‹ La trompette de la métempsycose universitaire [microforme]Chapitre 4 sur 7 · JAMDUDUM · texte numérisé non relu

JAMDUDUM

Constatons d’abord que ce.decrêt indique :

1° La sollicitude du Saint Siège pour l’Université Laval de Québec -dont les pouvoirs sont hautement maintenus ;

20 Que cette institution es encore florisante et assez prospère à Québec et que l'enseignement à Montréal est constitué de telle sorte que rien n'y manque pour la complète formation des jeunes gens ;

30 “ Que le Conseil de l’Université Laval exercera ses droits soit au ‘siège de Québec, soit au siège de Montréal conformément à ce qui est contenu dans sa Charte Royale relativement à ce conseil ” ;

4 Qu'il n’est nulle part fait mention de l'Ecole de Médecine et de “Chirurgie de Montréal, ni comme obstacle au succès de l’Université

Laval, ni comme élément de force pour consolider cette institution,

Ces jalons vont nous servir à apprécier l'embûche tendue à l'Ecole de Médecine.

sx LA TENTATION.

Aussitôt que le decrêt /amadudum fut publié, des hommes puissants, .amis et soutiens de l’Université Laval à Montréal, se sont sacrifiés à la, tâche de préparer à la mort, l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.

11 comptaient rencontrer beaucoup de difficultés.

L'Ecole n'était pas, à leurs yeux, une pécheresse ordinaire ; ils la eroyaient atteinte d'impénitence chronique. Elle avait résisté à bien des orages. Des foudres qui ne venaient pas directement de l'Opéra- Bouffe, n'avaient pu la briser... Quelle noix à croquer ! se disait-on derrière le rideau.

On pensa qu'il valait mieux recourir, cette fois, au procédé plus: doux de ramollissement.

Ce qu'une guerre de corsaire n'avait pu réaliser, la diplomatie allaitla tenter.

Maître renard, ne pouvant croquer ni le corbeau sur un arbre perché, ni le fromage qu’il fenait en son bec, recourt à une supercherie.

Le premier morceau qui faisait envie fut M. le Dr Jardinier, un des. défenseurs de l'Ecole,

On l'approche avec une certaine crainte rentrée, (car on le redoute,). mais en même temps avec un abandon suave et la bouche en cœur.

L’entremetteur lui tint à peu près ce langage comme dans la fable :

‘Mon BON Monsieur, —Vous avez lu le décret /amadudum? Permet--

tez-moi de vous féliciter sur la position enviable qu’il donne à votre grande et belle Ecole de Médecine. Il n’y a pas à se le dissimuler, l'Ecole que vous avez défendue avec tant de zèle, triomphe. Oui, c'est un grand témoignage que N. S. Père lui rend.”

A ce moment le Dr. Jardinier se tâte, comme en cherchant quel-que chose, afin de vérifier que ce n’est pas un autre, que c’est bien lui-même à qui on conte ces merveilles. Il ne se sentait pas du tout lecœur léger d'un vainqueur. Il regarde son interlocuteur qui ne le perd pas de ses yeux noirs, perçants et fixes, et dit: Est-ce bien vrai là ce que vous me dites... P

— C'est si vrai que je me suis fait un joyeux devoir de venir vous en féliciter. ”

—“ Vous me comblez de vos délicates attentions, merci! de tout:

cœur merci à vous! vous êtes le bienvenu.

Quand je pense que nos épreuves vont prendre fin! Tenez, il y a si longtemps que je combats, qu’il me semblait que la lutte allait s’éterniser, il faut que ça vienne de vous, cette bonne nouvelle, pour que je la crois vraie.”

Le visiteur jouissait intérieurement de l’neureuse influence de ce premier pas.

Le Dr Jardinier était heureux. Sur sa figure s’apanouissait en: nappe le rayonnement de sa joie,

Quel jour que celui du succès !

Qu'on est donc heureux à l'heure du triomphe ! Vrai le Dr avait envied'embrasser le héraut de la bonne nuuvelle ; mais il remit à plus tard! cette preuve de satisfaction.

Il y eut une pause, et le Dr reprit: Si notre triomphe est complet que va devenir la succursale de Laval à Montréal ?

—Et que voulez-vous qu'elle fasse? Le Pape rend justice à l'Ecole de Médecine ? ce que le Pape veut Laval doit le vouloir.

— Ce que c’est nous! J'ai toujours été sous l'impression que c’est le Pape qui swf les inspirations de Laval.

—Ï1 n’en rien ; la succursale, composée de professeurs sortis de l'Ecole, doit se soumettre, laissant, par là, le champ libre à votre Mater.

—Comment ces messieurs vont-ils prendre ça ?

—Sortis de l'Ecole par les soupiraux, il est de toute décence qu’ils n’y rentrent que par la porte.

Au reste ils ne seront pas, ostracisés, Après un pareil succès, l'Ecole peut se payer le luxe de faire des largesses.

Je vous en supplie, mon bon monsieur, faites qu’elle soit aussi grande et généreuse dans ja victoire qu’elle a été noble et intrépide dans le combat, Faites, oui, faites qu'il n’y ait ni vainqueurs ni vaincus.

Vous avez un rôle magnanime à remplir et je sais que vous serez à

la hauteur de la position que vous a faite le décret /andudum.

— Il n'y a pas de raison qui empêche l’école d'être généreuse, surtout après avoir été l’objet des faveurs signalées du St. Siège. Quant à moi, je suis prêt à m'effacer pour donner de la marge à quelqu'un de ces messieurs de Laval.

—Oh! n'en faites rien, je vous prie, pour le moment du moins ; vous êtes trop jeune, trop généreux pour que nous ne comptions pas sur vous, Vous avez une belle mission à remplir auprès de vos collègues.

—Eh bien, je suis à votre service, et ferai en sorte de vous prouver toute ma gratitude.—Le prestidigitateur se retire en exprimant sx bonheur d'avoir trouvé un swyet si bien préparé à accueillir la bonne nouvelle.

—Les lecteurs se demandent où le visiteur mystérieux a découvert que le décret /amdudum déclare que l'Ecole de Médecine est triomphante.

Pareil tour de force n’est pas d'un casuiste ordinaire,

Réflexion faite, c’est peut-être par ironie que le décret fait l'éloge de la succursale de Laval à Montréal ; c’est peut-être une voie détournée de lui faire sentir que son utilité est douteuse, passée}même. Les actes diplomatiques sont sujets à tant d’interprétations diverses et contradictoires qu'il est sage de s’en pourvoir d'une demi-douzaine au moins.

En attendant, mettez sur votre carnet : le décret /amwdudwm comble de faveurs /a succursale de Laval à Montréal, donc l'Ecole de Médecine triomphe.

Page 1