelle, p. 310, 312.

8(5 LK DOGMK

11 y a ici, nous le répétons, un aveu précieux en faveur de la doctViue catholique ; mais le même philosophe ne reconnaît qu'un Dieu immuable, indiflérent aux actes de l'homme et insensible à la prière. Gomment ce Dieu immuable, indilïéreut et insensible, pourrait-il, par sa providence qui s'exercerait dans la vie future sans s'exercer dans celle-ci, récompenser, selon leurs mérites, les mêmes actes auxquels il est indifférent?

Dans ce siècle, quelques écrivains ont renouvelé le système de l'immortalité facultative ou conditionnelle qui n'avait pas été ignoré des philosophes païens (1). D'après ce système, il dépend de nous d'être immortels si nous sommes bons, ou anéantis si nous sommes mauvais (2).

Mais cette sanction de l'anéantissement n'est pas juste parce qu'elle est égale pour toutes les fautes quels que soient leur nombre et leur gravité. Elle ne sauvegarde pas l'autorité de Dieu à laquelle échappent les coupables et qu'ils bravent par cet anéantissement lui-

(1) V. Cicéron : Tusciilanes.

(2) M. Petavel : L'immortalité conditionnelle. — M. Renouvier : La critique philosophique. — M. Charles Lambert : Le spiritualisïiie et la religion.

même. Enfin ce système promet aux bons, non pas le repos défmitif et le bonheur complet, mais une série intlétinie de transformations et de purifications.

D'autres ont essayé de renouveler le vieux système de la métempsycose ou des transformations successives de l'homme ( l .

Ces afTirmations sont gratuites : ce sont des rêves ; rêves contradictoires, déshonorants pour la nature humaine et absurdes. Il faudrait admettre (|ue nous avons été successivement, dans le passé, un être informe, ])uis articulé, mammifère, oiseau, reptile, lion, avant d'être homme. Comment n'avons-nous, dans la vie présente, aucune notion de ce que nous avons été, de la peine que nous subissons, des fautes qui ont mérité cette peine ? Et, ici encore, que deviennent l'autorité de Dieu, sa justice et le bonheur de l'homme dans ce voyage éternel? 11 faut donc redire ces paroles du philosophe de ce siècle qui a étudié, plus que tout autre, cette grande et inévitable question de nos destinées : « Depuis six mille ans que le monde est monde, la philosophie n'est

(1) J. Rcgnaud : Ciel et Terre. — Figuier : Le lendemain de la mort. Fouricr : Phalange : L'égarement de la rai.^on.

pas capable d'aborder le problème de l'immortalité de l'àme » (1).

La supériorité de la doctrine catholique est, ici, manifeste, éclatante, irrésistible. Cette doctrine est belle, grande, magnifique ; elle répond à toutes les aspirations des intelligences et des cœurs, à toutes les nobles tendances de l'homme. Elle est donc nécessaire ; elle est bien la doctrine, l'enseignement du Dieu qui a mis dans l'homme ces tendances et ces aspirations.

Elle est bienfaisante puisqu'elle encourage, soutient et entraîne l'homme dans les sentiers souvent si désolés et si ardus du devoir et de la vertu. Elle est bienfaisante pour l'homme parce que seule elle offre, dans l'espérance de la béatitude céleste, la vraie consolation dans les épreuves de la vie présente, et que seule elle résout ainsi le problème de la destinée. Elle est bienfaisante pour tous parce qu'elle inspire, soutient et fait réaliser les œuvres les plus magnifiques de la charité, du dévouement et de l'héroïsme.

Mais l'erreur et le mal ne font pas le bien, ils ne peuvent pas le faire. Cette doctrine est donc la vérité, elle vient de Dieu.

(1) Joufiroy : Revue indépendante du 1" nov. 1842.

