L'ENTREMETTEUR ET LE DR. JARDINIER
— Mon bon ami, je vous apporte l'expression de la reconnaissance de ces bons messieurs de Laval ; qu'ils sont heureux de vos excellentes dispositions à leur égard !
—Nous voulons la paix, la bonne entente, l'union enfin...
—Je vous remercie du plus profond de mon cœur. Mais üites-moi, ne pourriez-vous trouver moyen de prendre, comme agrégés, quelques-
uns de ces messieurs de la succursale, j'en connais qui sont très AINES croco
—Comme agrégés? je ne vois pas d’objection......au contraire...
—Que vous êtes bon ! vous êtes vraiment la providence de la succursale.
J'ai une idée ! puisque le décret veut que l'Ecole rentre à Laval pourquoi n'accepteriez-vous pas tous les membres de la succursale comme vos agrégés? Messieurs de l'Ecole assumeraient le nom de professeurs titulaires, sans en avoir /oufe la responsabilité. Quelle puissance, une combinaison comme celle-là ! Quel pas vers l’indépendance absolue !
—S'ils veulent jouer le rôle de vaincus attachés à notre char de triomphe, libre à eux |
—Ils sont prêts à tout.
Que se passait-il dans les coulisses? Les professeurs de la succursale trépignaient d'aise et retenaient des explosions de fou rire. Ils n’en pouvaient croire leurs oreilles, tandis que leurs yeux ébahis mesuraient /'avaloire immense du savant docteur.
Aujourd’hui agrégés, demain titulaires de chaires entourés d'élèves, eux qui depuis dix ans se contentaient d’une oreille pour auditoire, trois fois heureux de l'avoir attentive. Quelle aubaine ! Puis, faisant un retour vers le passé, ils se reprochaient de n'avoir pas eu recours, plus tôt, au procédé si efficace de ramollissement. Aussi, qui eut pu s'imaginer que Jonas eut avalé si facilement la baleine ?
Descendons à Québec. Un vice recteur est nommé. Le Conseil universitaire fait mine de le recuser, puis l’accepte, mais publie dans les gazettes qu’il ne sera pas responsable des actes de finance de la succursale de Montréal ; sauvegardant ainsi le côté périlleux de la situation qui lui était faite pro fempore.
Le Dr. Mignault arrivé d'Europe ne prêta pas une oreille favorable aux propositions d'union, il résista à la tentation, il préférait 12 4ome rule ; on lui dit qu'après tout il ne devait pas être aussi scrupuleux puisque MM. un tel et un tel, les plus feivents défenseurs de l'Ecole, étaient en tête du mouvement.
Œ1 donna dans l'opposition, mais on l’accuse d’hérésie : ‘‘il s’opposait à la volonté du pape qui décrétait lui-même le triomphe de l'École; quelle ingratitude, etc., etc !”
Le Dr s’est dit qu'il avait confiance en ses chefs-et que la voie devait être sûre; alors il emboita le pas derrière eux pendant un certain temps.
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MM. les Drs L. B. Durocher et J. A. Brunelle écrivirent de Paris, à leurs collègues : |
“ Qu'ils n’entendaient pas sacrifier les intérêts de l'École de médecine.”
La garde meurt, ditle Dr Durocher, mais ne se vend pas.
Monstre de typographe ! il me fait commettre un libelle ! c’est ne se rend pas que j'avais écrit.
Pendant ce temps, les négociations vont leur train. Le grand X se tient dans les grandes lignes il veuf que l’École garde sa charte pendant deux ans, tout en devenant la faculté de médecine de la succursale de Laval à Montréal. Voilà qui est phénoménal : un être indépendant cède sa liberté à condition d'en garder le nom pendant deux ans! What is in a name !
Le conquérant laisse à l’École cette dernière illusion en attendant qu'elle s'habitue à ses fers.
Les six unionistes acceptent comme professeurs agrégés dix professeurs de la succursale de Laval à Montréal ! La partie est, pour une fois, plus grande que le tout ! Je vous dis que nous nous mouvons dans un milieu de merveilles.
Par quel procédé est-on arrivé à toucher ce résultat ?
C'est une espèce de métempsycose, dit l'Entremetteur, l'Ecole entre à Laval, Laval entre à l'Ecole, et, dans deux ans au plus tard, il n'y aura plus qu'une faculté de médecine !
Je vous laisse à deviner si cette faculté sera celle de l’École de Médecine.
Enfoncé le bonhomme Pythagore !
Trait caractéristique de l'indépendance de la succursale. Sept fois sur huit, M. l'abbé Proulx ne signait-pas ses lettres de son
titre ofcie/ de Vice-Recteur, mais se contentai, comme cidevant de : J. B. Proulx, Ptre., et quand il avait quelque document important à communiquer, il incluait dans sa lettre ue carte ainsi conçue :
MGR BENJAMIN PAQUET, Protonotaire Apostolique, Recreur de l’Université-Laval, (Canada).
Pour le commun des mortels, cela s'appelle servitude de Laval, mais pour la succursale et les avocats de l'union, c’est l’idéal de l’indépendance !
Enfin la métempsycose est en bonne voie d'évolution, l'ouverture des cours approche, les élèves ont été conviés à revenir à l’École de Médecine, et non à l’École asservie à Laval. Ils arrivent, les portes sont fermées, après neuf jours d’attente (neuf, nombre fatidique!} l'inauguration de la réouverture des classes a lieu. En présence d’un concours considérable de professeurs éfrangers, ils ne reconnaissent pas leur a/ma mater, tant elle était changée ! Is exprimèrent l’amertume de leur déception dans les termes suivants :
Monsieur le Président, Messieurs les Professeurs Titulaires de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal,
Messieurs,
“ Les soussignés, élèves de l’École de Médecine et de Chirurgie de Montréal, ont appris avec satisfaction, que leur A/ma Mater, triomphante. enfin. après bien des années de lutte, travaillait à consolider l'enseignement médiral à Montréal ; et, qu’à cette fin, elle invitait ses émules d’hier à prendre part à ce mouvement.
“ Ils voyaient, avec bonheur, que l’École était aussi généreuse dans ‘a victoire. qu'elle avait été digne et ferme dans le combat Mais depuis qu'ils ont pris connaissance des détails de la prétendue fusion, ils voient qu’au lieu d’une grande et belle école de médecine, ils auront deux facultés sous un même toit, avec la perspective finale prochaine de l'absorption de l'école par sa rivale d’hier, la faculté de médecine de Laval à Montréal
“ C'est, à leur humble avis, la reddition d'un passé qu'ils ont appris à respecter, d’un présent qui leur est cher et le sacrifice d’un avenir qu'ils veulent sauvegarder.
‘“ Acceptez, si c'est votre programme, les services particuliers de quel-
JC S
ques professeurs de Laval, mais, au nom de l'autonomie de l’école, résistez aux envahissements de ses adversaires coalisés.
“ Les soussignés vous prient de considérer que l'École est un legs inaliénable, un dépôt sacré que vous avez mission de transmettre intact à vos successeurs.
‘“Rendez-nous notre ALMA-MATER, ses professeurs et ses agrégés et vos pétitionnaires ne cesseront de prier.”
(A continuer.) & Ne CT
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