DES GKAXDES CONSOLATIONS S9

Toute cette doctrine mise en pratique est la vie chrétienne, la vie de Notre Seigneur Jésus-Glirist communiquée à riiomme, une vie manifestement divine, et sa puissance, son triomplie sont la puissance et le triomphe du Fils de Dieu, maître, vainqueur et roi de toutes les générations et de tous les siècles. »

Il est une loi admirable qui domine et gouverne le monde des corps, les astres et les soleils. Un philosophe qui fut aussi un brillant écrivain l'a décrite en ces termes : « Voici que, depuis peu d'années, un noble et actif ami de la science construit un instrument plus merveilleux encore que celui de Herschell. Et aussitôt, sur plusieurs points du ciel, l'œil de l'homme aperçoit un spectacle que la pensée n'avait pas osé concevoir. On voit des groupes d'étoiles, c'est-à dire des groupes de soleils rassemblés par millions. Ces groupes ont un noyau, un centre incomparablement plus étincelant que le reste. En ce centre est une incalculable puissance d'attraction. Tous les soleils tournent autour, rangés en lignes et par traînées. Mais comment tournent-ils autour du centre do gravité commun ? Ils tournent en allant c'i

lui. Leurs orbites ne sont point des cercles, ni des ellipses, mais des spirales. Ces spirales aboutissent au centre. On les voit dessinées dans le ciel par des traînées prodigieuses de soleils qui se suivent comme des hommes en marche. Les lignes de la céleste armée se déroulent enéous sens, mais toutes convergent et arrivent au centre. Les premiers de chaque ligne sont déjà dans le centre ; d'autres y touchent, d'autres approchent, pendant que d'autres sont encore loin. On croirait voir une grande armée entrer par toutes les portes dans une capitale, pour une fête. La ville est remplie de soldats, pendant que d'autres arrivent et que l'on voit encore au loin dans la campagne leurs lignes immenses. Mais il y a cette différence qu'ici ce ne sont plus seulement des soldats, ce sont des rois dont chacun gouverne vingt mondes ; et chacun de ces rois s'avance escorté de tous ces royaumes. L'esprit, les sens sont confondus ! Ce sont des milliers d'empires, des millions de mondes qui s'unissent, et pour toujours ne seront qu'un » (1) !

Mais il est une loi plus haute, plus puissante et plus admirable encore, la loi de la gravitation surnaturelle. Toute créature inférieure est dans l'homme , tout

(1) Gratry : l'Ame, t. Il, p., 367-3G8.

DES r.liA.NDES CONSOLATIONS 01

lliomme est en Jésus Christ, Jésus-Christ est en Dieu. Tous les êtres inanimés, les êtres animés, mais privés (le raison, les mondes et les soleils étiucelants, la terre et le ciel, qui chantent la gloire du Créateur, sont faits pour les êtres intelligents, pour les âmes, pour vous, à chrétiens : Omnia restra S}int (1). Esprits célestes. Ames rachetées par le sang de Jésus-Christ, vivant pailui et en lui, vous êtes emportés à votre tour vers le foyer de la lumière, de la chaleur et de la vie divines : l'os antem Vhristi (2). Et vous, ô Jésus, Fils de Dieu, Pasteur et Maître, Sauveur et Rédempteur, avec l'humanité régénérée, vous emportez tous les êtres et la terre et le ciel jusqu'à Dieu : Christus autem Del (3).

Ainsi, la création sortie du sein de Dieu, égarée loin de lui, est ramenée par le Verbe incarné dans le sein de Dieu ; ainsi se réalise la magnifique révolution de toutes choses et s'achève la loi de la gravitation surnaturelle (i).

(1) I Cor., III, 22.

(2) Ibid., III, 23.

(3) Ibid. L'Église, au temps do la Passion, chante en ces termes l'efficacité du sang répandu par Notre Seigneur Jésus-Clirist :

Terra, pontu.t, astra, titundus Qun lavantur fluminc.

(4) II Pi'tr. 111, 14.

>^-wN^v^l<^^lll^^*s<■i^^^^^/s^v^^^^<^^^^^^^^l'^^^^^^»^^^^^^^»W»^»

Levez donc la tête et voyez, dans les lumières et la splendeur de la patrie, le triomphe du Fils de Dieu, de l'Agneau immolé, source et ternie de la vie chrétienne. Voyez : une multitude immense, innombrable, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue, se tient debout devant le trône de l'Agneau vainqueur ; et cette multitude chante d'une voix puissante ce cantique éternel : u Salut à notre Dieu sur son trône et à l'Agneau ! Bénédiction, gloire, sagesse, actions de grâces, honneur, vertu et force à notre Dieu dans les siècles des siècles. Amen ! » (1).

A la fin des temps se réalisera une transfiguration glorieuse de la création matérielle. « Voici , dit le Seigneur, que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle, et il ne restera des premiers aucun sou venir » (2). C'est pourquoi l'Apôtre saint Pierre s'écrie : « Nous attendons, selon la promesse de Dieu, de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans lesquels la justice habitera » (3). La création matérielle ainsi transformée et transfigurée sera l'instrument de la gloire de Dieu et

(1) Apoc, VII, 12.

2) Is., LXV, 17.

(3i II Pelr., III, 13.

de la félicité des élus. Ainsi se terminera, selon l'expression de saint Thomas d'Aquin, « la magnifique circulation de toutes choses revenant dans la perfection, à Dieu leur créateur » (1).

La vie surnaturelle et divine vient donc de Dieu comme de sa source ; elle y retourne comme à son terme. Les Ilots de cette vie sortent de l'océan divin, enveloppent tous les êtres, les purifient, les transforment, les transfigurent et reviennent se perdre de nouveau dans cet océan infini. Voilà la beauté, le prix, la si)lendeur. l'immensité de l'ordre surnaturel. Voilà la grandeur, la beauté divine de la doctrine catholique sur la vie chrétienne.

Que conclure de ces grandes, admirables et consolantes vérités, sinon que « le bien de la grâce, comme parle saint Thomas d'Aquin, est plus grand que le bien naturel de l'univers entier » (2). Ce n'est point assez (lire. La moindre parcelle de ces dons divins, la moindre étincelle de la vie divine dans l'âme d'un petit enfant sont supérieures à la science, à l'éloquence, à la flamme du génie, à toutes les œuvres de la puissance et de la

(1) Contra geitte^i, lib. IV, cap. IV, n. 4.

(2) Sutiinia t/ienl., [a 2»', q. CXI, art. î), ad 2.

bonté tie Dieu dans l'ordre naturel, à la terre et aux cieux, aux astres et aux mondes, comme le divin dépasse le créé, comme l'infini dépasse le fini.

Mais, s'il en est ainsi, quel est donc le prix de l'en semble magnifique de la grâce sanctifiante, des vertus infuses, des dons de l'Esprit-Saint, des actes du chrétien et de leur mérite surnaturel, quel est le prix de la vie chrétienne? 0 dignité sublime, ô ravissante beauté, splendeur éblouissante, trésor sans égal, richesse divine, qui déconcertent toutes les conceptions humaines même éclairées par la foi ! Et cette beauté se développe, cette splendeur devient plus resplendissante, ce trésor s'accroît, cette richesse se multiplie elle-même par les mérites incessants des actes surnaturels les plus grands, comme les plus humbles et les plus obscurs, et ainsi la vie chrétienne ajoute à chaque instant aux visions, à la félicité, à la gloire de la vie éternelle.

Qu'ils sont donc aveugles et criminels ceux qui ensevelissent dans l'indifférence ces trésors divins ou qui les sacrifient à un plaisir passager, à un intérêt du temps, à une ambition coupable, à une passion avilissante ! Qu'ils sont aveugles et criminels ceux qui détruisent dans les âmes, dans une seule âme, la vie chrétienne et la vie éternelle, et qui, à la place de cette dignité, de

cette beauté, de cette splendeur, de ces joies, de ces espérances immortelles, mettent dans les cœurs les ténèbres, l'abjection, le remords qui précèdent les supplices de l'éternité !

0 chrétiens, a si vous connaissiez le don de Dieu : Si scires doniim Dei » (1) ; si vous connaissiez le prix de cette vie divine, personne ne pourrait vous la ravir. Votre fidélité et votre ardeur multii)lieraient chaque jour cet incomparable trésor, et déjà sur cette terre vous feriez monter sans cesse vers Dieu un chant d'amour, de reconnaissance et d'adoration.

(1> Joann., IV, 10.

j^^^^^^^^^jr^^A.--^^^^- •*.^«' :a^- w*.^.- ^3^- «l^^W ^a^St

Page 1